Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Des lendemains d’épidémie à redouter ?

31 Mar

A priori, l’épidémie de coronavirus et le confinement qu’elle a engendré devraient nous rendre tous égaux puisque le virus ne choisit pas ses cibles. Il est en outre « démocratique » parce que la protection de tous dépend de la protection et de la responsabilité de chacun. Mais il l’est aussi parce qu’on découvre ce que nous n’aurions pas dû oublier : les institutions et l’Etat sont indispensables à la vie collective.

C’est ce que le sociologue Emile Durkheim (1858-1917) appelait la « solidarité organique » : le travail de chacun contribue à la vie collective. Gageons qu’une fois sortis du confinement nous regarderons d’une autre manière les personnels soignants, les enseignants, les agriculteurs, les routiers, les artisans, les ouvriers, les employés municipaux et bien d’autres encore.

Plus rien ne sera sans doute comme avant ! Nous comprendrons que nous sommes dans la nature et pas seulement face à elle, nous comprendrons que la mondialisation doit être sérieusement revue et corrigée, régulée et solidaire, nous défendrons des services publics efficaces, et notre « hubris » consumériste sera refroidie par notre confrontation à des enjeux vitaux. Les dirigeants seront tenus d’être plus modestes et plus responsables. Le tout…avant que, peut-être, les vieux travers de l’Homme ne reprennent le dessus.

Mais un scénario beaucoup moins optimiste peut être envisagé car le confinement, la rareté et l’angoisse exacerbent les « petites inégalités » et les tensions qui en découlent. Vu d’un appartement situé au 10e étage d’un immeuble de banlieue dont l’ascenseur est inutilisable, le confinement d’une famille dans une maison de vacances proche de la plage devient vite insupportable s’il s’étale, comme les photos de vacances, sur les réseaux sociaux.

Pourquoi, quand je fais mes courses, certains ont des masques et d’autres n’en ont pas ? Pourquoi certains trouvent du gel et d’autres pas ? Pourquoi certains peuvent aider leurs enfants à faire leurs devoirs alors que je suis débordé ? Pourquoi certains sont confinés avec un jardin alors que d’autres sont prisonniers dans un petit appartement ? Pourquoi certains peuvent travailler et pas moi ? Pourquoi suis-je obligé de travailler quand d’autres en sont dispensés ? La crise exacerbe les comparaisons, les « jalousies » et les ressentiments à propos de petites inégalités qui cessent d’être insignifiantes et sont mêmes perçues comme vitales.

Il va de soi que ces colères se greffent sur une angoisse profonde et une défiance exacerbée puisque nous ne connaissons pas vraiment l’évolution de l’épidémie, ni celle de l’efficacité des mesures prises. Dès lors, tout est possible. Personne n’y échappe, y compris les intellectuels, car, depuis que les pandémies ne sont plus un châtiment divin, il faut bien leur trouver des causes.

Et, plus le temps passera, plus le scénario pessimiste aura des chances de s’imposer ; pas seulement parce que le confinement sera de plus en plus pénible à supporter, mais aussi parce que la perception des inégalités sera exacerbée.

Il nous faut donc être d’autant plus sensible à ces inégalités que l’état émotionnel et moral dans lequel nous sortirons de cette période conditionnera autant l’avenir que notre capacité scientifique et politique de surmonter les épreuves.

Car, ne l’oublions pas, Les « Gilets jaunes » ne sont pas si loin de nous et ils se sont moins battus contre les patrons et les super-riches qu’ils n’ont dénoncé le mépris des privilégiés.

Serions-nous en train de manger notre pain blanc ?

Le 31 mars 2020.

Du Plessis

5 Réponses to “Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Des lendemains d’épidémie à redouter ?”

  1. Hervé J. VOLTO mars 31, 2020 à 10:38 #

    Coronavirus : une aubaine pour les mafias italiennes ?

    Le 28 mars 2020, les policiers de Gioia Tauro sont en pleine patrouille dans cette commune de Calabre (région du sud de l’Italie). Comme il est désormais de rigueur dans tout le pays, les agents vérifient que la population se plie bien aux règles de la quarantaine imposées pour faire face à la crise du coronavirus, raconte la presse locale. Mais à l’heure du confinement général, les forces de l’ordre s’étonnent de voir Rocco Molè, dehors, en pleine rue. Le jeune homme n’est pas un citoyen comme les autres : il est le fils de « Mommo », l’un des pontes emprisonnés de la Ndrangheta, la mafia calabraise. Dans le porte-bagae de son auto : des « macherines », entendez des masques médicaux, et des bouteilles de désinfectants hydro-alcoolique « tombés du camion » et revendus sous le manteau, hors taxe et sans TVA.

    Les mafias italienne -la Cosa Nostra ou mafia sicilienne (la première de toutes les mafias, LA Mafia), la Camorra ou mafia napolitaine, la Ndrangheta ou mafia calabraise, la Sacra Coronna Unita (la Sainte Couronne Unie) ou mafia pouliaise, la Coupola ou mafia capitaleet qui est la mafia de rome, se sont reconvertis dans le vol, le recel et revente au marché noir de masques médicaux et désinfectants hydro-alcoolique.

    La contrebande de produits médicaux va bon train. L’épidémie de Covid-19 pèse aussi sur les finances de la mafia. Mais le crime organisé a de la ressource et a toujours su profiter des situations de crise…

  2. Jean André mars 31, 2020 à 10:50 #

    Excellent billet, je partage vos réflexions et votre inquiétude!

  3. Hervé J. VOLTO mars 31, 2020 à 10:55 #

    En France, la Macronnie, après une communication parfois contradictoire sur l’état de la situation et les mesures à appliquer, pris aussi dans certaines polémiques médicales qui ont fait perdre un temps précieux, semble s’être mis en ordre de marche en reprenant à son compte les bonnes pratiques de certains pays. Il lui reste à les appliquer notamment en ce qui concerne le dépistage et la reconstitution des stocks de matériel médical.

  4. Hervé J. VOLTO mars 31, 2020 à 11:00 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE !

    Même s’il faut rester vigilants sur la restriction des libertés publiques qu’elle a pu engendrer et qu’elle pourrait engendrer dans des situations similaires à venir, cette crise nous révèle à quel point rétablir la confiance du peuple Français à l’égard de ses dirigeants sera l’enjeu primordial de la reconstruction.

    IL FAUDRA AUX ROYALISTES PROFIETER DE CETTE VACANCE DE POUVOIR.

    La remise sur pied de notre économie sera au centre des préoccupations du Roi à restaurer. Nous devrons sous sa conduite nous appuyer sur notre Foi, sur la défense de notre souveraineté nationale et être capable de mobiliser la solidarité internationale. Travail de longue haleine où la Doctrine Sociale de l’Eglise aura son rôle à jouer. Pour que, surtout, à l’image de ce que le regretté Uderzo nous a bien appris, le village gaulois que nous sommes, après l’empoignade sur le marché, devra pouvoir se rassembler à nouveau autour d’un beau banquet !

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