Catalogne : Pedro Sanchez est allé à Canossa.

8 Fév

 

Comme prévu, depuis les dernières élections législatives et son alliance avec les indépendantistes catalans, Pedro Sanchez se doit de « rendre la monnaie« . Le chef du gouvernement espagnol s’est donc rendu dans le fief de ses dangereux amis pour y faire hommage à son nouveau suzerain politique…

Jeudi 6 février, le socialiste Pedro Sanchez a fait le déplacement au siège du gouvernement de Catalogne afin, selon le premier ministre, de « commencer une nouvelle étape de dialogue » avec la région rebelle.

Tapis rouge et gardes d’honneur, le président de l’exécutif régional, l’indépendantiste radical Quim Torra, l’a accueilli avec une solennité calculée. Entouré des drapeaux espagnol et catalan, installé dans la médiévale salle des députés, il lui a offert deux essais aux titres suggestifs : L’Invention des droits de l’homme, de l’historienne américaine Lynn Hunt (Markus Haller, 2013) et Llibertat i sentit, du poète Lluis Sola (Edicions de 1984, 2017).

M. Sanchez, qui gouverne en minorité et dépend, pieds et poings liés, des indépendantistes catalans au Parlement espagnol, a laissé son hôte mettre en scène le caractère « bilatéral » d’une rencontre « d’égal à égal », une revendication de longue date du mouvement indépendantiste. Et en a profité pour envoyer un message aux Catalans : « Le bilan de la dernière décennie est lamentable : tout le monde y a perdu », a-t-il souligné.

Mais le chef du gouvernement espagnol n’est pas non plus venu les mains vides. Dans un document intitulé « Agenda pour les retrouvailles », il a cherché à répondre aux revendications portées durant ces dix dernières années par les nationalistes catalans, en matière d’infrastructures, d’investissements, de collecte des impôts, de politique extérieure, de transfert de compétences. Il s’est dit prêt à les aborder durant les négociations, qui doivent commencer dans le courant du mois de février. Canossa, vous dis-je !

Henri IV, roi des Romains à Canossa

Hélas pour lui et, d’ailleurs pour l’Espagne aussi, rien ne permet de croire qu’elles aboutiront. Déjà, M. Torra a demandé de ne pas confondre les questions matérielles posées par M. Sanchez avec « la résolution du conflit politique » qui, selon lui, doit être abordée à part. Le dirigeant catalan a de nouveau exigé la tenue d’un référendum d’autodétermination, seule solution envisagée par les indépendantistes, et regretté de n’avoir reçu du gouvernement espagnol « aucune proposition concrète ».

Il a aussi demandé l’amnistie des neuf leaders indépendantistes condamnés pour « sédition » pour la tentative de sécession d’octobre 2017. Deux d’entre eux, les présidents des associations indépendantistes Omnium cultural et ANC, Jordi Cuixart et Jordi Sanchez, ont obtenu, jeudi 6 février, un régime de semi-liberté qui leur permettra de ne passer que les nuits en cellule. Première concession du nouveau Procureur de l’Etat, aux ordres du gouvernement socialo-communiste.

A l’issue de la réunion, d’une heure et demie, M. Sanchez a reconnu « la distance entre les positions du gouvernement de l’Espagne et celui de la Généralité » et s’est redéfini comme « un ferme défenseur du gouvernement autonome de Catalogne » car c’est « ce qui représente le mieux le pluralisme et les sentiments de la société catalane ». Pas de référendum, donc, pour le moment (la majorité des citoyens espagnols y est fermement hostile) mais un dialogue qui « va être long » et « sera très complexe », a-t-il averti. La porte-parole de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Marta Vilalta, s’est d’ailleurs montrée « sceptique » quant aux chances de succès des négociations, tout en qualifiant la réunion de jeudi « d’importante et nécessaire ».

Pour diverses raisons, tous ont, pour le moment, intérêt à participer aux négociations. Pedro Sanchez a besoin des indépendantistes catalans pour approuver la loi de finance 2020. A la veille des élections régionales catalanes anticipées que M. Torra s’est engagé à convoquer prochainement, son parti, Ensemble pour la Catalogne (JxC), veut pour sa part neutraliser son grand rival, ERC. Lequel, conscient de la fatigue du mouvement séparatiste, entend se poser comme un parti modéré et constructif et collabore déjà activement, pour des raisons politiciennes avec Pedro Sanchez. Un marché de dupes donc.

Mais personne ne doute que les tentatives de torpillage des négociations ne vont pas tarder. Aussi bien de la part des séparatistes les plus radicaux que des partis de la droite espagnole, qui ont vivement attaqué M. Sanchez, jeudi : le Parti populaire, pour avoir « présenté ses hommages à une personne condamnée pour désobéissance », en référence à la peine d’inéligibilité infligée à M. Torra, et Ciudadanos, pour avoir « humilié tous les Espagnols ». Quant à Vox (droite radicale), pour lui c’est simple, Pedro Sanchez n’est qu’un opportuniste et un traître à l’Espagne.

À quand les Fourches Caudines ?

Les Romains aux Fourches Caudines

Le 8 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Catalogne : Pedro Sanchez est allé à Canossa.”

  1. Hervé J. VOLTO février 9, 2020 à 2:30 #

    Espagnoles, todos mariconès ? non, il y a encore les partisans du Prince Don Luis-Alfonso.

    ARRIBA ESPAGNA !

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