Le jour où « la buse » a pris son envol.

18 Mar

Agnès Buzyn en avait sans doute trop gros sur la patate, elle n’a pas pu se retenir et, avec les précautions d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, elle a vendu la mèche. En passant, elle a réglé quelques comptes avec la Macronie ! Une buse vous dis-je.

Pourtant, elle ne manque pas d’audace et, comme vous allez le constater, elle a même un certain talent pour se donner le beau rôle dans cette suite d’échecs.

Ainsi, dans un entretien avec la journaliste du Monde, Ariane Chemin, elle nous inflige une pseudo-confession sur son parcours récent, du ministère jusqu’à l’échec de sa candidature à la Mairie de Paris, en passant par ses états d’âmes lorsqu’il fallut remplacer au pied levé Benjamin Griveaux , abattu en plein vol par une affaire de moeurs. Et alors qu’elle ne savait plus comment faire face à la contestation hospitalière qui enflait et à l’épidémie de coronavirus qui menaçait déjà.

« Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. »

Ce n’est pas beau de mentir !

Car la vérité est un peu différente…

Emmanuel Macron comme Edouard Philippe ne savaient pas comment se débarrasser de cette incapable à la place qui était la sienne au sein du gouvernement et sans que cela apparaisse comme une sanction, au plus mauvais moment. Alors, ils l’ont investie d’une fausse mission : voler au secours du soldat Griveaux dont la cause était déjà perdue quoi qu’elle fit. Et ça tombait bien, car Agnès avait une envie folle de faire de la politique, de la vraie. Elle en rêvait « Depuis toujours, dit-elle. C’était aussi l’ADN de la famille Veil », celui de Simone, son ex-belle-mère, qu’elle admire. Elle avait déjà manqué de sauter le pas lors du précédent quinquennat, quand François Hollande avait songé à la nommer ministre, sans finalement donner suite (il avait compris).

Agnès Buzyn se dit que ce défi parisien est une aubaine. La capitale, sa ville natale, semble lui tendre les bras. Elle le croit d’autant plus volontiers qu’au gouvernement, ses marges se sont rétrécies. Le corps hospitalier la voue aux gémonies, la réforme des retraites est un loupé, la future loi sur la dépendance n’aura pas les crédits exigés, quant à ses collègues ministres…

Il n’empêche. Elle prétend, aujourd’hui, avoir prévenu l’exécutif, en la personne du Premier ministre, Edouard Philippe, que le risque d’extension de l’épidémie était majeur et que l’occurence les élections municipales auxquelles elle allait participer avaient de grande chances de devoir être annulées…Alors, de deux choses l’une : soit elle ment pour se donner une importance politique (avec une touche de Pythie) qu’elle n’a jamais eue soit elle veut se dédouaner et cafte en dénonçant  l’imprévision et l’incompétence des deux têtes du pouvoir actuel. Nous ne le saurons pas de si tôt.

Quoi qu’il en soit, voici son récit.

Agnès Buzyn, arrivée en troisième position dimanche 15 mars à Paris (loin derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati) et sans attendre les directives de La République en marche (LRM) ou l’annonce du report du second tour, a annoncé ce lundi qu’« en raison de la situation sanitaire et dans les hôpitaux », elle se retirait du jeu. « C’est ma part de liberté, de citoyenne et de médecin. » L’avait-elle donc perdu, ce libre arbitre, durant son aventure électorale ? Ses propos le laissent deviner. « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. » Le mot dit tout. A-t-on jamais gagné une élection en affichant pareille dualité ?

Le 15 au soir, elle était distancée par la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo, et par Rachida Dati. Benjamin Griveaux aurait-il fait mieux ? « Surement pas, affirme-t-elle. Quand je suis arrivée, il était à 13 %. » Par tempérament, Agnès Buzyn n’est pas du genre à jouer les supplétifs. Si elle s’est présentée, c’est avec la conviction qu’elle pouvait bousculer le jeu. C’était son moment, pensait-elle. Ou son calvaire, vues les circonstances. Aujourd’hui, c’est toute cette séquence qui lui revient, jusqu’à faire de sa confession l’expression d’une tragédie intime. Et elle règle ses comptes ! Ce n’est pas beau la politique.

Tout commence le 14 février. A l’époque, l’OMS ne parle pas encore de pandémie, les épidémiologistes comparent la mortalité du virus à celle de la grippe. Seule la province chinoise de Hubei est confinée. Invitée sur France Inter, ce matin-là, Agnès Buzyn fait le point sur ses dossiers et la situation sanitaire. Elle n’a pas encore vu la vidéo sexuelle de Benjamin Griveaux, qui tourne depuis peu sur les réseaux sociaux. Toujours pas candidate dans un arrondissement de la capitale ?, lui demande-t-on à l’antenne. Ce même Griveaux ne lui avait proposé qu’« une troisième position, dans le 15e », précise-t-elle aujourd’hui. Pas forcément de son niveau. Elle n’entre pas dans ces détails et répète : « Je ne pourrai pas être candidate. J’avais déjà un agenda très chargé, j’ai beaucoup de réformes dans le ministère et s’est rajouté un surcroît de travail inattendu malheureusement, qui est cette crise du coronavirus. » L’affaire semble tranchée.

Que se passe-t-il entre ce vendredi matin et le samedi soir suivant, qui la voit s’avancer sur le devant de la scène parisienne, alors que Griveaux jette l’éponge ? A l’entendre, elle devine déjà ce qui se profile. En réalité, elle endosse surtout un déguisement trop grand pour elle« Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. » Dès lors, pourquoi tout lâcher pour remplacer Griveaux ? « Je recevais des milliers de textos me disant : “Il n’y a que toi…” Je me suis dit que je n’allais pas laisser La République en marche dans la difficulté… Paris est un beau mandat. J’ai appelé moi-même le président pour lui dire que j’y allais. »

L’entrée en campagne est un bref moment de bonheur. La Macronie parisienne se reprend à rêver. La candidate a les coudées franches. Elle enterre les projets-phares de son prédécesseur (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/02/22/mon-dieu-gardez-moi-de-mes-amis/) et pousse la promesse qui fait sa marque : l’aide aux personnes âgées à domicile. Bienveillance, proximité, mais aussi sécurité et propreté. Qu’apporte-t-elle de plus ? Pas grand chose et c’est d’ailleurs ce que nous laissions entendre dès le 22 février dernier dans notre article : «  Il ne reste que vingt-deux jours à la remplaçante de Benjamin Griveaux pour mener campagne et réussir son pari…impossible ! « 

Pendant quelques jours, elle croit quand même à sa bonne étoile. Les sondages frémissent. On l’engueulait toujours, et désormais on l’aborde gentiment. La candidate s’enhardit et commet la faute de critiquer le manque de préparation de la Mairie de Paris face à l’épidémie, alors qu’elle l’a félicitée un peu plus tôt – et par écrit – de sa mobilisation. A moins que ces critiques ne trahissent un sentiment de culpabilité personnel ? Le satané virus envahit tout et, à la télévision, c’est Olivier Véran qui prend la lumière. Précis, rassurant, il est jugé excellent. La révélation n’est plus là où on l’imaginait…

Commence alors le chemin de croix. Elle stagne dans les sondages. Comment rassembler largement au second tour, comme promis, si elle arrive derrière Hidalgo et Dati ? « Je ne suis pas une politicienne mais une professionnelle de l’intérêt général », affirme-t-elle sans rire. La crise sanitaire la ramène sans cesse à son passé de ministre. Les réseaux sociaux reprennent ainsi cette petite phrase, lâchée le 24 janvier : « Le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible. »

« Bien sûr, je n’aurais pas dû prononcer ces mots. Mais avant de partir du ministère, j’avais tout préparé, malgré une inertie…(entendez : des autorités) » Et d’ajouter ce qui n’est rien d’autre que le coup de grâce porté à Emmanuel Macron et à Edouard Philippe :

« On aurait dû arrêter, c’était une mascarade« , confie-t-elle.

Les quelques reproches qu’elle s’adresse se mêlent au désir de convaincre qu’elle n’a pas failli. « Je n’ai plus de boulot », glisse-t-elle, avant de se reprendre : « Je dis toujours : “Ministre un jour, médecin toujours. L’hôpital va avoir besoin de moi. Il va y avoir des milliers de morts. » Trop tard, chère Agnès; le mal est fait.

D’où aujourd’hui quelques commentaires virulents au sein de l’opposition mais aussi de la majorité LRM, comme le vice-président du Rassemblement national, Jordan Bardella, https://platform.twitter.com/widgets.js » target= »_blank » rel= »noopener »>a abondé sur Twitter : « Agnès Buzyn admet donc que le gouvernement savait que l’épidémie allait être gravissime, et qu’il a tenté de faire comme si de rien n’était . Il faudra qu’ils rendent des comptes ! » Ou encore le président des députés LR, Damien Abad, interrogé par Libération : « Si c’est vrai, ce sera un tsunami politique sans précédent. » Et jusqu’à un membre de l’exécutif qui hurle sur les ondes de France Télévisions : « C’est indigne, déloyal et irresponsable. Chacun de nous fait ce qu’il peut pour gérer cette crise, on réagit très mal. La machine complotiste tourne à plein régime et elle l’alimente. Elle réécrit l’histoire et essaie de se donner le beau rôle, c’est sidérant.« 

Elle n’a plus de boulot, la Buse ? Pas sûr qu’elle en retrouve un avant longtemps.

Le 18 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

5 Réponses to “Le jour où « la buse » a pris son envol.”

  1. conseilesperanceduroi mars 18, 2020 à 10:26 #

    Belle conclusion de François-Xavier Bellamy (député européen LR) : « Bien sûr, il faut d’abord faire face à cette crise, unis ; comprendre viendra après. Mais comment ne pas être révolté ? (…) il ne fallait pas pleurer, il fallait agir ! »

  2. Hervé J. VOLTO mars 18, 2020 à 2:41 #

    Agnès Buzin veut se dédouaner et cafte en dénonçant l’imprévision et l’incompétence des deux têtes du pouvoir actuel. C’est d’alleurs pour çà qu’elle a démissionner de son ministère, sachant que les éclections serait anuler :

    -On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée.

    Et

    -C’est indigne, déloyal et irresponsable. Chacun de nous fait ce qu’il peut pour gérer cette crise, on réagit très mal. La machine complotiste tourne à plein régime et elle l’alimente. Elle réécrit l’histoire et essaie de se donner le beau rôle, c’est sidérant !

    Qui a le nez le plus long ?

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