De la mondialisation débridée à la relocalisation ?

27 Mai

La terrible crise sanitaire que nous connaissons depuis quelques mois a mis en avant le sujet de la fragmentation extrême des processus de production et de la fragilité qui en résulte. Ce phénomène s’est développé au cours des années 1990 et 2000 et s’est accompagné d’une concentration très importante de la production dans un petit nombre d’entreprises et de pays. A la faveur de la crise sanitaire, on s’aperçoit que certains produits qui apparaissent comme de première nécessité (comme les masques ou les médicaments) sont fabriqués par très peu d’entreprises dans le monde. Si ces producteurs font face à une baisse de productivité, par exemple du fait de la crise sanitaire, l’impact devient très rapidement mondial. La Malaisie fabrique par exemple 55 % des gants chirurgicaux vendus dans le monde. Il suffit qu’une catastrophe affecte ce pays pour que toute la planète soit concernée…Est-ce acceptable ?

La première question qui se pose et qu’il faut poser à nos pouvoirs publics est fort simple :

Comment en est-on arrivé là ?

La spécialisation et la production à grande échelle génèrent des bénéfices économiques importants. C’est ce qui permet aux consommateurs d’avoir accès à des biens sophistiqués à un coût faible. En tout cas, dans une logique mercantile et consumériste…qui n’est pas la notre. Mais il faut ajouter à cela un autre élément économique trop peu souvent pris en compte dans le raisonnement : ce système ne peut exister qu’à la condition que les producteurs fassent appel à des mains d’oeuvres peu exigeantes en terme de salaires et de protection sociale. Il suffirait que cela change pour que les coûts de fabrication ne soient plus aussi attractifs.

A l’inverse, si on revient en arrière, pour construire des chaînes de valeur moins fragmentées et plus résistantes aux chocs, les coûts de production dans les pays les plus avancés et les plus riches vont augmenter, et le consommateur sera pénalisé par rapport à la situation actuelle. Ce dernier devra donc accepter un sacrifice que les idéologues de la mondialisation ont tout fait pour qu’il l’oublie.

De la même façon, si les processus de production restent très fragmentés et concentrés dans peu de pays producteurs la réponse pourrait être dans la mise en oeuvre de barrières douanières dissuasives. Hélas, l’expérience prouve dans le contexte actuel que l’augmentation des taxes à l’importation ne profitent qu’à peu d’entreprises alors quelles pénalisent à la fois les consommateurs et les nombreuses industries qui utilisent les produits venus d’ailleurs dans leurs chaînes de production. Certains domaines industriels sont particulièrement exposés à ce problème et c’est le cas, entre autres, de l’industrie automobile.

La fragmentation des chaînes de valeur, du fait de l’éclatement des lieux de production entre différents pays, a par ailleurs, un coût environnemental important, qui n’est pas internalisé par les entreprises. C’est tout l’intérêt de la taxe carbone aux frontières qui est le meilleur moyen de l’intégrer au coût de production. Il faut que le prix final reflète le coût environnemental de la production et que le système de prix reflète effectivement le contenu en carbone de la production. Ces normes sociales et environnementales sont indispensables à une croissance durable sur le long terme. Il faut qu’elles fassent partie des règles du commerce international pour inciter les pays à participer à la lutte contre les conséquences climatiques de l’industrialisation de la planète.

Enfin, il ne faudrait pas croire que tous les pays émergents, qui participent pourtant à la fragmentation des chaînes de production, ont bénéficié de la mondialisation grâce à leurs mains d’oeuvres peu exigeantes et peu coûteuses. Loin de là. Et, si on retire les quelques émergents qui en ont tiré profit, on voit qu’en réalité le reste du monde stagne sur le plan économique. Une partie de la planète, notamment l’Afrique, reste à l’écart de la mondialisation et de la croissance. En d’autres termes, ceux qui profitent le plus du système actuel de production et de distribution…sont les plus avancés et les plus riches !

En matière de mondialisation de l’économie il existe donc bien une chaîne perverse dans laquelle les plus riches s’enrichissent davantage quand les plus pauvres s’appauvrissent encore…

Ne sont-ce pas là autant d’arguments pour que le  » monde d’après  » Covid ne soit pas le copier-coller du «  monde d’avant  » et que nous prenions à bras le corps les questions essentielles de nos productions et de nos consommations. Relocalisées sur le territoire national pour les premières, patriotiques et sobres pour les secondes.

Le 27 mai 2020.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “De la mondialisation débridée à la relocalisation ?”

  1. Hervé J. VOLTO mai 28, 2020 à 11:59 #

    Il faudrait « recouvrer l’indépendance nationale dans une Europe de la coopération des États et des peuples ». En matière économique, promouvoir la liberté d’entreprendre en favorisant l’implantation des entreprises sur les territoires Français par une fiscalité intéressante et en usant du protectionnisme. Il faut une « moralisation » de l’économie. Concernant les questions sociétales, revenir valeurs fondées sur la famille, l’attachement au terroir, le sentiment d’appartenance à la France, le respect du repos dominical, ce dernier point siganifiant la reconaissance de l’identité Chrétienne de la France et de sa vocation Catholique.

    -Foi et patrie : tout se tien (Françaois-Marie Algould) !

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