Quand on veut, on peut (suite)…

9 Avr

Il s’agit, cette fois, du coup de main spectaculaire autant qu’inattendu des Français à leurs agriculteurs. Réveil d’une antique fibre paysanne ? On pourrait l’espérer.

« Pour l’instant, nous maintenons l’activité mais l’équilibre est fragile », affirme pourtant Laurent Bergé, président de l’association d’organisations de producteurs nationale (AOPn) Tomates et concombres de France. Et d’évoquer la situation de son exploitation maraîchère, à côté de Nantes, en Loire-Atlantique, bousculée comme une bonne part de l’agriculture française par la crise liée au coronavirus. « J’emploie actuellement 90 personnes. J’ai 17 salariés qui ne sont pas venus la première semaine d’avril alors que le nombre d’absents était de 8 la semaine précédente », témoigne M. Bergé. Des employés qui restent chez eux pour s’occuper de leurs enfants ou pour raisons de santé. Mais le maraîcher a trouvé des remplaçants, lui-même ayant été démarché directement par des personnes de la région en chômage partiel ou sans activité du fait de la fermeture de leur commerce, en particulier des restaurateurs. « Le souci pour nous est de ne pas perdre l’encadrement, cela peut déstabiliser l’activité car il faut pouvoir encadrer la main-d’œuvre sans expérience agricole », explique Laurent Bergé.

Autre inquiétude, la montée en puissance des équipes entre mi-avril et mi-mai pour faire face à la pleine saison de la tomate en mai et juin. « Nous passons à 130 personnes sur l’exploitation », explique M. Bergé. Habituellement, il a recours à des travailleurs venant de Roumanie et du Maroc. Or la frontière avec le Maroc est fermée. Ce qui d’ailleurs contraint des Marocains qui faisaient la saison d’hiver à rester en France alors qu’inversement, ceux qui devaient prendre la relève sont bloqués de l’autre côté de la Méditerranée. Concernant la Roumanie, des dérogations existent, mais les Roumains hésitent à venir. « La question n’est pas tant la quantité de main-d’œuvre que sa qualité », souligne M. Bergé.

En quantité, a priori, le problème semble résolu. En effet, les volontaires ont été nombreux à répondre à l’appel lancé conjointement par le ministre de l’agriculture et le syndicat agricole FNSEA, mardi 17 mars. Ils se disent prêts à proposer leurs bras pour aider les agriculteurs sur l’ensemble du territoire national. « Nous en sommes, lundi 6 avril, à 210 000 travailleurs inscrits et 4 000 agriculteurs demandeurs de main-d’œuvre », affirme Jean-Baptiste Vervy, directeur de la plate-forme WiziFarm, qui héberge la page « Desbraspourtonassiette » créée pour l’occasion.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, avait chiffré à 200 000, le nombre de recrutements nécessaires d’ici à l’été, essentiellement dans le maraîchage et l’arboriculture. Un besoin de bras pour pallier l’absence des saisonniers venant habituellement de Roumanie, de Pologne, du Maroc ou d’Espagne. Pour faciliter les embauches, le gouvernement a accepté d’autoriser les salariés en chômage partiel à cumuler leur indemnité avec un salaire agricole. Même dérogation du côté des bénéficiaires du fonds de solidarité pour les très petites entreprises. En outre, les contraintes horaires ont été assouplies.

Mais ne pensez-vous pas que les autorités pourraient avoir recours à d’autres travailleurs que ceux venant de l’étranger (avec tout ce que cela comporte comme inconvénients) ? Par exemple, ne serait-il pas judicieux de multiplier les travaux d’intérêt général prononcés par les tribunaux pour employer les innombrables jeunes désoeuvrés de nos banlieues plutôt que de vider tout net les prisons et leur permettre ainsi de retourner à leurs trafics de stupéfiants ? (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/04/01/ce-sera-pire-que-ce-que-lon-nous-avait-annonce/).

Mais l’adéquation entre le flux de candidatures et la demande n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. « La difficulté qu’on rencontre, c’est que les campagnes de récolte vont continuer jusqu’à fin juin. Or, lorsque la fin du confinement va être prononcée, les salariés en chômage partiel vont retourner dans leur entreprise. On va manquer de main-d’œuvre, c’est certain, si les travailleurs étrangers ne peuvent entrer sur le territoire », estime Xavier Mas, président de l’AOPn Fraises de France, même si sur son exploitation, située dans le Lot-et-Garonne, il affirme ne pas rencontrer de problème car il dit ne pas embaucher d’étrangers mais des saisonniers locaux. L’extension de ces activités agricoles dans le cadre de camps de travail ou de redressement (comme on les nommait dans le temps) pourrait alors se montrer utile et peut-être même efficace pour tout le monde, ainsi que nous le proposions plus haut.

Toutefois, les maraîchers ont quelques motifs de satisfaction. Producteurs de fraises, d’asperges ou de tomates ont été très secoués, au début de la période de confinement. L’arrêt soudain des restaurants et des cantines, puis l’interdiction des marchés de plein air et les achats dans la panique des Français privilégiant des achats de produits dits de première nécessité au détriment des produits frais avaient fait plonger les ventes. « Nous avons jeté des fraises il y a quinze jours », concède M. Mas.

Mais, depuis, avec le soutien de la grande distribution, qui a accepté de privilégier l’origine France, la situation s’est améliorée. « Depuis début avril, cela va mieux. Après deux semaines avec une baisse de production de 50 %, nous sommes revenus à 75 % de ce que nous pouvons fournir. Nous retrouvons un marché plus équilibré. Nous avons dû placer des salariés en chômage technique trois ou quatre jours, mais maintenant tout le monde est à nouveau au travail », raconte David Ducourneau, producteur d’asperges à Saint-Martin-d’Oney (Landes). « Nous écoulons toute notre marchandise actuellement », souligne M. Mas, évoquant la situation rétablie des producteurs de fraises, mais, ajoute-t-il, « nous sommes vigilants à ne pas faire flamber les prix ». Une préoccupation logique alors que les Français voient leur budget d’achats alimentaires croître. Elle est partagée par les producteurs de tomates. « Aujourd’hui, nous n’avons pas de difficulté à écouler la production, nous avons décidé de plafonner les cours pour éviter la valse des prix », note M. Bergé.

Quant à cette hausse du budget d’achats alimentaires, il est complexe d’en identifier avec certitude la cause. La préférence donnée à la filière française dans les produits frais a-t-elle fait gonfler l’addition ? La peur des conséquences de la crise conduit-elle les ménages à acheter plus que d’habitude ? C’est probable. Le 15 avril, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) devrait publier les résultats définitifs de son enquête sur les prix à la consommation pour le mois de mars.

Il n’y a plus de doute, « quand on veut, on peut » mais aussi… »à toute chose malheur est bon » !

Le 9 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Quand on veut, on peut (suite)…”

  1. colette D. avril 9, 2020 à 10:10 #

    Non simplement il n’y a pas de cantine : enfants et parents font deux repas par jour chez eux…..

  2. Hervé J. VOLTO avril 9, 2020 à 10:48 #

    Et puisqu’on parle d’agriculture, le Mouvement de la Ruralité, issu de CPNT https://www.cpnt.fr/ propose d’encourager, en ces temps de coronavirus, le circuit de distrubution court https://www.cpnt.fr/index.php/component/k2/item/2486-29-mars-ouest-france-coronavirus-le-mouvement-de-la-ruralite-encourage-le-circuit-court

    Il s’agit de permettre aux paysans de vendre leurs surplus sur les foires et marchés locaux, encourager aux nouveaux modes de distribution. Dans un communiqué, le parti politique dit estimer « nécessaire de mettre en place des réseaux de vente directe à domicile avec le relais des municipalités, intercommunalités, réseaux sociaux… Où les consommateurs sont amenés à sélectionner la ferme de leur choix en fonction des produits recherchés et à s’y rendre directement pour retirer leur commande. » Le Mouvement préconise un retour aux sources, « car ce mode de consommation en circuit court est la solution pour limiter les risques de contamination, si les règles sanitaires de bon sens sont respectées ».

    Si tout s’écroule, c’est à partir de la ruralité qu’il faudra tout reconstruire.

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