Les indépendantistes catalans mettent de l’eau dans leur vin rouge.

25 Mai

Mais il aura fallu plus de trois mois aux partis indépendantistes catalans pour réussir à se mettre d’accord, malgré la majorité absolue obtenue aux élections régionales de la mi-février. Après de rudes négociations, un temps rompues, le candidat de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Pere Aragonès, a finalement été investi président de la Généralité, le gouvernement de Catalogne, vendredi 21 mai à Barcelone.

Cet économiste de 38 ans a obtenu 74 voix, celles des députés des trois partis indépendantistes, et 61 contre, soit le reste du Parlement catalan. Lors de son discours d’investiture, il a assuré vouloir « rendre possible l’aboutissement de l’indépendance, rendre inévitable l’amnistie [des leaders indépendantistes emprisonnés] et exercer le droit à l’autodétermination ». Rien de très nouveau au fond dans ce panier de crabes. Sauf que M. Aragonès a surtout promis une « confrontation civique et pacifique » avec« l’Etat espagnol ». Car derrière ces formules prononcées d’un ton monocorde, c’est un indépendantiste modéré, opposé à l’approche « unilatérale » des séparatistes radicaux, et disposé à négocier avec Madrid, qui a pris les rênes de la région rebelle.

Son élection marque à coup sûr une forme de rupture au sein du camp indépendantiste. Depuis 2012, les nationalistes catalans avaient fait en sorte de garder la direction de la région, aux dépens de leur alliée ERC. Ce parti de gauche n’avait pas repris la tête du gouvernement catalan à Barcelone depuis la guerre civile et la mort de Lluis Companys, fusillé par les franquistes en 1940.

Les débats d’investiture, vendredi, n’en ont pas moins été houleux. Indépendance et amnistie « ne se produiront pas et vous le savez : tout le monde le sait ! », n’a pas manqué d’asséner le socialiste Salvador Illa, arrivé en tête des dernières élections, mais sans majorité pour gouverner.

Sur les réseaux sociaux, les séparatistes radicaux ont crié à la « trahison ». Junts per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), parti séparatiste de droite avec lequel ERC a signé un accord de coalition, avait en effet promis que si les trois formations indépendantistes dépassaient 50 % des voix, le gouvernement catalan proclamerait de nouveau l’indépendance – elles ont obtenu 52 % des suffrages le 14 février. Mais pas d’indépendance en vue.

« C’est une énorme responsabilité, soyons-en dignes, nous ne pouvons pas gâcher les rêves et les espoirs des gens », a déclaré à la tribune Albert Batet, le porte-parole de Junts per Catalunya, parti toujours piloté à distance par Carles Puigdemont, l’ancien président de Catalogne, qui a fui la justice espagnole pour s’installer en Belgique , juste après avoir déclaré unilatéralement l’indépendance, en octobre 2017.

« Ceux qui disent que nous sommes des traîtres se disqualifient d’eux-mêmes, il suffit de voir ce que chacun de nous a fait », a défendu le président d’ERC, Oriol Junqueras, lui-même condamné à douze ans de prison pour sédition, et autorisé à sortir de sa cellule pour assister au vote d’investiture.

Mais, pour convaincre Junts per Catalunya de le soutenir, ERC a dû multiplier les concessions. La Gauche républicaine a accepté que l’instance chargée de superviser la coalition tripartite soit intégrée au sein du Conseil pour la République catalane, organisme privé contrôlé depuis Waterloo par M. Puigdemont. La moitié des quatorze ministères régionaux seront aux mains de son allié, dont ceux des infrastructures et de l’économie, chargés de gérer la manne des fonds de relance européens, ou celui des affaires extérieures, dont la mission est de promouvoir à l’étranger la cause catalane.

Ces portefeuilles représentent « plus de 60 % du budget de la Généralité », a rappelé la porte-parole de la gauche radicale En Comu Podem (En commun nous pouvons), Jessica Albiach. Celle-ci avait plaidé, sans succès ces derniers mois, pour la formation d’un gouvernement d’union des partis de gauche, indépendantistes comme non indépendantistes.

Quant aux Candidatures d’unité populaire (CUP), mouvement séparatiste d’extrême gauche, elles ont complété la majorité indépendantiste en échange de l’engagement de M. Aragonès de se soumettre, dans deux ans, à une motion de confiance, afin d’évaluer les avancées réalisées en matière d’autodétermination et d’amnistie.

Cette alliance, accouchée dans la douleur, ne tiendra sans doute guère« Pour obtenir la présidence, ERC a cédé le gouvernement, résume Oriol Bartomeus, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone (UAB). Dès maintenant, l’obsession de Junts, qui n’a pas tout misé sur ce gouvernement, va être d’affaiblir M. Aragonès. » 

Mais est-ce une si bonne affaire pour l’Espagne ? Pas si sûr si l’on envisage que, avec ce rebondissement, le gouvernement espagnol de Madrid, dirigé par le socialiste Pedro Sanchez, peut espérer que le nouvel exécutif catalan contribue à apaiser enfin la crise territoriale. Ce qui lui donnerait une bouffée d’oxygène alors qu’il est politiquement de plus en plus aux abois.

Le 25 mai 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :