Union européenne : les couteaux ont été provisoirement remisés au vestiaire.

12 Mai

Cette fois-ci, il n’y a pas eu de drame. Mais, rassurez-vous, ça ne durera pas !

Les ministres des finances de la zone euro se sont en effet quittés sur un accord, vendredi 8 mai, après trois heures de discussions. Et leur réunion n’a pas donné lieu à l’une de ces corridas entre les nordistes et les sudistes, dont les Européens ont souvent le secret. S’ils sont encore loin d’un consensus sur le plan de relance qui devra accompagner les Vingt-Sept quand la pandémie aura reflué, les argentiers européens se sont en revanche entendus sur la première riposte à apporter à la crise du coronavirus.

Ils ont arrêté les conditions auxquelles le Mécanisme européen de stabilité (MES) pourra mettre une ligne de crédit à disposition des pays qui le souhaiteraient. Cette fois, on n’a pas entendu l’Italie dire que jamais elle ne recourrait au fonds de sauvetage de la zone euro, que Matteo Salvini a largement diabolisé et qui symbolise encore aujourd’hui la mise sous tutelle qu’a dû subir la Grèce en contrepartie de l’aide de ses partenaires européens entre 2010 et 2015. Ni les Pays-Bas monter au créneau pour exiger que l’ouverture d’une ligne de crédit du MES soit conditionnée à la mise en œuvre ultérieure de réformes par le pays qui en serait bénéficiaire…

En clair, les dix-neuf pays de la zone euro peuvent solliciter le MES, à hauteur de 2 % de leur produit intérieur brut (PIB), dès lors qu’ils sont en mesure de prouver qu’ils ont dépensé cet argent pour des dépenses de santé liées au coronavirus. « C’est la seule condition », a martelé Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe.

Et, contrairement à la dernière réunion des ministres des finances du 9 avril, personne ne s’est étripé sur ce qu’il fallait entendre par les « dépenses de santé, directes et indirectes » éligibles. « Une grande partie des systèmes de soins existants ont été mis au service de la lutte sanitaire contre la pandémie. Les pays qui ont été le plus affectés par le virus n’auront aucun mal à prouver qu’ils ont dépensé 2 % de leur PIB dans ce cadre », a commenté Klaus Regling, président du MES.

Au total, donc, le MES met à disposition de l’union monétaire 240 milliards d’euros, qu’il peut leur prêter, si nécessaire à un taux très bas − aux conditions actuelles, ce serait 0,1 % − et pour dix ans au maximum. Comme l’a dit Mario Centeno, « c’est une assurance pour les marchés, qui savent que nous sommes prêts à intervenir », si jamais ils venaient à douter de la solvabilité de tel ou tel pays, et à lui restreindre l’accès aux financements. Pour l’heure, aucun membre de la zone euro n’a fait savoir qu’il comptait recourir au MES. En tout cas officiellement.

Ce dispositif fait partie d’un plan plus large, de 540 milliards d’euros, qui doit aider l’Europe à faire face aux ravages de la pandémie. La Banque européenne d’investissement s’est engagée à prêter 200 milliards d’euros à des entreprises et la Commission européenne à prêter 100 milliards d’euros aux Etats membres qui auraient besoin d’aide pour financer leur régime de chômage partiel. Dans ces deux cas, les dispositifs finaux n’ont pas encore été arrêtés et ils devront ensuite être examinés par les Parlements nationaux. Ils ne seront donc pas opérationnels avant la mi-juin.

Mais, vendredi, les ministres des finances de la zone euro n’ont pas abordé les sujets qui fâchent. Le plan de relance qui devra prendre la relève de ces premières mesures, alors que l’Europe s’apprête à vivre la pire récession de son histoire, a certes été évoqué. Mais personne n’a encore jugé utile, à ce stade, d’ouvrir les hostilités. Pour l’heure, la Commission européenne, à qui les Vingt-Sept ont demandé de plancher sur le sujet, est à la manœuvre, en contact étroit avec les chefs d’Etat et de gouvernement. Et espère présenter un projet susceptible d’être une base de négociations d’ici au 20 mai. C’est à partir de là les lignes ont toutes chances de bouger.

« Il y a beaucoup de discussions au plus haut niveau. Macron et Merkel se parlent. Macron parle à Ursula von der Leyen, Merkel aussi… Mais pour l’instant on n’y est pas encore », décrypte un diplomate européen. Qu’il s’agisse de la taille de ce fonds de relance ou de la manière dont il pourrait être utilisé, les dissensions restent grandes, entre ceux qui, comme Madrid, Rome ou Paris, plaident pour une plus grande solidarité communautaire et les Européens du Nord, emmenés par La Haye, qui ne sont pas prêts à payer pour leurs partenaires. Tout dépendra de quel côté finira par se ranger Berlin.

« Nous sommes vraiment à la croisée des chemins. Soit nous sommes en mesure d’avoir une réponse commune forte, mais nous n’y sommes pas encore, soit l’ensemble du projet est en péril », a averti vendredi le commissaire européen à l’économie, Paolo Gentiloni.

Le plus dur reste à faire…avant que nous puissions espérer enfin le Frexit.

Le 12 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Union européenne : les couteaux ont été provisoirement remisés au vestiaire.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 12, 2020 à 10:52 #

    En Italie, Luca Zaia, le « Doge » de Venise, fait de l’ombre à Salvini. Le président de la Vénétie est devenu très populaire grâce à sa bonne gestion de la crise du Covid-19 -dans la région Vénétie, les maschreine sont distribuèrd gartuitement à la population !- et son gestion virtueuse de la Vénétie, au contrairede la région Lazio, où tout n’estq ue gabegie, concussion, prébandes ! Une menace pour « Il Capitano » ?

    C’est l’homme qui émerge en Italie alors que le pays se déconfine lentement à la suite de la terrible crise du coronavirus. Pas un article politique sans que soit évoqué le nom de Luca Zaia, président de la région Vénétie, pourtant aux affaires depuis dix ans. À tel point que le governatore rivalise avec les grands personnages du pays : le président de la Ligue – son propre parti – Matteo Salvini, qui le voudrait dans son gouvernement s’il devenaitPrésident du Conseil, et même le président du Conseil, Giuseppe Conte, qui ne le supporte pas, tant le Président Zaia incarne la vertu politique. Sur les réseaux sociaux, ce quinquagénaire aux airs de Vincent Lindon vénète a la cote.

    Alors que les dissensions restent grandes, entre ceux qui, comme Madrid, Rome ou Paris, plaident pour une plus grande solidarité communautaire et les Européens du Nord, emmenés par La Haye, qui ne sont pas prêts à payer pour leurs partenaires, la Ligue de citer le « Doge » comme vitrine du parti !

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