Après « l’affaire Griveaux », La République en Marche est au bord du gouffre.

16 Fév

L’Histoire comme la vie nous ont appris qu’en chaque homme…sommeille un porc. C’est d’ailleurs ce qui fait de notre frère en animalerie un objet particulièrement intéressant pour les chercheurs scientifiques. Mais les hommes politiques, c’est-à-dire ni vous ni nous, les sachants aux dents longues qui rayent les planchers de nos palais, devraient aussi le savoir et connaître leurs limites dans le domaine en question. Hélas…tellement pétris de certitudes et de la tragique pensée d’être au-dessus de tout comme de tous, ils en oublient qu’ils n’en sont pas moins hommes. Est-ce compatible avec l’image qu’ils prétendent donner d’eux-mêmes ? Pas sûr et Benjamin Griveaux vient d’en faire la douloureuse expérience à la grande satisfaction de beaucoup de ses propres « amis« . Ainsi de Jérôme Durain, sénateur PS de Saône-et-Loire, où M. Griveaux fut élu : « Avec Griveaux, la première impression est toujours très bonne mais en fait, il a un mépris, un cynisme, une arrogance, une morgue… On sent une urgence, une telle pulsion de réussite, que ça a abîmé son discernement. »

Le problème, dans cette affaire où tout se tient…y compris « par la barbichette« , l’annonce du retrait de Benjamin Griveaux de la course à la Mairie de Paris, a eu l’effet d’un séisme politique  pour la majorité et l’exécutif. Impossible de réserver de la « bande passante », comme on dit en Macronie, pour autre chose tant l’événement secoue le pouvoir en place. Pire encore que la triste affaire Benalla qui était pourtant consternante…

De par son caractère inédit, d’abord : l’immixtion d’une affaire privée – la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo pornographique du candidat – dans le débat public aura rarement eu un tel impact politique. De par la personnalité du protagoniste, ensuite : Benjamin Griveaux est depuis bientôt quatre ans l’un des visages les plus connus (et même controversé) de l’aventure ayant conduit Emmanuel Macron à l’Elysée.

Vendredi matin, le premier ministre, Edouard Philippe, qui présentait une partie des candidats figurant sur sa liste pour les élections municipales au Havre, s’en est même agacé. « La décision prise par Benjamin Griveaux, je la respecte, j’aurai l’occasion de lui exprimer directement ma sympathie et mon soutien (entendez « lui passer un savon dont il se souviendra »). Mais comme il ne vous a pas échappé, et comme peut-être trouvez-vous un peu frustrant, lorsque je suis au Havre, je parle du Havre », a-t-il lancé à la presse.

Le même inconfort habitait la porte-parole du gouvernement, Sibeth-Patankça Ndiaye, et la secrétaire d’Etat-à tout faire, Marlène Schiappa, en milieu de journée, au ministère de la santé, où les deux femmes avaient rejoint leur collègue chargé des retraites, Laurent Pietraszewski, pour parler de la réforme en présence de députés. Lors du point-presse organisé à l’issue de la rencontre, c’est Sibeth-Patankça Ndiaye qui s’est acquittée de la tâche délicate de poser des mots sur cette « décision extrêmement courageuse (sic)» de M. Griveaux. « Une décision qu’il a prise seul, ou tout du moins dans un cercle intime familial », a souligné cette proche de l’ancien porte-parole du gouvernement, tout en dénonçant « une campagne de bassesse » et de « boules puantes ». À moins qu’il ne s’agisse de boomerangs !

Visage fermé, Mme Schiappa s’est, quant à elle et pour la deuxième fois dans la journée, éclipsée sous ses grosse lunettes de soleil, sans s’exprimer sur le sujet. Pressentie comme un possible recours, celle qui figure sur la liste de La République en marche (LRM) dans le 14arrondissement de Paris a fait savoir qu’elle ne comptait pas remplacer M. Griveaux.

Sa collègue ministre de la santé, Agnès Buzyn, déjà présentée ces derniers mois comme un possible « plan B » pour remplacer M. Griveaux, s’est montrée, quant à elle, moins catégorique. « Je n’ai pas de commentaire utile à faire sur cette histoire. Ça n’est ni le lieu ni le moment pour penser à ça », a-t-elle déclaré lors d’une visite à Carry-le-Rouet (Bouches-du-Rhône), où des Français rapatriés de Chine sont logés. Relancée par une journaliste au sujet d’une possible candidature, Mme Buzyn a éludé : « Je n’y ai pas réfléchi. » L’hypothèse serait en tout cas appréciée au sein de la majorité. « Le nom d’Agnès revient régulièrement », souligne une figure de la Macronie. Alors, « La Buse » montera-t-elle au front pour sauver le soldat Griveaux ? A notre avis, elle a beaucoup à y perdre.

Tout au long de la journée, de 12 h 30 à 20 h 30, le délégué général de LRM, Stanislas Guerini, a tâché, pour sa part, d’organiser la suite en recevant des cadres de la campagne parisienne, ainsi que des membres de la commission d’investiture du parti ou des représentants de mouvements partenaires des macronistes. Avec un objectif en tête : aller vite. Une nouvelle réunion devait se tenir, samedi, au siège du parti pour poursuivre les négociations. Dans un communiqué diffusé vendredi soir, M. Guerini a assuré vouloir que le nom « du/de la candidat(e) choisi(e) pour porter le projet de la majorité présidentielle à Paris soit connu, au plus tard, en début de semaine prochaine ».

« Il y a deux scénarios, décrypte un ténor de la majorité. L’un acte le grand risque de défaite, et vise juste à faire en sorte d’avoir une campagne digne. Le deuxième, qui a moins de chance de se produire, vise à renverser la table. » En clair, à réaliser un rassemblement plus large que celui initialement prévu autour de Benjamin Griveaux, en incluant le dissident prétendument macroniste Cédric Villani ainsi que des écologistes. Un scénario qui aurait l’heur de plaire à l’ex-secrétaire d’Etat et député LRM de Paris, Mounir Mahjoubi ( « la cocotte en papier » pour les intimes et celui dont Griveaux lui-même disait à propos de sa candidature à Paris : « Bon…no comment !« ) présenté comme un potentiel recours. « Beaucoup de marcheurs me demandent d’être candidat. Mais ce candidat ne sera pas que celui d’En marche !, c’est un candidat du rassemblement », a-t-il souligné.

Des contacts entre l’équipe de Cédric Villani et LRM ont en tout cas eu lieu vendredi. Selon un haut cadre de la Macronie, les chances de les voir aboutir seraient minces. Un autre scénario évoqué mènerait, quant à lui, à une candidature de la maire (ex-Les Républicains) du 9arrondissement de Paris, Delphine Bürkli. Bref, on cherche encore….

Au-delà des municipales, cette affaire vient entraver l’opération de reconquête de l’opinion publique qu’Emmanuel Macron venait de lancer pour sortir du marasme généré par la réforme des retraites – le texte doit arriver en séance publique à l’Assemblée nationale, lundi, alors que l’on ne connaît encore pas la vérité sur les réels projets du pouvoir. Or, déjà lancé dans une précampagne présidentielle en vue de 2022, le chef de l’Etat comptait alterner ces prochaines semaines les « séquences » liées à l’écologie, pour reconquérir l’électorat de centre gauche, comme il l’a fait jeudi sur les pentes du mont Blanc, et d’autres consacrées au régalien, pour conforter les électeurs de centre droit.

Emmanuel Macron lançant ses filets à la nuit tombée

« On ne peut pas rester là-dessus pendant une semaine, on doit avancer », estime ainsi l’inénarrable Aurore Bergé, députée (LRM) des Yvelines, pour qui cette « affaire Griveaux » doit néanmoins « nous interroger sur ces méthodes de déstabilisation et le risque sur la présidentielle ». « Je prie (sic) pour que la société politique et médiatique ait la réaction adaptée à cet événement. Il faut organiser un cordon sanitaire (re-sic) autour de la société démocratique », abonde Gilles Le Gendre, président du groupe LRM à l’Assemblée nationale et qui, décidément, ne doute de rien.

Encore deux ans et trois mois à ramer comme des malades pour, enfin, comprendre que nous avions raison en 2017 :

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Le 16 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Après « l’affaire Griveaux », La République en Marche est au bord du gouffre.”

  1. Hervé J. VOLTO février 16, 2020 à 10:20 #

    Le journal LE POINT tritrait ces jours-ci :

    Coignard – Benjamin Griveaux n’est pas un footballeur !
    https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sophie-coignard/coignard-benjamin-griveaux-n-est-pas-un-footballeur-15-02-2020-2362813_2134.php

    En gros, Benjamin Griveaux n’est pas un footballeur : Il est diplômé de Sciences Po Paris et de HEC. Il a été un des proches collaborateurs de Dominique Strauss-Kahn. Après avoir été membre du cabinet de la ministre de la Santé Marisol Touraine de 2012 à 2014, il finira par rejoindre la campagne d’Emmanuel Macron. À l’époque, il était également le lobbyiste du groupe immobilier Unibail-Rodamco. En 2017, il est devenu secrétaire d’État, porte-parole du gouvernement, puis candidat à la Mairie de Paris. Bref, c’est un jeune quadragénaire, mais ce n’est pas un beauf de l’immeuble d’en face.

    L’immixtion d’une affaire privée –la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo pornographique du candidat en compganie d’une femme qui n’est pas son épouse– dans le débat public aura rarement eu un tel impact politique.

    -Comment le candidat à la Mairie de Paris a-t-il pu ignorer les risques qu’il prenait ? s’interroge Sophie Coignard. Désinvolture ? Inconscience ? Mépris d’autrui ?

    Benjamin Griveaux vient de faire une très douleurse douloureuse expérience à la grande satisfaction de beaucoup de ses propres « amis« . Ainsi de Jérôme Durain, sénateur PS de Saône-et-Loire, où M. Griveaux fut élu :

    -Avec Griveaux, la première impression est toujours très bonne mais en fait, il a un mépris, un cynisme, une arrogance, une morgue… On sent une urgence, une telle pulsion de réussite, que ça a abîmé son discernement.

    Agnès Buzyn serait pressentit pour le remplacer…

  2. Hervé J. VOLTO février 18, 2020 à 9:02 #

    Il existe un proverbe napolitain que M. Grivautlt devrait méditer :

    -Si tu ne ve pas te l’attendre, ne la fait pas !

    Comprenez :

    -Si tu ne ve pas te l’attendre (la conséquance), ne la fait pas (la connerie) !

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