Ce n’est pas le virus qui fait l’épidémie, c’est l’homme.

23 Mai

Et, dans un article récent, l’immunologiste Norbert Gualde, professeur à l’université de Bordeaux, s’appuie sur deux cartes animées publiées par le New York Times (https://www.nytimes.com/interactive/2020/03/22/world/coronavirus-spread.html) pour résumer la situation : « Le virus est sédentaire : il n’a aucun moyen de locomotion. Pour se déplacer, il lui faut passer de corps en corps. C’est ce qu’exprime l’étymologie du mot épidémie : le terme est emprunté au latin médical “epidemia”, lui-même issu de la racine grecque “epidemos” – “epi”, qui circule, “demos”, dans le peuple. »

La première carte donne le vertige. On y voit d’immenses flux de petits points verts se déplacer en étoile autour des métropoles : fondés sur les données de géolocalisation des téléphones portables, ces mouvements enregistrés pendant le Nouvel An chinois retracent les centaines de millions de voyages qui ont permis au coronavirus de conquérir la Chine depuis la ville de Wuhan. Au milieu du nuage de points verts, figurent nombre de petits points rouges – ce sont, précise le New York Times, les personnes infectées par le SARS-CoV-2.

Le graphique suivant n’est guère plus rassurant : cette fois, les dizaines de milliers de points se dirigent vers Tokyo, Manille, Milan, Dubaï, Athènes, Buenos Aires, Islamabad, Los Angeles, Moscou, Singapour et Hongkong. En ce mois de janvier 2020, le New York Times recense 900 trajets par mois vers New York, 2 000 vers Sydney, 15 000 vers Banghok. Lorsque les vols au départ de Wuhan sont suspendus, fin janvier, il est déjà trop tard : les liaisons aériennes qui quadrillent le monde ont permis au virus de s’implanter sur tous les continents. « Dès la fin janvier, l’épidémie est présente dans plus de 30 villes et 26 pays », précise le quotidien.

Ce que nous résumons souvent par notre critique (pour ne pas en dire plus) de la mondialisation comme du tourisme de masse.

Le Covid-19 montre en effet que si les maladies contagieuses apparaissent plus aisément sous certains cieux, elles restent rarement prisonnières des « topographies médicales » imaginées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comme ses prédécesseurs, le virus s’est promené dans le vaste monde au gré des voyages des hommes : il est monté avec eux dans les trains, a emprunté des vols long-courriers, a séjourné dans des bateaux de croisière, a pris des autobus de banlieue. Le coronavirus est un « passager clandestin planétaire » qui suit pas à pas nos déplacements, résume le géographe Michel Lussault : comme toutes les épidémies, il raconte les allées et venues des hommes.

Née en Chine (décidément foyer initial de bien des malheurs) , la « peste noire » met ainsi plus d’une quinzaine d’années, au Moyen Age, pour atteindre l’Europe. Apparu au début des années 1330, le mal emprunte déjà, au rythme des déplacements humains, les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe jusqu’à Caffa, un comptoir génois de Crimée où se joue le « futur drame de l’Occident », notent Stéphane Barry et Nobert Gualde dans La Peste noire dans l’Occident chrétien et musulman (Ausonius, 2007).

Le mal se propage au fil des mois sur les côtes de la mer Noire, en Grèce, en Crète, à Chypre, avant de débarquer, le 1er novembre 1347, dans le port de Marseille. Il emprunte ensuite les voies commerciales terrestres et fluviales : la peste franchit les Alpes, frappe la Suisse et progresse vers l’Allemagne et les Pays-Bas. En Europe du Nord, elle traverse à nouveau la mer pour se répandre en Angleterre, puis, en 1349, en Irlande et en Ecosse. En 1350, elle atteint la Scandinavie, puis tout l’espace hanséatique, avant de toucher Moscou en 1352.

Si les épidémies empruntent volontiers les routes commerciales tracées par les hommes, elles savent aussi tirer habilement parti des conflits militaires. Lors de la guerre de 1870-1871, les troupes françaises et prussiennes disséminent ainsi la variole sur l’ensemble du territoire. Puis les réfugiés de Sedan propagent l’épidémie en Belgique, où elle fait plus de 33 000 morts en 1870-1872. Les volontaires italiens qui ont combattu en Côte-d’Or l’implantent à Naples, Milan, Turin et Gênes en rentrant chez eux. Les Français qui fuient les combats emportent le virus en Angleterre, où il provoque plus de 40 000 morts en 1871-1872. De ces pays, l’épidémie se répand en Irlande, en Ecosse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Autriche et en Russie avant de conquérir les Etats-Unis, le Japon, le Chili, Hawaï, l’Australie, Bornéo, Ceylan et l’Inde. Dans la seule Europe, l’épidémie fait 500 000 morts. Mais ce n’est pas fini…

Une cinquantaine d’années plus tard, au début du XXsiècle, c’est une nouvelle fois la guerre qui précipite la diffusion planétaire de la grippe espagnole. « L’épidémie, qui est repérée au Kansas au début du printemps 1918, franchit l’Atlantique grâce au premier conflit mondial, explique le géographe Freddy Vinet (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/19/utile-rappel-aux-amnesiques/). La progression du virus suit les mouvements de troupes : au printemps 1918, les soldats américains envoyés sur le front diffusent le virus dans toute l’Europe, et à l’automne 1918, les militaires engagés sur le sol européen retournent chez eux en disséminant cette fois le virus dans les territoires coloniaux et les pays alliés. » L’auteur reconstitue en détail l’itinéraire de cette épidémie qui a fait plus de victimes que la première guerre mondiale. « Pour un virus se transmettant par voie respiratoire, les déplacements de troupes à l’échelle du globe sont une aubaine, explique-t-il. En 1918, plus de vingt pays sont en guerre, auxquels s’ajoutent les empires coloniaux la quasi-totalité de l’Afrique, les Indes britanniques, les Indes Orientales néerlandaises (Indonésie), la Caraïbe… Les seuls recoins de la planète épargnés par le virus le doivent à leur isolement ou à des quarantaines strictes. »

Comme le bacille de la peste ou le virus de la grippe espagnole, le Covid-19 a envahi la planète en se glissant discrètement dans les bagages des hommes. Mais il l’a fait à une tout autre allure : la peste médiévale avait mis près de vingt ans pour passer des terres mongoles au port de Marseille, et le virus de la grippe espagnole, une année pour se répandre sur toute la Terre. Le coronavirus a, lui, mené une guerre éclair : apparu au mois de décembre en Chine, il a franchi les frontières et les océans à une vitesse foudroyante. Le 8 mars, plus de 100 pays avaient déjà signalé des cas de Covid-19. Une évolution en rapport avec la vitesse des déplacements humains.

Que nous disent ces épidémies de la géographie du monde ? En quoi témoignent-elles de notre manière d’habiter la planète ? La « peste noire » médiévale racontait la vitalité des routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, et la grippe espagnole, l’ampleur des transports de troupes pendant la première guerre mondiale. Pour le géographe Michel Lussault, le SARS-CoV-2 est le signe que notre monde est devenu un « buissonnement d’interdépendances géographiques » : le moindre événement local se diffuse désormais sans délai à l’ensemble de la planète à la manière du battement d’ailes du papillon évoqué en 1972 par le météorologue Edward Lorenz. Est-ce un témoignage des progrès de l’humanité ou, au contraire, de la folie de l’homme ?

Nous sommes d’ailleurs confrontés aux mêmes interrogations avec l’apparition puis la propagation de maladies tropicales (parfois graves) comme la dengue, la fièvre zika ou le chikungunya sur notre propre territoire avec l’introduction du moustique-tigre à partir des échanges commerciaux internationaux (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/18/quand-le-monde-decouvre-linstallation-en-france-et-les-dangers-du-moustique-tigre/).

Pour l’économiste Laurent Davezies, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, le coronavirus remet frontalement en question nos modes de vie : « La mondialisation a fait reculer la pauvreté comme jamais dans l’histoire de l’humanité mais elle a précipité l’extension de l’épidémie. La densité urbaine des métropoles a boosté l’innovation technologique mais elle a favorisé les contaminations. Le SARS-CoV-2 nous montre que la concentration et la mobilité qui régissent désormais la planète peuvent engendrer de graves périls. »

Si les hommes se sont toujours déplacés, le monde contemporain est en effet caractérisé par une explosion mobilitaire sans précédent. « Tout bouge, sans cesse : objets, marchandises, matières, données, informations, humains, animaux, et tout emprunte des voies innombrables – terrestres, maritimes, aériennes, satellitaires, filaires, constatent Michel Lussault et Cynthia Ghorra-Gobin, en 2015, dans la revue Tous urbains (PUF). Tout est sans cesse en contact avec tout et cela témoigne de la vigoureuse montée en puissance des pratiques mais aussi des imaginaires et des cultures de la connectivité. » Oubliant le bon vieil adage :  » Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées  » !

Les déplacements à l’intérieur des frontières ont beaucoup augmenté : un Français parcourt en moyenne près de 15 000 kilomètres par an contre moins de 10 000 en 1980. Le nombre de voyages à l’étranger a, lui aussi, explosé : en 2018, près de 1,5 milliard d’individus ont, au cours de l’année, franchi une frontière pour effectuer, loin de leur domicile, un séjour de moins d’un an, ce qui représente une progression de 50 % en une décennie. La tendance à franchir toujours plus les frontières est pire qu’une mode ou une anomalie, résume François Héran, professeur au Collège de France : c’est une « lame de fond ».

Pour Laurent Davezies, cette mobilité représente une « transformation radicale ». « Pendant des siècles, les Français avaient été assignés à résidence dans un territoire. Mais aujourd’hui, tout a changé : selon le sociologue Jean Viard, le travail, entre la naissance et la mort, ne représente plus que 12 % à 13 % de notre vie. L’immense plage de temps libéré par ce recul des contraintes professionnelles est consacrée à des activités qui supposent des déplacements – faire des études à l’étranger, visiter une ville pendant les vacances, partir en week-end, effectuer des visites familiales pendant la retraite. »

Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer. Dans un livre publié en 1996, Mondialisation, villes et territoires (PUF), l’économiste Pierre Veltz décrivait les rouages de l’« économie d’archipel » composée par le réseau planétaire des grandes régions urbaines. « Ces métropoles concentrent l’essentiel des flux de toute nature, et notamment ceux d’une production industrielle de plus en plus éclatée, explique-t-il. Pour fabriquer une brosse à dents électrique, les piles viennent de Tokyo, l’assemblage est fait à Shenzhen et les tests aux Philippines. L’acier vient de Suède et le plastique d’Autriche. Au total, les composants parcourent plus de 30 000 kilomètres par air, par mer ou par route, avant de servir le marché californien. »

UNE PURE FOLIE…

Dans cette nébuleuse hyperconnectée qu’est devenu le monde, les villes jouent un rôle capital. L’urbanisation de la planète est, selon Michel Lussault, une mutation comparable à celle du néolithique ou de la Révolution industrielle : aujourd’hui, plus de 4 milliards de personnes vivent en ville – et toutes ces zones urbaines sont reliées. « Loin de se réduire à un centre historique et à un quartier d’affaires, la métropole contemporaine doit plutôt s’appréhender comme un entrelacs de réseaux qui mettent quotidiennement en relation des lieux de formes, de tailles et de fonctions très diverses », analysent le géographe Eric Charmes et le politiste Max Rousseau dans un article publié sur le site de la Vie des idées.

Cette révolution ne s’est pas contentée d’engendrer des « ville-monde » comme New York, Londres ou Tokyo : elle a également fait disparaître les frontières qui séparaient les villes des campagnes. « Aujourd’hui, en France, le monde rural est habité par des gens qui sont en relation permanente avec le monde urbain, souligne Laurent Davezies. La moitié des actifs qui vivent à la campagne travaillent en ville et tous fréquentent des circuits de consommation situés dans des territoires urbanisés. Les va-et-vient sont permanents au point que certains géographes ont renoncé à utiliser les termes rural et urbain : ils parlent simplement d’une variation de la densité. Il n’y a pas de changement radical de mode de vie entre ces deux mondes. »

Selon le géographe et urbaniste Jacques Lévy, cette culture mondiale de la mobilité a provoqué un véritable changement d’échelle du monde. « A l’époque de la peste médiévale, les villageois se déplaçaient dans un réseau, comme nous, mais à l’échelle de la marche ou du cheval, explique le professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. La modernité a inventé un espace d’échelle mondiale à partir des espaces préexistants d’échelle inférieure. Certaines civilisations anciennes avaient imaginé sans y croire qu’un jour, elles pourraient se pencher au-dessus d’une corniche pour regarder l’ensemble du monde. Nous y sommes. »

Le plus étrange, poursuit Jacques Lévy, c’est que cette stupéfiante mutation s’est accomplie en l’absence de révolution des transports. « Les voitures et surtout les avions ne vont pas tellement plus vite que dans les années 1950, constate-t-il. L’explosion des mobilités n’est donc pas liée au changement de la vitesse nominale des transports mais au bouleversement des pratiques sociales. A l’époque préfordiste, la mobilité était pendulaire – elle se résumait aux trajets domicile-travail. Avec le fordisme, s’y sont ajoutés des voyages liés aux vacances et aux loisirs. Aujourd’hui, le trajet domicile-travail ne représente plus que 20 % des déplacements. »

Pour illustrer ce changement d’échelle, Jacques Lévy, Ogier Maître et Thibault Romany ont imaginé en 2016, dans la revue Réseaux, une nouvelle manière de cartographier le monde. A la métrique euclidienne classique – la distance kilométrique entre deux points –, ils ont substitué, pour 35 villes de plus de dix millions d’habitants, une « métrique de réseau » fondée sur le temps de transport entre les mégapoles. Cette carte ne cherche pas à représenter la topographie physique : elle s’efforce de dessiner les nouvelles lignes de force de l’espace mondial, faites de « réseaux et plus particulièrement de rhizomes ».

Inventé en 1980, par Gilles Deleuze et Félix Guattari, le concept de rhizome désigne des réseaux aux frontières floues dont les éléments s’influencent en permanence les uns les autres. Depuis la fin du XXsiècle, les « rhizomes ouverts de l’individu, urbain et mondialisé, contemporain » ont remplacé les « petits pays enclavés du paysan », conclut l’article. « Notre carte fait apparaître des ensembles que les transports ont rapprochés, même s’ils restent éloignés en kilomètres, ajoute Jacques Lévy. Cette trame du monde qui met en exergue les lieux forts et les liens rapides correspond parfaitement à la géographie de l’épidémie : le coronavirus colle à la planète interconnectée. »

C’est en effet en parcourant ces rhizomes que le coronavirus a conquis le monde à la vitesse de l’éclair. Il ne s’est pas contenté d’emprunter les avions, les bateaux ou les trains : il a prospéré dans les espaces publics interconnectés du monde contemporain que sont les gares, les stades de foot ou les galeries marchandes, ces lieux de sociabilité intense où les hommes se frôlent avant de se connecter à un autre pôle, un autre réseau, une autre ramification. « A l’échelle mondiale, l’infrastructure spatiale de cette épidémie, ce sont les hubs – les hubs stricto sensu que sont les aéroports, mais aussi les centralités plus spécialisées que sont, par exemple, les centres commerciaux », résume Jacques Lévy.

Avec la pandémie de Covid-19, la planète urbanisée et hyperconnectée de ce début de XXIe siècle s’est révélée extrêmement vulnérable : pour un virus aussi contagieux que le SARS-CoV-2, les flux, les rhizomes, les plates-formes, les liens et les réseaux constituent un véritable paradis. La lutte contre le coronavirus a donc imposé aux habitants de la planète un revirement radical : il a fallu immobiliser brutalement un monde qui vénérait depuis des décennies le principe de la mobilité. Reprendra-t-il, une fois que la pandémie sera vaincue, sa folle course – au risque de voir renaître de nouvelles épidémies ? Nul ne le sait encore.

Pour nous, cependant, si le « monde d’après » n’est rien d’autre que la copie conforme du « monde d’avant » nous sommes perdus car nous subirons des monstres autrement plus violents que ce coronavirus.

Mais, après tout, ne serait-ce pas là ce qui fut décrit sous le nom d’ Apocalypse de Jean ?…

Le 23 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

2 Réponses to “Ce n’est pas le virus qui fait l’épidémie, c’est l’homme.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 23, 2020 à 3:12 #

    Dans le cercle rapproché de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier a tenu, durant les années 2000 jusqu’à 2012, une place centrale. Il est l’homme de la communication, celui qui réglait au millimètre les interventions de l’ancien chef de l’État. La communication de crise a été son pain quotidien quand il a fallu gérer la crise financière et économique de 2008, le divorce du couple Sarkozy, l’attentat de Merah et la menace d’une pandémie de la grippe H1N1.

    Fort de cette expérience, il a accepté d’analyser pour LE POINT la communication d’Emmanuel Macron et de son gouvernement https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/louvrier-le-vocabulaire-d-emmanuel-macron-occulte-parfois-la-verite-23-05-2020-2376597_1897.php?M_BT=3254625801088#xtor=EPR-6-%5BNewsletter-Mi-journee%5D-20200523 . Après les années Sarkozy, Franck Louvrier est entré à son tour en politique. Aujourd’hui, il est vice-président à la région Pays de la Loire chargé du tourisme et conseiller municipal de La Baule-Escoublac.

    Pour Frank Louvier, la communication de crise du Gouvernement a été à la fois erratique et disparate. Erratique parce qu’elle donnait un sentiment d’instabilité, que ce soit sur les masques, les tests, les respirateurs, et disparate parce que la communication a manqué d’harmonie. Il y a bien eu une tentative du Chef de l’État d’imposer le slogan « France unie », mais cet appel à l’union sacrée a été un échec. Le Président de la République a essayé d’endosser le rôle de « chef de guerre », mais, faisant face aux interrogations des Français, il n’a pas voulu s’y confronter directement.

    Par exemple, il n’a pas donné une seule interview contradictoire avec un ou plusieurs journalistes, ce qui aurait permis d’évacuer de nombreuses interrogations. Le président de la République a préféré uniquement des prestations personnelles et solennelles qui n’ont fait que distancier son rapport aux Français. La parole scientifique est venue ajouter du brouillard…

    Il faut dire qu’Emmanuel Macron n’est pas aidé. L’épisode Agnès Buzyn a contribué à ruiner le crédit de la parole politique et il a mis la pression sur la sortie de cette crise. Et il y en a d’autres : quand on entend Agnès Pannier-Runacher expliquer, en plein confinement, que « c’est le moment de faire de bonnes affaires en Bourse » ou qu’il faudra travailler plus qu’auparavant ; quand Didier Guillaume dit qu’il faut lever « une armée de l’ombre » pour ramasser des fruits et légumes ; quand Sibeth Ndiaye explique que les professeurs ne travaillent pas ou quand le ministre de l’Éducation Nationale annonce prématurément le retour des élèves en classe… Ils provoquent aussi tous des perturbations et cela crée des tensions supplémentaires.

    Le Premier ministre, Édouard Philippe, a montré, lui, plus d’humilité et cela semble avoir été apprécié des Français au regard des sondages d’opinion. Or, en communication de crise, la reconnaissance des failles se transforme en force. Quand vous êtes élu local ou national, qu’est-ce qu’on vous demande ? Aider les gens, les emmener vers le meilleur avec pragmatisme, honnêteté et humilité. Les Français n’ont pas élu le directeur général de la Santé ; ils n’ont pas élu le directeur de la police nationale et même pas le Premier ministre : ils ont élu le président de la République. Donc ils veulent que ce soit le chef de l’État qui leur rende des comptes. C’est essentiel. Nous sommes, qu’on le veuille ou non, au cœur de la présidentialisation du pouvoir. Les débats entre professeurs de médecine, c’est normal. Mais Emmanuel Macron, lui, est là pour trancher et non pour copier-coller la décision du conseil scientifique ou de tel ou tel expert.

    Pour en sortir, Emmanuel Macron doit-il dissoudre l’Assemblée nationale, comme Marine Le Pen le réclame ?

  2. Hervé J. VOLTO mai 23, 2020 à 3:18 #

    La présidentialisation du pouvoir avec le quinquennat induit que tout se centralise à l’Élysée. Aujourd’hui, la responsabilité politique est uniquement à l’Élysée, et rien qu’à l’Élysée. Toutes les questions importantes auront leur réponse à la présidence de la République, que ce soit sur les élections municipales, la mise en place des masques ou les décisions prises avec les autorités sanitaires…

    La balle est dans le camps du Président de la République. C’est lui qui doit Décider. Et puis trancher.

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