Fratelli d’Italia, vous connaissez ? Vous devriez…

6 Fév

Pourquoi ? Parce que, à côté de la Ligue de Matteo Salvini dont il est l’allié sûr et (pour le moment) indéfectible, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) est surtout le parti politique qui monte en Italie. Une valeur sûre car c’est le « dernier parti véritablement idéologique. » Un peu comme Vox, en Espagne.

Auréolée d’une cote de sympathie record – les sondages la créditent d’une popularité personnelle supérieure à celle de Matteo Salvini (Ligue) – et forte d’un score très honorable de 8,6 % à l’élection régionale du 26 janvier en Emilie-Romagne, qui vient confirmer une série de bons résultats électoraux, Giorgia Meloni, sa chef de file, est l’objet d’un intérêt croissant depuis des mois, en Italie et même au dehors.

Lors d’un récent « point presse » marquant l’ouverture de la National Conservatism Conference, un événement organisé par un groupe de réflexion néerlandais très à droite, la Fondation Edmund-Burke, et consacré à deux héros de la lutte contre le communisme, l’ancien pape Jean Paul II et le président américain Ronald Reagan, elle était en terrain conquis. L’ancien président américain ? Selon elle, c’est « une référence pour la pensée conservatrice », tandis que le pontife polonais, lui, est « presque comme un membre de [la] famille »

Mardi, elle s’est envolée pour Washington, où elle devait participer à une conférence organisée par un groupe de réflexion neoconservateur. Pour l’heure, on la réclame partout.

L’irruption au premier plan de la dirigeante de Fratelli d’Italia, ces derniers mois, a de quoi surprendre. L’ascension de Matteo Salvini, à la fois très droitier et très eurosceptique, n’aurait-elle pas dû la condamner à faire de la figuration ? L’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon, intervenant lors d’un rassemblement de Fratelli d’Italia, en septembre 2018, avait lui-même, en tribune et à haute voix, demandé pourquoi ces deux-là « n’étaient pas ensemble ». Aujourd’hui, plus personne ne se pose la question. Giorgia Meloni a conquis son propre espace politique, à côté du tribun de la Ligue.

Giorgia Meloni, c’est avant tout un phrasé reconnaissable entre tous. Née en 1977, à Rome, d’un père sarde et d’une mère sicilienne, c’est une « ilienne » qui a grandi dans le quartier populaire romain de Garbatella, et en a conservé un parler romain très prononcé, et un débit de mitraillette quand sa parole s’emballe – c’est-à-dire très souvent !

A 15 ans, elle adhère au Fronte della Gioventù, la branche jeunesse du Mouvement social italien (MSI) – le parti postfasciste créé en 1946 par une poignée de rescapés de la République de Salo. La politique ne l’a plus jamais quittée : aussi à 43 ans dispose-t-elle déjà de plus d’un quart de siècle d’expérience. « Elle est assez jeune mais a une culture politique beaucoup moins moderne qu’un Matteo Salvini. », souligne l’historien Giovanni Orsina, spécialiste des droites italiennes.

Ostracisé pendant un demi-siècle, le MSI s’est structuré en modèle de contre-société, avec ses proscrits, ses mythologies et ses figures tutélaires comme le dirigeant historique Giorgio Almirante (1914-1988). Puis dans les années 1990, le parti s’est « normalisé », devenant Alliance nationale, avant de se fondre progressivement dans la droite berlusconienne.

Giorgia Meloni accompagne ce processus très naturellement. En 2006, à 29 ans, elle devient vice-présidente de la Chambre des députés, puis en 2008 elle entre au gouvernement, en tant que ministre de la jeunesse. A la chute de Silvio Berlusconi, en novembre 2011, elle vote la confiance à l’ancien commissaire européen Mario Monti, chargé à l’époque de mettre en œuvre un plan de rigueur drastique, et dans le même élan, elle votera la très dure réforme des retraites (« loi Fornero »).

Après avoir quitté l’orbite de Silvio Berlusconi fin 2012, Giorgia Meloni est une des têtes de pont de Fratelli d’Italia, qui renaît avec l’idée de renouer avec la filiation d’Alliance nationale, aux origines de la sensibilité postfasciste. Commence une ascension lente mais régulière, que masquera longtemps l’envolée de Matteo Salvini.

En 2018, alors qu’à droite, la Ligue supplante la formation de Silvio Berlusconi, Forza Italia, Fratelli d’Italia obtient 5 % des voix. Un an après, lors des élections européennes, le score des postfascistes atteint 6,5 %… Désormais, les sondages créditent le parti de plus de 10 % d’intentions de vote au niveau national, loin devant ce qu’il reste de droite modérée.

Comment expliquer cette poussée qui s’est accélérée ces derniers mois ? D’abord par une certaine forme de cohérence politique. Restés à l’écart de l’expérience du gouvernement de coalition entre la Ligue et les populistes du Mouvement 5 étoiles du printemps 2018 à l’été 2019, les postfascistes ont eu tout loisir de dénoncer une entente contre-nature avec un mouvement étranger aux traditions de la droite.

Selon les enquêtes d’opinion, cette constance a payé, permettant les ralliements de déçus de la Ligue, jugée par trop conciliante, ainsi que de bataillons entiers de transfuges de la droite modérée, en perte de vitesse.

Pour l’heure, les électorats des deux camps semblent complémentaires, d’autant plus que Fratelli d’Italia est forte au Sud et dans les îles, là où la Ligue peine à s’implanter en profondeur. Cet état de fait est-il durable ? Là est la principale inconnue, selon Giovanni Orsina : « En ce moment, la hiérarchie est claire. Avec Matteo Salvini à 30 – 32 % et Giorgia Meloni à 10 – 12 %, le tandem pourrait être en situation de gouverner ensemble. Mais si la Ligue baisse tandis que Fratelli d’Italia continue à progresser, alors, pour l’un comme pour l’autre, ça deviendra très compliqué. » En réalité, ce scénario ne semble pas d’actualité et c’est d’ailleurs ce qui pousse Bruxelles à tout faire pour que le gouvernement actuel (Parti démocrate – centre gauche – et le mouvement 5 étoiles) se maintienne au pouvoir pour éviter de nouvelles élections qui renverrait ce petit monde eurolâtre à ses chères études.

Soyons attentif à ce qui se passe chez nos amis italiens et sachons patienter.

Le 6 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Fratelli d’Italia, vous connaissez ? Vous devriez…”

  1. Hervé J. VOLTO février 6, 2020 à 8:50 #

    Pour ce que çà vaut, votre serviteur et son épouse ont eu l’honneur de rencontrer Giorgia Meloni en metting à Piacenza, pardon à Plaisance.

    C’est une femme de convictions, mariée, mère de famille, qui connait ses dossiers et est très préparée sur de nombreux ujets sociaux. Fratelli d’Italia (Frères d’Italie) est surtout le parti politique qui monte en Italie. Une valeur sûre car c’est le « dernier parti véritablement idéologique. » Un peu comme Vox, en Espagne. Et elle, un personnage à suivre.

    L’ascension de Matteo Salvini, à la fois très droitier et très eurosceptique, l’avait condamnée à faire de la figuration : L’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon, intervenant lors d’un rassemblement de Fratelli d’Italia, en septembre 2018, avait lui-même, en tribune et à haute voix, demandé pourquoi ces deux-là « n’étaient pas ensemble ». Aujourd’hui, plus personne ne se pose la question. Giorgia Meloni a conquis son propre espace politique, à côté du tribun de la Ligue.

    Lors d’un récent « point presse » marquant l’ouverture de la National Conservatism Conference, un événement organisé par un groupe de réflexion néerlandais très à droite, la Fondation Edmund-Burke, Giorgia Meloni a déclaré que l ’ancien président américain Ronald Regan était selon elle « une référence pour la pensée conservatrice », tandis que Jean Paul II, lui, est « presque comme un membre de [la] famille »…

    Elle s’est envolée Réçamment pour Washington, où elle devait participer à une conférence organisée par un groupe de réflexion neoconservateur. Pour l’heure, on la réclame partout.

    Le marasme est grand en Italie. le gouvernement actuel (Parti démocrate – centre gauche – et le mouvement 5 étoiles) ne fait qu’aumenter les taxes et faire débarquer des migrants. Beaucoups voudraient envoyer cette cohalition eurolâtre « a casa », entendez au chômage. Contre elle, une unnion des droites : Forza Italia de Silvio Berlsuconi, Lega de Matteo Salvini et Fraetalli d’Italia.

    Soyons attentif, oui, à ce qui se passe chez nos cousins italiens et sachons patienter.

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