Le modèle économique mondial et sa gouvernance ont tout à redouter du coronavirus. Une aubaine ?

15 Fév

Nous avons tous en tête les images de l’épidémie de coronavirus : les millions de personnes confinées chez elles, les rues désertes, les usines fermées. Pensez-vous vraiment que cette situation inédite n’affectera pas durablement l’économie de la Chine et, par voie de conséquence, l’économie du monde ? Bien sûr que si. Car si en 2003, lors de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), la Chine ne représentait que de 5 à 6% du PIB mondial, c’est aujourd’hui…trois fois plus.

Depuis le début de cette nouvelle épidémie, les ports de porte-conteneurs chinois sont à l’arrêt. Rien ne part de Shanghai, premier port du monde avec 120 000 équivalents/conteneurs de 20 pieds par jour en temps normal. Plus rien non plus de Shenzhen, troisième port du monde, avec 80 000 équivalents/conteneurs/jour.

Et, en amont des ports, les usines d’assemblage (automobile, électro-ménager, électronique et télécom, etc.) et de fabrication (textile-habillement, chaussures, etc…) sont fermées sur une très vaste zone qui comprend en particulier Wuhan et Shenzhen.

Les conséquences sur l’économie locale sont énormes. Si les usines de Ford, General Motors, Volkswagen, de tous les constructeurs étrangers et chinois, sont fermées, cela veut dire aussi que celles de leur sous-traitants et fournisseurs sont à l’arrêt. Et le problème va être pire pour l’électronique et les matériels de téléphonie et d’informatique.. Apple a fermé ses sites de production en Chine.

En amont et en aval des usines, l’industrie du transport, routier, ferroviaire, fluvial, maritime est dans le coma.

Pas de production, mais pas de commercialisation non plus. Qui va acheter aujourd’hui une voiture en prenant le risque d’attraper la maladie dans une concession automobile ? Une robe dans un magasin ? On ne sort de chez soi que tous les deux jours, pour acheter de la nourriture et de l’eau en bouteilles à la supérette du coin. Mais oubliez les achats sur Internet, Ali Baba ne livre plus…

Quant aux conséquences sur nos économies occidentales, cela va aussi affecter la rentabilité des filiales chinoises des groupes étrangers. Apple, Volkswagen, PSA, mais aussi des groupes de distribution comme LVMH qui vont devoir consolider dans leurs comptes mondiaux les pertes subies en Chine.

Mais ce n’est que le commencement du problème…Car c’est là qu’on en arrive à la perturbation des chaînes logistiques internationales.

Déjà, certaines chaînes de fabrication sont arrêtées à l’étranger, par manque de pièces et de composants qui ne sortent plus de Chine : à ce jour, Hyundai en Corée, Fiat-Chrysler en Europe, Honda au Japon. Et bientôt un important constructeur automobile français…

Car il est difficile de commercialiser une voiture sans serrures de portières ou avec des serrures incomplètes s’il y manque une petite pièce métallique de trente grammes qu’on va chercher en Chine parce qu’elle coûte un centime de moins qu’en France ou en Roumanie ! Et où l’on voit que nos pays marchent sur la tête.

Pas de chance, entre-temps, en Europe, les fournisseurs alternatifs possibles de la petite pièce en question ont tous (ou à peu près) fermé à force d’être étranglés par leurs clients avec la complicité des pouvoirs publics.

Et même s’il reste un fournisseur alternatif en Europe, si la pièce est une pièce de sécurité (soumise à des tests réglementaires ou contractuels), par exemple un cliquet de serrure ou un crochet de retenue de banquette arrière, il faut compter trois mois au moins entre la commande d’un prototype et l’homologation de sécurité de la pièce…Et puis, s’il en existe encore un en Europe, tous les constructeurs et équipementiers font en ce moment la queue devant son usine pour se disputer les rares capacités de production qu’il lui reste…

Mais il n’y a pas que l’industrie automobile. Voyons par exemple l’industrie pharmaceutique qui, en ce moment, face aux épidémie, a une grande importance. Aux États-Unis, l’industrie pharmaceutique est dépendante des approvisionnements de la Chine à hauteur de 80 % en général, et cela monte à 97 % dans le domaine des antibiotiques.

Cela veut dire que les États-Unis importent 80 %, soit des médicaments, des gélules, des pilules, des ampoules injectables déjà fabriquées et conditionnées en Chine, soit des molécules actives et des excipients en vrac qui sont utilisés pour fabriquer localement aux Etats-Unis les médicaments. Et 97 % pour les antibiotiques. Mais, en ce moment-même, rien ne sort de Chine.

Des gens vont-ils mourir dans les hôpitaux par manque de médicaments?

Peut-être car il n’y a pas de stocks (ou si peu), nous sommes dans un monde du « zéro stock » et du « juste à temps ». Comprenez-vous pourquoi le directeur général de l’Organisation de la santé (OMS), après avoir fait ses génuflexions devant le président chinois, a enfin consenti à avouer que l’épidémie au coronavirus « est une très grave menace pour le monde » ?

Imaginons qu’une chaîne de fabrication de voitures s’arrête aujourd’hui en France, faute d’une pièce « critique ». Une pièce « critique » ne veut pas dire la boîte de vitesse ou le train avant ; ce peut être une petite pièce de sécurité cachée dans une serrure. Eh bien, l’arrêt de cette chaîne va lui coûter, au bas mot, 25 000 euros par heure. Faites le calcul : 25 000 euros /heure x 2 x 8 = 400 000 euros/jour quand on travaille normalement en 2 x 8.

Et cela ne concerne qu’une seule chaîne de production, à un seul endroit sur un seul modèle. Imaginez le manque à gagner si cela touche 5 usines pendant 38 jours !

Quant aux biens de consommation courante, les vêtements, les chaussures, l’électro-ménager. Qu’en est-il ? Si la crise sanitaire dure, le secteur de la distribution grand public risque être impacté lourdement par, tout simplement, manque de produits à la vente. Car, dans la distribution comme dans l’industrie, il faut plusieurs mois et des surcoûts considérables pour réformer en profondeur une stratégie d’approvisionnement.

Enfin, si la crise se prolonge, il y aura un risque de chômage partiel, fermetures de magasins, licenciements, etc.… Donc, in fine, ça va coûter de l’argent à la collectivité : soutiens financiers directs ou prêts aux secteurs affectés (cela a déjà été le cas pour le secteur automobile en 2008/2009) ; reports d’échéances fiscales et sociales pour les entreprises en difficulté de trésorerie ; coûts sociaux dus à la compensation du chômage partiel ou coût d’indemnisation des personnes licenciées ; etc. La liste est longue.

Et qui va payer ? Vous connaissez le dicton : privatisation des profits, socialisation des pertes. Donc, tout va dépendre de la durée de l’épidémie en Chine.

Ne serait-il pas temps de donner un grand coup de pied dans la fourmilière ou de renverser la table et de remettre les compteurs du mondialisme à zéro ? Est-ce si difficile ? Sans doute si l’on comprend que cela n’est qu’affaire de culture générale, de compétences et de volonté politique.

Et, au vu de nos dirigeants actuels, c’est clair, cela suppose une révolution ! En tout cas des esprits.

Le 15 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Le modèle économique mondial et sa gouvernance ont tout à redouter du coronavirus. Une aubaine ?”

  1. Hervé J. VOLTO février 16, 2020 à 9:08 #

    Une Révolution Morale ou une Révolution Royale ? Et pourquoi pas la première grâce à la seconde ?

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