Les personnes âgées se porteraient mieux si elles vieillissaient chez elles.

29 Avr

Nous ne savons pas encore précisément avec quelle ampleur la pandémie de Covid-19 frappera les personnes âgées vivant en établissement en France (c’est un quasi secret d’Etat!), mais l’évolution de la courbe, pour autant que les chiffres soient vérifiés, a de quoi inquiéter. Elle montre que l’on pourrait rapidement déplorer plus de décès dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) que dans tous les hôpitaux réunis. Un beau succès pour nos pouvoirs publics, convertis à la pensée de Jacques Attali * :

Pourtant, les familles, les personnes âgées elles-mêmes quand elles l’ont choisi, ont opté pour ce mode d’hébergement, afin que ces dernières soient mieux protégées qu’à leur domicile. Erreur fatale. Ce virus pourrait conduire à interroger ces choix individuels, mais surtout à reconsidérer des politiques publiques anciennes qui ont encouragé le développement massif de maisons de retraite en France, décisions qu’il convient aujourd’hui de questionner.

Dans son rapport remis en 2013, intitulé « L’adaptation de la société au vieillissement de sa population. France : année zéro ! », Luc Broussy, expert du vieillissement, pointait nos choix nationaux des années 1980 devant l’allongement de la vie et les conséquences du baby-boom. Des choix « sanitaires », expliquait-il, jugeant que le vieillissement relevait de politiques de santé publique : « Autant les financeurs publics, les investisseurs privés que les pouvoirs publics se sont très largement concentrés sur les établissements en général, et les Ehpad en particulier, tout en répétant inlassablement que la politique de maintien à domicile devait être LA priorité. Cela n’a pourtant pas du tout été le cas ! »

Des mystificateurs que les naïfs ont crus.

La loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015, portée en 2014 par Michèle Delaunay, alors ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie, a voulu corriger ces dérives et remettre le maintien à domicile au cœur des politiques publiques. Son départ du gouvernement, avant même le vote de la loi, n’a pas permis l’application efficace de ses préconisations, notamment en ce qui concerne le développement des services à domicile. Merci au Premier ministre de l’époque, Manuel Valls !

En France, les personnes âgées paient le prix fort de la pandémie. Nombre de leurs lieux collectifs de vie sont devenus des « clusters », lieux de favorisation de la contagion. Actuellement, 609 000 personnes âgées vivent en Ehpad (21 % des plus de 85 ans) et, toutes formes d’établissements confondues, près de 880 000 résidents âgés sont hébergés dans des lieux collectifs, selon les données 2017 de l’Insee.

Cette situation nous semble aller de soi compte tenu de l’évolution des structures familiales et de l’allongement de la durée de la vie. Mais qui veut encore de nos anciens chez soi ? PERSONNE. Il s’agit bien des conséquences de choix politiques qui datent des années 1980 et qui ont toujours été confirmés depuis, malgré les discours récurrents mensongers en faveur du maintien à domicile. Pourtant, il pourrait aujourd’hui en être tout autrement. Face au vieillissement de la population, qui est une caractéristique commune à notre continent, plusieurs pays européens ont mis en œuvre d’autres options en termes sociaux et sanitaires.

Prenons l’exemple du Danemark. En 1987, une loi sur les services sociaux (le titre est important, ce n’est pas une loi sur la dépendance) a interdit la construction de nouvelles maisons de retraite. A cette date, 17 % des plus de 85 ans vivaient en établissement dans ce pays. En revanche, des logements adaptés ont été construits en grand nombre. Ils devaient être accessibles aux personnes handicapées, et donc aux personnes âgées. Ce choix a conduit à une diminution importante des personnes âgées en établissement.

La Fondation Robert-Schuman donne des chiffres qui illustrent les conséquences de ces décisions : en 2001, au Danemark, il y avait encore 27 635 places en maison de retraite, mais, dix ans après, il n’en restait que 9 436. Aujourd’hui, dans ce pays, environ 4 % des personnes âgées de plus de 85 ans sont hébergées en établissement. Parallèlement, les communes, subventionnées par l’Etat pour cet accompagnement, ont mis en place des services de proximité pour apporter à domicile toute l’aide dont pouvaient avoir besoin ces personnes. Sans compter que les familles restent de vraies familles, si vous voyez ce que je veux dire…

Plus récemment (pour des raisons d’économies clairement affichées et vous pouvez faire confiance aux Bataves pour mesurer cela), les Pays-Bas ont voté en 2007 une loi dite d’accompagnement social et ont transféré aux collectivités locales la responsabilité de toutes les prestations destinées à faciliter l’autonomie. Chaque quartier dispose d’un médiateur, salarié de la commune, qui rend visite aux gens âgés à leur domicile et assure le lien entre les différents intervenants, professionnels, famille ou bénévoles. L’Etat verse aux communes une dotation correspondant à leur investissement. Alors que la pandémie touche aujourd’hui l’ensemble de l’Europe, il sera intéressant, lorsque nous en verrons le terme, d’analyser la façon dont les plus âgés, selon les pays et les modes de vie, ont été frappés par ce virus. D’ors et déjà, nous pouvons faire la pari que l’enfermement groupé des personnes âgées dans des lieux fermés…n’est pas la meilleure solution pour réduire les risques épidémiques.

Quoi qu’il en soit, l’hécatombe actuelle dans nos Ehpad doit nous faire réfléchir. Des voix s’élèvent pour demander d’urgence une loi sur la dépendance. Encore une ! Et si nous changions plutôt complètement de regard sur le vieillissement ? Et si nos anciens finissait leur parcours de vie au sein de leur famille, comme toujours. Avant, bien sûr, le règne de l’individualisme forcené et de l’hédonisme stérilisant d’aujourd’hui.

Reconstruire une politique de la longévité peut, et doit, se faire sur trois axes essentiels. Premièrement, un engagement national fort à investir dans de nouvelles politiques de logement et de services pour permettre le maintien à domicile. Ensuite, une reconnaissance des métiers liés à l’accompagnement des personnes âgées, passant en premier lieu par des rémunérations à la hauteur de l’engagement des salariés. Enfin, un soutien aux multiples initiatives locales qui développent déjà des services de proximité, comme l’a fait, dès 1999, le département de la Corrèze, avec un service aux âgés isolés, « Présence 19 », devenu aujourd’hui « Corrèze téléassistance ». Bien des enseignements pourraient être tirés de cette expérience déjà ancienne.

Pour reprendre les mots de Dominique Libault, auteur du rapport « Grand âge et autonomie » de mars 2019, il s’agit surtout d’« aider nos parents à vivre debout, avec les autres, au milieu des autres ».Auxquels ils ont tant à dire, tant à apporter.

Parions que nos aînés seront mieux protégés contre les futures pandémies s’ils vieillissent chez eux, grâce aux solidarités de proximité, familiales ou de voisinage. Ce qui se passe en ce moment dans bien des quartiers, des rues et des villages nous le prouve.

Mais il est vrai que redécouvrir l’Amérique n’est pas chose facile…

Le 29 avril 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Relire ceci : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/23/jacques-attali-la-reve-emmanuel-macron-le-fait/

5 Réponses to “Les personnes âgées se porteraient mieux si elles vieillissaient chez elles.”

  1. Hervé J. VOLTO avril 29, 2020 à 10:10 #

    Auterfois, nous avions de grands logis où une aile était résevée aux propriètaires du logis, une autre aile à leur fils ainé, sa femme et leurs enfants. Una autre aile était réservée à un fils benjamin, son épouse et leurs enfants: une autre aile pèouvait accueillir les enfants cadets, non encore mariés.

    Celà ressemble au chateau de Balmoral ?

    Jusqu’à l’age de 5 ans, votre serviteur a vévu dans un manoir aux environs de Carcassone, avec son papa et sa maman, recuillis après l’indépendance de l’Algérie par sa tante -soeur de papa- veuve (Tonton, mon parain, avait eu un accident de voiture et Tat était veuve à 42 ans evce un fils de douze ans et un de huit), ses deux enfants (les cousins de votre serviteur), et les beaux -parents de Tata : On y conduisait une exploitation agricole, il y avait des vaches, un ane, des chiens. On produisait du lait et des produits laitiers, beurre, frommage, vendus au village voisin, dans une superette où maman, alors agé de 30 ans quand j0en avait 5, faisait la vendeuse avec « Mamie », pendant que Papa, un an de plus que maman, aidait sa soeur ainèe de 11 ans à gérer le personnel, qui, on ne sait pas pourquoi, n’obéisait qu’à Papa.

    Les « vieux » n’avaient été placés en maison de retraite, la « mamie » aidait au magasin, le « papi » jouait avec nous et nous enseignait à dresser les chiens.

    Après la mort des vieux en 1967, Tata et Papa se disputèrent, Tata se premant pour la patronne, Papa préferant aller sur la cote d’Azur faire l’artisan « plutot que faire l’esclave a casa sua », et le quartier italien de Nice abritant la famille de Maman, née italienne avant de se naturaliser en 1959 pour épouser Papa. Là un énorme 4 pièces-cuisnes pas loin de Cimiez accuillaient la soeur Ainée de Maman occuppant un pièce avec son mari, la grand mère-veuve et sa fille cadette, petite soeur de maman et de l’autre tata, un autre pièce ses deux cousins.

    Un appartement avait été trouvé par ses italiens débrouillards pour Papa, Maman et votre serviteur. Papa monta une entreporise de cosnrtuction et… embaucha Tonton. A carcassonne, tat étant dans l’incapacité de se faire respecter de son personnel, décida de licnecier tout le personnel, de vendre ce grand logis et d’aller vivr en ville à Carcassonne, où elle fit grandir ses eux fils.

    Des problêmes de cohabitaion existaient à carcassonne, une rivalité entre les deux belle-soeurs, des tensions… a Nice, les italiens ne disputaient jamais devant une tiers personne et « cachaient les cornes » (entendez, masquaitent les rpoblèmmes en public), mais en tout cas, nos aîné vieillissent chez eux, avec leurs enfants et leurs petit-enfants, grâce aux solidarités de proximité, familiales ou de voisinage. Ce qui se passe en ce moment dans bien des quartiers, des rues et des villages nous le prouve…

    ________

    Pour la petite histoire, les nouveaux propiétaires du grand logis liquidèrent tous les animaux et le transoformèrent en chambres d’hote de la chaine relis et chateaux. Au moins, le manoir est bien tenu…

  2. Hervé J. VOLTO avril 29, 2020 à 10:29 #

    Quand la grand-mère italienne mourut en 1970, ce fut un drame, mais celà libéra une chambre de façon naturelle : la jeune tante put avoir sa chambre. Losrque cette dernière se maria en 1973. elle fit son bonheur et… celui de mes cousins, qui eurent bientot chacun sa chambre.

    Papa trouva entretemps un 3 pièces qu’il mis 20 ans axectement pour payer…

    Votre seviteur s’est marié en 1993 : il est parti de chez lui et sa soeur, nèe en 1969, c’est à dire 7 ans après votre serviteur, n’a pas mis nos parents en maison de retraite. Puis elle s’est trouvèe quelqu’un et s’en alla à son tour et lui donne deux jumeaux né… en l’An 2000.

    Papa, né en 1936 et Maman, nèe en 1937, vivent encore aujourd’hui à leur domicile niçois. Maman perd un peu la mémoire mais Papa, qui est devenu un peu dur d’orielle, est son Chevalie Servant. Et leur fille veille, votre seviteur ayant épousé une Royaliste parmesanne et étan parti vivre de l’autre coté des Alpes…

    Il n’y a pas toutes les aides ociales qu’il y a en France, où il est mieux d’être ouvrier, alors qu’en Italie, il est mieux d’être patron. Il y a par contre moins d’immigrès non-Chrétien, le Vatoican assurant à l’Italien d’être encore maître de sa religion : ils arrivcentlà aussi, mais avec 30 ans de retard et l’union des droites existe et résiste.

    Mais ceci est une autre histoire…

  3. MA Guillermont avril 29, 2020 à 2:09 #

    Depuis des années nos pouvoirs politiques qu’ils soient de droite , de gauche , de cohabitation droite-gauche n’ont eu de cesse que de se gaver sur les pensions de RETRAITE de nos  » Aîné(e)  » comme aiment les appeler nos directeur(rice)s !

    Leurs plans budgétaires n’ont eu qu’un seul but à l’aide du maître-mot :

    …………………………………… RESTRUCTURATION

    – REDUCTION des dépenses par la COMPRESSION d’un personnel qualifié aux soins à la personne
    ,
    – TURN OVER majeur sur le pôle PA ; les soins d’hygiène , d’aide aux repas , d’animations , d’accompagnements aux sorties etc… sont effectués par des jeunes ou moins jeunes par le biais de contrats aidés , CAV , etc … dénommés stagiaires dont les qualifications et le comportement laissent pour certains plus qu’à désirer et dont nos cadres abusent avec l’aval de nos directions leur imposant des horaires et un planning démentiel avec promesse d’embauche … hélas les promesses rendent les enfants joyeux .

    – COUPES drastiques sur le matériel Y COMPRIS médical SUR LES STOCKS … jusqu’à la qualité des couches , LA SUPPRESSION PURE ET SIMPLE des goûters type gâteaux le week-end ou jours de fête , les rénovations des locaux … jusqu’à l’économie du … CHAUFFAGE en réduisant la température !

    Je me souviens pourtant de mes 2 stages d’élève infirmière au début des années 80 et d’un mois d’été nous permettant à la fin de notre première année validée en tant qu’AS de gagner notre argent de poche annuel COMME salariée de ce qui s’appelait la Maison de Secours …
    ET BIEN OUI , il s’agissait de structures bien humaines , le personnel y était en nombre suffisant , la vie s’y déroulait comme des lieux de vie avec des parties de cartes , des moments d’échanges , des temps de préparation conviviales pour la future kermesse et autres temps festifs …

    Tout cela a disparu plombévolontairement par le PROGRAMME ECONOMIE !

    Merci Mr Volto pour ces beaux souvenirs de vie sociétale à l’échelle de la famille humaine

  4. Jean André avril 29, 2020 à 10:50 #

    Excellente analyse, quoiqu’un peu mélancolique. Une des principales raisons pour lesquelles la Grèce ne compte jusqu’à ce jour que 137 décès au total depuis la fin février à cause du covid19, alors que la France et la plupart des autres pays européens en comptent plusieurs centaines par jour, dont 1/3 dans des Ehpads, est que la part de personnes âgées résidant en maison de retraite y est de très loin inférieure à celle des personnes âgées vivant soit avec leurs enfants, soit le plus souvent seules mais dans le même quartier ou même le même immeuble qu’eux, de sorte qu’elles ne sont pas vraiment seules, bénéficient du soutien de leurs enfants et petits-enfants, tout en leur rendant en contrepartie des services précieux, ce qui en cette période d’épidémie présente par ailleurs l’avantage supplémentaire qu’elles risquent moins de contracter le virus par un contact direct avec les plus jeunes. La politique inaugurée par certains pays du nord de l’Europe n’est en réalité qu’un succédané de ce modèle propre aux pays méditerranéens, à cette différence près qu’il comble le vide créé par la disparition de la famille traditionnelle ou même biparentale par des services sociaux, lesquels jamais ne pourront apporter non seulement aux seniors mais aussi aux plus jeunes, ce que seule la cellule familiale leur offrait sur le plan humain depuis des millénaires.

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