Il faut reprendre votre travail. Mais vous ne pourrez pas aller au travail…

11 Mai

En tout cas, en Ile-de-France. Car, organiser le retour de millions de voyageurs dans les transports en commun avec, désormais, un mètre de distance imposé entre chacun est un tel casse-tête qu’en réalité le message est clair : restez chez vous autant que possible, télétravaillez, et laissez votre place à ceux qui en ont réellement besoin. À croire que nos dirigeants politiques ne savent pas qui travaille ni comment. Est-ce une surprise ?

En Ile-de-France, où le virus circule encore activement et où, d’ordinaire, 5 millions de personnes se croisent chaque jour dans les gares et les couloirs du métro, la nécessité de limiter les déplacements prend encore plus de sens. Car la RATP a beau annoncer une offre de 75 % sur le réseau dès aujourd’hui lundi, la SNCF promettre 60 % des trains du quotidien, et Transdev 60 % de ses bus, avec l’objectif d’atteindre 100 % dès que possible, les impératifs sanitaires limitent drastiquement le nombre de places et donc de passagers transportés. Ainsi, dans un bus, seulement une vingtaine de personnes, contre 80 à 100 en temps normal, pourront, en théorie, monter. Un métro ne devrait circuler qu’avec 180 passagers à bord, contre 800 avant la crise. Au total, la capacité d’utilisation du réseau ne sera que de 15 à 20 %.

Ces données en tête, il a donc fallu imaginer en à peine dix jours des mesures pour limiter la ruée vers les gares. Autour d’une table virtuelle, le préfet de région, Michel Cadot, la présidente d’IDF Mobilités, Valérie Pécresse, mais aussi la Mairie de Paris et les élus franciliens ont signé, mercredi 5 mai, une charte avec des organisations patronales, dont le Medef Ile-de-France, et les syndicats CFDT et CFTC, dans laquelle tous s’engagent à maintenir le télétravail au maximum, et à étaler les heures d’arrivée et de départ des salariés pour éviter les pics d’affluence.

Valérie Pécresse a en outre obtenu de l’Etat la possibilité de réserver les heures de pointe aux seules personnes munies d’une attestation employeur sur laquelle figurera l’heure « prévue » d’arrivée du salarié « sur son lieu d’activité professionnelle », et aux personnes justifiant d’un « motif impérieux » (expression désormais magique) de déplacement. Une attestation provisoire a été mise en ligne par la préfecture de région. Mais celle-ci n’a toujours pas de cadre juridique. Les deux premiers jours, une tolérance sera acceptée, le temps que les entreprises s’organisent.

Pour autant devant la grande inconnue de la semaine à venir, des milliers d’agents, des vigiles, et des forces de l’ordre promises par l’Intérieur, seront mobilisés, dès lundi, pour s’assurer que les voyageurs portent un masque − désormais obligatoire après que Sibeth Ndiaye, au nom du gouvernement, nous ait affirmé qu’ils ne servaient à rien – et se tiennent à distance les uns des autres. Des millions d’autocollants ont été installés au sol et sur les sièges pour le leur rappeler. Mais en cas de forte affluence, des filtrages pourront avoir lieu à l’entrée des gares. Autrement dit, le mieux est bien…que chacun reste chez soi !

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/deconfinement-la-ligne-13-du-metro-parisien-deja-bondee-ce-matin-1246274.html

Les craintes de débordement et de troubles à l’ordre public sont réelles. A tel point qu’à chaque déclaration des autorités, à chaque conférence de presse, il est fait appel au « civisme », à la « responsabilité » des voyageurs, mais aussi à celle des employeurs, qui doivent changer leurs habitudes. Mais qui parle du civisme et de la responsabilité des racailles de banlieue qui, pas un seul jour, n’ont respecté le confinement imposé par les autorités à l’ensemble de la population docile ?

La technologie est aussi utilisée en renfort. A Saint-Etienne et à Grenoble, des boîtiers capables de détecter les téléphones à bord des bus devraient informer les voyageurs en temps réel de la fréquentation de telle ou telle ligne. « Du Bison futé », en quelque sorte, explique Thierry Mallet, le PDG de Transdev. Ou comment pister davantage encore les voyageurs honnêtes avant de leur imposer la reconnaissance faciale…On croirait revivre le sort du n° 6 dans Le prisonnier.

D’ailleurs, vendredi, le secrétaire d’Etat chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari, est resté ferme, lors de la présentation de son plan de déconfinement : « si les mesures sanitaires sont insuffisamment respectées, nous n’hésiterons pas à fermer telle gare, telle station, telle ligne de train ou de métro ».

Les mesures prises en Ile-de-France ne font pas toutes l’unanimité au sein d’IDF Mobilités. Les administrateurs PCF dénoncent un « déconfinement organisé dans des conditions irresponsables » et appellent l’Etat à reporter la reprise massive du travail d’au moins une semaine. D’autres craignent que l’obligation de présenter une attestation aux heures de pointe entraîne des contrôles arbitraires.

« Comment je fais si je ne suis plus dans ma tranche horaire parce que je viens de grande couronne et que j’ai dû laisser passer plusieurs RER ? », interroge Pierre Serne, administrateur Alternative écologiste. Il y a fort à parier que dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine, les trains soient vides. « Mais dans le nord et le nord-est de Paris − là où les emplois sont moins propices au télétravail −, il y aura du monde, comme pendant le confinement. Or ce sont les mêmes qui vont se faire contrôler alors que pendant des semaines, le non-respect des distances alors qu’ils partaient travailler n’a dérangé personne. »

Par tous les moyens, en insistant aussi sur le nettoyage scrupuleux des bus, trains, trams, métros, les opérateurs tentent malgré tout de rassurer. Car « le pire du pire serait une désaffection des transports en commun et le report sur la voiture. Là, ce serait une catastrophe écologique », s’inquiète Catherine Guillouard, la patronne de la RATP. Au point que la maire de Paris, Anne Hidalgo, a déjà prévu la riposte : la circulation alternée !

Pour parer à l’engorgement des routes, on mise donc sur le vélo. En un rien de temps, des pistes cyclables qui se faisaient attendre depuis des années ont été aménagées d’un coup de peinture et quelques plots le long d’axes très fréquentés. Pour preuve, la voie temporaire aménagée le long de l’autoroute urbaine qui, à Neuilly, dans les Hauts-de-Seine, relie la porte Maillot à la Défense. Tout un symbole. A Paris, la rue de Rivoli est, elle, désormais interdite aux voitures particulières et la mairie annonce 50 km de voies supplémentaires réservées aux vélos dans la capitale. La région coordonne et soutient. Les associations applaudissent. Paris deviendrait le nouveau Copenhague:

Ce mouvement gagne aussi la grande couronne et le périurbain. Des départements demandent conseil pour tracer des pistes le long de départementales. La ville d’Evry annonce 26 km d’aménagements cyclables. Pierre Serne, le président du Club des villes et territoires cyclables, à qui la ministre de la transition écologique a demandé de coordonner les projets, s’en réjouit. Il dit recevoir des appels de toute la France, y compris de communautés rurales où, pour rassurer les familles, des maires cherchent une alternative aux transports scolaires.

Pourvu que la météo soit de la partie !

Le 11 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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