Espagne : Pablo Iglesias reprend sa liberté.

17 Mar

Lassé, déjà, après une année au sein du gouvernement de coalition de gauche en Espagne, Pablo Iglesias, le Robespierre (crasseux) qui sévit à Madrid, a décidé de reprendre sa liberté, et de replonger dans l’arène politique et la bagarre des campagnes électorales. A la surprise générale, le chef du parti de la gauche radicale Podemos, ennemi juré de la monarchie en place, a annoncé, lundi 15 mars, qu’il quitterait le gouvernement mené par le socialiste Pedro Sanchez, dont il est deuxième vice-président chargé des droits sociaux, afin de se présenter aux élections régionales madrilènes anticipées du 4 mai. Sa décision sera effective dès que commencera la campagne, le 17 avril.

C’est lui.

« Un militant doit être là où il peut être utile », a expliqué M. Iglesias dans une vidéo de huit minutes envoyée aux militants. « Madrid a besoin d’un gouvernement de gauche », a-t-il martelé, estimant que la région « court le risque d’être gouvernée par la droite ultra d’Ayuso et de Vox ». La présidente régionale sortante, Isabel Diaz Ayuso, figure de proue du Parti populaire (PP, droite) qui incarne un populisme décomplexé, est donnée largement en tête des sondages, avec près de 40 % des intentions de vote, et a déjà avancé qu’elle n’aurait « aucun mal à se mettre d’accord avec Vox », le parti de la droite radicale.

Au contraire, les sondages publiés ces derniers jours situaient Podemos aux alentours de 5 %, la barre sous laquelle le parti risque d’être privé de représentation parlementaire là même où il est né, il y a sept ans. Dans la capitale espagnole, c’est le parti Mas Madrid, piloté par l’ancien cofondateur de Podemos et dissident Iñigo Errejon, le frère ennemi de Pablo Iglesias, qui occupe presque tout l’espace de la gauche alternative au Parti socialiste, que M. Iglesias espère à présent récupérer.

Un pari risqué qui a de quoi inquiéter, aussi, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). « M. Iglesias, qui n’aimait pas la gestion, abandonne une vice-présidence avec peu d’attributions pour récupérer sa position politique et davantage de marge de manœuvre pour dire ce qu’il pense et critiquer le gouvernement de l’extérieur… », souligne Pablo Simon, professeur de sciences politiques à l’université Carlos III de Madrid. N’en doutez pas, voilà qui nous réjouit !

Ces derniers mois, les tensions se sont accrues entre Unidas Podemos et le PSOE. D’un côté, les socialistes n’apprécient guère les dérapages verbaux de M. Iglesias, lorsqu’il attaque la monarchie, critique le « manque de normalité démocratique » en Espagne ou compare l’ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont, qui a fui en Belgique après la tentative de sécession d’octobre 2017, avec les exilés républicains de la guerre civile. Son parti a voté, le 9 mars, contre la levée de l’immunité de M. Puigdemont au Parlement européen.

De l’autre côté, la gauche radicale, titulaire de cinq des vingt-deux ministères, perd de plus en plus patience, alors que ses projets de loi peinent à aboutir en conseil des ministres. « Durant les semaines qui restent jusqu’à la campagne, je vais concentrer mes efforts pour mener à bon port la loi sur le logement que nous négocions au sein du gouvernement et respecter certains engagements-clés », a d’ailleurs prévenu M. Iglesias, lundi, laissant augurer de nouvelles tensions.

Le projet de loi sur le logement, qui devait être présenté en décembre 2020 en conseil des ministres, ne cesse d’être repoussé. La gauche radicale exige que les régions et les villes aient la possibilité de limiter les prix des loyers ou de sanctionner les grands propriétaires de logements vides, comme prévu dans l’accord de coalition, alors que le ministre socialiste des transports, de la mobilité et des programmes urbains, José Luis Abalos, préfère jouer la prudence, craignant que « beaucoup de logements qui pourraient se louer finissent sur le marché de l’achat-vente ». « Les accords doivent être respectés », lui a rappelé sèchement la secrétaire d’Etat à l’agenda 2030 de Podemos, Ione Belarra, sur Twitter, le 22 février.

Deux autres projets de loi, émanant du ministère de l’égalité homme-femme, mené par Irene Montero, compagne de M. Iglesias et numéro deux de Podemos, se trouvent également bloqués. La « loi de liberté sexuelle », qui vise à considérer toute relation sexuelle sans consentement – lequel doit être « manifesté librement par des actes antérieurs, concluant et sans équivoque » – comme un viol, et non plus une agression sexuelle, a été mise en question par le pouvoir judiciaire et les socialistes qui critiquent sa rédaction. Idem pour le texte sur la transsexualité, qui défend la « libre autodétermination de genre » pour les personnes de plus de 16 ans. Celles-ci pourraient changer leur nom et leur sexe sur leurs documents d’identité par une simple déclaration, sans avis médical ni traitement hormonal. De quoi provoquer la colère de la vice-présidente du gouvernement, la socialiste Carmen Calvo, qui y voit un risque pour les acquis en matière de parité ou de violence de genre.

« Ces désaccords sont avant tout du bruit entre deux partenaires qui cherchent chacun à s’attribuer les médailles des réformes, relativise M. Simon. Elles n’anticipent pas une dissolution de la coalition pour l’heure, ne serait-ce que parce que le pays se trouve en plein milieu d’une pandémie et d’une grave crise économique. Mais cela pourrait changer… »

Pablo Iglesias a déjà prévu sa relève : il confiera sa vice-présidence à l’actuelle ministre du travail, la communiste Yolanda Diaz, qui s’est fait remarquer pour sa capacité à sceller des accords ambitieux et néanmoins transversaux entre patronat et syndicats, et il a déjà exprimé son souhait qu’elle devienne la « candidate d’Unidos Podemos aux prochaines législatives ». 

Une fois encore, le parcours de Pedro Sanchez en politique s’annonce semé d’embuches. Et c’est tant mieux pour cet imposteur, ami d’Emmanuel Macron.*

Le 17 mars 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

*Lire : https://www.lesechos.fr/monde/europe/paris-et-madrid-renouent-avec-les-sommets-bilateraux-1298498

Une Réponse vers “Espagne : Pablo Iglesias reprend sa liberté.”

  1. Hervé J. VOLTO mars 17, 2021 à 8:53 #

    Exit, le cousin de Julio !

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