Le danger de la télémigration.

5 Mai

Toute solution avantageuse finit par révéler ses inconvénients ! Ainsi nous a-t-on (à juste titre) vanté les bienfaits du télétravail qui permet, en ces temps terribles de pandémie, de maintenir par cette méthode l’activité d’une entreprise sur trois.

Hélas, selon une note (encore peu diffusée) du Groupe d’études géopolitiques, la généralisation du travail à distance pourrait favoriser l’émergence de « télémigrants » dans les pays émergents, concurrençant les salariés qualifiés des nations industrialisées.

« L’une des conséquences du confinement sera peut-être, à travers la création de nouvelles habitudes, la généralisation du télétravail », explique Cyprien Batut, doctorant à l’école d’Economie de Paris, dans une note publiée vendredi 1er mai par le Groupe d’études géopolitiques (GEG), un groupe de réflexion indépendant fondé à l’Ecole normale supérieure de Paris, aujourd’hui présent dans plusieurs universités.

Or, ce phénomène pourrait avoir des conséquences profondes sur les rapports entre salariés et employeurs – et favoriser, entre autres, la « délocalisabilité » des emplois qualifiés. On pourrait même assister à l’émergence de la figure du « télémigrant », selon le concept forgé par Richard Baldwin, économiste à l’Institut des hautes études internationales de Genève. A savoir « de nombreux free-lances compétents, notamment issus des pays du Sud, étant dorénavant capables de rentrer en compétition avec les salariés qualifiés », décrit M. Batut.

Jusqu’ici, rappelle-t-il, la mondialisation telle qu’observée depuis les années 1980 s’est surtout traduite par la délocalisation des emplois peu qualifiés. Nombre de multinationales ont, en effet, choisi de fragmenter leurs chaînes de production et d’implanter leurs usines dans des pays où le coût du travail est moins élevé. Ainsi, « la compétition avec la Chine a probablement entraîné la disparition d’environ 2,5 millions d’emplois aux Etats-Unis et explique une part non négligeable de la désindustrialisation dans ce pays », rappelle l’auteur.

Lorsqu’elles peinaient à recruter pour des postes exigeant un haut niveau de diplôme, les entreprises préféraient jusqu’ici faire venir des spécialistes de l’étranger plutôt que délocaliser ces emplois qualifiés, estimant la manœuvre trop complexe en termes de supervision. Mais la généralisation du travail à distance pourrait « ouvrir une nouvelle ère », où « les télémigrants prendraient de plus en plus d’emplois dans les services, au détriment de nos cols blancs nationaux ». Deux économistes de l’université de Princeton, Alan Blinder et Alan Krueger, estiment ainsi qu’aux Etats-Unis, 35 % à 40 % des emplois nécessitant un diplôme seraient délocalisables…

Voilà pour le scénario sombre. Toutefois, M. Bahut insiste : il existe aussi un scénario optimiste, où les télémigrants ne se substitueraient pas forcément à nos cadres. Ils pourraient en effet être embauchés en complément, notamment sur les créneaux où nos entreprises sont confrontées à une pénurie de main-d’œuvre freinant leur développement. « Dans ce cas, le recrutement, même temporaire, d’un télémigrant peut augmenter l’emploi sur place au lieu de le réduire », détaille la note, citant le cas de TPE-PME ayant des difficultés à accéder, par exemple, à des services de programmation informatique ou de comptabilité. Mais, là, dites-vous bien que l’on rêve. Car c’est précisément de cette situation que ne manqueront pas de jouer quelques employeurs sans scrupule pour organiser un authentique dumping social.

Et puis, après tout, même sous la forme du télétravail (et de son corollaire, la « télémigration« ) tout cela restera…de la mondialisation et finira par tuer les nations.

Le 5 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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