Royaume-Uni : avec le Brexit et Boris Johnson, c’est la fin de l’austérité.

13 Mar

Il l’avait promis et, Oh! surprise (pour nos hommes et femmes politiques), il tient ses promesses ! C’est d’ailleurs pour cette raison que lui-même et son parti conservateur ont remporté un tel succès aux élections législatives de décembre 2019.

En privé, un officiel du Trésor britannique résume le message du gouvernement d’un terme hautement technique : « It’s a fuckload of money » (« c’est un putain de paquet d’argent ») ! Le budget britannique, présenté mercredi 11 mars, met, en effet, énormément d’argent sur la table. Par rapport à ce qui était déjà prévu, l’Etat va dépenser 175 milliards de livres sterling (200 milliards d’euros) supplémentaires lors des cinq prochaines années. Pour l’année fiscale qui vient, d’avril 2020 à mars 2021, le plan de relance s’élève à 18 milliards de livres, auxquels ont été ajoutés dans l’urgence 12 milliards pour faire face à l’épidémie due au coronavirus. Au total, cela représente 1,5 % du produit intérieur brut (PIB), un niveau similaire à celui présenté pendant la crise financière de 2008.

Les années suivantes, le temps que certains grands travaux se mettent en branle, l’argent coulera encore plus à flot, avec environ 2 % de PIB supplémentaires injectés dans l’économie. L’austérité, débutée en 2010 et progressivement réduite depuis quatre ans, est bel et bien finie. Le premier budget de l’ère post-Brexit est un retour aux bonnes vieilles méthodes : la relance keynésienne.

Inévitablement, vu les circonstances, Rishi Sunak, le nouveau chancelier de l’Echiquier, a consacré une moitié de son discours au Covid-19. « Je sais que les gens sont inquiets. Mais nous allons tout faire pour nous assurer que ce pays et ses habitants restent en bonne santé et financièrement solides. » Des allocations d’urgence vont être accordées aux Britanniques forcés à se mettre en quarantaine, les entreprises vont pouvoir différer certains impôts, recevront des aides spéciales, et des fonds d’urgence sont débloqués pour les services de santé.

Ces décisions, conclues à minuit et demi la veille du budget, cache un virage majeur de la politique économique britannique. « C’est le cadeau budgétaire le plus important depuis 1992 », analyse l’Office for Budget Responsibility, l’organisme indépendant chargé de réaliser les prévisions économiques et budgétaires du gouvernement. A l’époque, John Major venait de devenir premier ministre et les conservateurs craignaient de perdre les élections organisées quelques mois plus tard. Cette fois, il s’agit de préparer le pays à l’ère post-Brexit. C’est une façon aussi d’amortir le possible choc économique provoqué par la sortie de l’Union européenne, en particulier s’il n’y a pas d’accord avec Bruxelles à la fin de l’année.

Les dépenses augmentent tous azimuts, au niveau du budget courant mais aussi – et surtout – dans les dépenses d’investissement. Celles-ci doivent tripler par rapport à la moyenne des quarante dernières années, pour atteindre 70 milliards de livres par an d’ici 2025. Corrigé de l’inflation, ce montant sera le plus élevé depuis 1955.

Des routes, des trains, de la fibre optique… Des travaux d’infrastructure sont prévus un peu partout dans le pays, en particulier dans le nord de l’Angleterre, longtemps délaissé et nouvelle terre électorale conservatrice, que Boris Johnson, le premier ministre, entend cajoler. « J’annonce aujourd’hui notre plus grand plan d’investissement dans des routes stratégiques et des autoroutes : 27 milliards de livres pour payer vingt liaisons reliant des ports et des aéroports, plus de cent carrefours, 4 000 miles de routes… », explique M. Sunak. Un programme de construction de logements sociaux est aussi annoncé.

Obsession de Dominic Cummings, le très influent conseiller de M. Johnson, le gouvernement britannique va également injecter de l’argent dans la recherche et le développement, avec une hausse de 15 % de ce budget dès 2021. Objectif : que les dépenses dans ce domaine, y compris avec les investissements privés, atteignent à terme 2,4 % du PIB, « plus haut que les Etats-Unis, la Chine, la France et le Japon », explique M. Sunak. Cela comprend, notamment, la création d’une agence qui va se lancer dans des projets « à hauts risques », non pas qu’ils soient dangereux mais parce que leur retour sur investissement est très lointain et aléatoire. Elle bénéficiera d’un budget de presque un milliard d’euros.

D’où vient tout cet argent ? Essentiellement, il s’agit de creuser le déficit. Actuellement de 2,2 % du PIB après des années d’assainissement des finances publiques, celui-ci sera, l’année prochaine, de 2,8 %. Les années suivantes, le niveau doit rester sensiblement le même. Fini l’objectif officiel d’essayer d’équilibrer le budget, auquel s’accrochaient les gouvernements successifs de David Cameron et de Theresa May. Quant à la dette, qui était censée baisser, elle est désormais sur une trajectoire stable, autour de 83 % du PIB. Donc très inférieure à celle de…la France !

Dans les rangs des conservateurs, cette abondance budgétaire provoque d’ailleurs quelques tensions. Une certaine Theresa May, aujourd’hui simple député, a fait une sortie remarquée aux Communes. « Bien que dépenser beaucoup d’argent puisse être populaire et puisse sembler naturel, il est bien sûr nécessaire d’évaluer de façon réaliste l’impact de long terme de ces décisions. » M. Johnson, qui lui avait savonné la planche pendant des années, sera surveillé de près. C’est de bonne guerre entre amis.

Bon vent Boris. Car quand aurons-nous un décideur de votre trempe ?…

Le 13 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Royaume-Uni : avec le Brexit et Boris Johnson, c’est la fin de l’austérité.”

  1. Hervé J. VOLTO mars 13, 2020 à 3:24 #

    Le geste, un peu extrême pour une belle femme, d’une parlementaire de FRATELLI D’ITALIA, parti de Giorgia Mellonni, à des étudiants d’ultra-gauche venus la chahuter
    https://www.corriere.it/Primo_Piano/Politica/2005/10_Ottobre/25/santanche.shtml

    résume mieux qu’un long discourt ce que nous avons à répondre à cette gauche qui nous em… bète des eux côté des Alpes.

    Comme les anglais avec Bruxelles : du genre LA REPONSE DE GUTTEMBERG A MAC LUHAN
    https://jetudielacom.com/gutenberg-vs-mac-luhan/

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