Il était temps ! Mais…

20 Mai

La visite de Florence Parly, ministre des armées, lundi 18 mai sur le site des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), laisse un goût mitigé.

BRF de la classe Vulcano

Nous nous réjouissons en effet qu’elle soit venue assister à la découpe de la première tôle d’un des quatre bâtiments ravitailleurs de force (BRF)* qui doivent être livrés à la marine nationale d’ici à 2029, et qu’elle en ait profité pour faire une annonce spectaculaire visant à regonfler le moral des quelque 3 300 salariés de l’entreprise : « C’est à Saint-Nazaire que sera construit le porte-avions de nouvelle génération qui succédera au Charles-de-Gaulle en 2038 », a déclaré la ministre, précisant que l’objectif était de réaliser les premiers essais à la mer à l’horizon 2036.

Porte-avions Charles-de-Gaulle

Les travaux préparatoires, menés par la direction générale de l’armement, la marine et les industriels, « ont déjà permis d’esquisser les contours » du futur porte-avions, a ajouté Mme Parly, même s’il est « encore trop tôt pour dévoiler des dessins précis ».

Aucun budget n’a pourtant été présenté, et il manque encore une estimation du nombre d’heures de travail générées par le projet, tout comme le choix du mode de propulsion du navire militaire….Au sein des Chantiers, la prudence est de mise. Comme elle l’est au sein du CER. Car pourquoi avoir tant attendu pour prendre cette décision et comment peut-on soutenir l’idée d’un projet aussi important qui ne se concrétisera que…dans dix-huit ans ! Alors que le Charles-de-Gaulle sera à bout de souffle.

Ce projet a fini par relever du serpent de mer. Un comble pour une telle unité navale. « La commande ferme n’est pas prise, tient à rappeler Philippe Kasse, directeur de la communication des Chantiers. C’est le président de la République qui décide sur le sujet. » En interne, un responsable se prend à espérer : « Un gros paquebot, c’est une commande qui tourne autour d’un milliard d’euros. Un porte-avions, c’est un budget largement triplé. » Et, vous l’aurez compris, c’est là que le bât blesse.

Et un projet qui n’est pas accueilli avec joie par tout le monde : « C’est une bonne nouvelle pour le cœur de la construction navale à Saint-Nazaire mais à titre personnel, je ne serais pas trop enchanté de fabriquer un navire de guerre, renvoie Jérémy Blandin, soudeur et élu CGT (majoritaire chez les ouvriers). D’ailleurs, comment va réagir la population ? Ça coûte des milliards, ces bâtiments : est-ce que c’est bienvenu de faire de telles annonces par les temps qui courent ? » Nous avions déjà les mêmes sous le gouvernement de Front populaire, en 1936…

Caroline Renaud, ingénieure méthode et élue CFE-CGC (premier syndicat représentatif aux Chantiers de l’Atlantique), balaie toute réticence, et attaque : « On rêve tous que ce porte-avions, emblème de la défense de la nation, soit construit à Saint-Nazaire. On sait que dans le domaine de la construction navale, il y a tous types de chantiers. Si la commande militaire ne convient pas aux valeurs d’un salarié, ce qui est un droit, celui-ci peut changer d’entreprise. » Une évidence.

Nathalie Durand-Prinborgne, élue FO, aspire à la concrétisation de ce marché, d’autant que le site industriel réalise « les plus grosses marges sur les navires militaires », ce qui est de bon augure, note-t-elle, « si l’on veut donner du pouvoir d’achat aux salariés ». Mais « 2038, c’est loin, observe la syndicaliste, qui rappelle que les paquebots se construisent en moins de deux ans. J’espère que la commande tombera avant, car cela permettrait de lisser les périodes de sous-activité que l’on risque de connaître dans les mois à venir avec les croisières au point mort. »

Au total, ce projet de porte-avions aurait dû être lancé depuis longtemps alors que nous sommes aujourd’hui dans une situation économique imprévisible mais désastreuse. Et il nécessiterait, pour de nombreuses raisons, des délais de conception et de réalisation beaucoup plus courts que ceux qui nous sont annoncés par Mme Parly. Bref, tout ou presque se présente mal dans cette affaire. 

Avant la crise liée au coronavirus, les Chantiers de l’Atlantique, détenus par l’Etat mais convoités par l’italien Fincantieri, pouvaient se targuer d’un carnet de commandes gonflé à bloc : deux paquebots doivent être achevés d’ici à 2021, quatre autres font l’objet de commandes fermes assorties d’options d’achats supplémentaires, inévitablement fragilisées. Alors, justement, ne serait-il pas temps de revoir notre politique d’armements que nous pourrions utilement mutualiser avec certains de nos alliés.

Particulièrement dans le domaine naval, il pourrait être utile de réfléchir à des projets conjoints avec un pays de très haut niveau sur ce terrain, l’Italie. Idée d’autant plus intéressante dans le contexte évoqué ci-dessus. 

Le 20 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Les quatre BRF en cours de construction à Saint-Nazaire sont issus d’un programme élaboré avec l’Italie sur la base du Vulcano (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bâtiment_ravitailleur_de_forces).

Une Réponse to “Il était temps ! Mais…”

  1. Hervé J. VOLTO mai 21, 2020 à 12:32 #

    Si le lencement su SUFFREN, sous-marin nucléaire de la dernière génération, est à mettre au peu de bilan positif de la macronnie, et la décision de lancer le chantier du Richelieu, second porte-avion nucléaire Français, ne peut être qu’applaudie mais… pourquoi attendre 2038 pour le lancer ? Alors que l’engin pourrait être construit en 9 mois si on y est tout notre talent ? macron ne comprend-t-il pas qu’il en sortirait grandit s’il partait -il devra partir en 2022 dans tous les cas- en nous laissant un fluron de la marine Franòaise ? mais par qui est-il conseillé ? mais les écoute-t-il ses conseillers ?

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