Les bienfaits de la pandémie au Covid-19 en matière…florale.

1 Juin

Confinement et fermeture des frontières obligent, depuis quelques semaines, le fleuriste parisien à la mode, Louis-Géraud Castor, a dû se lancer dans « le très local » et miser sur la livraison en direct de deux exploitations d’Île-de-France, le mardi et le jeudi. Ce n’est pas pour déplaire à l’artisan fleuriste, habitué à composer des arrangements en fonction de ce qui a éclos la veille. Ce matin, derrière les grandes vitres de Castor-fleuriste, l’œil néophyte repère du mauve, du carmin, du vert, du jaune, du bleu, et autant de variétés de fleurs inconnues – hormis les pivoines, dont c’est la pleine saison. Face à l’incapacité de ses clients (tous masqués et postés à un mètre de distance) à nommer les fleurs de sa boutique, Louis-Géraud Castor dresse un triste constat. « Triste mais logique, assure-t-il. Le marché s’est totalement uniformisé. À force de vendre des bouquets venus du monde entier, on ne peut pas demander aux gens d’identifier des fleurs qui poussent près de chez eux mais qu’ils ne voient jamais. » S’ils n’ont pas de jardin.

C’est à pleurer !

<p>Une composition de saison de l’artisan fleuriste Louis-Géraud Castor.</p>

Une composition de saison de l’artisan fleuriste Louis-Géraud Castor

Car, tenez-vous bien, en temps normal, en France, neuf fleurs coupées sur dix sont cultivées à l’étranger. Outre les Pays-Bas, plaque tournante de la fleur manufacturée, la Colombie, l’Équateur et le Kenya ont fait main basse sur le marché, à coups de tarifs attractifs et d’offres standardisées, avec livraison assurée toute l’année. Et vous rendez-vous compte du gâchis que cette folie engendre ? Sans compter les transports aériens inutiles, coûteux et si polluant de notre atmosphère.

Mais la crise sanitaire de ces dernières semaines a contraint les importations à s’arrêter net. Les marchés de gros comme Rungis étant beaucoup moins fournis, voire fermés, la tendance « Slow Flower », qu’une poignée de fleuristes et d’horticulteurs ont introduite en France depuis quelques années, a pu décoller.

Malgré l’annulation de nombre d’événements et des commandes assorties, les clients ont continué de vouloir acheter des fleurs, pour égayer le salon où ils passaient tout leur temps ou encore fêter un anniversaire à distance. « Par chance, on a pu limiter la casse grâce aux fleurs locales, explique Édith Besenfelder, autre fleuriste parisienne. Au lieu d’aller faire le plein à Rungis trois fois par semaine, je passe commande aux producteurs alentour et je me fais livrer. » Ne trouvez-vous pas cela bien plus intelligent et bénéfique ? 

Un système qui n’est pas pour lui déplaire – « fini les réveils à 2 heures du matin ! » – élaboré grâce à Fleurs d’Ici, « market place » qui met en relation clients, fleuristes et horticulteurs d’une même zone de chalandise, engagés dans un mode de production écologique. « Depuis un an environ, on sentait une nette évolution de notre activité. Avec le confinement, nous avons été sursollicités, se réjouit Hortense Harang, à l’origine de la plate-forme créée en 2017 et récompensée à maintes reprises. Même des revendeurs traditionnels type Interflora nous ont contactés. L’ensemble du secteur a compris qu’il était grand temps de valoriser la fleur locale. »

Un bouquet réalisé par la fleuriste parisienne Edith Besenfelder.

Bouquet réalisé par la fleuriste Edith Besenfelder

La France ayant perdu 80 % de ses horticulteurs durant les quarante dernières années (comme elle a renoncé à ses usines, à la fabrication de ses médicament ou même…à la formation de ses médecins), la plupart des fleuristes se sont retrouvés dépendants des importations – et même d’usines de confection de bouquets, délocalisées elles aussi ! À tel point que les horticulteurs du réseau Fleurs d’Ici n’ont pas toujours réussi à gérer la demande à partir du 17 mars. Hortense a bon espoir que le mouvement perdurera bien au-delà de la levée du confinement. « C’est une évidence, vu la prise de conscience sur l’environnement, assure-t-elle. Pourquoi arrêter de manger des tomates en plein hiver si c’est pour offrir des roses kényanes le 14 février ? » Une question qui fait sens mais tranche avec les habitudes de la plupart des fleuristes et des clients, habitués à la mondia­lisation du marché.

POUR NOUS, C’EST NON. 

Pour faire bouger les lignes, la filière ne peut compter que sur elle-même. Il n’existe aucune législation sur l’utilisation des pesticides, et un bouquet importé peut contenir jusqu’à 50 substances interdites – y compris du Botox pour optimiser sa conservation. « La production de fleurs françaises est exigeante. Il faut apprendre la saisonnalité, d’autres façons de créer des bouquets, ce qui n’est pas forcément enseigné dans les écoles spécialisées », développe Hélène Taquet, fondatrice du Collectif de la fleur française, qui recense les professionnels travaillant avec au moins 50 % de fleurs locales.

Quelques semaines avant le début du confinement, cette horticultrice des Hauts-de-France a donné une conférence sur le sujet dans un prestigieux lycée agricole du Nord. Les étudiants étaient déboussolés. « On leur apprend à passer commande auprès de grossistes multinationaux, mais jamais ce qu’il faut planter ni quand le faire », soupire-t-elle. De tels enseignants sont des traîtres et devraient être licenciés. Heureusement et signe encourageant, le directeur de l’établissement l’a recontactée pour mettre en place une formation spécifique. Tout comme l’École des fleuristes de Paris – un grand pas pour ce milieu conservateur.

« Un confrère m’a demandé ce que j’allais faire de ces “fleurs de jardin”, raconte Louis-Géraud Castor. On est ­formés à composer des bouquets de l’impossible, sans aucune cohérence saisonnière. Moi, j’ai envie que mes bouquets ressemblent à une toile impressionniste, fidèles à ce que les jardins offrent au fil de l’année. »

Une révolution dans l’art floral ? Il serait temps.

Le 1er juin 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Une Réponse to “Les bienfaits de la pandémie au Covid-19 en matière…florale.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 1, 2020 à 11:22 #

    Au bois de boulogne, il n’y a pas que les prostituèes : il y a ausi la Roseraie de Bagatelle ! et un théatre également en plien air, comme une compagnie de Garde Républicains (demains Royaux) à cheval qui chassent les prostitués qui se de font de plus en plus rares

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