En Espagne, l’armée est la colonne vertébrale de la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

3 Avr

Comme en 1936, heureusement que l’armée est là alors que le gouvernement est aux abonnés absents.*

L’image a fait le tour du royaume : deux militaires en tenue encadrent une vieille dame, courbée par les années, appuyée sur une canne… et dont ils portent les courses. C’était le 18 mars dans la ville de Gijon, aux Asturies, dans le nord de l’Espagne. Sur les réseaux sociaux, les uns ont applaudi l’empathie des soldats, les autres se sont moqués de ce rôle insignifiant. Puis il a bien fallu que tous prennent la mesure du fait que, depuis que le gouvernement a déclaré l’état d’alerte le 14 mars et face à son aboulie, l’armée est sur tous les fronts pour lutter contre la pandémie de Covid-19 qui frappe très durement le pays. Le dernier bilan, jeudi 2 avril, fait état de plus de 110 000 cas confirmés et 10 003 morts, soit une hausse de 950 décès en vingt-quatre heures.

Les militaires, qui jouissaient déjà d’une bonne image en Espagne, ont participé à la construction de l’impressionnant hôpital de campagne installé dans le palais des expositions de Madrid, l’Ifema, où se trouvent hospitalisés près d’un millier de malades. Mais aussi au montage d’une quinzaine d’autres structures dans toute l’Espagne, y compris en Catalogne, malgré les réticences initiales des autorités régionales indépendantistes (mais qui sont bien contentes d’avoir les militaires sous la main). Ils ont désinfecté au Kärcher près de 1 700 maisons de retraite, submergées par l’épidémie, et découvert à cette occasion des personnes âgées, abandonnées, gisant mortes sur leur lit… Mais ils ont aussi assaini 500 hôpitaux et centres de santé, 250 stations de train et de métro, une vingtaine de ports et une soixantaine d’aéroports, et continuent chaque jour. Bref, ils sont partout et font tout ce qui doit être fait en parallèle des services de santé.

Mais, comme si cela ne suffisait pas, tous les soirs, ils évacuent les corps depuis les morgues jusqu’à la patinoire du Palacio de Hielo de Madrid où les cercueils sont entreposés sur la glace, le temps que viennent les chercher les services funéraires débordés. Et dans le Centre de pharmacie militaire de Colmenar Viejo, dans la grande banlieue, ils fabriquent du gel hydroalcoolique et du paracétamol pour approvisionner les hôpitaux…

L’armée, avec à sa tête le général Franco, a sauvé l’Espagne des griffes des socialo-communistes entre 1936 et 1939. La sauvera-t-elle encore une fois face aux attaques du coronavirus ?

« Actuellement, 7 159 militaires sont déployés dans 223 municipalités », a résumé mercredi 1er avril le chef de l’état-major de la défense, le général Miguel Angel Villarroya, qui chaque jour, à midi, paraît aux côtés des représentants des ministères de la santé, de l’équipement et de l’intérieur pour rendre compte de l’avancée de l’épidémie en Espagne. Cette mobilisation de l’armée porte un nom : l’opération Balmis, en référence au chirurgien militaire Francisco Javier Balmis, qui mena en 1803 une campagne de vaccination contre la variole dans tout l’Empire espagnol et jusqu’aux Philippines.

« Au moment de l’état d’alerte, le gouvernement a considéré que les forces armées pourraient être utiles et qu’il fallait planifier des interventions concrètes et utiles en fonction de nos capacités, explique au Monde Angel Brufau, officier de presse de l’armée. Nous avons des moyens importants, humains, matériels et logistiques. Nous sommes prêts et disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept et nous avons une grande expérience de la gestion des catastrophes : c’est cela, notre force. »

Pour calmer la colère des personnels soignants, qui manquent dramatiquement de matériel, un Airbus A400M est parti en urgence chercher du matériel acheté à Shanghaï par le ministère de la santé : il est revenu le 30 mars après 33 heures de vol et trois escales techniques. Jeudi 2 avril au matin, le navire de guerre Galicia et ses huit lits de réanimation devaient être mis à disposition de la ville de Melilla, l’enclave espagnole au nord du Maroc.

Armées de l’air, de terre et marine, et même la garde royale (ainsi que nous le rappelions en note ici: https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/04/02/gestion-sanitaire-en-espagne-cest-comme-en-france-mais-en-pire/) ont été mises à contribution. Cependant, ce sont surtout les membres de l’Unité militaire d’urgence (UME) qui sont sur le pont, avec chaque jour, 1 150 personnes activées.

Insigne de l’UME

« Bien sûr que l’UME est efficace. C’est l’élite de l’armée de terre. Elle a des moyens, des effectifs formés et qui obéissent aux ordres de leur hiérarchie. Puisqu’elle existe, il faut évidemment l’utiliser », souligne Jesus Nuñez Villaverde, codirecteur de l’Institut des études sur les conflits et l’action humanitaire (Iecah) et militaire réserviste. Il rappelle que cette unité a été créée en 2005 à la suite des grands incendies de Guadalajara, en Castille-La Manche, qui avaient fait onze morts du fait du retard des autorités locales à demander l’aide de l’Etat. « Les pouvoirs en matière de protection civile ont été cédés aux régions autonomes. Quand le gouvernement central s’est rendu compte qu’il ne disposait pas d’un outil pour agir au niveau national en cas de catastrophe, l’UME a été créée », explique-t-il.

Malgré l’état d’alerte, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez s’est avéré incapable de transférer des malades des régions les plus touchées comme Madrid et la Catalogne, vers celles qui le sont le moins, alors qu’il n’a cessé de dire qu’il l’envisageait.

Dans ce contexte, seule l’armée semble capable d’intervenir sur tout le territoire. Y compris au Pays basque et en Catalogne, où les nationalistes régionaux sont au pouvoir. Le lehendakari, président du gouvernement basque, Iñigo Urkullu a eu beau déclarer, le 19 mars, que son intervention n’était « pas nécessaire », l’armée a finalement désinfecté le 23 mars l’aéroport de Bilbao, puis la station de train et l’aérodrome de Vitoria.

La Généralité de Catalogne, gouvernée par l’indépendantiste Quim Torra, a fini par faire appel à elle, le 27 mars, pour désinfecter un centre pour mineurs non accompagnés où plusieurs cas avaient été confirmés. Entre-temps, la maire de Barcelone Ada Colau (gauche alternative), qui, en 2016, avait critiqué la présence de l’armée au Salon de l’enseignement, lui a, cette fois, souhaité la « bienvenue » sur les réseaux sociaux et l’a remerciée de sa « réponse très rapide » pour l’aider à aménager le palais des expositions Fira de Barcelone afin d’y loger un millier de sans-abri. Consciente que, alors que l’épidémie assaille le pays, aucune aide n’est de trop…

Souhaitons que cette tragédie ouvrira les yeux des Espagnols sur les réalités de leur pays alors que leur gouvernement s’acharne contre la mémoire du général Franco et de son régime.

Le 3 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/11/epidemie-de-coronavirus-le-gouvernement-espagnol-aux-abonnes-absents/

7 Réponses to “En Espagne, l’armée est la colonne vertébrale de la lutte contre l’épidémie de coronavirus.”

  1. Paul-Emic avril 3, 2020 à 10:27 #

    autrement plus efficace que notre armée épuisée par des guerres post-coloniales et une politique nucléaire surdimensionnée.

  2. Hervé zafrani avril 3, 2020 à 12:52 #

    L armée l honneur de l Espagne 🇪🇸

  3. Hervé J. VOLTO avril 3, 2020 à 1:25 #

    Quand la chienlit est partout, heusement il reste l’armée.

    -A me la legione (prononcer lérionne), jodé (expression vernaculaire tiré de la noble Légion Espagnole, le dernier mot, à prononcer « rodé » étant à ne pas répéter devant des enfants) !

  4. Hervé J. VOLTO avril 3, 2020 à 1:28 #

    Quand la chienlit est partout, heuseusemnt, il reste l’Armèe.

    A crier devant tout le monde :

    -ARRIBA ESPANA (a prononcer « Espagna ») !

    • conseilesperanceduroi avril 3, 2020 à 5:23 #

      N’oubliez pas que l’expression complète était la suivante :
      « Arriba España, Viva Franco ! »

  5. Hervé J. VOLTO avril 4, 2020 à 10:03 #

    Elle a été remplacée aujourd’hui par :

    -Arriba España, Viva el Rey !

  6. conseilesperanceduroi avril 4, 2020 à 11:07 #

    A Pozuelo de Alarcon (Madrid), le roi Felipe d’Espagne a visité le quartier général des opérations de l’armée déployée dans la lutte contre le coronavirus.

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