Le nombre de malades du coronavirus est largement sous-évalué et en voici la raison.

12 Mar

Le pire est dans ce constat et son corollaire, combien allons-nous avoir dans les prochaines semaines de formes graves de pneumonie au coronavirus et, donc, nécessitant de lourdes prises en charges de réanimation. La question liée à cela étant la suivante : CES MALADES POURRONT-ILS ETRE PRIS EN CHARGE DANS NOS HÔPITAUX OU VERRONS-NOUS S’INSTALLER UNE SITUATION « À L’ITALIENNE » ? C’est-à-dire une situation dans laquelle les services hospitaliers de réanimation renoncent à ventiler les malades de plus de 75 ans, tant ils sont débordés. Cet eugénisme déjà réclamé il y a quelques années par le conseiller politique de François Mitterrand, Jacques Attali…*

En voici la démonstration. Au centre de régulation du SAMU des Yvelines, où le nombre d’appels a été multiplié par quatre en moins d’un mois, le coronavirus est le sujet de presque toutes les demandes. « Les gens veulent tous être testés, il y a une anxiété épouvantable avec ce qui se passe en Italie », raconte le docteur Wilfrid Sammut, le représentant départemental de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF).

Passage obligé pour obtenir une prescription pour un test, le 15 limite désormais ses ordonnances. « On est hors cadre par rapport à ce qu’on nous demande », à savoir continuer à tester des personnes pas ou peu symptomatiques pour « rechercher le cas zéro », explique le docteur Sammut. « Vu le nombre de personnes contaminées, dit-il, on a pris le parti de ne tester que les cas potentiellement graves, les sujets âgés symptomatiques et les soignants. »

En ligne avec ce changement de stratégie, plusieurs hôpitaux ont aussi fait évoluer leur politique en matière de dépistage. Reconnaissant ne pas être « en capacité » de tester les autres patients, Marc Noizet, le chef des urgences de l’hôpital Emile-Muller de Mulhouse (Haut-Rhin), a annoncé, mardi 10 mars, ne plus prélever depuis une semaine tous les patients présentant une suspicion de coronavirus, mais uniquement ceux « qui sont hospitalisés et qui présentent des critères de sévérité ». Une décision similaire a été prise à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). « Nous sommes limités par le nombre de tests que nous pouvons réaliser : les virologues ne peuvent pas travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept », lâche le professeur Eric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Rappelant que certains décès attribués au coronavirus peuvent avoir pour cause d’autres pathologies dont souffraient les patients, l’infectiologue estime qu’il y a dans le bilan publié chaque jour par le ministère de la santé « trop de morts et pas assez de cas, puisqu’on ne teste pas tout le monde ». Le décompte est d’autant plus biaisé que les critères pour obtenir un test varient d’un département à l’autre. Là où le virus est encore peu présent, l’objectif reste de dépister tous les cas suspects, et d’identifier les « patients zéro » pour circonscrire sa diffusion. Là où il circule activement, cette approche est abandonnée, et les tests réservés aux soignants pour orienter les soins. Résultat : de plus en plus de patients NE SONT PAS TESTÉS. Et donc laissés dans la nature et à leur libre arbitre.

Cette stratégie à deux vitesses laisse perplexes des patients présentant des symptômes grippaux ou estimant avoir été exposés, contraints de rester à l’isolement sans pour autant avoir la certitude d’être contaminés. « Il semblerait que les tests soient inaccessibles pour le commun des mortels », déplore une habitante de l’Oise contrainte au confinement. Un constat partagé par les médecins généralistes. « Nous, les médecins de base, on peut savoir si un cas est grave ou pas, mais on a besoin d’un test pour savoir s’il s’agit d’un coronavirus, d’une bronchite ou d’un autre virus », explique une généraliste à La Roche-sur-Yon, en Vendée.

Après avoir appelé une fois le 15 pour solliciter un avis sur un cas suspect, elle n’a pas renouvelé l’expérience. « Sur une consultation de vingt minutes, je n’ai pas le temps d’appeler quelqu’un qui va décrocher au bout de quinze minutes pour me dire je ne sais pas et me refuser un test », raconte-t-elle. Elle-même un peu enrouée depuis quelques jours, elle aurait bien aimé être fixée afin de savoir si elle est contagieuse. « Mais je ne rentre pas dans les critères, ce n’est pas possible… », regrette-t-elle.

Cette situation pourrait toutefois changer bientôt. Un décret paru dimanche 8 mars autorise désormais les laboratoires de ville à réaliser les tests d’infection au SARS-CoV-2. Le retentissement médiatique autour de cette annonce a toutefois pris de court les biologistes. « Tous les quarts d’heure, on nous appelle pour nous demander si on fait le test », soupire Annie Vatré, biologiste à la tête du laboratoire d’analyses Richelieu, situé dans le 2arrondissement, à Paris. « On a donné aux patients l’impression que c’était en accès libre ! », s’esclaffe Laurent Kbaier, biologiste à la tête du laboratoire de la Gare à Hyères (Var).

Désormais en première ligne face à des malades anxieux, les biologistes s’avouent pour l’instant un peu démunis. « Le 15 vient de nous envoyer un patient pour un dépistage du Covid, mais rien n’est prêt », s’agace M. Kbaier. Les tests ne sont pas encore arrivés, pas plus que les équipements de protection indispensables au prélèvement des patients. « En pleurant à la pharmacie, nous avons obtenu une boîte de cinquante masques chirurgicaux. Une boîte !, s’étonne encore Annie Vatré. Et pour prélever les malades, nous devons nous habiller comme des cosmonautes, mais nous n’avons reçu aucune combinaison. »

Les biologistes de ville ne figuraient en effet pas sur la liste des bénéficiaires des dix millions de masques chirurgicaux distribués la semaine dernière par l’Etat aux professionnels de santé. « C’est un gros bug du ministère », juge Lionel Barrand, le président du Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM), pour qui il est « hors de question de pratiquer ces tests invasifs sans masques FFP2 », des modèles renforcés aujourd’hui indisponibles pour les médecins libéraux.

Surtout, les biologistes craignent les contaminations croisées dans les salles d’attente, souvent remplies de personnes fragiles. « Ce matin, une trentaine de personnes attendaient d’être prélevées debout, les unes à côté des autres. Je me suis dit : si une seule a le coronavirus, toutes les autres vont être infectées », témoigne Laurent Kbaier, qui s’est décidé à placarder une affiche sur sa porte, demandant aux malades présentant des symptômes grippaux de ne plus entrer. Une situation à laquelle le ministère a en partie répondu lundi soir. Les laboratoires sont encouragés à « se déplacer au domicile » des patients qui devront être testés, a annoncé le directeur général de la santé, Jérôme Salomon. C’est déjà mieux.

Mais, hélas, face au nombre de cas suspects qui vont être de plus en plus nombreux, l’intendance ne pourra pas suivre et beaucoup de malades ne pourront être dépistés. Quant aux formes graves…on verra plus tard. Si les malades ont survécu.

Le 12 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Ce texte est extrait de l’interview de M. Jacques Attali publié par Michel Salomon dans son livre « l’Avenir de la Vie » (Segher éd., 1981).

4 Réponses to “Le nombre de malades du coronavirus est largement sous-évalué et en voici la raison.”

  1. Paul-Emic mars 12, 2020 à 4:43 #

    Les tests sont réservés aux cas qu’il n’y aurait pas besoin de tester comme les retours de zones à risque ou la probabilité est très forte, par contre les contaminés Vulgum pecus sont systématiquement classés grippe après qu’on leur a refusé le test.
    La raison ? primordialement il n’y a pas assez de tests et il coute cher, deuxièmement, ça évite de pratiquer la quarantaine et de fermer les établissements comme les aéroports alors qu’il y a de nombreux cas de « grippe » et qu’il serait bien étonnant que le personnel des aéroports qui est en première ligne ne soit pas contaminé.

  2. Hervé J. VOLTO mars 12, 2020 à 4:48 #

    En Italie, c’est pareil : ils « cachent les cornes ». Votre serviteur sait que le CER possède des correspondants à Rome et qu’à Rome, la situation est peut-être plus fluide qu’en Lombardie ou en Emilie-Romagne. Mais il faut que vous sachiez que toute l’Italie a été déclarée ZONE ROUGE, des lois d’exception ont été émises, le couvre feu est déclaré même quand la commune (c’est le cas où nous habitons) n’est pas encore en quarantaine : ce n’est pas une vision exagérée des choses. Beaucoups de commerces, beaucoups d’hotels, de bars et de restaurants- ferment faute de clients, pareil pour les compagnies de transport, publiques et privés, les bus de circulent plus, les grands spectacles, concert, évènement sportifs et de mode sont anulés, les grandes rfaces sont rpises d’assaut, les centrales de distribution sont paralysées et… les agences de sécurités avec !

    Meme si tout celà est excessif, le sensasionalisme médiatique exagéré et les fakesnews circulant sur les résaux sociaux contribuent à augmenter la panique de nos cousins transalpins, qui ont déjà le sang chaud.

    Et çà licencie à tour de bras Outre-Alpes. Les choses s’y font sérieuses…

  3. Louis Chiren mars 13, 2020 à 3:30 #

    « C’est-à-dire une situation dans laquelle les services hospitaliers de réanimation renoncent à ventiler les malades de plus de 75 ans, tant ils sont débordés. Cet eugénisme déjà réclamé il y a quelques années par le conseiller politique de François Mitterrand, Jacques Attali… ».
    Ce monsieur qui a 76 ans donnera-t-il l’exemple pour être en phase avec sa pensée moribonde ?

    • Paul-Emic mars 13, 2020 à 7:25 #

      si le coronavirus est ce que je pense, à savoir un élément de complot, Attali et consorts n’ont rien à craindre de coronavirus. le vaccin existe

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