En Grèce, la reprise économique n’aura pas duré longtemps…

6 Avr

La Grèce va-t-elle survivre à la crise sanitaire de 2020 après la crise économique de 2010?

Souvenez-vous pourtant de nos nombreux articles consacrés à la descente aux enfers de ce berceau de notre culture. Depuis les premiers délabrements de son économie à la suite de la crise de 2008 jusqu’au renvoi à ses chères études du post-marxiste qui en fut le Premier ministre  de 2015 à 2019, Alexis Tsipras. Souvenez-vous de nos Billets d’Argolide de 2015 qui vous disaient tout de l’effondrement de ce pays, sous le joug des l’Union européenne et du Fonds monétaire international, jusqu’aux élections législatives de 2019 et l’arrivée au pouvoir de la droite de la Nouvelle Démocratie de Kyriákos Mitsotákis. Tout est consultable sur notre blogue grâce à notre moteur de recherche.

Or, voilà que la Grèce est de nouveau victime des circonstances avec un nouvel afflux de hordes migrantes lâchées par la Turquie à l’assaut de l’Europe (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/10/le-goutte-a-goutte-migratoire-a-tres-grosses-gouttes-continue-1/) mais aussi l’arrivée de la pandémie au Covid-19 qui inflige un coup d’arrêt brutal à l’un des domaines clés de l’économie grecque, le tourisme.

A quelques encablures du Stade panathénaïque et du plus grand hôpital d’Athènes, Evangelismos, Charilakis Dallas se sent bien seul dans son café-pâtisserie d’ordinaire pris d’assaut par les habitués. Depuis la mi-mars, tous les magasins, exceptés les supermarchés et les pharmacies, sont fermés en raison de la pandémie de Covid-19, qui a fait, au 3 avril, 55 morts, avec 1 544 personnes testées positives en Grèce. Les cafés et restaurants sont seulement autorisés à effectuer des livraisons et des ventes à emporter.

« Nous guettons les clients. Je sers tout au plus dix cafés ou gâteaux par jour depuis le confinement de la population », soupire M. Dallas, qui a créé cette entreprise familiale il y a vingt-cinq ans. « Mais le plus important, c’est que la Grèce ne connaisse pas une situation aussi tragique qu’en Italie, s’inquiète le quinquagénaire. Notre système de santé a été laminé par des années de coupes budgétaires. Les médecins qui viennent prendre un café me racontent qu’ils manquent de matériel basique, qu’ils font des heures supplémentaires jusqu’à épuisement… » Mais, après tout, cela ne vous rappelle-t-il pas un autre pays, le nôtre ?

Depuis le début de la crise économique, en 2010, la baisse du budget pour les hôpitaux publics et la fuite à l’étranger de plus de 18 000 médecins ont lourdement touché ce secteur. Entre 2009 et 2015, les dépenses publiques de santé par tête ont chuté de 37,7 % et plus de 20 % des unités de soins intensifs ou de soins spécialisés ont été fermées. Pour faire face à la crise sanitaire, le ministère de la santé a annoncé l’embauche de 4 200 médecins et personnels hospitaliers, et le nombre de lits en réanimation est passé de 565 à 870. Une misère…

M. Dallas suit avec angoisse les informations et se demande à quoi ressemblera le jour d’après le confinement. « Nous avons résisté à la crise économique et traversé une période très difficile, surtout en 2015, avec l’imposition du contrôle des capitaux. Allons-nous survivre à une nouvelle crise ? »

Le gouvernement du premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis a annoncé une série de mesures pour soutenir les entreprises et les salariés : allocation de 800 euros par mois pour tous les travailleurs dont le contrat n’a pas été renouvelé ou qui ont dû se mettre au chômage partiel ; paiement par l’Etat des cotisations sociales ; report de quatre mois du paiement des impôts et des dettes des sociétés. Il va aussi soutenir la liquidité des entreprises, notamment en leur accordant des prêts de trois mois grâce à une aide de 1,8 milliard d’euros de la Banque européenne de développement. Sauf que la dette du pays est déjà énorme…

D’après le ministère du travail, 41 000 licenciements ont été enregistrés au cours des deux premières semaines de mars. « La situation du marché du travail pour mars est tragique, estime le ministre du travail Ioannis Vroutsis. Les entrepreneurs ne doivent pas procéder de manière injustifiée à des licenciements. » Athènes a d’ailleurs affirmé que toutes les entreprises qui licencieront en cette période ne bénéficieront pas des aides de l’Etat.

Le secteur le plus affecté est le tourisme, qui représente près d’un quart du produit intérieur brut (PIB) du pays et emploie plus de 20 % des Grecs. « Sur les 10 000 hôtels du pays, 9 700 ont dû fermer en raison des mesures de confinement, explique Grigoris Tasios, président de l’Union grecque des hôteliers. Nous sommes dans l’incertitude totale. Même pendant la crise économique, nous pouvions faire des plans sur plusieurs mois. Mais, dans les circonstances actuelles, nous ne savons pas comment la pandémie va évoluer et si la saison touristique va vraiment pouvoir commencer. »

Selon la Chambre des hôteliers de Grèce, les pertes pour la branche devraient s’élever à 522 millions d’euros. La baisse du chiffre d’affaires pourrait atteindre entre 36 % et 51 % cette année, par rapport à 2019.

Eva Vrontinakis, guide touristique, s’apprêtait en mars à commencer la saison avec des groupes scolaires : « Tout a été annulé. Je vais perdre sans doute la moitié de mon revenu ! »

Anthony Kollidas, qui a ouvert une agence de voyage Elysium Travel, il y a cinq ans, craint de devoir mettre la clé sous la porte : « Nous commencions à avoir un retour sur investissement, nous étions confiants, le tourisme se portait bien en Grèce… Quand tu as dû, pendant huit ans, faire preuve de patience en attendant des jours meilleurs, c’est dur de devoir envisager la fermeture de ton entreprise. »

Vassilis Korkidis, le président de la chambre de commerce du Pirée, craint la faillite de milliers d’entreprises : « Nous avons survécu à dix ans de crise, il n’y a plus de résistance possible dans la société grecque. Beaucoup de mes concitoyens sont partagés entre une immense peur et la colère. »

Le ministre des finances, Christos Staïkouras, a prévenu jeudi 26 mars : la Grèce sera de nouveau en récession en 2020, le PIB pourrait reculer de « 1 % à 3 % », alors que l’Etat misait sur une croissance de 2,8 %. Morgan Stanley prévoit même une récession de 5,3 %.

L’Union européenne a annoncé que la Grèce n’aurait pas à respecter ses engagements d’excédent budgétaire primaire (hors charges de la dette) de 3,5 % du PIB cette année en raison de la pandémie. Mais la fragilité de son économie risque de se faire sentir lorsqu’il faudra mettre en place un plan de relance. « La dette du pays étant déjà très élevée, il sera difficile de prendre la décision de l’alourdir davantage, estime Christopher Dembik, analyste chez Saxo Bank. La question de la solidarité européenne devra de nouveau être posée. »

Et c’est reparti pour un tour…

Le 6 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

4 Réponses to “En Grèce, la reprise économique n’aura pas duré longtemps…”

  1. Hervé J. VOLTO avril 6, 2020 à 11:19 #

    L’Italie a peur de finir comme la Grèce et dénonce une collusion Marcon Merkel, vus comme le chat et le renard de Pinocchio, ayant pour but de « punir » l’Italie
    http://blog.ilgiornale.it/indini/2020/04/05/il-gatto-e-la-volpe/#

    On y dénonce une obstination anti-italienne
    https://www.ilgiornale.it/gallery/merkel-corre-aiuto-degli-italiani-1850477.html

    Le Coup de couteau de Macron à l’Italie : Rome isolèe de l’Europe
    https://www.ilgiornale.it/news/politica/pugnalata-macron-roma-isolata-europa-1846941.html

    Bref, Outre-Alpes court la voix que l’UE est ux mains de Paris et de Berlin. Sur la table des tacatavives, les hypothèses du coronabond et l’accès u MES mais avec les conditons qui porteront aux « réformes larmes et sang » imposées par la Troika !

  2. Hervé J. VOLTO avril 6, 2020 à 12:19 #

    Non seulement Macron se fait mal voir de ceux qui l’ont élu, mais en plus il fait mal voir la France de ses pays satellites !

  3. Hervé zafrani avril 6, 2020 à 3:24 #

    Pauvres grecs c est le cas de le dire

  4. Louis Chiren avril 6, 2020 à 5:34 #

    De l’Évangile de saint Matthieu, dimanche des Rameaux :
    « Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l’esprit.
    Et voilà que le voile du sanctuaire se fendit en deux, du haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,
    les sépulcres s’ouvrirent et les corps de beaucoup de saints défunts ressuscitèrent.
    Et, sortis des sépulcres, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup.
    Le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui se passait, furent saisis d’une grande frayeur et dirent :  » Vraiment, c’était le Fils de Dieu. «  »

    Tous les temples païens seront détruits au propre et au figuré… ce sera avant la résurrection du Royaume de France.

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