Et c’est là que les Athéniens s’atteignirent…

30 Mai

L’heure de vérité ne va pas tarder à sonner pour l’Union européenne. Ce qui, ne le cachons pas, nous réjouit. Quand la pandémie a frappé l’Italie en février puis le reste du continent, l’Europe se remettait à peine de la crise de la zone euro de 2012-2015 et les disparités économiques entre les pays européens étaient béantes. La récession historique provoquée par la crise sanitaire et le confinement qu’elle imposa vient de nouveau accentuer ces divergences : les pays les plus touchés en Europe sont les plus endettés et les moins en mesure de consacrer des moyens importants à la relance économique. Autrement dit, le sud de l’Europe va très mal tandis que le nord va plutôt bien.

A moyen terme, ces écarts croissants entre les Vingt-Sept mettent à mal l’Union européenne (UE) : une nouvelle crise de la zone euro, une montée de l’euroscepticisme, de nouvelles fractures au sein d’une construction déjà secouée par la succession en dix ans de plusieurs crises (financière, migratoire et le Brexit). En résumé, pour nous, il est urgent de quitter ce rafiot qui prend eau de toute part.

« Si nous n’agissons pas de manière déterminée, nous verrons des distorsions croissantes sur le marché unique et des inégalités sociales déstabilisantes », a ainsi lancé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, en présentant son plan de relance de 750 milliards d’euros mercredi 27 mai. Voila pourquoi, a expliqué la présidente de la Commission européenne, elle souhaite que 500 milliards d’euros soient transférés aux pays les plus touchés par le virus et ses conséquences économiques.

Mardi, la Banque centrale européenne (BCE) ne disait pas autre chose. Dans son rapport sur les risques financiers, elle estimait qu’à terme, si rien n’était fait, « la possibilité de redénomination [c’est-à-dire de sortie de l’euro d’un pays] risque d’augmenter ». Mais, diable, pourquoi avoir attendu aussi longtemps…

C’est un fait, l’ampleur de la pandémie n’a pas été la même dans tous les pays. Certains, comme l’Italie ou l’Espagne, la subissent de plein fouet, à un niveau très élevé. Quand d’autres, comme le Portugal ou l’Allemagne, comptent moins de malades.

Quant au confinement qui a paralysé l’économie mondiale, il a certes concerné la plupart des Vingt-Sept, mais il y a été moins long et moins difficile dans les pays qui s’en sont le mieux sortis, particulièrement l’Allemagne. De plus, certains secteurs mettront bien plus de temps que d’autres à se remettre de cet épisode. Ainsi, le tourisme et le transport aérien, pour n’en citer que deux, ne sont pas prêts de renouer avec leur niveau d’activité d’avant l’apparition du Covid-19. Mais, au fond, quel analyste sérieux pourrait vraiment le regretter ?

Hélas et manque de chance, les pays qui sont les plus touchés – notamment l’Italie et l’Espagne – sont aussi ceux qui sont les plus dépendants de ces activités. D’autres Etats du sud de l’Europe, que le virus avait relativement épargnés et qui se sont défendus comme des diables, comme la Grèce ou le Portugal, plongent avec la chute du nombre de visiteurs.

Ce sont ces mêmes pays qui ont le moins de moyens budgétaires – parce que déjà très endettés depuis la crise financière de 2008 – pour soutenir leur économie face à la crise. Conséquence, comme le montrent les dernières prévisions de la Commission, publiées début mai, l’Europe du Sud tombe en récession, en 2020, bien plus fortement que ses partenaires du Nord. Et ses capacités de rebond sont, à en croire les projections pour 2021, également moindres.

Ainsi, après des années de réduction de la sphère publique, et en proie à une dette qui reste très élevée malgré des années d’austérité, la Grèce plonge économiquement. L’Espagne et l’Italie ne font pas beaucoup mieux, avec, elles aussi, une baisse de leur produit intérieur brut (PIB) supérieure à 9 % cette année. Quant à la France, elle arrive juste derrière, dans ce triste palmarès. Ce qui n’est guère brillant.

Dans ce contexte, ces pays se restreignent aujourd’hui. Et cela se constate par plusieurs indicateurs. Ainsi, alors que les aides d’Etat que la Commission a autorisées depuis l’apparition du virus s’élèvent à 1 900 milliards d’euros, plus de la moitié (996 milliards) vient d’un seul pays : l’Allemagne, soit 29 % de son PIB. La France (324 milliards d’euros) dépense en comparaison 13,4 % de PIB, l’Italie 17 % et la Belgique 11 %. En Espagne, le montant tombe à 2,2 % seulement…(Pedro Sanchez est décidément le pire de chefs de gouvernements).

Shahin Vallée, économiste à la London School of Economics, s’est penché sur la différence entre ce que font la France et l’Allemagne. Ainsi, les dépenses directes en Allemagne sont deux fois plus importantes qu’en France, tout comme les garanties apportées par l’Etat. Mais c’est sur les injections de capital dans des entreprises privées qu’il est le plus élevé : l’Allemagne y a consacré 6 % de son PIB, soit six fois plus que la France. Les deux pays, en revanche, ont débloqué environ 2 % de leur PIB pour des mesures de liquidités (en accordant par exemple des délais de paiement pour les charges ou les impôts).

« Tant que les pays d’Europe du Sud ne sauront pas quel sera l’accord européen pour un plan de relance, ils ne s’autoriseront pas à dépenser plus – et à s’endetter plus – pour soutenir leur économie », explique M. Vallée. D’autant « que nous sommes également dans un monde où la réaction de la BCE est incertaine, après la décision de Karlsruhe [la Cour constitutionnelle allemande a récemment critiqué l’action de la banque centrale]», poursuit M. Vallée (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/05/17/les-juges-de-la-cour-constitutionnelle-dallemagne-sont-nos-allies/).

Que ce soit Rome, Madrid ou Athènes, et même dans une moindre mesure Paris, ces pays veulent à tout prix éviter de se retrouver dans une situation où, dans deux ans, Bruxelles leur demanderait de retrouver le chemin de la consolidation budgétaire, ce qu’ils seront bien incapables de faire. Dès lors, ils auraient de plus en plus de mal à se financer sur les marchés et, pour ceux en tout cas qui appartiennent à la zone euro, il n’y aurait pas d’autre solution que d’accepter une mise sous tutelle, comme Athènes l’a déjà vécu il y a dix ans.

« Le projet européen risque de sombrer. Il est clair que si les divergences économiques entre pays européens augmentent et si la crise accroît les différences entre divers pays européens, au lieu de [les] diminuer (…), il sera très difficile de le maintenir en l’état », a répété à plusieurs reprises Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’économie. L’UE joue donc très gros dans cette crise, estime Mme von de Leyen : « Soit nous agissons seuls, laissant derrière nous les pays, les régions et les gens et nous acceptons une Union de riches et de pauvres. Soit nous prenons la route ensemble. »

Mon Oeil !

Le 30 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

3 Réponses to “Et c’est là que les Athéniens s’atteignirent…”

  1. Hervé J. VOLTO mai 30, 2020 à 10:12 #

    La crise post-coronavirus que vous avez prévu avec grande lucidité en France rique de
    s’élargir à tous les pays de l’Union Européennes. Certains, comme l’Italie ou l’Espagne, la subissent de plein fouet, à un niveau très élevé : les symptomes sont à présent visibles, et si ces deux pays ne s’enfoncent pas comme la Grèce, ils ne s’en portent pas beucoups mieux.

    Quand aux Français, s’ils savent inconsciamment que les anglais ont bien fait de quitter l’Union Européenne, ils hésitent encoer cr la France est tout de même un des trois pays fondeteurs, avec l’Allemagne et l’Italie : ce n’est pas facile de reconnaître ses erreurs.

    Comme les britaniques, les Français -et votre serviteur le premier- révaient de plus de France dans l’Europe : ce qui ne va pas, c’est que nous avaons de plus en plus d’Europe en France, d’où un certain malaise Français. C’est le même malsie que l’on retrouve en Italie et dns les Pays de VIsegrade.

    Sauf que les hongrois ont eu l’intelligence de donner les pleins pouvois à Viktor Orban : depuis silence médiatique complet sur le leader hongrois et ses bienfaits…

  2. Hervé J. VOLTO mai 30, 2020 à 1:21 #

    Avec “Mercron”, l’annonce de la mutualisation des dettes des États européens, Emmanuel Macron et Angela Merkel signent le grand retour du couple franco-allemand… et plus d’Europe dans la France quand l’omn voudrait plus de France en Europe.

    Pour Marion Maréchal : “Bruno Le Maire, le ministre auquel on a presque envie de croire”
    Par Marion Maréchal
    Publié dans VALEURS ACTUELLES le 30/05/2020 à 09:00
    https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marion-marechal-bruno-le-maire-le-ministre-auquel-presque-envie-de-croire-119808
    L’ancienne députée a lu le “Tract de crise” du ministre de l’Économie et des Finances, Vouloir une économie pour la France (Gallimard). Elle lui répond.

    En première ligne, un homme se distingue : Bruno Le Maire, ministre de l’Économie. Contrairement au président, il parle de “souveraineté économique de la France” et non de “souveraineté européenne”. Subtilité non négligeable, mais que peut-on espérer concrètement de lui et de son prochain plan de relance à la rentrée ?

    Ils sont beaucoups à espérer avec Marion Marécahl que cette crise sera l’opportunité d’une transformation de notre modèle social, économique, industriel, sanitaire, délestée des œillères idéologiques d’hier.

  3. Hervé zafrani mai 30, 2020 à 3:05 #

    La France doit retrouver sa liberté et son indépendance c est une question de survie tout simplement⚜️

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