Réforme des retraites : l’arnaque de la « valeur du point » est de plus en plus préoccupante.

14 Fév

Depuis la présentation du projet du gouvernement concernant les retraites (projet auquel il est encore difficile de comprendre quoi que ce soit…), deux éléments-clés continuent d’alimenter la polémique la plus vive : l’âge pivot (appelé depuis « âge d’équilibre« ), qui est le faux-nez du nouvel âge légal de départ à taux plein, et la valeur du fameux « point » qui permettra de calculer les pensions de retraites (en lieu et place de l’ex-durée de cotisation). Nous avons eu l’occasion de traiter de ces deux questions mi-janvier en montrant du doigt les manipulations d’Edouard Philippe (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/01/17/retraites-la-reculade-en-trompe-loeil-dedouard-philippe/). Nous avions même usé du mot

Et c’est aujourd’hui au sein même de la majorité LRM que le gouvernement d’Edouard Philippe est justement sommé de s’expliquer sur l’évolution de la valeur du point servant au calcul de la retraite (http://www.leparisien.fr/economie/reforme-des-retraites-le-grand-flou-de-la-valeur-du-point-12-02-2020-8258661.php). Démontrant ainsi combien les choses ne sont pas claires…Malgré les affirmations, mercredi, de la porte-parole du gouvernement, Sibeth-Patankça Ndiaye !

Elle est en effet revenue sur le sujet lors du compte-rendu du conseil des ministres. Vous en apprécierez la limpidité biblique autant que l’élégance de la syntaxe. « L’engagement, il est très clair : nous souhaitons avoir l’indexation de la valeur du point sur une donnée qui est plus dynamique que simplement l’inflation des prix d’un côté, et de l’autre côté nous avons un engagement très ferme, inscrit dans la loi, pour que la valeur du point ne baisse pas, de manière à garantir un niveau de pension adéquat pour l’ensemble des Français », a-t-elle assuré.

De quoi parle-t-on ? Jusqu’à présent, le Premier ministre avait assuré (en tout cas depuis le 11 décembre 2019, devant le Conseil économique, social et environnemental) que la loi « prévoira une indexation progressive non pas sur les prix, comme aujourd’hui, mais sur les salaires, qui, dans notre pays, augmentent plus vite que l’inflation ».

Si la mention de l’indexation sur les salaires est reprise dans l’étude d’impact publiée le 24 janvier, l’article 9 du projet de loi indique, lui, qu’elle suivra « l’évolution annuelle du revenu moyen par tête ». Une formulation devenue « revenu d’activité moyen par tête » après adoption d’un amendement gouvernemental en commission spéciale au Palais-Bourbon. Clair comme de l’eau de roche.

Problème : le 7 février, devant la bronca des députés de l’opposition taxant l’exécutif d’« amateurisme », M. Pietraszewski, secrétaire d’Etat à la réforme des retraites, a reconnu que cet indicateur « aujourd’hui n’existe pas » et reste « à créer » ! Cette mission serait confiée à l’Insee.* Pourquoi ce changement ? « Il est intéressant de le créer, parce que (…) le point ne va pas concerner que les salariés, mais l’ensemble des Français, les revenus des indépendants, des fonctionnaires, avait justifié le secrétaire d’Etat. Il est donc juste et objectif de constituer un indicateur qui concerne toutes ces populations. »

Pas de quoi faire taire les critiques. « C’est révélateur de tout le reste, déplore Pierre Roger (CFE-CGC). Cela montre la totale impréparation du gouvernement sur le sujet. » D’autant, estime-t-il, que cela revient à « prendre le contre-pied de tout ce qu’a dit l’exécutif depuis deux ans, lui qui n’a cessé de claironner qu’il n’y aurait pas de baisse des pensions car la valeur du point serait fondée sur l’évolution du salaire moyen ».

Au contraire, selon Frédéric Sève (CFDT), « il faut indexer sur l’ensemble des revenus qui concourent au système, juge-t-il. Indexer sur une partie d’entre eux serait une manipulation ». Pour Regis Mezzasalma (CGT), « c’est cohérent avec l’esprit de ce que le gouvernement veut faire ». « Mais comme on n’a pas de visibilité sur ce que ce nouvel indicateur va être, on est totalement dans l’inconnu sur ses incidences », regrette-t-il.

Si les fonctionnaires sont déjà considérés comme salariés par l’Insee, ce n’est pas le cas des indépendants (artisans, commerçants, professions libérales, autoentrepreneurs, gérants de société…), dont les revenus représentent, en masse, environ un dixième de ceux des salariés, selon l’institut. Reste à savoir comment ce « revenu d’activité moyen » sera construit.

A l’Insee, on reconnaît « avoir appris par la presse l’existence de ce sujet ». Jean-Luc Tavernier, son directeur général, indique que, pour l’heure, l’institut statistique« n’a pas été saisi » d’une demande de construction d’un nouvel indicateur. Même si « le gouvernement et le Parlement sont autorisés à demander des productions statistiques, comme l’est la société civile, cela est de toute façon réalisé de façon indépendante », prétend M. Tavernier

Pour Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, « cette revalorisation devrait être plus favorable que l’inflation, mais moins que le salaire moyen du secteur marchand ». « En effet, le gel régulier du point d’indice de la fonction publique conduit à une dynamique des salaires des fonctionnaires moins favorable que ceux du privé, souligne-t-il. Et depuis dix ans, le revenu des indépendants est moins dynamique que celui des salariés du privé. »

« A partir du moment où l’on passe à un système universel, et où l’on veut que les revenus des retraités ne décrochent pas par rapport à ceux des actifs, il est légitime d’intégrer les revenus des différents actifs », pointe Philippe Martin, patron du Conseil d’analyse économique. « D’un point de vue de communication politique, ce débat tombe mal, à un moment où le gouvernement essaie de rassurer les gens sur la valeur de leur retraite. »

Plus de deux ans de réflexions et de négociations en tout genre pour arriver à apparaître comme des amateurs…Pauvre gouvernement d’Edouard Philippe.

Le 14 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Dont beaucoup disent de plus en plus souvent qu’il n’est que le bras armé du gouvernement dans le domaine de la statistique au point de nous rappeler l’adage selon lequel « les statistiques sont la forme la plus élaborée du mensonge« .

Une Réponse to “Réforme des retraites : l’arnaque de la « valeur du point » est de plus en plus préoccupante.”

  1. Hervé J. VOLTO février 15, 2020 à 2:02 #

    Dans les années 90 on nous a expliqué comment l’euro nous apporterait la prospérité. Plus de deux décennies après, qu’en reste-t-il ?

    L’euro a de moins en moins de supporteurs et néanmoins il reste imposé au Peuple français.

    L’euro est un poison et il tue la France et vos finances. Et vos retraites aussi…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :