Et si les Afrikaners avaient eu raison avant tout le monde (suite) ?

31 Mar

Nous avions déjà posé cette question dans un billet d’humeur du 24 juin 2017 (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/06/24/billet-dhumeur-du-sieur-du-plessis-et-si-les-afrikaners-avaient-eu-raison-avant-tout-le-monde/). Comme vous allez le constater, elle s’avère aujourd’hui d’une actualité criante.

C’est en tout cas ce que met en évidence l’épidémie de coronavirus et ses conséquences sociales, en particulier le « confinement » des populations (qui résulte lui-même, ne l’oublions pas, d’une exécrable gestion de la crise sanitaire à ses débuts : absence de dépistage de masse et de mise en quarantaine systématique des porteurs du virus).

Il y a ainsi les familles pour lesquelles la « continuité pédagogique », après deux semaines d’école à distance, est déjà sur des rails : on s’y lève « comme pour un jour d’école », on découvre « ensemble » le mail de la maîtresse, on établit un « plan de travail » quotidien… Et puis il y a toutes celles dont les enseignants disent ne pas savoir ce qui s’y passe et comment on s’y organise scolairement. Parce que le lien « avec le système » était déjà illusoire avant le confinement ; parce que l’équipement informatique et les possibilités d’accompagnement sont inconnus des parents et limités pour les jeunes  ; parce que la barrière de la langue et l’inconsistance culturelle sont autant d’obstacles infranchissables.

« Chez nous, on n’a pas d’ordinateurs, pas de mails… En quinze jours, je suis allée chercher les devoirs deux fois à l’école », raconte à un journaliste une mère de cinq enfants. Dans cette famille kosovar qui vit essentiellement de petits trafics − elle est au foyer et le père au chômage ! −, installée en Rhône-Alpes, on met sur le même plan les obstacles matériels et linguistiques. « Je ne parle pas le français et je ne comprends pas les exercices, alors j’appelle la maîtresse, explique la mère. On fait comme on peut, mais c’est très difficile. » Ne pensez-vous pas qu’il serait mieux POUR TOUT LE MONDE qu’ils vivent à Pristina ?

Les parents de Moussa, 8 ans, scolarisé dans la banlieue grenobloise, peuvent, eux, s’appuyer sur leur aînée, Fatoumata, 18 ans. Nés au Sénégal, « ils n’ont pas fait d’études et ne connaissent rien à Internet, confie leur fille. Moi, j’ai un peu étudié; les choses que j’ai déjà faites, je peux les montrer à mon petit frère. Pour l’instant, le plus dur c’est de le motiver »…

Chez les Kerras, à Vaulx-en-Velin (Rhône), on essaie de se « débrouiller avec les moyens du bord », raconte, dans un français très approximatif, la mère, Ibtissem, 33 ans. Des moyens qui se résument à un smartphone − le sien − sur lequel travaillent « par roulement » ses quatre enfants déjà scolarisés de 5, 9, 10 et 12 ans. Un casse-tête à gérer, dit-elle, avec un bébé de 11 mois dans les bras. Tous pondus dans nos maternités accueillantes.

Pas d’imprimante à la maison (« on en a une au salon de coiffure où travaille mon mari, mais il a fermé »). Alors il faut « s’abîmer les yeux » sur l’écran du téléphone, raconte-t-elle. Accepter de ne « pas tout faire ». Et se résoudre à sortir : Ibtissem l’a encore fait, ce vendredi, pour aller récupérer un sac de photocopies mis à sa disposition par la maîtresse, devant le portail de l’école, pour son fils de 9 ans en CE2. Mais documents qu’elle ne sait pas expliquer à son enfant.

Dans les centres-villes comme dans les zones isolées, remontent ces cas de « sorties pour raisons scolaires » qui sont nombreux (un « motif familial impérieux ») et permettent aussi de faire quelques courses et de parler aux copines…

« Faut-il, au nom de la continuité pédagogique, prendre de tels risques ? », s’interroge Florence Claudepierre, porte-parole dans le Haut-Rhin de la fédération de parents d’élèves FCPE. Dans ce département foyer de l’épidémie, c’est pour le meilleur… et pour le pire : « Coûte que coûte, des mères se donnent rendez-vous pour s’échanger des documents. Mais des collégiens se rassemblent aussi, le soir, pour les devoirs. La pression scolaire doit-elle faire oublier la santé ? 

Alors, partout, et en particulier là où les difficultés culturelles sont les plus importantes, enseignants et chefs d’établissement appellent, aujourd’hui, à « temporiser », disent-ils, pour tenir au moins jusqu’à début mai − le « cap » pour l’instant fixé pour un retour en classe par le ministre de l’éducation. A « décélérer », pour ne pas accroître les inégalités entre les élèves proches de la « culture scolaire » et ceux qui en sont les plus éloignés.

« On compte entre 1,2 million et 1,3 million d’enfants dont les familles sont en grande difficulté aujourd’hui, rappelle l’inspecteur général honoraire de l’éducation, Jean-Paul Delahaye, et environ 100 000 mineurs isolés, enfants du voyage, jeunes vivant dans les squats ou hébergés par le Samusocial. » « L’expression de continuité pédagogique est compliquée à comprendre. On fait comme si les parents étaient des pédagogues. Or ils ne le sont pas. »

Cette peur de creuser des écarts déjà manifestes, la communauté éducative la ressent aussi. Depuis les tout premiers jours du confinement. « On a voulu démarrer plein pot la semaine dernière, témoigne une principale de collège en Rhône-Alpes. Les cours qui s’arrêtent, ça nous a tous pris de court ; il fallait absolument qu’on se débrouille pour que les enfants avancent. » Le numérique, les classes à distance ont semblé offrir une planche de salut.

« On a voulu y croire, poursuit la chef d’établissement, avant de comprendre qu’avec cette méthode et à ce rythme, on prenait le risque de laisser toute une frange de gamins au bord du chemin. » Sur les 400 élèves de son collège, les contacts sont difficiles avec une centaine, confie-t-elle.

A Bobigny, dans le collège relevant de l’éducation prioritaire dont il est le référent, Alain Pothet a comptabilisé, au dixième jour du confinement, plus d’un tiers des élèves de 3e qui ne s’étaient pas encore connectés. Toutes classes confondues, ils étaient « entre 170 et 200 aux abonnés absents », estime l’inspecteur pédagogique.

Les professeurs ne comptent pas les courriels et les coups de fil sans succès. Chargé d’un CP-CE1 dans une école de la Croix-Rousse, à Lyon, Raphaël Vulliez se démène pour rester en contact avec les 23 familles qui composent sa classe. Cinq n’ont pas Internet. Pour deux d’entre elles, il n’a ni téléphone ni adresse. Et plus aucune nouvelle depuis le 13 mars, dernier jour d’école.

Car, même si la date n’est pas encore connue, tous ont en tête l’objectif du retour à l’école. « Il faudra tenir compte de tout ce qui se sera passé pendant le confinement, et de tout ce qui ne se sera pas passé pour certains élèves », pointe l’inspecteur Alain Pothet.

Le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a d’ores et déjà évoqué une « remise à niveau pour tous ». « Je veux croire que la reprise se fera tranquillement, défend Anne-Lise, enseignante en élémentaire près de Lyon. Un peu comme un retour de grandes vacances, quand il faut se remettre doucement dans le bain… et qu’on est tous heureux de se retrouver. » Le rêve, quoi ! Comme dans le monde de bisounours qu’ils avaient imaginé au sortir de leurs IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres)…

En Afrique du Sud, avec le développement séparé, c’était simple. Chacun devait être à sa place…et les vaches étaient bien gardées. Mais personne ne l’avait compris et l’Afrique du Sud a disparu ou presque.

Le 31 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Et si les Afrikaners avaient eu raison avant tout le monde (suite) ?”

  1. conseilesperanceduroi mars 31, 2020 à 11:08 #

    Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a reconnu aujourd’hui mardi 31 mars que les enseignants avaient perdu tout contact avec environ 10% de leurs élèves dans le cadre de l’enseignement à distance ! Les résultats de la prochaine enquête internationale Pisa, sur le niveau scolaire des élèves seront encore pires que les précédents…Merci au métissage ethno-culturel et bravo l’acculturation.

  2. Hervé J. VOLTO mars 31, 2020 à 11:31 #

    En Allemgne, ils veulent lancer un dépistage de masse, donner un certificat de bonne santé aux dépsités négatifs et réouvrir le Pays après quarantaine systématique des porteurs du virus !

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