Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Michel Piccoli, l’imposteur.

19 Mai

Ancien compagnon de route du Parti communiste, Michel Piccoli qui se déclarait « passionnément de gauche« , engagé dans divers combats dits de société en France, comme à l’étranger, notamment contre…le racisme et le « capitalisme débridé » (tout cela ne mangeant pas de pain), est mort mardi 12 mai 2020 dans son manoir de Saint-Philbert-sur Risle, le château de La Cour ! Une petite merveille normande du XVIe siècle pour acteur engagé et « passionnément de gauche« .

Michel Piccoli affichait son militantisme gouailleur, sans jamais militer au sein d’un parti, mais en défendant des causes en tant que « citoyen connu« . Il se décelait aussi dans le choix de certains films comme La Grande bouffe(Marco Ferreri, 1973), Themroc (Claude Faraldo, 1973), ou La Plage noire(qu’il réalise en 2001). « Le métier que nous faisons dépend complètement de la politique et de l’économie. J’en connais qui vivent en égoïstes dans leur petit monde fermé. Moi, je ne veux pas« , disait-il. Tu parles ! Qui, à part ses potes du même bord, peut prétendre avoir été invité à Saint-Filbert ? Aucun de ses paroissiens…

Défense des sans-papiers, pétition pour la parité homme-femme dans la vie publique, évidemment mobilisation contre le Front national : Michel Piccoli fut très actif au sein de SOS Racisme (créé en 1984) et aux côtés d’Amnesty International. La sensibilité de l’acteur à la question migratoire se reflète dans L’Emigré de Youssef Chahine en 1995.

L’intervention concrète de Michel Piccoli en politique s’est exprimée dans des échanges épistolaires avec des responsables d’Etat, des tribunes dans la presse et dans sa participation à des manifestations. Dans le désordre, on peut citer : une lettre adressée au président iranien et publiée en 1991 dans Le Monde pour réclamer la libération d’une militante des Moudjahidines du peuple ; son soutien, en 1981, au syndicat Solidarnosc en Pologne ; ses manifestations, avec Harlem Désir et les Klarsfeld, contre les conservateurs alliés au parti d’extrême droite autrichien de Jorg Haider en 2000…

Il faut remonter à son enfance pour comprendre l’engagement de Michel Piccoli.

Ému par l’appel du 18 Juin qu’il entend en direct à la radio, l’adolescent de 14 ans se découvre d’abord des convictions gaullistes. Michel Piccoli deviendra ainsi Un homme de trop en 1967 dans le film de Costa Gavras. Engagé politique sur la même longueur d’onde que Piccoli, Gavras met en scène un groupe de résistants qui libère des compatriotes d’une exécution capitale par les nazis.

Cette sensibilité à la Résistance, où les communistes sont très actifs, est confortée par le spectacle de sa propre famille « égoïste, raciste, franchouillarde » et va peser sur son rejet de la bourgeoisie. « Par sentimentalisme« , il se rapproche naturellement des communistes. « Je croyais que c’était une philosophie exemplaire. C’était simple pendant la guerre« , explique-t-il en 2007. Il adhère donc au Mouvement pour la Paix, une organisation pacifiste contre le fascisme récupérée par les communistes. Un de ces naïfs séduit par les fariboles de Gide et de Sartre : « le marxisme est l’horizon indépassable de notre temps » !

A 20 ans, il est électrisé par Saint-Germain-des-Prés, Sartre, Boris Vian et Juliette Gréco, « ces libertaires magnifiques« . C’est l’époque des Zazous, ancêtres avant la lettre des Punks des années 80. Une provocation bon enfant est de mise dans la jeunesse parisienne qui retrouve la liberté après quatre ans d’Occupation. Il est alors un de ces naïfs séduit par les fariboles de Gide et de Sartre : « le marxisme est l’horizon indépassable de notre temps » !

Puis l’Histoire apporte la désillusion… mais il affirme en 1985 au Nouvel Observateur qu’il sera « toujours passionnément, obsessionnellement, lucidement de gauche« . Si l’homme ne s’est jamais inscrit au Parti socialiste, il en a systématiquement soutenu les candidats à l’élection présidentielle, de François Mitterrand en 1981 à François Hollande en 2012. En 2007, il signe avec 150 intellectuels un texte appelant à voter Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance« , « pour une gauche d’espérance« .

Il nourrit une « phobie pour le capitalisme« , « les fausses richesses« , et s’élève contre la dictature de l’argent à la télévision.

Ne lâchant jamais le nerf de la guerre, en mai 2009, Michel Piccoli enjoint à Martine Aubry, alors première secrétaire du PS, de « redevenir de gauche » dans une lettre pour inciter les députés à adopter la loi Hadopi contre le téléchargement illégal. « Vous étiez la résistance à la loi du plus fort qui assassine la diversité culturelle, vous êtes désormais les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l’heure du numérique« , lance-t-il.

Dès les années 2000, il affirme que « la politique est devenue une catastrophe ». « Il n’y a plus d’idéologie possible, à part l’argent« , déplore-t-il dans un entretien avec Libération. Dans ce qu’il décrit comme un marasme de désengagement politique, il concède que seul José Bové lui fait encore l’effet d’une « décharge électrique« .

La filmographie de l’acteur est parcourue de nombreuses oeuvres où se retrouve son engagement politique mais aussi, parfois, sa christianophobie. Citons Habemus Papam, L’Etat sauvage, Milou en mai, Nouvel ordre mondial, Y’a bon les blancs… Mais on pourrait également citer ses films avec Luis Buñuel, dans sa critique de la classe bourgeoise et catholique, où l’on retrouve les griefs du futur acteur, encore jeune, contre sa famille.

Bref, vous ne trouverez ni à boire ni à manger chez Piccoli. Et, en tout cas, jamais l’amour de la France.

Le 19 mai 2020.

Du Plessis

2 Réponses to “Billet d’humeur du sieur Du Plessis : Michel Piccoli, l’imposteur.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 20, 2020 à 10:05 #

    Michel Piccoli, l’imposteur : il serait mort dans l’indifférence générale, si votre article n’avait pas rappellé qui il est, un de ces naïfs séduit par les fariboles de Gide et de Sartre : « le marxisme est l’horizon indépassable de notre temps » !

    Après Habemus Papam, on avait déjà compris.

  2. Hervé J. VOLTO mai 20, 2020 à 10:20 #

    Ecrire sur Picolli et les zazous, c’est encore lui donner de l’importance.

    Et puisqu’on parl ede choses sérieuses, la police a-t-elle enfin trouvé le quartier général des « Antifa » (antifascistes, NDLR) parisiens ? Ou ne s’agit-il que d’un simple dépôt de « munitions » en vue de préparer « l’insurrection qui vient », voire « le grand soir » ? Dimanche 17 mai 2020, en filochant des militants considérés comme membre de l’ultragauche, les policiers en civil de la BAC ont découvert plusieurs dizaines d’objets incendiaires – des cocktails Molotov prêts à l’emploi – fabriqués dans l’ancienne clinique de la Dhuys située à Bagnolet, face au 46, rue Lénine.

    Ce lieu autrefois réputé de la Seine-Saint-Denis, mais tombé en déshérence, est devenu un squat de la mouvance anarcho et gauchiste, selon les ex-Renseignements Généraux de la préfecture de police. Sur les murs tagués, les baqueux ont pu noter quelques inscriptions, parmi lesquelles : « Bienvenue à notre QG Paris Antifa75 » ; « Un flic, une balle, justice sociale ».

    Les flics de la BAC ont interpellé un couple sortant du squat. Le jeune homme de 30 ans, connu des services de police pour violences, et la jeune femme âgée de 29 ans avaient pourtant pris soin, avant d’entrer, de surveiller les alentours et de vérifier s’ils n’avaient pas été suivis. Menottés, ils n’ont opposé aucune résistance lors de leur arrestation. Aucun objet dangereux n’a été retrouvé sur eux. Ils ont été placés en garde à vue.

    La veille, deux autres personnes avaient été interpellées et également placées en garde à vue. Elles sortaient du même refuge en possession de cocktails Molotov, confectionnés sur place, selon la police, et des mortiers d’artifice récupérés à l’intérieur. Tous ces militants sont mis en cause pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences et fabrication d’engins explosifs ».

    À l’issue des gardes à vue, les quatre personnes ont été déférées au parquet de Bobigny en vue d’une comparution immédiate à délai différé. Cette nouvelle procédure mise en œuvre depuis un an permet de continuer à enquêter et de placer un mis en cause en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire en se passant du juge d’instruction. Le procureur saisit directement le juge des libertés et de la détention qui statue sur le sort de l’auteur présumé. Le procureur a requis leur détention provisoire.

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