La BCE balance entre efficience et illusions.

22 Mar

Depuis l’apparition de l’épidémie de coronavirus en Europe, la situation sanitaire est devenue dramatique et elle empire chaque jour, touchant aujourd’hui la totalité des pays de l’Union européenne (UE). Parallèlement, la dégradation continue de la situation économique amène à redouter une crise sociale majeure, comme celle qui s’installa après 2008. Et pourtant, à la différence de ce qu’il se produisit après les faillites bancaires de l’époque, il semble que nous puissions peut-être échapper à des catastrophes financières en cascade. L’heureuse surprise venant d’où on ne l’attendait pas : la Banque centrale européenne (BCE).

Le plan d’urgence décidé par l’institution présidée par Christine Lagarde, dans la nuit du 18 au 19 mars, a en effet permis de calmer les esprits pour tenter d’affronter en bon ordre la crise économique qui s’annonce.

Celle-ci a annoncé un programme de rachat d’actifs de 750 milliards d’euros. Avec les mesures prises précédemment, le montant d’intervention total dépasse désormais les 1 000 milliards d’euros. En espèces sonnantes et trébuchantes, il est vrai que cette somme ne nous dit pas grand chose mais il faut savoir que c’est plus que ce que la Réserve fédérale américaine a mobilisé. Bazooka monétaire pour les uns, décision historique pour les autres, ce plan revêt surtout une dimension existentielle en mettant le Vieux Continent à l’abri, au moins provisoire, d’une nouvelle crise (sans doute mortelle cette fois) de sa monnaie unique, l’euro.

L’effondrement des économies de la zone euro provoqué par le coup d’arrêt de la production et de la consommation après la multiplication des mesures de confinement va conduire à une explosion rapide des déficits publics de chacun des Etats membres. Il était impératif que la Banque centrale envoie un message sans ambiguïté afin que les marchés financiers imaginent qu’elle remplirait son rôle de façon intangible pour accompagner ces mesures exceptionnelles de soutien. Mais, ne rêvons pas, il est très possible que ce geste ne reste qu’un coup d’épée dans l’eau sur le moyen et le long terme d’autant que cette fuite en avant par la création de monnaie (selon la méthode déjà mise en oeuvre ces dernières années par Mario Draghi, le prédécesseur de Mme Lagarde) n’est pas sans danger.

Une communication malheureuse de Christine Lagarde, le 12 mars, avait jeté un doute sur sa détermination. La présidente de la BCE avait affirmé qu’il n’était pas de son ressort de réduire l’écart entre le taux des obligations allemandes et celui des obligations des pays les moins solides. La maladresse avait été immédiatement interprétée comme une réticence à assumer une certaine solidarité au sein de la zone euro, provoquant des ventes massives de dette italienne et une envolée du rendement de celle-ci au moment où Rome allait devoir recourir massivement à l’emprunt.

Il n’a fallu que quelques heures pour que Christine Lagarde fasse son mea culpa et quelques jours pour qu’elle mette enfin ses actes en ligne avec ses ambitions de sauver la monnaie unique « whatever it takes » (« quoi qu’il en coûte », l’expression devenue si chère à Emmanuel Macron). Jusqu’à présent, elle s’était contentée de répéter en boucle la célèbre formule de son prédécesseur, Mario Draghi, prononcée lors de la crise des dettes souveraines de 2011. Ce plan d’urgence massif constitue le meilleur chèque de caution possible pour appuyer son propos.

Si la présidente de la BCE a été copieusement critiquée sur sa communication, il faut en revanche rendre hommage à sa capacité à faire émerger un consensus sur la nécessité de frapper fort. Celui-ci n’était pas acquis. Les décisions qui viennent d’être prises brisent plusieurs tabous que ni l’Allemagne ni les Pays-Bas n’étaient prêts à abandonner de gaîté de cœur. En repoussant les limites du rachat de dettes, la BCE rend la politique monétaire poreuse aux décisions budgétaires. L’institution devient de fait acheteuse en dernier ressort. Même si c’est de façon temporaire et exceptionnelle, il s’agit pour elle d’une véritable révolution.

L’impulsion sera à coup sûr utile pour permettre d’amortir le choc de la crise qui s’annonce. La Commission européenne prenant le relais, vendredi 20 mars, en autorisant les Etats à s’affranchir des règles communautaires de discipline budgétaire. C’est désormais aux Etats membres de jouer en mettant en œuvre des politiques de relance à la hauteur des enjeux. Cette bouffée de souverainisme inattendu ne peut que nous réjouir. Hélas, l’UE nous a si souvent fait des promesses de Gascons que nous sommes en droit d’être dubitatifs.

Nul doute que les tous prochains mois seront éclairants quant aux suites économico-financières de la pandémie venue de Chine.*

Le 22 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire ou relice ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/02/26/le-veritable-danger-du-coronavirus-nest-sans-doute-pas-celui-que-lon-croit/ et cela :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/05/consequences-economiques-du-coronavirus-les-choses-se-precisent/

Une Réponse to “La BCE balance entre efficience et illusions.”

  1. Hervé J. VOLTO mars 22, 2020 à 2:57 #

    Cette accès de souverainisme inattendu ne peut que nous réjouir.

    La communication malheureuse de Christine Lagarde, le 12 mars 2020, avait jeté un doute sur sa détermination. La présidente de la BCE avait affirmé qu’il n’était pas de son ressort de réduire le SPREAD, c’est à direl’écart entre le taux des obligations allemandes et celui des obligations des pays les moins solides, ce qui mis Rome sous ses furies. La maladresse avait été immédiatement interprétée comme une réticence à assumer une certaine solidarité au sein de la zone euro, provoquant des ventes massives de dette italienne et une envolée du rendement de celle-ci au moment où Rome allait devoir recourir massivement à l’emprunt.

    Mais ne rêvons pas, il est très possible que ce geste ne reste qu’un grattage dans le sens du poil ayant pour but de calmer des pays comme l’Italie -et les Pays de Visegrade en rang derrière l’Italie quand il s’agit d’eurosepticisme- par l’usage de la planche à billet selon la méthode déjà mise en oeuvre ces dernières années par Mario Draghi, le prédécesseur de Mme Lagarde, n’est pas sans danger. Hélas, l’UE nous a si souvent fait des promesses de Normands que nous sommes en droit d’être dubitatifs.

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