Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Coronavirus = Allemagne 1 – France 0.

21 Avr

Un abîme sépare la France et l’Allemagne dans la gestion de la pandémie de coronavirus.

Sanitaire d’abord : le coronavirus a causé la mort de près de 20 000 personnes en France contre 4 500 en Allemagne, pays pourtant plus peuplé (83 millions d’habitants contre 67). Politique ensuite : 60 % des Allemands ont pu affirmer leur confiance dans leur exécutif, contre 34 % des Français, selon le baromètre OpinionWay-Cevipof. Pourquoi de telles différences ?

Au plan des institutions, le fait que la chancelière Angela Merkel a abordé la crise sanitaire en position de force (majorité d’opinions favorables confortée par quinze années au pouvoir) tandis que le président Macron, lui, la subit, affaibli par le mouvement des « Gilets jaunes » et la contestation de sa réforme des retraites. Mais le mode de gestion des deux dirigeants peut aussi expliquer le différentiel de confiance au sein des populations. A la rhétorique martiale et au confinement autoritaire choisis par Emmanuel Macron a répondu le style plus pragmatique et moins grandiloquent d’une Angela Merkel, certes en fin parcours politique mais qui sait jouer de ses intonations maternelles comme de l’autorité que lui donne sa formation scientifique. A cela, les Allemands sont très sensibles.

Annonce présidentielle à 20 heures…02, dont les ministres apprennent en partie la teneur en même temps que les Français d’un côté, conférence de presse tenue après quatre heures de concertation avec les dirigeants des Länder allemands de l’autre. La différence réside peu dans la nature des mesures annoncées, finalement assez proches, et elle ne se limite pas au style personnel. La pratique des institutions suppose le consensus en Allemagne ; elle incite plutôt à la confrontation en France.

Le bilan plus lourd du Covid-19 en France pèse aussi probablement dans la défiance persistante à l’égard d’Emmanuel Macron. Mais pourquoi ?

L’absence d’anticipation et de nombreux mensonges qui ont engendré des annonces à géométrie variable et des conséquences sévères.

L’Allemagne partait pourtant avec des handicaps quand le virus a commencé à frapper l’Europe : une population âgée et des contacts intenses avec la Chine. A l’inverse, le fait d’être frappée plus tard que ses voisins, la jeunesse et la bonne santé des premières personnes contaminées (skieurs de retour d’Italie ou fêtards de carnaval) pesaient favorablement. Mais le pays a surtout su déployer très rapidement des tests qui ont permis de détecter et d’isoler les personnes contagieuses y compris asymptomatiques. Avec des dépenses de santé comparables à la France, mais deux fois plus de lits de réanimation et une souplesse liée aux structures fédérales, l’exemple allemand pose aussi des questions sur le poids de la bureaucratie (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/04/20/quand-la-verite-finit-par-eclater/) et la centralisation du système français.

Ajoutez à ce bilan toutes les calamités subies par les Français au terme de décennies d’une gestion comptable désastreuse de la santé (absence de masques de protection, de produits antiseptiques, de tests de dépistage mais aussi de lits de réanimation ou de respirateurs dans les services hospitaliers) et vous aurez une idée du handicap payé aujourd’hui au prix fort.

Résultat : moins touchée que ses voisins, l’Allemagne se trouve en position de redémarrer son économie plus rapidement. Alors que Paris prévoit une récession de 8 % en 2020, le repli anticipé par Berlin se limite à 4,2 %. Par la force de son service public, l’exemple allemand contredit les discours ultralibéraux. Par la puissance de son excédent budgétaire, l’Allemagne fait une leçon de rigueur. A l’évidence, les responsables politiques français ont maintes leçons à tirer de la résistance allemande au Covid-19.

Mais leurs homologues allemands profiteront-ils de leur bonne performance pour tenter de sortir seuls de cette crise sanitaire aux dépens de l’Europe du Sud ? Si c’était le cas il est probable que c’en serait rapidement fini de l’Union européenne. Alors, seront-ils suffisamment confiants dans l’avenir de cette dernière et les capacités de beaucoup de ses membres pour accepter d’en être solidaires ?

Pas si sûr !

Le 21 avril 2020.

Du Plessis

2 Réponses to “Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Coronavirus = Allemagne 1 – France 0.”

  1. Hervé J. VOLTO avril 21, 2020 à 9:50 #

    C’est la fin du nouveau monde. Le voici devenu l’ancien temps. On nous l’avait vendu comme une ère post-politique, post-tragique, post-historique, débarrassée des frontières, des souverainetés, des États… Et maintenant, les mots qui reviennent dans la bouche du président sont : souveraineté, indépendance, État, frontières… Comme on dit au rugby, la mêlée est tournée.

  2. Hervé zafrani avril 21, 2020 à 3:49 #

    C est dans la tradition allemande d obéir aux ordres c est comme les trains ils arrivent toujours à l heure avec nos juifs dans les wagons a bétail

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