L’Insee se mouille.

27 Mar

A crise exceptionnelle, communication inédite. L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié, jeudi 26 mars, sa première estimation de l’incidence de la crise sanitaire sur l’activité économique en France. Une publication précédée d’une introduction inhabituelle rédigée par le directeur général de l’institut de conjoncture, Jean-Luc Tavernier. Ce dernier précise avoir « cependant hésité avant de donner son feu vert » à la diffusion de cette estimation, en raison à la fois du côté « dérisoire » de tels calculs dans la période vécue et de l’aspect « fragile » des statistiques affichées (ce qui, vous en conviendrez, n’est pas une surprise avec cet institution). « Quoi qu’il en soit, pour incertain et imprécis qu’il soit, il m’a semblé que donner ce premier ordre de grandeur était préférable à ne rien dire du tout », conclut M. Tavernier. Un peu de transparence, pour une fois, ne nuira pas…

Et les chiffres annoncés sont plus pessimistes encore que ceux qui ont pu être publiés par d’autres instituts de prévision : l’activité « instantanée », mesurée cette semaine par rapport à une semaine dite « normale », est en recul de 35 %, et un confinement d’un mois aurait un impact « de l’ordre d’une douzaine de points de produit intérieur brut [PIB] trimestriel en moins, soit 3 points de PIB annuel ». Deux mois de confinement auraient un effet deux fois plus important, soit la perte de 24 points de PIB trimestriel, correspondant à 6 points de PIB annuel.

L’Insee souligne que « cet ordre de grandeur semble cohérent avec les premières informations disponibles sur la situation des salariés » : un tiers environ en activité sur leur lieu habituel de travail, un tiers en télétravail et le dernier tiers au chômage partiel. Il est également « compatible » avec la diminution observée de la consommation d’électricité, actuellement d’environ 20 % par rapport à une situation ordinaire.

Volontairement, l’Insee ne livre pas d’estimation de croissance pour 2020. « Cela dépendra notamment de la durée de cette période de confinement, que nous n’avons aucune légitimité ni aucune compétence à prévoir, précise Jean-Luc Tavernier. C’est peu de dire que ce que nous présentons aujourd’hui est fragile, susceptible d’être révisé. D’abord, parce que nos méthodes, dans une telle situation, ne sont pas éprouvées : c’est inédit dans l’histoire de l’Insee. C’est fragile aussi parce que la situation elle-même est très évolutive. » En tout état de cause…ce n’est surtout pas rassurant.

L’institut souligne également une grande différence de situations selon les secteurs. Certaines activités telles que les transports, l’hôtellerie et la restauration ou les loisirs sont très sévèrement touchées, alors que d’autres le sont moins, comme les télécommunications et les assurances par exemple. Environ les deux tiers des services marchands sont maintenus, estime l’Insee.

Dans l’industrie, environ la moitié de l’activité est maintenue, alors que les activités agricoles « devraient se poursuivre seulement un peu en deçà de la normale ». A noter également que dans certaines activités industrielles et dans les travaux publics, « l’activité reprend après s’être interrompue », alors que dans d’autres secteurs, par exemple dans les services aux entreprises, « le creux n’est sans doute pas encore atteint ».

Cette très forte baisse de l’activité du pays résulte en grande partie de l’effondrement de la consommation des ménages, conséquence normale du confinement et de la fermeture des commerces. Les dépenses de textile, d’habillement, de matériel de transport sont réduites à leur plus simple expression, avec une baisse comprise entre 90 % et 100 %. D’autres dépenses comme l’électricité se maintiennent, tandis que la pharmacie, elle, est en hausse de 5 %. Au total, « nous estimons que la consommation totale des ménages français s’établit actuellement à 65 % de la normale », souligne l’Institut de la statistique.

L’Insee complète ces éléments de conjoncture avec des notes sur le climat général des affaires : ce dernier perd dix points (à 95 points), soit « la plus forte baisse mensuelle de l’indicateur depuis le début de la série, en 1980 ». « En octobre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, l’indicateur avait chuté de 9 points. » L’indicateur de climat de l’emploi connaît également sa plus forte chute depuis le début de la série, en 1991. Il perd 9 points pour atteindre 96 points.

Comment expliquer l’impact économique de la crise actuelle, et à quoi faut-il s’attendre ? Au départ de cette crise, quand elle était cantonnée à la Chine, on s’est dit : ça va être le SRAS, multiplié par 3 ou 4, avec des pertes de croissance de 0,5 à 1 % sur l’année. Or l’impact sera bien plus violent, on sera proche de la crise 2008,  elle-même équivalente à celle de 1929. On avait perdu 3 % de croissance sur l’année [en 2008], on peut hélas aller vers quelque chose de plus grave.

Toutefois, l’analogie avec les crises de 1929 et 2008 n ‘est valable que pour les ordres de grandeur, pas sur les mécanismes. Il y a un risque : qu’on traite cette crise comme on a traité celle de 2008, c’est à dire à la façon de la BCE, en arrosant et en accordant des crédits. Or là, on peut toujours arroser de liquidités le système (et il faudra sans doute continuer de le faire), on ne changera pas le fait que la vraie crise est dans l’économie réelle. On ne peut plus produire, on ne peut plus consommer. Ce n’est pas de crédit dont les entreprises ont besoin, c’est de soutien en espèces pour compenser le manque à gagner.

Dans tous les secteurs, l’indicateur du climat des affaires se dégrade fortement, à l’exception toutefois de celui du bâtiment. « Cela confirme que ces indicateurs sont à lire avec prudence, ce mois-ci, souligne Jean-Luc Tavernier. Ils reflètent sans doute l’opinion des chefs d’entreprise début mars plutôt que fin mars. »

Comprendre : le pire est plutôt à venir.

Le 27 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :