Gestion sanitaire en Espagne : c’est comme en France…en pire.*

2 Avr

Alors que le dernier bilan de la pandémie de Covid-19 fait état de plus de 102 000 cas confirmés et 9053 morts en Espagne, le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, s’est résigné à « intensifier la lutte » pour éviter la saturation annoncée des hôpitaux du royaume. Lundi 30 mars, seuls les travailleurs des secteurs d’activités considérés comme « essentiels » ont été autorisés à se rendre sur leur lieu de travail, selon les mesures annoncées la veille par Madrid.

Alors que, trois jours plus tôt, M. Sanchez s’opposait encore au « confinement total » réclamé avec insistance par plusieurs présidents de régions, il a fini par céder aux pressions. Celles de chiffres alarmants qui mettent à l’épreuve les capacités d’accueil en soins intensifs, proches de leur « limite » dans six régions autonomes, comme l’a reconnu le ministère de la santé. Mais aussi les pressions de nombreux dirigeants politiques mécontents d’une gestion de la crise sanitaire certes volontariste, mais erratique et déconcertante. Le président du Parti populaire (PP, droite), Pablo Casado, a ainsi reproché, lundi, au premier ministre son « manque de transparence et de loyauté ».

Les autres partis ne sont pas en reste. La présidente du parti libéral Ciudadanos, Inés Arrimadas, l’a accusé de « générer de l’incertitude ». Les dirigeants du mouvement de droite radicale Vox lui reprochent son « improvisation ». Et pour préserver l’unité de son gouvernement de coalition avec Podemos (gauche radicale), le leader socialiste a dû prendre des mesures inattendues, comme l’interdiction des licenciements pour cause d’épidémie, annoncée vendredi. A cela, il faut ajouter la colère des personnels soignants, dont 12 300 ont été infectés par le virus et six sont décédés, faute de matériel adéquat.

Jeudi 26 mars, le ministère espagnol de la santé a ainsi dû reconnaître qu’un lot de 660 000 tests de diagnostic du Covid-19 achetés et qui commençaient à être distribués dans les hôpitaux de la région de Madrid, épicentre de l’épidémie en Espagne, était défectueux. Pire, l’ambassade de Chine a cru bon de préciser sur Twitter que le fournisseur chinois de cette commande, l’entreprise Shenzhen Bioeasy Biotechnology, n’avait « pas encore obtenu la licence officielle de l’administration nationale de produits médicaux de la Chine pour vendre ses produits ». De quoi provoquer railleries et critiques incendiaires sur les réseaux sociaux.

Alors que l’un des objectifs de l’état d’alerte décrété le 14 mars était de centraliser les ressources sanitaires et les répartir en fonction de l’urgence de chaque région, selon le principe de solidarité, l’exécutif n’a organisé pour le moment aucun transfert de patients de Madrid, le principal foyer de contagion espagnol, vers des zones moins saturées, bien qu’il assure depuis des jours qu’il envisage cette solution. Et si l’Andalousie, la Galice et l’Estrémadure ont annoncé l’envoi de respirateurs artificiels dans la capitale, la « solidarité » demandée entre régions semble dépendre du bon vouloir de chacune d’entre elles. Or chacune cherche à garder un maximum d’autonomie.

Les indépendantistes catalans contestent chaque jour le pilotage de la crise sanitaire par Madrid, considérée comme une mesure de « recentralisation ». Les régions, auxquelles ont été transférés les pouvoirs en matière de santé il y a près de quinze ans, lassées d’attendre le matériel sanitaire promis, ont d’ailleurs rapidement repris les achats sur les marchés internationaux pour leur compte.

Mi-mars, le gouvernement de l’Andalousie a même reproché au ministère de la santé d’avoir réquisitionné, dans un entrepôt de Jaen, 150 000 masques de protection médicale qui lui étaient destinés. Plusieurs régions se sont ensuite plaintes que leurs distributeurs ne voulaient plus importer de matériel sanitaire, de crainte qu’il ne soit saisi. Ou ont accusé le gouvernement de « bloquer » du matériel aux douanes.

L’exécutif a démenti ces accusations, assurant que toutes les réquisitions visaient à éviter la spéculation. Mais il n’a pu cacher ses difficultés à fournir le matériel nécessaire aux hôpitaux. Il a réparti à peine 10 millions de masques de protection et 56 respirateurs artificiels depuis le 14 mars.

« Le gouvernement a obtenu du matériel, mais c’est très insuffisant », reconnaît le président de la région de Valence, le socialiste Ximo Puig, qui a décidé de « ne pas attendre simplement de recevoir la partie proportionnelle qui [lui]reviendrait ». Grâce à un chef d’entreprise chinois installé à Valence, il est parvenu à faire venir, le 24 mars, un avion chargé de 3,8 millions de masques, 5 000 combinaisons de protection et 200 000 gants, destiné à approvisionner la région.

« La cacophonie n’est qu’apparente », assure pourtant un responsable du ministère des affaires étrangères, qui rappelle la fermeté du confinement drastique approuvé rapidement mais aussi la participation très active de l’armée et les mesures fortes de soutien au chômage partiel. « Le gouvernement contrôle la situation, agit avec détermination dans un pays fortement décentralisé, mais avec un commandement unique clair qui vertèbre la réponse à cette crise. »

Dimanche, le pont aérien promis entre l’Espagne et la Chine a été enfin ouvert pour livrer progressivement 550 millions de masques, 5,5 millions de tests rapides, 11 millions de paires de gants ou encore 950 respirateurs artificiels. Trop tard au vu du niveau de la catastrophe sanitaire actuelle.

Et pas sûr que Pedro Sanchez pourra en tirer un peu de répit politique tant la population est désormais critique sur sa gestion de crise.

Le 2 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Heureusement, le roi Philippe VI et son épouse sont très directement investis (dans les limites qu’autorise la Constitution) dans la lutte contre l’épidémie. Ils se tiennent constamment informés de l’évolution de la situation et interviennent partout où cela est possible (ils ont d’ailleurs été récemment confinés de peur d’une contamination). Par ailleurs, le roi a mis à la disposition des autorités civile du pays l’ensemble des effectifs composant la Garde royale (Guardia Real) pour aider à la lutte contre les conséquences de l’épidémie de coronavirus. Les activités des souverains dans ces circonstances sont régulièrement présentées sur leur compte twitter (https://twitter.com/casareal).

Une Réponse to “Gestion sanitaire en Espagne : c’est comme en France…en pire.*”

  1. Hervé zafrani avril 3, 2020 à 12:28 #

    Le socialisme cela ne marche pas nous français nous le savons très bien et la démocratie aussi⚜️

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