Ce sera pire que ce que l’on nous avait annoncé.

1 Avr

Nicole Belloubet, notre ministre de la justice et désormais adepte de la « vidange carcérale » à la manière de Christiane Taubira, nous avait annoncé qu’environ 5 000 détenus seraient libérés par anticipation pour désengorger nos prisons face à l’épidémie de coronavirus (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/23/vous-avez-interet-a-bien-vous-proteger-voire-a/). Elle a menti aux Français.

Cette femme est fourbe !

En effet, les mesures de libération anticipées conjuguées à la baisse des mises sous écrou liée au ralentissement de l’activité judiciaire avaient commencé avant son annonce publique et ont déjà fait fondre le nombre de détenus dans les prisons françaises avec 3 956 détenus de moins depuis le 16 mars, selon le ministère de la justice. Soit 5 % de la population carcérale d’un coup ! (environ 70 500 avant la crise sanitaire). Excusez du peu…et imaginez la suite.

En Ile-de-France, région qui concentre le plus grand nombre de personnes incarcérées (dont la plupart issue de l’immigration), la décrue a été encore plus marquée. Les établissements pénitentiaires y comptent un millier de détenus de moins qu’il y a deux semaines, pour atteindre un peu plus de 12 000, selon Laurent Ridel, le directeur interrégional des services pénitentiaires. Un phénomène qui s’explique aussi par le fait qu’un grand nombre de maisons d’arrêt de cette région (Fleury-Mérogis, Fresnes, Villepinte, etc.) concentrent les courtes peines.

La prison de la Santé, à Paris, comptait vendredi 27 mars 780 détenus, contre près d’un millier à la veille de l’épidémie. « Avec les remises de peine exceptionnelles et les remises de peine supplémentaires, nous pensons arriver à environ 700 détenus à la fin de cette semaine », se réjouit Mathilde Valin, juge de l’application des peines au tribunal judiciaire de Paris. Et cela ne s’arrêtera pas là. « La semaine prochaine, le parquet prendra le relais », annonce-t-elle.

Dans le cadre de la loi sur l’état d’urgence sanitaire, les procureurs peuvent en effet décider, sans demander l’avis d’un juge, de faire exécuter les deux derniers mois d’une peine de prison inférieure à cinq ans sous forme d’assignation au domicile. Au total, le cumul de ces dispositifs exceptionnels permet de faire sortir des personnes condamnées qui avaient encore jusqu’à six mois à effectuer derrière les barreaux. Les personnes condamnées pour crime, terrorisme ou violences intrafamiliales en sont heureusement (pour le moment ?) exclues.

 Etonnamment, àColmar (Haut-Rhin), l’un des premiers établissements pénitentiaires concernés par la vague épidémique, les mesures de libération ont été nettement plus parcimonieuses. Cette maison d’arrêt comptait 163 détenus vendredi 27 mars, contre 180 trois semaines plus tôt, selon Christophe Schmitt, le secrétaire interrégional de FO pénitentiaire pour le Grand Est. Soit une réduction de 10 %, comparée à celle de 30 % que devrait atteindre La Santé dans quelques jours. Résultat, elle reste occupée à 136 % de sa capacité, alors que la maison d’arrêt parisienne est déjà redescendue sous les 100 %.

Pour Laurent Ridel, « l’objectif de ces mesures volontaristes est de limiter le surencombrement pour des raisons sanitaires, mais aussi pour des raisons sécuritaires ». La réduction de la surpopulation carcérale facilite en particulier les mesures de confinement en cellule individuelle pour les détenus infectés au virus ou dont les symptômes imposent une telle précaution. Tous les établissements ont désormais une partie de la détention (coursive, aile ou bâtiment) séparée pour pouvoir accueillir d’éventuels détenus à confiner.

Selon les chiffres donnés le lundi 30 mars par l’administration pénitentiaire, 31 détenus ont été testés positifs au Covid-19 en France, soit une hausse de 48 % en trois jours, tandis que 683 font l’objet d’un confinement en raison d’une suspicion de contamination. Par ailleurs, 176 ayant fait l’objet d’une telle mesure sont sortis de leur « quatorzaine ».

Les situations sont fluctuantes. A la maison d’arrêt de Colmar, qui a compté jusqu’à 26 détenus confinés, plus personne ne l’était vendredi à l’issue des quatorzaines, sans qu’aucun cas de Covid-19 n’ait été avéré. Mais lundi, un nouveau dortoir de sept détenus a dû faire l’objet d’une décision de confinement pour deux semaines… A Fresnes (Val-de-Marne), le premier établissement à déplorer, le 16 mars, le décès d’un détenu atteint du Covid-19, 90 sont déjà sortis de confinement. Lundi, il n’en restait plus que sept.

« Les personnels pénitentiaires sont en première ligne sept jours sur sept, nous devons adapter les organisations face à une crise qui va durer », précise M. Ridel, basé à Fresnes. L’administration pénitentiaire doit faire face aux situations de stress générées par la crise sanitaire et à un absentéisme des surveillants en hausse. Il dépasse, selon nos informations, 20 %, voire 25 %, dans plusieurs régions. « Certains responsables syndicaux à Bois-d’Arcy [Yvelines], La Santé ou Fresnes ont renoncé à leur décharge syndicale pour remettre l’uniforme et reprendre du service au côté de leurs collègues », observe le directeur interrégional.

Parmi les agents pénitentiaires, 75 (sur 42 000) ont été testés positifs, et 881 placés en confinement à leur domicile, tandis que 138 ont déjà achevé leur quatorzaine. « Les masques et le gel n’ont été distribués aux agents en contact avec la population pénale que vendredi », affirme M. Schmitt. Ce qui devrait faciliter le travail. « Tant que nous n’avions pas de masque, les détenus se méfiaient de nous », raconte Fadila Doukhi, déléguée syndicale au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville.

Quoi qu’il en soit, vous ne vous étonnerez pas que nous vous annoncions avant longtemps une montée en flèche des délits et autres violences…au nom de la salubrité virale de nos prisons. Ce pays marche sur la tête.

Le 1er avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Ce sera pire que ce que l’on nous avait annoncé.”

  1. conseilesperanceduroi avril 1, 2020 à 8:33 #

    Pour ceux qui n’auraient pas tout compris : deux des cinq suspects en lien avec l’attentat de Strasbourg ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire le 19 mars. Une décision prise par le parquet antiterroriste, qui l’a annoncée huit jours plus tard, le vendredi 27 mars. Les deux hommes, originaires de Haguenau, sont soupçonnés d’avoir fourni au terroriste Cherif Chekatt le revolver avec lequel il a tué cinq personnes au centre-ville de Strasbourg, le soir du 11 décembre 2018. Ils étaient en détention provisoire depuis février 2019.

    Sylvain André, référent Grand Est du syndicat Alternative police, suit l’affaire depuis le début et était sur le terrain le soir de l’attentat. Pour lui, par cette libération, “l’institution judiciaire a trahi la police“. Il estime “totalement aberrant” de relâcher ainsi “deux individus inculpés dans le cadre d’une affaire criminelle”, et dont l’instruction n’est pas terminée, a-t-il précisé ce mardi 31 mars à France 3 Alsace.

    “Cette décision est une nouvelle preuve des défaillances de la justice” déclarait également lundi 30 mars le syndicat de police Alliance à France Info, en dénonçant une remise en liberté “irresponsable et scandaleuse.”

    La décision paraît d’autant plus incompréhensible aux deux syndicats de police que ce même 19 mars, la ministre de la Justice Nicole Belloubet, en annonçant une prochaine remise en liberté de 5.000 détenus en fin de peine afin de désengorger les prisons très vulnérables à l’épidémie de coronavirus, avait bien précisé que les détenus en lien avec des affaires intrafamiliales ou terroristes n’étaient pas concernés.

    Cette femme est fourbe !

    • conseilesperanceduroi avril 3, 2020 à 7:15 #

      Et c’est encore pire que pire : Le nombre de détenus dans les prisons françaises a diminué de 6 266 personnes entre le 16 mars et le 1er avril, a indiqué le ministère de la Justice à l’AFP, vendredi 3 avril.

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