Le microcrédit devait être l’ « horizon indépassable » de l’économie des pays pauvres…

4 Juil

Mais, hélas et comme on pouvait le redouter, c’est un échec. Et vous allez comprendre pourquoi.

De l’Asie à l’Amérique du Sud, la colère monte contre les institutions de microfinance. Dans les collines de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, des milliers de femmes ont manifesté, mi-juin, contre le « harcèlement » des organismes de microcrédits. Certaines ont même demandé symboliquement aux autorités la permission de se donner la mort pour échapper à leurs créanciers… le suicide étant illégal dans le pays.

A des milliers de kilomètres de là, dans le nord du Kirghizistan, en avril, plusieurs dizaines de femmes portant des foulards noirs, la couleur du deuil, se sont barricadées dans un bâtiment de l’administration avec des bidons d’essence, et ont menacé d’y mettre le feu si leurs créanciers ne leur offraient pas un peu de répit. Au Sri Lanka, d’autres femmes sont descendues dans la rue, en mai, pour réclamer l’aide du gouvernement contre l’« esclavage du microcrédit ». Car c’est bien d’un esclavage qu’il s’agit, sous les apparences d’une aide humanitaire. Comme souvent… (https://fr.wikipedia.org/wiki/Microcrédit). Et souvenons-nous que la microfinance fut récompensée, en , par un Prix Nobel de la paix, attribué au Bangladais Muhammad Yunus et à la banque qu’il a créée, la Grameen Bank. Mais aussi par un Prix Nobel d’Economie à la Franco-Américaine Esther Duflos que l’hebdomadaire américain The New Yorker qualifiait « d’intellectuelle française de centre gauche qui croit en la redistribution et qui souscrit à la notion optimiste que demain sera meilleur qu’aujourd’hui « …

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a en effet augmenté les risques de surendettement pour les 140 millions de microemprunteurs dans le monde, dont 80 % sont des femmes. Leur encours est estimé à 124 milliards de dollars (103,9 milliards d’euros).

Mais « La plupart des usagers du microcrédit travaillent dans le secteur informel, or celui-ci a été le plus sévèrement touché par la crise, témoigne Martha Chen, cofondatrice du réseau de travailleurs informels Wiego. Les emprunteurs, privés de revenus, se sont enfoncés dans le surendettement à des niveaux alarmants. » Une vaste enquête menée entre juillet et novembre 2020 dans vingt et un pays, auprès de 18 000 clients de la microfinance, par le cabinet d’études 60 Decibels révèle que 84 % d’entre eux ont vu leur situation financière se dégrader.

Près du tiers de ces travailleurs ont été contraints d’emprunter de l’argent à des proches ou à des usuriers, voire de vendre des terres ou d’autres actifs pour rembourser leurs dettes ; 43 % d’entre eux ont même reconnu avoir réduit leur alimentation.

« Les femmes sont les plus touchées, souligne Antonique Koning, spécialiste de l’inclusion financière du Groupe consultatif d’aide aux populations pauvres (CGAP), au sein de la Banque mondiale, car elles travaillent dans des secteurs comme le service à la personne ou la vente au détail, qui ont été paralysés par les confinements, et leurs tâches domestiques se sont également multipliées pendant cette période. » Selon la Banque mondiale, 43 % des microentreprises détenues par des femmes en Afrique subsaharienne ont fermé temporairement, contre 34 % de celles détenues par des hommes.

« La situation des emprunteurs varie d’un pays à l’autre en fonction des mesures prises par les gouvernements, et elle est plus difficile pour ceux qui vivent dans les centres urbains paralysés par les confinements », nuance Gonzague Monreal, responsable des programmes d’inclusion financière pour l’Asie et l’Amérique latine chez Proparco, une filiale de l’Agence française de développement (AFD).

Des moratoires sur le remboursement ont été annoncés dans plus de 115 pays, au plus fort de la crise, en 2020, pour des durées comprises entre six mois et un an. « Mais ils n’ont pas toujours été respectés, observe Isabelle Guérin, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement. En Inde, plusieurs emprunteurs ont été harcelés, alors qu’ils bénéficiaient en théorie d’un moratoire. » « De nombreux clients n’ont pas bénéficié de la suspension du paiement de leurs dettes car ils n’en étaient pas informés », confirme Antonique Koning.

Au Cambodge, où l’encours moyen du prêt par habitant est de 3 800 dollars, soit le plus élevé au monde, plusieurs ONG réclament un moratoire généralisé d’au moins trois mois, ce que refuse le gouvernement. « Alors que l’endettement et la pression financière augmentent, les cas de suicide pour cause de surendettement ou de violence domestique deviennent de plus en plus nombreux », ont-elles mis en garde, dans un appel publié en avril.

La situation des emprunteurs contraste avec celle des institutions de microfinance. Ces dernières ont retrouvé, dès la fin de l’année 2020, des taux de remboursement équivalents à ceux d’avant la pandémie, selon le dernier baromètre « Pulse », publié en avril par le CGAP et la société d’investissement Symbiotic. Une bonne santé financière qui pourrait s’expliquer par la forte pression à laquelle sont soumis les emprunteurs pour rembourser leurs dettes« Il y a chez les populations qui ont été longtemps exclues du système bancaire une volonté d’honorer la confiance qui leur a été donnée, estime Mme Guérin. Et si les emprunteurs cessent de rembourser, ils n’ont plus accès au crédit. »

Dans le cas des prêts accordés à des groupes de solidarité, la pression vient aussi des proches. « La crise révèle à quel point la santé financière des institutions de microfinance importe davantage que celle des emprunteurs ; il n’y a pas de cadre juridique pour protéger les emprunteurs surendettés », remarque Sohini Kar, professeure à la London School of Economics.

Le secteur compte une part croissante d’entreprises à but lucratif, qui représentent à elles seules 80 % du marché indien, dont certaines sont cotées en Bourse. « Le microcrédit n’est plus seulement un outil permettant de sortir de la pauvreté, il sert à compenser les bas salaires et l’absence de protection sociale dans les pays pauvres », souligne Mme Guérin.

Depuis un an et demi, les populations fragiles n’ont, de plus, pas ou peu bénéficié de crédits de secours. En 2020, les encours des organisations de microfinance n’ont que légèrement progressé, et le nombre d’emprunteurs a même diminué.

Les acteurs du secteur se seraient-ils éloignés de leur mission d’origine, à savoir l’aide financière aux plus pauvres ? Probable, en tout cas pour beaucoup d’entre eux.

Le 4 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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