Les nouveaux pauvres de l’UE.

17 Mai

Souvenez-vous. Après que Jean-Paul Sartre nous ait affirmé que « le marxisme est l’horizon indépassable de notre temps« , les eurolâtres ont prétendu que l’Union européenne (UE) ne serait rien moins que la nouvelle Jérusalem! 

La nouvelle Jérusalem, Angers, tapisserie de l’Apocalypse

Nous savons depuis longtemps ce qu’il faut penser des certitudes de Sartre mais beaucoup découvrent seulement ce qu’il en est des balivernes concernant les merveilles de l’UE. Nous allons vous en faire aujourd’hui la démonstration à la lumière du drame économique que connaît notre continent.

Pour la première fois en effet, depuis sa création en 1971, une équipe de Médecins sans frontières (MSF) intervient au Royaume-Uni, une autre en Allemagne ! Dans la capitale britannique, onze employés de l’ONG, en partenariat avec un hôpital universitaire londonien, fournissent ainsi depuis le 11 avril un soutien médical et logistique aux sans-abri, devenus encore plus vulnérables avec la pandémie de Covid-19. Et cette aide inclut, désormais, des nouvelles populations qui ont perdu leur emploi – ou un job précaire – avec la fermeture des bars, restaurants et commerces, et dont les conditions de logement, la promiscuité, sont devenues sources aggravantes de contamination.

« S’il est très inhabituel pour MSF de lancer de grandes activités dans des pays à revenu élevé, il est tout à fait normal que nous apportions une aide humanitaire d’urgence vitale là où elle est nécessaire », souligne Rosamund Southgate, coordinatrice médicale pour MSF au Royaume-Uni. Inédite aussi, l’initiative prise depuis le 14 avril, à Bruxelles, par le Parlement européen de mettre à disposition sa cantine pour concevoir et délivrer 1 000 repas par jour aux personnes en difficulté, avant de faire de même, quelques jours plus tard, à Strasbourg, et dans ses locaux au Luxembourg. « Pour l’instant, en accord avec les municipalités, ce dispositif est prévu jusqu’à fin juin, mais sans doute sera-t-il prorogé jusqu’à fin juillet, voire au-delà », avance Jaume Duch, porte-parole du Parlement européen.

La crise sociale et économique prend le relais de la crise sanitaire, et elle n’épargne pas les pays prétendument développés. Partout en Europe l’arrêt brutal d’activités lié au confinement a fait basculer des milliers de personnes dans le dénuement, qui viennent grossir les rangs des plus démunis. La reprise progressive de l’activité ne devrait apporter qu’un répit très limité, devant la catastrophe annoncée dans le tourisme, les spectacles ou la restauration. Conséquences : les files s’allongent pour la distribution d’aide alimentaire. Des coupons ont fait leur apparition. Et sur les sites des associations caritatives, les appels aux dons se font plus pressants. Quel progrès depuis les tickets de rationnement de l’après-guerre ! 

Dans un appel commun lancé fin avril, la Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA), Feeding America (FA) et The Global FoodBanking Network (GFN) se disent engagées dans une « lutte massive » pour « nourrir un nombre toujours croissant de familles et de personnes » dans un contexte d’autant plus difficile que « les canaux de distribution alimentaire sont perturbés par les interruptions de transport et les mesures de quarantaine ».

« La crise sociale est devant nous, et d’expérience, nous savons qu’elle dure plus longtemps (c’est précisément ce que ne cesse de clamer le CER). Si l’Europe de l’Est semble un peu plus épargnée, en Italie, en France, en Espagne, en Belgique, la demande d’aide a déjà augmenté de 20 % à 25 %. En Grande-Bretagne, c’est encore plus difficile. Partout, les mises au chômage s’amoncellent », confirme Jacques Vandenschrik, président de la FEBA, un réseau présent dans vingt-neuf pays européens. « Avant, poursuit-il, 30 millions de personnes se trouvaient déjà en situation matérielle de pauvreté en Europe. Et dire qu’on pensait que ce chiffre tomberait à 20 millions en 2020… »

Dans la seule ville de Milan, épicentre de l’épidémie en Italie, huit hubs de distribution d’aide alimentaire organisés par une multitude d’associations ont vu le jour ; à Barcelone et Madrid, en Espagne, les demandes ont triplé, dont 40 %, selon Caritas Madrid, provenant de personnes qui n’avaient jamais eu recours à ce type d’aide jusqu’ici ; dans le nord-est du pays, le journal El Periodico de Aragon faisait état, au 6 mai, de 24 000 personnes secourues à Saragosse et dans toute la région, un « chiffre qui ne cesse de croître ».

En France, « nous sommes confrontés à la même situation », déplore le président de la Banque alimentaire, Jacques Bailet, qui cite l’une des opérations menées fin avril dans un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis, au cours de laquelle « plus de 600 bénéficiaires ont reçu une aide alimentaire en moins de trois heures ». « Il est trop tôt pour comprendre pleinement l’impact de la crise sur le revenu des ménages, mais on assiste à une énorme augmentation du chômage à la suite des mesures prises pour ralentir la propagation du Covid-19, note de son côté l’eurodéputée (PPE, centre droit) irlandaise Maria Walsh. Mais le problème spécifique de la France réside dans le fait qu’elle héberge une population de plusieurs millions d’étrangers ou issus de l’immigration qui pèsent lourdement et même de plus en plus sur la situation économique du pays. Celui-ci n’est donc pas près de se remettre de la crise sanitaire qui sera rapidement doublée d’une crise sociale gravissime (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/05/13/sous-la-crise-sanitaire-les-braises-de-la-crise-sociale-sechauffent/).

« Même si les Pays-Bas ne sont jamais entrés dans un confinement complet comme l’Italie ou l’Espagne, l’économie a aussi considérablement ralenti, témoigne de son côté l’eurodéputée (S&D, centre gauche) néerlandaise Agnes Jongerius. Beaucoup de personnes avec des contrats flexibles ont été licenciées, des indépendants ont vu leurs activités réduites. Et même si le gouvernement néerlandais a pris certaines mesures, comme, par exemple, la possibilité de reporter le paiement de certaines taxes, un nombre croissant de personnes aux Pays-Bas sont obligées de recourir aux banques alimentaires. Et ce n’est qu’un début. Dans certaines villes, comme Amsterdam, cette augmentation est déjà de 30 % ».

A Londres, l’Olympia Center, une salle de spectacle située à West Kensington, a mis ses locaux à disposition pour distribuer des colis à 250 personnes par jour en moyenne. Au bout d’un mois de confinement, la Food Foundation, au Royaume-Uni, a publié les résultats glaçants d’une étude réalisée du 24 au 29 avril, selon laquelle 5 millions de Britanniques avec des enfants de moins de 18 ans se trouvaient alors en situation d’insécurité alimentaire, soit le double du niveau établi par la Food Standards Agency en 2018. Parmi les 621 000 enfants qui avaient accès à des petits déjeuners gratuits avant la crise, seuls 136 000 ont pu bénéficier d’un substitut.

Associée à la distribution alimentaire menée à Genève, en Suisse, par l’association La Caravane de la solidarité, MSF est arrivée à la même conclusion sur la base d’un questionnaire distribué dans les longues files d’attente qui se sont formées devant la patinoire olympique de la ville réquisitionnée pour l’occasion. « Quarante pour cent des personnes présentes possédaient un travail mais avec des droits sociaux insuffisants, rapporte Patrick Wieland, chef de projet chez MSF Suisse. Ce sont des aides à domicile, des femmes de ménage, des employés de resto dont les petites économies ont fondu en peu de temps et qui basculent dans l’indigence. »

Les répercussions de l’isolement et de l’arrêt d’activités ont été d’autant plus violentes qu’elles ont eu lieu dans un contexte tendu, depuis la crise financière de 2008. « On ne peut pas dire qu’on partait de zéro. Avant l’épidémie, le budget européen aidait déjà 13 millions de personnes à se nourrir grâce au Fonds européen d’aide aux plus démunis [FEAD] », indique Jaume Duch, porte-parole du Parlement européen. Les moyens alloués aux Etats par le FEAD, créé en 2014 et doté de 3,8 milliards d’euros, sont aujourd’hui unanimement jugés insuffisants.

« En Italie, selon des données récentes, nous estimons que nous aurons une augmentation de près de 1 million de pauvres, soit au total près de 4 millions de personnes en situation de pauvreté absolue », affirme l’eurodéputée (S&D)italienne Elisabetta Gualmini. « L’introduction d’une forme de revenu minimum à partir de 2016 avait réduit le nombre de personnes dans le besoin avant la pandémie, mais aujourd’hui, ajoute-t-elle, le gouvernement s’apprête à adopter des mesures d’urgence supplémentaires, en plus des 80 milliards d’euros déjà débloqués. Jamais, dans l’histoire italienne des cinquante dernières années, il n’y avait eu une telle intervention financière de l’Etat ».

En résumé, partout en Europe et en dépit des sommes colossales annoncées par les gouvernements pour tenter d’endiguer les conséquences sociales et économiques de l’épidémie, la situation ne fait qu’empirer.

Bref, l’UE ne sera évidemment pas une nouvelle Jérusalem. En revanche c’est bien l’apocalypse…

Le 17 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Les nouveaux pauvres de l’UE.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 17, 2020 à 10:23 #

    La France, pivot de l’Europe des Patries.

    Rompre avec l’eurocratie, organiser une Europe Monarchique et Chrétienne par une Europe des patries, des patries souveraines et couronnées : aider au retour des Monarchies dans tous les pays européens encore en république et en organiser une Table Ronde des cousins Royaux.

    Il n’y a pas de souveraineté sans souverain. En effet, la souveraineté est la liberté d’une nation, et pour qu’une nation soit libre, il faut que l’incarnation de celle-ci soit indépendante des factions, groupes de pression et groupes d’intérêts de toute sorte, à l’intérieur comme à l’extérieur, c’est-à-dire qu’elle soit elle-même souveraine.

  2. Hervé J. VOLTO mai 17, 2020 à 10:29 #

    S’il était possible à votre serviteur de donner son avis personnel sur l’UE, selon sa vision Royaliste, il se montre très critique vis-à-vis du fonctionnement et du coût de l’Union européenne en dénonçant le rôle de la Commission Euorpéenne, qu’il juge trop technocratique et omnipotente, le manque d’association des peuples à la construction européenne, ou encore la politique agricole commune.

    Votre serviteur provisoire demanderait l’arrêt du processus de ratification du traité de Lisbonne, en vertu de son rejet par l’Irlande et souhaiterait l’élaboration d’un nouveau traité fondamental de l’union européenne, la définissant comme une association de nations souveraines qui œuvrent ensemble, tout en se respectant mutuellement, et en respectant l’expression démocratique de chaque peuple.

    Estimant qu’une Europe forte ne peut se faire qu’avec des États forts, votre serviteur considère que le respect de leur diversité et de leur souveraineté est un principe premier, garant de la liberté, de la richesse et de la solidarité.

    Votre serviteur prônerait volontier l’arrêt des négociations d’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne .

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