L’économie italienne, déjà mal en point, a tout à craindre de l’épidémie de coronavirus.

26 Fév

Bien sûr, la fermeture de La Fenice de Venise, du Théâtre de la Scala ou de la cathédrale de Milan à cause de la soudaine irruption en Italie de l’épidémie due au coronavirus auront fortement marqué les esprits. De même, l’interruption prématurée du carnaval de Venise n’a pas manqué de semer l’inquiétude chez les touristes présents mais aussi…les commerçants de la ville.

Pourtant une autre nouvelle est nettement plus préoccupante pour l’Italie. Samedi 22 février, le conseil d’administration du Mido, le plus important salon international consacré au monde de l’optique et de l’ophtalmologie, a décidé de renvoyer sine die son édition du cinquantenaire, programmée du 29 février au 2 mars sur l’espace de la Foire de Milan, à Rho.

Plus de 1 200 exposants, 50 000 visiteurs attendus : l’événement est un des temps forts de l’année milanaise, en même temps qu’une des nombreuses manifestations du dynamisme actuel de la capitale lombarde, devenue ces dernières années un lieu central dans le monde de la mode et du design. Devant l’aggravation de la crise sanitaire et alors que les autorités commençaient à prendre les premières mesures de restriction, les organisateurs n’ont pas eu le choix. D’ailleurs, depuis le week-end, les annulations d’événements en tout genre se sont multipliées, tandis que la fashion week milanaise s’achevait dans la confusion et la fuite du public.

De toute façon, les visiteurs eux-mêmes ne viennent plus : lundi, selon Federalberghi (la fédération des professionnels italiens de l’hôtellerie), le taux d’annulation des séjours à Milan était de 30 %, tandis que de nombreuses multinationales ont décidé de reporter les voyages professionnels de leurs salariés dans la Péninsule, en attendant d’y voir plus clair. Pour l’heure, l’effet de souffle est considérable et semble appelé à durer. Ainsi, la Foire du livre de jeunesse de Bologne, moment important de la vie éditoriale italienne, qui était initialement programmée du 30 mars au 2 avril, a d’ores et déjà été reportée du 4 au 7 mai. Si Dieu le veut…

« Il ne faut pas bloquer Milan », criait encore, dimanche, le maire de la ville, Giuseppe Sala, craignant les effets économiques dévastateurs d’un black-out. Mais rien n’y a fait : dans les heures qui ont suivi, le gouverneur de la région Lombardie, Attilio Fontana, décrétait l’arrêt de tous les rassemblements, en même temps que la fermeture des écoles et des principaux lieux publics. Même l’évêché de Milan n’a eu d’autre choix que de suspendre les messes dans les églises du diocèse.

L’accumulation de ces nouvelles ainsi que la crainte d’une aggravation des restrictions ont provoqué à partir de samedi une véritable ruée sur les supermarchés, les habitants s’empressant de stocker des produits de première nécessité en cas de quarantaine prolongée. « On a vu des gens sortir de chez Esselunga [une chaîne de supermarchés très présente dans le nord du pays] avec 10 kilos de farine. Ils croient quoi ? Qu’ils vont se mettre à faire le pain chez eux ? »,s’amusait ainsi un habitant de Milan, lundi soir, agacé par l’ambiance de psychose qui semblait s’être emparée de sa ville, accentuée par les photographies de rayons vides diffusées sur les réseaux sociaux.

Mais, depuis le début de l’aggravation de la crise sanitaire, vendredi 21 février, la machine productive italienne est à l’arrêt. Le choc est d’autant plus violent que les régions touchées par l’épidémie – et surtout par la panique qu’elle provoque – correspondent au cœur de l’activité économique du pays. Principale région affectée – mardi matin, 172 des 229 malades recensés en étaient des résidents –, la Lombardie, 9 millions d’habitants, représente à elle seule plus de 20 % du produit intérieur brut (PIB) italien et, si l’on ajoute à cela les deux autres régions également touchées, la Vénétie et l’Emilie-Romagne, c’est l’ensemble du tissu productif du nord du pays qui est ébranlé.

Pour l’économie italienne, ces nouvelles alarmantes ne pouvaient plus mal tomber, alors que les dernières données statistiques laissaient entrevoir, pour le pays, le risque d’une nouvelle phase de récession. Avec une contraction de l’activité de 0,3 % lors du dernier trimestre 2019 et peu d’espoir d’amélioration de la conjoncture dans les prochains mois (selon les dernières prévisions de la Commission européenne, rendues publiques le 13 février, avant le début de la crise sanitaire, le pays ne peut pas espérer plus de 0,3 % de croissance pour 2020), l’horizon s’est encore obscurci.

Depuis la réunion du G20 de Riyad, le gouverneur de la Banque d’Italie, Ignazio Visco, a évoqué un effet négatif à hauteur de 0,2 point de PIB pour le pays, mais, si le blocage s’installe dans la durée et même si une partie du retard accumulé sera nécessairement rattrapée, l’effet risque d’être beaucoup plus lourd : « Si l’on ne voit pas rapidement les effets d’une reprise, alors une action coordonnée sera nécessaire », a ainsi averti M. Visco. Or, côté italien, les marges de manœuvre budgétaires sont très faibles… Dans un reflet fidèle de l’inquiétude générale, lundi soir, la Bourse de Milan a clôturé en baisse de 5,4 %.

En frappant les régions productives les plus dynamiques du pays, la crise due au coronavirus a également atteint un autre moteur important de l’économie italienne, l’industrie du tourisme. En décidant d’arrêter deux jours avant son terme le carnaval de Venise, le maire de la ville, Luigi Brugnaro, n’a fait que tirer, la mort dans l’âme, les conséquences de la situation. 

Partout, en Italie, la fête semble bien finie. Mais ne  rêvons pas, nous Français, car…le nuage radioactif ne s’arrêtera pas nécessairement à la frontière, comme en 1986 !

Le 26 février 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “L’économie italienne, déjà mal en point, a tout à craindre de l’épidémie de coronavirus.”

  1. Hervé J. VOLTO février 26, 2020 à 3:46 #

    L’ambiance de psychose qui semble s’être emparée de l’Italie est accentuée par des médias faisant du sensasionalisme pour vendre du tirage ou de l’écoute et par les photographies de rayons de supermarchés vides diffusées sur des réseaux sociaux irresponsables.

    Face aux marchands de peur à l’italienne, gare à l’excès inverse de de confiance, à la Française…

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