Nous l’avions annoncé, c’est arrivé !

21 Mai

Fin 2019, alors que les députés continuaient de quitter, les uns après les autres, le groupe macroniste à l’Assemblée nationale et que nous annoncions la perte prochaine de sa majorité absolue, un cadre de La République en marche (LRM) s’alarmait : « En cas de perte de la majorité absolue, les médias titreront “la fin du pouvoir Macron”. Ce n’est pas possible ! » L’hypothèse semblait tellement catastrophique aux yeux du président du groupe LRM, Gilles Le Gendre, qu’il ne voulait pas l’envisager. « Arithmétiquement, c’est toujours possible, mais je n’en vois pas le risque », assurait-il, en octobre 2019, avant d’ajouter avec la pertinence que l’on peut mesurer aujourd’hui : « L’érosion a eu lieu il y a quelque temps, mais elle est finie. »

Sa prédiction ne s’est pas vérifiée : mardi 19 mai, le parti présidentiel est descendu sous la barre symbolique des 289 députés, qui lui permettait, depuis trois ans, de disposer à lui seul de la majorité absolue. Sept de ses membres sont partis constituer un nouveau groupe − le neuvième au Palais-Bourbon, un record − baptisé « Ecologie, démocratie, solidarité » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/05/10/la-republique-en-marche-sur-la-voie-du-deconfinement/). Arrivés triomphants à l’Assemblée nationale en juin 2017, avec un effectif de 314 membres, les députés LRM ne sont plus aujourd’hui que 288…

Lors d’une conférence de presse en ligne, mardi matin, les dix-sept députés à l’origine de ce nouveau groupe ont mis en avant leur volonté d’œuvrer au « monde d’après » en allant « plus loin et plus vite » sur les thématiques de l’environnement et du social. « Nous voulons apporter au débat un nouvel élan dans la méthode et les idées », a expliqué Matthieu Orphelin, en vantant un collectif transpartisan « petit mais costaud ». Ce proche de Nicolas Hulot le codirigera avec Paula Forteza, proche de Cédric Villani, également inscrit. Les « marcheurs » Aurélien Taché, Guillaume Chiche et Emilie Cariou, issus du Parti socialiste, y figurent également.

Ce nouveau groupe, qui se veut « positif » et de « proposition », sera inscrit en « groupe minoritaire » à l’Assemblée. Une manière de ne se situer ni dans la majorité ni dans l’opposition. « Si le président de la République lance un troisième temps du quinquennat qui répond à nos priorités, nous le validerons. En revanche, si cela percute les priorités de notre groupe, nous nous opposerons », a expliqué M. Chiche.

Aurélien Taché a mis en garde sur le risque de voir le Rassemblement national l’emporter à la présidentielle. « Si nous n’avançons pas et si nous n’avons pas des résultats très vite, malheureusement, en 2022, les Français risquent de faire le choix du pire. »

Tous ont été élus en 2017 sous l’étiquette macroniste, à l’exception de l’ex-ministre PS de l’écologie Delphine Batho. Tous se montrent mal à l’aise avec la ligne impulsée par l’exécutif depuis le début du quinquennat, jugée « trop à droite ». Mme Cariou a présenté la création du nouveau groupe comme « des retrouvailles » avec les « valeurs »originelles du macronisme. « Aucun de nous ne trahit ses engagements de 2017, c’est plutôt la majorité qui s’en est éloignée », a tranché le député du Rhône, Hubert Julien-Laferrière, issu de LRM. Une remise en cause claire de l’action du chef de l’Etat. « Cela ne va pas empêcher l’exécutif de trouver des majorités, mais ce sera au prix d’une plus grande écoute de ses alliés du MoDem et d’Agir. Le problème est davantage pour l’image d’Emmanuel Macron. La création d’un groupe axé sur l’écologie et le social montre que le président ne répond pas complètement aux aspirations de son propre camp sur ces sujets », estime Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof.

Officiellement, cette annonce est accueillie avec sérénité par l’exécutif. « Il y a une part de symbolique, certes, mais cela a une incidence assez mineure : ces derniers mois, sur nombre de votes, la majorité d’entre eux n’avaient pas suivi la ligne du groupe », minimise Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement. De son côté, le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, a renvoyé cet événement à de simples « tribulations de la vie parlementaire » qui seraient à ses yeux « anecdotiques ».

Mais d’aucuns reconnaissent que le coup porté par ces défections n’a rien d’anodin. « Dire que c’est anecdotique, comme l’a fait Richard Ferrand, c’est la méthode Coué », relève un député resté chez LRM. « Ce n’est jamais positif pour une majorité, on ne va pas raconter de salades », ajoute une ministre, rappelant qu’il « est rarissime que le parti majoritaire perde sa majorité absolue ». Cela avait été le cas pour le Parti socialiste lors du quinquennat précédent. « La République en marche est un mouvement politique qui s’est formé sans base philosophique et historique. Forcément, ce parti est plus chahuté que les autres, car il est composé d’élus soit sans formation soit venant du PS, ce qui n’est pas la meilleure école de cohésion… », sourit un visiteur du soir de M. Macron.

Le chef de l’Etat aurait-il découvert ses frondeurs, reproduisant ainsi le modèle honni de François Hollande ? « Ces deux périodes ne sont pas comparables : lors du précédent quinquennat, les fractures à l’œuvre étaient très profondes. Au sein du Parti socialiste, on avait des gens qui ne pensaient plus la même chose sur des sujets fondamentaux. La question des frondeurs était plus massive et plus profonde », veut croire le délégué général de LRM, Stanislas Guerini.

Aux yeux de certains, cette efflorescence de groupes doit néanmoins amener la majorité à s’interroger sur sa stratégie, alors que M. Macron promettait durant sa campagne présidentielle de former des « majorités de projet » en allant chercher des soutiens différents en fonction des textes défendus. « Cet émiettement n’est pas fondé sur des positions politiques extrêmement affirmées. La question de fond c’est de savoir si le fonctionnement de la majorité peut changer. Y a-t-il la capacité à faire exister des débats et à ce qu’ils débouchent sur des positions politiques ? », interroge l’ex-président de l’Assemblée François de Rugy, qui a retrouvé sa place au sein du groupe LRM après avoir quitté le gouvernement à l’été 2019.

« La situation nécessite de renforcer le dialogue avec la majorité », reconnaît M. Fesneau. Une donnée qui risque dans tous les cas de ne pas peser bien lourd au moment de retourner devant les électeurs en 2022, tant la Ve République procède du chef de l’Etat. En d’autres termes :

Tout ça pour ça…

Et comme nous n’avons cessé de le répéter en 2017 sans avoir été suffisamment écoutés :

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Le 21 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Nous l’avions annoncé, c’est arrivé !”

  1. Hervé J. VOLTO mai 21, 2020 à 12:24 #

    Jusuq’ici, La République En Marche éatit un parti de classe où on retrouvait la bourgeoisie traditionnelle mécréante et parvenue, la bourgeoisie bohème socialiste caviar et une beurgeoisie arrogante et revancharde. Macron avait réunie cet électorat Tiers Etat dont il fait partie.

    A présent son aile gauche, celle issu du socialisme caviar, la plus dégoutante -il y a pire qu’un bourgeois de droite : le bourgeois de gauche !- semble vouloir faire cavalier seul, obligeant cette droite molle qui fune des clopes et roule en diésel à se tourner vers Marine Le Pen : que restera-il à Emmanuel Macron ? Les Bayrou, les Borloo et les Harlem Désir…

    Aurélien Taché, lucide, a mis en garde sur le risque de voir le Rassemblement National l’emporter à la présidentielle :

    -Si nous n’avançons pas et si nous n’avons pas des résultats très vite, malheureusement, en 2022, les Français risquent de faire le choix du pire.

    Si les Français ne se révoltent pas à la crise économique post-covid-19 qui débouchera sur une crise sociale, et si la révolte du peuple Français ne débouche pas sur une gerre civile, les électeurs d’Harlem Désir n’ayant aucunement pignon sur rue au plan électoral, Nous risquons de voir en 2022 le duel Marine Le Pen/Ségolène Royale.

    Si la première accède au pouvoir, les banlieues se soulèveront. Si c’est la seconde, la France s’enfoncera, et ce se sont les Français qui se révolteront.

    Alors, pour quoi pas directement un changement de régime ?

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