Victoire posthume de Jean Mistler.

2 Avr

Et elle ne peut que nous réjouir tant nous ne manquons jamais une occasion de rappeler le caractère iconoclaste, en ces temps nomades et festifs, de sa lucide affirmation selon laquelle

Et ce sera sans doute l’une des conséquences bénéfiques de la pandémie au coronavirus : la fin de l’addiction de nos contemporains au tourisme de masse et la décrue de l’une de ses manifestations les plus nuisibles : le transport aérien (https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-la-fermeture-d-orly-c-est-tout-simplement-miraculeux-se-rejouit-l-association-des-riverains_3894095.html).

Marc Rochet, patron d’Air Caraïbes et de French bee, les deux compagnies aériennes du Groupe Dubreuil, n’en revient toujours pas. « Nous vivons quelque chose que nous n’avons jamais vécu ! », affirme-t-il, abasourdi. En fin connaisseur du transport aérien, il estime que rien ne sera plus comme avant, quand la pandémie de Covid-19 sera passée. « Le monde de demain ne sera plus le même après une crise d’une telle intensité », pense-t-il. Souhaitons qu’il ait raison. A l’en croire, la consolidation du secteur menace d’être sévère. « Je n’ai jamais vu une crise du transport aérien ne pas conduire à une restructuration du marché. Je ne vois pas pourquoi la France échapperait à cette règle. »

Il n’est pas le seul à entrevoir une restructuration d’importance. Pour Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair, ce sont les compagnies à bas coût qui pourraient faire les frais de la pandémie. Justement celles qui sont le plus impliquées dans le tourisme de masse. Mais le meilleur est à venir : « La crise va laisser des traces » chez les gens. Elle pourrait induire « un changement de comportement des consommateurs ». Le patron de Corsair redoute que la sortie du confinement sonne aussi la fin de la frénésie de voyages à moindre prix, qui a fait, depuis plus de vingt ans, le bonheur, et surtout la fortune, de compagnies à bas coût telles que Ryanair et EasyJet. « Les low cost vont être très touchées, car le goût de voyager en permanence pour pas cher va en partie disparaître. »

Le ciel l’entende !

Elles ne sont pas les seules. La low cost long-courrier « Norwegian est aussi menacée, car elle est déjà sous perfusion des autorités norvégiennes », signale M. de Izaguirre. Cette entreprise, qui doit supporter une dette de 2 milliards d’euros, est d’autant plus en difficulté que son modèle économique n’a pas encore eu le temps de faire ses preuves.

Pour le patron de Corsair, c’est tout le transport aérien et pas seulement le segment du low cost qui sera affecté. Même la clientèle d’affaires pourrait être touchée (celle qui voyage dans le cadre des trop nombreuses délocalisations d’entreprises qui font mourir nos économies nationales). Celle qui rapporte le plus aux compagnies aériennes. « La faute… au télétravail », selon lui. « Avec la généralisation du télétravail pendant cette période, les entreprises sont en train de découvrir que ce n’est pas la peine d’envoyer leurs cadres prendre l’avion », prétend M. de Izaguirre. Ou comment gérer ses usines expatriées sans se déplacer…

Si la demande pour des vols en classe affaires pique du nez, cela pourrait être un drame pour des compagnies, « comme Air France, qui ont décidé de miser à fond sur les passagers business ». Selon M. Rochet, la survie d’Air France passera par des décisions brutales, comme celle « de fermer les lignes qui perdent de l’argent » et, bien sûr, des licenciements.

Le PDG de Corsair redoute « une mortalité élevée » dans le transport aérien. Une hécatombe parmi les petites compagnies aériennes. « Les petits vont crever »,assène-t-il. Avant la crise, nombre de compagnies étaient déjà fragiles. La pandémie risque de leur porter le coup de grâce. Avec ses 480 millions de revenus en 2019, Corsair est loin d’être tirée d’affaire.

Son dernier avion encore en opération s’est posé le 26 mars. « [Depuis], nous n’avons plus de trafic. Le chiffre d’affaires est à zéro », déplore M. de Izaguirre. Alors, faute de passagers, il a décidé « la mise sous cocon, l’hibernation, de la compagnie ». Si les rentrées sont inexistantes, en revanche, les coûts fixes persistent. Notamment ceux de location des avions. Pour limiter la casse, les entreprises ont pris exemple sur Air France et placé la majorité de leurs personnels en chômage partiel.

Chez Air Caraïbes et French bee, on est moins pessimiste. Il est vrai que les deux compagnies font exception dans le ciel français : « 2019 a été une très bonne année », avec un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros, et 2020 « avait très bien démarré en janvier et en février », explique M. Rochet. Pourtant, lui aussi a pris la crise de plein fouet : « Cela s’est arrêté brutalement le 15 mars, avec une chute d’un tiers de l’activité. Depuis, les ventes de billets sont à zéro. Notre chiffre d’affaires quotidien est à zéro ! »

Mais comme vous vous en doutiez, les compagnies en appellent à l’Etat. Il faut « un plan Marshall du transport aérien français », réclame M. de Izaguirre, qui supplie les autorités de « ne pas oublier les petites compagnies ». Afin de sauver ce qui peut l’être de leur trésorerie, elles réclament de ne pas avoir à rembourser immédiatement leurs clients. « Nous ne sommes pas en mesure de le faire », admettent-elles. « Si nous remboursons, ce sera une telle saignée sur notre cash que nous serons à terre », prévient M. de Izaguirre.

Et vous l’avez compris, bien que ces gens-là aient fait fortune grâce à la frénésie des voyageurs…il n’est pas question de rembourser ceux dont les vols ont été annulés du fait des circonstances ! Selon le bon vieux principe de 

LA PRIVATISATION DES PROFITS MAIS LA MUTUALISATION DES PERTES…

Elles demandent à l’Etat « un moratoire » et espèrent être soutenues par le secrétaire d’Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebbari. « C’est notre avocat », se félicite M. de Izaguirre. « Avec lui, ajoute le patron de Corsair, je pense que l’Etat est conscient de l’état dramatique du secteur du transport aérien. »

Et alors ?

Le 2 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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