Nous souhaitons qu’il vive assez vieux pour pouvoir expier ses crimes.

16 Mar

Le 24 mars, Guy Malandain a prévu, sans la moindre honte, de recevoir le gratin des Yvelines pour inaugurer une place Arnaud-Beltrame. Le maire de Trappes veut rendre hommage à cet officier supérieur de la gendarmerie française qui avait pris la place d’un otage au cours de l’attaque terroriste islamiste d’un supermarché de Trèbes, dans l’Aude, en mars 2018.

Plus de cent cinquante communes françaises ont donné son nom à une place ou à un jardin. Mais, à Trappes, l’événement prend un tour plus symbolique qu’ailleurs. Entre 2014 et 2016, 67 racailles ont quitté cette ville pour rejoindre l’EI, en Irak puis en Syrie : un record européen, loin devant la commune belge de Molenbeek. Mais un record dont il n’y a pas de quoi être fier.

Ce sont heureusement presque autant de morts et, pour Guy Malandain, comme une grosse tache sur son bilan. Sa gageure ? Eviter qu’on en parle, pour ne pas abîmer la vision idyllique qu’il tente de donner de ses mandatures. Monsieur le maire brigue un quatrième mandat et se moque bien que ses adversaires dissertent sur son âge, « 82 ans aux cerises », pourvu qu’on évite le grand tabou : la radicalisation islamiste dans sa commune. S’il l’évoque, c’est pour Trèbes, pas pour Trappes. Et deux jours après le second tour des municipales.

Né en 1937, Guy Malandain a traversé tout l’échiquier de la vie politique française : ancien de la SFIO, chevènementiste, puis divers gauche sans étiquette avant de finir derrière Emmanuel Macron… Il est difficile de le rattacher à une famille de pensée, tant il a l’art de naviguer dans ces formations. « En 2026, il finira chez Les Républicains ! », s’amusent certains.

En 2001, sur la promesse d’une mosquée, il avait mis fin au règne des communistes, en place depuis 1945. Pour y parvenir, il avait fait alliance avec les leaders de l’Union des musulmans de Trappes, deux ingénieurs proches des Frères musulmans, puis permis la construction d’une « très grande mosquée », capable d’attirer des fidèles bien au-delà de la ville. Bon nombre de vieux « rouges » ne lui ont toujours pas pardonné cette alliance. « Il a échangé le parti contre cette mosquée », pestait son prédécesseur communiste à la mairie. Il est un exemple de

Cette fois, changement de cap : par l’intermédiaire de sa première adjointe et plus proche conseillère, Jeanine Mary, il a obtenu le soutien de… La République en marche (LRM). Alors que, mi-février, Emmanuel Macron a fait du « séparatisme » religieux le nouvel « ennemi » national, l’homme qui règne sur Trappes depuis près de vingt ans a reçu l’imprimatur du parti présidentiel. Une démonstration supplémentaire de ce que nous appelons

Quelques semaines auparavant, LRM avait tenté d’investir le populaire Mustapha Larbaoui, ex-président du club de football local (avouez que ce n’était pas une meilleure idée…). Ce pharmacien jovial a longtemps mené des actions contre les signes trop ostentatoires de religiosité. « La religion relève du privé et je crois que seule cette conception libère les gens », affirmait-il lorsqu’il dirigeait encore L’Etoile sportive de Trappes. Mais il s’est lassé des procédures de la commission d’investiture du parti du président : « J’avais l’impression d’être face à un chasseur de tête faisant un casting », résume-t-il. Le voici en tandem derrière Othman Nasrou (sic), conseiller régional Les Républicains (LR), face à un maire de 82 ans, macroniste de circonstance…

Pour faire bonne mesure, le maire sortant a aussi obtenu le soutien du Parti socialiste (PS). « Nous avons vérifié qu’il n’avait pas soutenu la politique gouvernementale, pour ne pas nous retrouver en porte à faux », explique le patron des socialistes, Olivier Faure. Le casus belli de base ! Mais qui se soucie qu’il  » courtise l’islamisme » ?…

Ces gens sont fous.

D’ailleurs, le bilan du maire en matière de radicalisation, les 67 départs au djihad ? « Je ne suis pas au courant », ose répondre encore le premier secrétaire du PS. Celui-ci a préféré s’allier à LRM plutôt que d’offrir son soutien à un jeune homme venu lui aussi du PS : Ali Rabeh (ça ne s’invente pas), 35 ans, ancien chef de cabinet de Benoît Hamon. Le candidat de Génération.s soupire : « Les socialistes ont perdu la boussole. Entre un candidat de 82 ans soutenu par le parti de Macron et un autre qui rassemble la gauche, ils n’auraient pas dû hésiter. » D’autant qu’en fin de compte…ils sont tous Magrébins !

Ces gens sont bien fous.

Le maire a longtemps pensé que la « mode » religieuse (ndcer: ce terme exprime de la façon la plus claire qui soit que ce maire n’a absolument rien compris à l’islam) passerait en rénovant sa ville. C’était d’ailleurs la grande idée des années 1990 : en finir avec les barres et les tours pour régler à la fois la délinquance, le communautarisme et le mal-être. Trappes a été très largement rebâtie à l’époque où le maître-mot pour expliquer le développement de l’islamisme dans nos banlieues était qu’elles soufraient de la misère sociale. La même époque où l’on inondait ces lieux de non-droit des généreux crédits de la politique de la ville. Plus de cent milliards d’euros dépensés en pure perte puisque la situation, aujourd’hui…est pire qu’hier.

Mais les 67 départs au djihad sont venus rappeler qu’un changement de décor ne suffisait pas. Aucun des rivaux du maire, de droite ou de gauche – le Rassemblement national ne se présente pas à Trappes –, ne l’attaque pourtant sur la radicalisation. « Pas une personne ne m’a parlé de ce sujet durant la campagne », assure ainsi Mustapha Larbaoui, comme si le déni du maire était aussi celui de toute la population. « Personne à Trappes ne fait allusion ni à l’EI ni aux salafistes, remarque le soutien d’Ali Rabeh, l’islamologue Rachid Benzine, dont la pièce Lettre à Nour tourne dans les collèges et les lycées, comme une alerte contre la radicalisation. Car l’évoquer, ce serait reconnaître les risques du séparatisme dont parle Macron et, aux yeux d’une partie de la population, stigmatiser l’islam. »

Pourtant, ce sont parfois des fratries entières qui, en 2014, l’année des grands départs, ont gagné la Syrie. Des grappes de racailles, souvent issus d’un même « square » – une des particularités de Trappes, où les communistes avaient préféré aux cités ces petits ensembles d’immeubles fermés autour d’une pelouse ou de jeux.

Parmi eux, Ibrahim Ly, l’un des quinze enfants d’une famille d’origine sénégalaise, installée square Léo-Lagrange, et l’un des premiers à avoir fait le voyage. C’est lui qui, après les attaques meurtrières de Charlie Hebdo, en 2015, avait célébré, kalachnikov à la main, sur une vidéo de propagande, « les attaques bénies de Paris », posant dans une rue de Rakka, devant le drapeau noir de l’EI. Il y a aussi le jeune Mohamed, autrefois chargé des sorties périscolaires à la mairie et qui, un jour, partit à son tour. Ou encore son copain Sofiane, vite devenu « chef de district »en Syrie. Tous des amis de Guy Malandain. Qui lui en demande des compte aujourd’hui ? A part nous, bien sûr.

Citons également ces quatre jeunes gens, à peine 20 ans, partis du square George-Sand un matin de 2015, sous le prétexte d’un mariage en Turquie. Un tonneau de leur Scénic rouge à Gaziantep les a sauvés : ils ont été rapatriés et incarcérés en France. Tous sont aujourd’hui sortis de prison, sauf Bilal Taghi, célèbre pour avoir tenté de tuer un surveillant à la prison d’Osny (Val-d’Oise), en 2016. Ibrahim Ly, de son côté, a été condamné à quinze ans de travaux forcés au Sénégal. Aucun autre n’est revenu. Quelques enfants nés en Syrie ont été rapatriés dans les Yvelines, où Pierre Bédier, le président (LR) du département, a été le premier à accepter de les accueillir. Car, vous l’aurez compris, des Républicains aux Marcheurs machinistes en passant par les socialo-communistes, il n’y en a pas un pour racheter l’autre tant ils comptent les voix que peuvent leur apporter ces allogènes.

Peu de temps après son élection, le 5 septembre 2017, Emmanuel Macron avait souhaité tester à Trappes son plan de lutte contre la radicalisation. Un arsenal de mesures judiciaires et administratives (expulsions, lutte contre la fraude, surveillance financière et contrôles administratifs) avait notamment été lancé dans le quartier des Merisiers et dans celui de la Plaine de Neauphle. Mais Guy Malandain a toujours évité de l’évoquer publiquement, agacé par une communication gouvernementale coupable, à ses yeux, de stigmatiser sa ville. Et, de toute façon, pour quel résultat ?

En mai 2018, la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait délocalisé son cabinet à Trappes, durant trois jours, et était venue y parler de ce sujet sensible. Puis, en novembre 2019, sa collègue de la justice, Nicole Belloubet, s’est rendue aux Merisiers. Malgré le renfort d’une vingtaine de policiers supplémentaires, conséquence de la désignation de ce petit bout de Trappes comme « quartier de reconquête républicaine »(sic), le maire ne s’est pas montré plus disert sur le sujet.

Car, tenez-vous bien, comme la sécurité, le fait de viser les familles de djihadistes est jugé stigmatisant. Idem pour toute manifestation contre le communautarisme. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux traite ainsi la tête de liste LR, Othman Nasrou, d’« islamophobe », en soulignant sa proximité avec la députée (LRM) des Yvelines Aurore Bergé, qui avait pris fait et cause pour la fameuse Mila, cette jeune fille menacée de mort pour ses propos sur l’islam !

C’est ça la France d’aujourd’hui, c’est ça la ville de Guy Malandain.

Sans les nommer, radicalisation et repli communautaire sous-tendent pourtant tous les programmes nationaux déclinés ici. Tous les candidats placent ainsi le soutien scolaire en tête de leurs priorités. L’éducation des enfants – et leur prise en charge après l’école – est un sujet majeur dans cette ville, dont plus d’un quart des habitants ont moins de 14 ans et où personne n’a oublié qu’une partie des recrutements en Syrie s’était fait au Chicken Planet, un kebab proche du lycée.

« Dans cette ville pauvre, l’immense majorité des parents croient, en vrais républicains, que la réussite ne peut que passer par l’école », remarque Rachid Benzine. Or la mairie, restée sur la semaine de 4 jours et demi, avait mis fin en 2015 à ses activités de soutien scolaire ; et la suppression des emplois aidés, après l’élection d’Emmanuel Macron, est venue porter un coup à l’aide éducative. Aujourd’hui, l’aide aux devoirs est d’abord organisée par la mosquée, l’Eglise catholique et la « Miss pop », la Mission populaire, d’obédience protestante.

En 2020, Trappes ne compte pas de liste communautaire. En 2014, le cofondateur de la mosquée, Slimane Bousanna, s’était présenté aux élections pour « lutter contre l’islamophobie ». « Faisons entendre notre voix » s’intitulait la liste (8,23 % des voix) dont cet ingénieur avait pris la tête, montrant clairement sa volonté de s’adresser aux musulmans. « Les circonstances ont changé, affirme-t-il désormais. Je préfère me concentrer sur mon rôle éducatif » : le collège privé musulman – le premier des Yvelines – qu’il a fondé il y a une dizaine d’années et qui accueille 198 élèves. Il est le seul à évoquer le discours de M. Macron sur le séparatisme. « Nous n’en voulons pas, nous demandons au contraire à passer sous contrat avec l’éducation nationale ! s’agace M. Boussana. L’établissement est inspecté chaque année, mais le ministère répond qu’il n’y a pas de crédits. » Que M. Boussana sache que, dès que nous serons aux affaires, notre réponse sera celle-ci :

Lors des dernières élections législatives, la librairie religieuse de John Ayres, alias Ibrahim, un tabligh franco-américain converti à l’islam, abritait des réunions du candidat de La France insoumise. Cette fois, le libraire a assisté au meeting d’Othman Nasrou (LR). « C’est une ville affective qui aspire à retrouver une dignité et une certaine forme de normalité », souligne le pharmacien Mustapha Larbaoui. Même si, « dans le vieil électorat socialiste et communiste qui préfère les Blancs, avoir comme Malandain deux candidats maghrébins face à soi, ça aide encore à l’emporter », ajoute un bon observateur de la ville. C’est ce qui permet d’ailleurs à cet imposteur de jouer sur tous les tableaux.

En 2008, Guy Malandain avait été réélu dès le premier tour avec 54,68 % des voix. En 2014, c’est au second tour qu’il l’avait emporté (50,96 %). Cette fois, beaucoup l’imaginent de nouveau en tête au soir du premier tour, sans avoir dit un mot des 67 fantômes de sa ville. Comme le dit le père Etienne Guillet, prêtre de la paroisse locale : « Le premier qui en parle a perdu… »

Que le père Etienne Guillet sache que, si nous ne mettons pas un grand coup de pied dans cette fourmilière, c’est la France, fille aînée de l’Eglise, qui est perdue.

 

C’est pour cela que nous en parlons. Et nous ne cesserons de le faire jusqu’à ce que nous réussissions à y mettre un terme.

Le 16 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Nous souhaitons qu’il vive assez vieux pour pouvoir expier ses crimes.”

  1. Hervé J. VOLTO mars 16, 2020 à 10:50 #

    Heureusement à Béziers, le maire sortant Robert Ménard (Union des Droites) écrase ses adversaires avec 68,74% des voix, il est largement réélu, dès le premier tour.

    Un peu d’oxygène.

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