Gestion de l’épidémie de coronavirus : nos dirigeants politiques commencent à trembler.

27 Mar

C’est un sujet tabou, qui représente pourtant une source d’inquiétude majeure au sommet de l’Etat : la peur d’éventuelles poursuites judiciaires contre des membres du gouvernement suite à la gestion de la crise du coronavirus. Le premier ministre, Edouard Philippe, aurait d’ailleurs évoqué le sujet pour la première fois, mardi 24 mars, lors du petit déjeuner de la majorité, qui se déroulait en visioconférence.

Le locataire de Matignon a notamment regretté, selon un participant à la réunion, que les oppositions, Les Républicains (LR) en tête, aient annoncé leur volonté de lancer plusieurs commissions d’enquêtes parlementaires. En parallèle, plusieurs médecins et malades menacent le gouvernement d’éventuelles poursuites pénales. Une véritable épée de Damoclès pour le pouvoir qui se pensait tellement compétent qu’il ne pouvait être qu’au-dessus de toute suspicion…d’incompétence.

Ces derniers jours, plusieurs responsables de l’opposition et une partie des milieux sanitaires ont ainsi accusé l’exécutif d’« impréparation » face à la crise du coronavirus ou de « manque de réaction » (ce qui n’est rien moins qu’une évidence), pointant notamment du doigt le déficit de masques, de tests ou de lits dans les services de réanimation. Avec un mot d’ordre : le sommet de l’Etat devra « rendre des comptes ».

Le 22 mars, le président des députés LR, Damien Abad, a été le premier à lancer l’offensive, en annonçant au Journal du dimanche (JDD) que son groupe allait créer à l’automne une commission d’enquête parlementaire afin de « tirer toutes les leçons de l’épidémie ». Avec l’objectif « d’identifier les éventuelles défaillances et dysfonctionnements » de la part du gouvernement « pour les corriger et en tirer des leçons ».

Les sénateurs LR prévoient également une commission d’enquête au Palais du Luxembourg, « quand le moment sera venu », a indiqué le même jour leur chef de file, Bruno Retailleau. Mardi, enfin, le vice-président du groupe socialiste au Sénat, Rachid Temal, a annoncé à son tour « avoir demandé », au nom de son groupe, la création d’une commission d’enquête sur la gestion de la pandémie, « une fois la crise passée ». « La transparence devra être faite car des questions se posent », a-t-il expliqué au JDD.

Autant de déclarations qui agacent dans les coulisses du pouvoir. « Sous le vernis de l’unité nationale affichée, ces annonces sont ressenties clairement comme des menaces – elles en sont d’ailleurs – et nuisent au bon fonctionnement de l’Etat dans la lutte contre la crise, en mettant aux ministres et aux services une pression supplémentaire en plus de celle, déjà lourde, qu’ils supportent », explique un responsable de la majorité. Avant de souligner : « Les menaces sont évidentes. Une commission d’enquête peut déboucher sur des sanctions pénales. »

Pour cadrer les différentes enquêtes parlementaires annoncées, l’Assemblée nationale a annoncé, mardi 24 mars, la création d’une mission d’information sur la gestion de l’épidémie, qui devrait être présidée par le président (La République en marche, LRM) de l’institution, Richard Ferrand, proche d’Emmanuel Macron. Cette mission, qui va contrôler chaque semaine les mesures prises par le gouvernement, pourrait se doter des prérogatives d’une commission d’enquête.

Ce travail ne se fera pas « dans une optique à charge, ni contre cette majorité ni contre la précédente », a prévenu le patron des députés LRM, Gilles Le Gendre. Une volonté de couper l’herbe sous le pied à l’offensive des oppositions mais faisant l’impasse sur les conséquences désastreuses d’un certain nombre de coupes budgétaires, depuis dix ans (et même davantage), dans les domaines de la santé publique, des stocks stratégiques ou des forces armées.

Déjà, les premières poursuites se profilent. Mardi 24 mars, un patient atteint du SARS-CoV-2 a porté plainte contre X pour « entrave aux mesures d’assistance »devant la Cour de justice de la République (CJR), seule instance habilitée à juger des actes commis par des membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions, a révélé BFM-TV. En cause : l’ « inaction » du gouvernement à mesure que les avertissements de la communauté scientifique se multipliaient.

En fin de semaine dernière, un collectif de médecins appelé C19 a également annoncé son intention de porter plainte contre l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn, et le premier ministre, Edouard Philippe, devant la CJR, estimant que ces derniers « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer ». Leur initiative est appuyée par une pétition en ligne, qui a déjà recueilli près de 200 000 signatures en quatre jours.

Selon une source judiciaire, la CJR a déjà reçu cinq plaintes – quatre contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn, et une contre le premier ministre et l’actuel ministre de la santé, Olivier Véran. Les motifs ? Blessures involontaires, homicides involontaires ou mise en danger de la vie d’autrui. La commission des requêtes de la CJR doit désormais se prononcer sur leur recevabilité.

Ces différents plaignants s’appuient notamment sur les déclarations d’Agnès Buzyn au Monde (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/20/une-mascarade-nous-a-dit-agnes-buzyn/), qui a affirmé avoir alerté dès janvier le premier ministre sur la gravité de l’épidémie. Au sein de l’appareil d’Etat, certains voient d’ailleurs dans les confidences de l’ex-ministre de la santé une volonté de se couvrir en amont. « L’interview de Buzyn est une bombe atomique car elle prépare l’étape d’après sur les commissions d’enquête à venir et les éventuels procès », analyse un haut fonctionnaire, au fait de ces sujets.

D’autres plaignants préfèrent se tourner vers le Conseil d’Etat, qui a été saisi à plusieurs reprises par des soignants pour obliger l’exécutif à prendre certaines décisions. Lundi, le juge des référés de l’institution a donné 48 heures au gouvernement pour durcir les conditions de confinement, ce qui a poussé Edouard Philippe à annoncer la fermeture des marchés ouverts ou à limiter les sorties à une heure par jour. Jeudi, le Conseil d’Etat devait de nouveau examiner une demande de syndicats d’infirmiers et de médecins sur l’approvisionnement en masques et en matériel pour les soignants, ainsi que la mise en place d’un dépistage massif.

Sur les réseaux sociaux, les menaces de poursuites se multiplient également, de la part de particuliers mais pas seulement. « Rendez-vous au procès », a ainsi tweeté le 24 mars Jérôme Marty, président du syndicat de médecins UFML, en exergue d’un article où la porte-parole du gouvernement, Sibeth-(Patankça) Ndiaye, disait ne pas craindre de rendre des comptes sur l’épidémie. « L’imprévoyance du gouvernement et de l’administration française a été totale » et les autorités « auront des comptes à rendre », avait déclaré deux jours plus tôt Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF).

« Il faut s’attendre à une déferlante de plaintes contre l’Etat », reconnaît un membre du Conseil national des barreaux. « Etant donné les polémiques sur l’absence de protection des personnels soignants et l’impréparation de l’Etat et des hôpitaux, les familles de victime voudront demander des comptes », poursuit-il. Alors que le CER n’a cessé, depuis des années, de dénoncer les carences de l’Etat en matière de santé publique.

De fait, un site Internet proposant des modèles de plainte pour les particuliers a déjà vu le jour. Selon que l’on est personnel soignant, personne malade ou non malade, trois types de plaintes contre X à adresser au procureur de la République peuvent être téléchargées. Il s’agit de plainte pour homicide volontaire, violences volontaires, mise en danger de la vie d’autrui, etc. Manifestement, la fin du confinement ne va pas manquer de distractions !.

Face à ces menaces, la sérénité est officiellement de mise au sein de l’exécutif. Le gouvernement « a pris ses responsabilités » et ne craint pas de « rendre des comptes » sur sa gestion de la crise du coronavirus devant une commission d’enquête parlementaire, a assuré, le 23 mars, sa porte-parole, Sibeth-(Patankça) NDiaye qui n’en rate jamais une : « Cela ne m’inquiète pas parce que je crois que nous avons, avec beaucoup de professionnalisme, de détermination et de gravité regardé cette crise en face (…) et nous avons pris nos responsabilités », a-t-elle estimé sur CNews. Avant d’ajouter : « C’est normal qu’on puisse rendre des comptes et c’est normal qu’une commission parlementaire interroge le processus de cette crise. » « Nous serons évidemment prêts à y répondre, ça fait partie du jeu démocratique », a poursuivi la secrétaire d’Etat. À ce propos, souvenez-vous du nombre d’âneries proférées au nom du gouvernement par sa porte-parole dakaroise…(https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/09/28/billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-sibeth-patankca-ndiaye-a-de-limagination-et-nous-en-fait-profiter/)

A l’Elysée, on réfute bien sûr par avance le procès en inaction. « Le président a été le premier à mobiliser nos partenaires étrangers, il a été le premier dirigeant au monde à appeler à la mobilisation internationale, c’est lui qui a provoqué le sursaut européen, énumère l’entourage d’Emmanuel Macron. Dès janvier, on a rapatrié nos compatriotes. Dès janvier, on a mis en place des instances de suivi de l’épidémie. Les faits et la chronologie sont là, il n’y a pas de polémique à avoir. »

Sur le fond, l’exécutif appelle néanmoins à une forme d’indulgence, pointant les nombreuses inconnues autour du virus. « Le président n’a jamais dit qu’il avait toutes les solutions, au contraire. Cette crise nous met dans une position de grande humilité », reconnaît un proche du chef de l’Etat. C’est bien la première fois ! Mais, ajoute cette source, « le président met tout en œuvre pour répondre à la crise. Il est transparent, réactif, sur tous les fronts. L’heure des comptes viendra mais plus tard. Le temps est aujourd’hui à l’action. Certains veulent nous punir alors que nous devons agir. Ce n’est pas responsable. »

En attendant, pas question de se défiler. Le moment venu, l’exécutif assumera ses choix, dit-on au sommet de l’Etat. « Les décisions ne sont pas prises par le conseil scientifique mais par le gouvernement, qui par nature est responsable », estime un proche d’Edouard Philippe. « Le comité scientifique va être responsable des avis qu’il émet. Ceux qui prennent des décisions, c’est le gouvernement, à la lumière des avis du comité scientifique », abonde la députée (LRM) de l’Essonne Marie Guévenoux, rapporteuse du projet de loi sur les mesures d’urgence.

Il y a dix jours, une secrétaire d’Etat soupirait, plus sceptique : « C’est sûr qu’on se fera engueuler sur la gestion de la crise, quoiqu’on fasse. Ça finira par arriver. » 

Ça va arriver. Même si ceux d’aujourd’hui sont loin d’être les seuls en cause…*

Le 27 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Nous aurons le même débat, n’en doutez pas, quand les Français auront enfin pris la mesure de la tragédie migratoire et de ses conséquences.

3 Réponses to “Gestion de l’épidémie de coronavirus : nos dirigeants politiques commencent à trembler.”

  1. Hervé zafrani mars 27, 2020 à 12:58 #

    L incompétence criminelle de Emmanuel premier (peut être dernier) nous mènes à la ruine j espère que les français se rendront compte que c est la république qu ils faut éradiquer avec le virus

  2. Hervé J. VOLTO mars 27, 2020 à 2:22 #

    Le Président s’est mis au travail, l’opération RESILIANCE par exemple, c’est exellant
    https://www.lepoint.fr/societe/les-details-de-l-operation-militaire-resilience-d-emmanuel-macron-26-03-2020-2368901_23.php?M_BT=3254625801088#xtor=EPR-6-%5BNewsletter-Mi-journee%5D-20200326

    MIA SIL S’ERT MIS AU BOULOT AVEC UN MOI DE RETARD, ET PENDANT CES 4 SEMAINES, LES MORTS SE SONT MUTIPLIES !

  3. Hervé J. VOLTO mars 27, 2020 à 2:27 #

    Coronavirus : comment le gouvernement espère protéger entreprises et salariés
    https://www.lepoint.fr/economie/coronavirus-les-mesures-pour-proteger-les-entreprises-et-les-salaries-25-03-2020-2368811_28.php?M_BT=3254625801088#xtor=EPR-6-%5Bnewsletter-lepoint-economie%5D-20200326

    MAI CES PERTIANANTES DECISIONS AURAIENT DU ETRE PRISES IL 4 SEMAINES, QUAN LES PREMIERS MORTS EN CHINE ET LES PREMIERS MALADES EN ITALIE FAISAIENT LA UNE DES JOURNEAUX !

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