Le ballon sauteur.

3 Juin

Comme les chats, Pierre Moscovici* a eu (au moins) sept vies…Celle qui s’offre à lui est la première présidence de la Cour des comptes, qu’il avait tant sollicitée, après que son mandat à la Commission européenne se fut achevé, fin novembre 2019, et que Didier Migaud eut libéré le poste, fin janvier. L’Elysée a annoncé, samedi 30 mai, que M. Moscovici allait être nommé, mercredi 3 juin, premier président de la Cour des comptes, en remplacement de M. Migaud, parti à la présidence de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Depuis, l’intérim était assuré par la doyenne des présidents de chambre, Sophie Moati.

Pierre Moscovici ne s’est pas fait que des amis, du fait de ses fidélités successives

Quatre mois d’une interminable attente pour celui dont un de ses anciens condisciples dit qu’« il a cette aptitude à toujours briguer, quand il a obtenu un poste, le suivant ». En trente-six ans de vie politique – si l’on excepte son compagnonnage avec la Ligue communiste révolutionnaire dans les années 1970 –, M. Moscovici, 62 ans, issu d’une famille d’intellectuels de gauche engagés, ne s’est pas fait que des amis…du fait de ses fidélités successives.

Ce technocrate aux manières élégantes, habitué du Café de Flore mais pas que (il appréciait aussi, avec sa jeune compagne Marie-Charline, le Café Louise), s’oriente vers la Cour des comptes à sa sortie de l’ENA, en 1984 et se rapproche par la même occasion du Parti socialiste, par la voie rocardienne. Cependant, à partir de 1988, alors qu’il est entré au cabinet de Lionel Jospin, ministre de l’éducation nationale, c’est sous l’impulsion de ce dernier que sa carrière politique et d’apparatchik du PS va s’accélérer. En 1990, il devient secrétaire national aux études du PS, puis trésorier en 1992, avant de devenir, en 1994, le benjamin des députés socialistes au Parlement européen.

En 1997, après la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Jacques Chirac, poussé à se frotter au suffrage universel par M. Jospin, qui l’a intronisé secrétaire du groupe des experts du PS, il conquiert la 4e circonscription du Doubs. Ce fait d’armes lui vaut d’entrer au gouvernement Jospin, au poste de ministre chargé des affaires européennes (ce cosmopolite a, depuis longtemps, la fibre européiste), jusqu’en 2002. Devenu un des animateurs du courant jospino-rocardien Socialisme et démocratie, il se verrait bien confier, en cas victoire du « patron » à l’élection présidentielle, le ministère de l’économie et des finances.

L’échec de Lionel Jospin rend la désillusion encore plus cruelle. Désormais, c’est à Dominique Strauss-Kahn, son ancien professeur à l’ENA, qu’il voue fidélité en menant activement campagne pour sa candidature lors de la primaire organisée par le PS en 2006 pour l’élection présidentielle. Las, son champion est sèchement battu au premier tour par Ségolène Royal. Aux législatives qui suivent la défaite de cette dernière face à Nicolas Sarkozy, il parvient de justesse à regagner sa circonscription du Doubs. Un petit miracle dont il n’est pas peu fier. « Cette victoire, c’est la mienne. Je ne la dois ni à papa Jospin, ni au grand frère Dominique, ni à Ségolène », clame-t-il.

De quoi nourrir de nouvelles ambitions et des envies d’émancipation. A l’automne 2007, il s’estime apte à prendre la succession de François Hollande à la tête du PS, lors du congrès prévu en 2008. « Il considère qu’il le vaut bien », sourit son « ami » Jean-Christophe Cambadélis. Mais l’affaire fait long feu. Pour les strauss-kahniens, il ne peut y avoir d’autre recours que l’ancien ministre des finances, devenu directeur général du Fonds monétaire international, et d’autre mission que de préparer son retour en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Pierre Moscovici, commissaire européen désigné pour les affaires économiques et financières, la fiscalité et l’union douanière, au Parlement européen, à Bruxelles, le jeudi 2 octobre 2014.

Patatras ! L’affaire du Sofitel de New York, dans laquelle « DSK » est mis en examen pour agression sexuelle, brise les espoirs de ses fidèles. A peine remis de cette nouvelle déception, Pierre Moscovici devient directeur de campagne de François Hollande à l’élection présidentielle et, dans la foulée de sa victoire, obtient enfin le ministère de l’économie et des finances. Mais un passage marqué par la forte hausse des impôts, ce qui l’amène lui-même, lors d’un séjour en Corse à l’été 2013, à dénoncer le « ras-le-bol fiscal » des Français, comme pour prendre ses distances avec la politique qu’il a menée.

Changement de cap au printemps de 2014 : Michel Sapin lui succède à Bercy. Désœuvré, Pierre Moscovici fait le siège assidu de François Hollande pour obtenir le poste de commissaire européen aux affaires économiques et financières et finit, de guerre lasse, par le décrocher. A l’approche de la fin de son mandat, il avait fait savoir avec empressement à Emmanuel Macron son intérêt pour la première présidence de la Cour des comptes. Non sans commettre quelques maladresses, comme lorsqu’il se laisse aller à quelques confidences peu amènes sur le nouveau chef de l’Etat, qu’il qualifie de « populiste mainstream ».

Le président de la République a, malgré tout, fini par lui confier le poste. « C’est un choix qui n’allait pas de soi, analyse un fin connaisseur du sérail. Macron n’a guère de respect pour le bonhomme. Il a dû se forcer lui-même la main pour cette nomination, faute d’alternative. » Une nomination qui aura tardé, tant Emmanuel Macron hésitait à l’approuver, mais qui révèle aussi le manque de remplaçants dans les rangs macronistes.

Pierre Moscovici succède ainsi à Didier Migaud, qui aura présidé l’institution, à la tête de laquelle il avait été nommé par Nicolas Sarkozy, pendant près de dix ans. Une nouvelle vie pour celui qui, malgré les déconvenues, a toujours su rebondir.

Et continuera à le faire, tel un ballon sauteur.

Le 3 juin 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Moscovici

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