Laurent Joffrin, le faux-nez de Patrick Drahi.

18 Mai

Le groupe financier du milliardaire Patrick Drahi * a annoncé, jeudi 14 mai, que Libération, dont il est propriétaire depuis 2014, allait être placé dans un « fonds de dotation pour une presse indépendante » Le quotidien, créé par Jean-Paul Sartre et Serge July en 1973, sortira du giron d’Altice. Il ne dépendra plus d’un industriel, ne pourra plus être cédé et appartiendra à une structure à but non lucratif. « Moralement, éthiquement et journalistiquement, c’est un progrès », se félicite Laurent Mouchard dit Laurent Joffrin, directeur de la publication, qui va rejoindre le conseil d’administration du fonds et ne manquera pas d’en retirer quelques prébendes…

Altice France, qui possède entre autres SFR, BFM-TV et RMC, assure qu’il « dotera substantiellement » la structure, et continuera à éponger les pertes du quotidien « tant que cela sera nécessaire », promet M. Joffrin. En 2018, le journal perdait encore 8,9 millions d’euros. De son côté, M. Drahi « continuera d’accompagner Libération », indique un courriel adressé aux salariés. Mais quand on connaît les méthodes du propriétaire, on est en droit d’en douter (même si nous ne pleurerons pas sur le sort de Libé, le quotidien préféré des Bobos parisiens et autres « coeur à gauche mais portefeuille à droite« …).

Cette annonce soudaine a créé un sentiment contrasté au sein du journal. « L’équipe de Libération salue le projet, [mais] regrette que cette décision, d’une importance fondamentale dans l’histoire et pour l’avenir de Libération, ait été annoncée de façon inattendue et non concertée », se sont émus les salariés dans un communiqué.

M. Drahi a-t-il l’indépendance de la presse chevillée au corps, ou sort-il à bon compte d’un quotidien particulièrement fragile, malgré une modeste hausse de ses ventes en 2019 et alors que la crise due au Covid-19 frappe durement la presse ? « S’il avait voulu s’en sortir facilement, il aurait pu tout vendre », rétorque M. Joffrin.

Mais quel prix aurait pu tirer le magnat des télécoms d’un journal fortement endetté ? Sûrement pas grand-chose. En revanche, le montage financier lié à cette fondation pourrait lui permettre de bénéficier d’un avantage fiscal important. Et nous y voilà !

En effet, Altice Médias ne cède pas pour 1 euro symbolique Libération à la fondation, mais le vend pour un « montant équivalent à la dotation faite au fonds », explique-t-on au sein du titre. Le montant du don atteindra au moins de quoi éponger la dette de Libération, comprise entre 45 millions et 50 millions d’euros, résultat de plusieurs années de déficits cumulés. Or ce don pourra bénéficier d’une réduction d’impôt de 60 %. Altice France pourrait ainsi récupérer une partie des sommes investies. Trop fort, Patrick !

Vision satirique de Patrick Drahi

Dans l’entourage de la direction, on fait valoir que la sortie de Libération d’Altice est la suite logique des désengagements successifs dans la presse. Le dernier titre cédé était L’Express *, repris puis relancé par Alain Weill, par ailleurs PDG d’Altice Europe. L’expérience qu’a connue l’hebdomadaire n’est pas pour rassurer les journalistes. « On suit le même chemin. Il va y avoir une clause de cession pour réduire les coûts et on va déménager. On disparaît complètement des yeux d’Altice, alors qu’on était là et qu’on ne gênait personne », s’inquiète l’un d’eux. Le quotidien, installé dans le 15e arrondissement de Paris, avec SFR, BFM ou RMC, devrait regagner le cœur de la capitale d’ici la fin de 2020. Au sein du quotidien, on justifie ce déménagement en expliquant que Libération supportait des coûts de structure trop élevés par rapport à sa taille.

Comment s’assurer que M. Drahi, tenu aujourd’hui de payer les factures du journal, restera bien au chevet de Libération ? « Il m’a toujours dit qu’il avait un faible pour Libération, et qu’il avait promis de l’aider, affirme M. Joffrin. Depuis, il a tenu parole. Et le laisser tomber ne serait pas bon pour son image. » Ce dont Patrick Drahi se soucie comme d’une guigne…

Les salariés, eux, demandent « des garanties juridiques, financières et sociales, notamment en matière de dotation et d’effectifs », et souhaitent être associés à la gouvernance. « Des discussions vont s’ouvrir », promet-on à la direction. Seule certitude, Patrick Drahi vient d’amorcer un plan de réorganisation chez Altice Médias (BFM-TV, RMC…), faisant craindre de nouvelles coupes dans les effectifs.

Comme d’habitude avec ces prédateurs. Même quand ce sont des sponsors de La République en Marche !

Le 18 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Relire, à ce sujet : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/05/patrick-drahi-lami-demmanuel-macron-est-un-predateur/

3 Réponses to “Laurent Joffrin, le faux-nez de Patrick Drahi.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 18, 2020 à 9:04 #

    Après L’humanité, de moins en mons de personnes lisent Libération.

  2. Hervé J. VOLTO mai 19, 2020 à 1:11 #

    Je suis bien de votre avis !

    On est loin de Valeurs Actuelles ou de Le Point, qui n’hésitent pas à appeller un chat un chat.

    Par exemple : Dissolution, remaniement, référendum : les solutions de Macron pour limiter la casse
    https://www.valeursactuelles.com/politique/dissolution-remaniement-referendum-les-solutions-de-macron-pour-limiter-la-casse-119452

    On dirait que les éditorialiste sde Valeurs lisent le blog du CER !

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