La ceinture rouge de Paris ne sera-t-elle bientôt qu’un souvenir ?

12 Fév

On peut en tout cas l’espérer à défaut de s’étonner qu’un pouvoir stalinien ait pu perdurer aussi longtemps chez nous. Car, ne l’oubliez pas, si ces communistes-là ont été élus puis réélus pendant plus de soixante dix ans, c’est qu’une majorité d’électeurs ont continûment voté pour eux…Même si l’on connaît les méthodes utilisées pour se maintenir en place et qui ont longtemps fait preuve de leur efficacité : copinage, achat de votes par divers moyens corruptifs, collusion communautariste et bien d’autres…

C’étaient les terres de Maurice Thorez, Jacques Duclos ou Georges Marchais, secrétaires généraux qui ont marqué un Parti communiste français (PCF) à son apogée politique, entre l’après-guerre et le début des années 1980. Ainsi, le Val-de-Marne comptait plusieurs bastions rouges d’autant plus chéris par la Place du Colonel-Fabien que ses élus sont restés de tout temps dans la ligne du parti, au contraire des « rénovateurs » de Seine-Saint-Denis. Ces villes ont longtemps été jugées imprenables dans ce département. Elles sont désormais fragilisées.

Avec leurs taux inégalés de logements sociaux, leur théâtre et cinéma municipal, leurs colonies de vacances et leur solidarité internationale affichée, les municipalités du Val-de-Marne ont été le cœur du « communisme municipal », une marque de fabrique encore revendiquée. Concurrencé par les autres forces de gauche (socialistes, écologistes et chevènementistes), le PCF a dû apprendre à cogérer le département avec des partenaires. Des compromis rendus encore plus obligatoires au vu de l’érosion électorale. « Il y a une rétractation générale de l’implantation communiste dans le milieu urbain et métropolitain. Ça s’est fait par vagues. A son apogée en 1977, le parti gérait 1 500 villes représentant 8 millions d’habitants », rappelle l’historien et ancien membre de la direction du PCF Roger Martelli.

La première grosse baisse s’est produite en 1984, quand les communistes étaient au gouvernement : les élections municipales sont une catastrophe pour toute la gauche. Et si le PCF conserve le même nombre de villes, il perd du terrain dans les grandes. « Le mouvement s’est poursuivi avec des accalmies mais en décrochant dans la France urbaine, ajoute M. Martelli. Ce qui faisait leur force était un modèle original de gestion locale, un équilibre entre la modernité et la prise en compte des catégories populaires et du monde ouvrier. » Avec la désindustrialisation et la tertiarisation de la petite couronne parisienne, le modèle a été largement entamé.

Dans le département du Val-de-Marne, où le Rassemblement national (RN) est quasiment inexistant, l’affaiblissement de la forteresse rouge a permis toutes les audaces aux adversaires du PCF. Les socialistes s’y sont longtemps essayés sans grand succès. La droite a réussi dans quelques villes. La chute de Villejuif en 2014 est un exemple parfait. Une alliance inédite entre les écologistes et la droite avait fait basculer cette ville réputée imprenable depuis 1945. Cela a ouvert des appétits : aujourd’hui, c’est Ivry-sur-Seine qui est dans la ligne de mire avec une liste rassemblant Europe Ecologie-Les Verts (EELV), La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste (PS). « Depuis que je suis adhérent, en 1987, on dit que le communisme est mort. C’est une fausse idée. Aujourd’hui pour les villes de la première couronne, il se traduit, notamment, par une résistance à la spéculation immobilière grâce à la construction de logements sociaux », se rassure Philippe Bouyssou, maire d’Ivry-sur-Seine. Une alliance équivalente a également vu le jour dans la ville de Gentilly.

Les maires sortants apparaissent encore comme des élus protecteurs pour l’électorat populaire et peuvent se targuer d’avoir su conserver une attention particulière à leurs administrés grâce à des services publics préservés. Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, souligne que les mairies ont su se moderniser : « Il y a tout ce que l’on faisait avant, les politiques innovantes sur la culture, la santé, l’accès au logement. Aujourd’hui, on est à la pointe sur les cantines bio, les crèches et surtout le tarif des services pour rendre la ville accessible. » Ce qui, il faut bien le dire, n’est pas faux.

Aussi, le trésor de guerre du PCF reste important : il dirige le conseil départemental – le dernier en France – et les communes d’Ivry-sur-Seine ; Vitry-sur-Seine ; Gentilly ; Champigny-sur-Marne ; Bonneuil-sur-Marne ; Chevilly-la-Rue ; Choisy-le-Roi ; Fontenay-sous-Bois ; Valenton et Villeneuve-Saint-Georges. Les communistes sont bien partis pour conserver la majorité de ces municipalités en raison de la faiblesse générale de la gauche. Même les frères ennemis de La France insoumise en ont rabattu. Seul le Rassemblement national, s’il s’en donnait la peine, pourrait s’attaquer à ces derniers bastions.

Dans les négociations nationales engagées depuis des mois entre le PS et le PCF, on a tout fait pour atténuer les points de friction. Pour ne pas donner trop d’importance à la division qui perdure à Ivry-sur-Seine, on a sorti la ville de l’accord national d’union. « Ça se passe bien partout », souligne Pierre Jouvet, secrétaire national aux relations extérieures du PS. Place du Colonel-Fabien, on feint la sérénité totale. « Je ne suis pas inquiet mais je regrette les canailleries que certaines forces politiques nous font comme à Ivry. Ils n’ont pas joué la carte du rassemblement à un moment où il faut que l’on soit unis pour résister à la politique d’Emmanuel Macron », regrette Fabien Roussel.

En vérité, seul le Rassemblement national, s’il s’en donnait la peine, pourrait s’attaquer à ces derniers bastions…de l’ancien monde. Comme il l’a fait et continue de le faire ailleurs.

Le 12 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “La ceinture rouge de Paris ne sera-t-elle bientôt qu’un souvenir ?”

  1. Hervé J. VOLTO février 12, 2020 à 1:53 #

    Et puisqu’on parle du Rassemblement National, l’ancienne députée du Front National (devenu Rassemblement National) Marion Maréchal a assisté jeudi auprès de son grand-père et cofondateur du parti Jean-Marie Le Pen aux obsèques de Roger Holeindre, figure historique du mouvement d’extrême droite. Elle était accompgané de son fiancèe, un membre de la Ligue de Matteo Salvini.

    La présidente du RN Marine Le Pen n’était pas présente mais avait fait déposer une gerbe pour le cofondateur du parti, ancien parachutiste et partisan de l’Algérie française, décédé dans la nuit du 29 au 30 janvier près de Paris.

    L’eurodéputé et membre de la direction du RN Nicolas Bay était présent à la cérémonie, qui avait lieu dans l’église Saint Roch à Paris.

    Coiffé du béret vert des parachutistes de la Légion, l’ancien président du FN Jean-Marie Le Pen était assis au premier rang entre son ami et ancien vice-président du FN Bruno Gollnisch, qui a prononcé l’éloge funèbre, et son épouse Jany, près de laquelle se trouvait Marion Maréchal.

    Assistaient aussi à la messe, prononcée en partie en latin, Yann Le Pen, mère de Marion Maréchal et soeur de Marine Le Pen, ainsi que l’ancien dissident du FN Carl Lang, parti fonder en 2009 le Parti de la France, que M. Holeindre avait rejoint après l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du FN.

    M. Gollnisch a rendu hommage à la « ténacité » et à la « droiture » de Roger Holeindre, ancien député qui s’est occupé au FN des jeunes et a présidé un Cercle national des (anciens) combattants, fustigeant au passage un « grand remplacement démographique » et un « grand déclassement du peuple ».

    « Du terrorisme islamique délivrez-nous Seigneur ! », a lancé le père Jean-Paul Argouarc’h, de la communauté traditionaliste de Riaumont (Pas-de-Calais), en saluant chez M. Holeindre « un des derniers remparts de l’armée Française », juste avant la prière des parachutistes chantée au son des tambours.

    -S’il y en avait plus comme lui (Holeindre) on n’en serait pas là où on en est aujourd’hui ! confie en sanglotant Dominique Barassin, un ancien des troupes de la « coloniale », évoquant l’immigration-invasion qui frappe la France de plein fouet et le problème des banlieues vues comme zone de non droit devenues ingérables.

    Le cercueil a quitté l’église sous une floppée de drapeaux au son du « chant des Africains ».

  2. Hervé J. VOLTO février 12, 2020 à 5:49 #

    Mais… ces maires qui courtisent l’islam, savent-ils exactement ce qu’ils courtisent ?

    et

  3. Paul-Emic février 13, 2020 à 6:28 #

    ça va devenir un croissant vert et je ne suis pas sûr qu’on y gagne

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