Quand l’héraldique rejoint le génie musical de Claudio Monteverdi.

7 Juil

Prêts à reprendre le combat ? Ce 16 juin, après-midi étouffant à Aix-en-Provence, qui espère l’orage et la pluie. Dans le frais cocon du Théâtre du Jeu de paume, l’horizon aussi se charge. La pause n’est pas tout à fait terminée mais Sébastien Daucé, le patron de l’Ensemble Correspondances, est déjà dans la fosse. Idem à la régie pour Silvia Costa, qui met en scène Combattimento, la théorie du cygne noir. A eux deux, les artistes ont construit un spectacle inédit sur des musiques baroques italiennes autour du fameux Combat de Tancrède et Clorinde, extrait de La Jérusalem délivrée du Tasse, qui clôt le huitième livre des madrigaux de Monteverdi.

Le filage de la première partie est prévu à 16 h 30. Tête encapuchonnée de noir, la mezzo Lucile Richardot ajuste ses genouillères tandis que Tancrède et Clorinde, alias le baryton Etienne Bazola et la soprano Julie Roset, revêtent la robe blanche des chevaliers du Temple. « Mesure 106 », s’impatiente le chef d’orchestre. Le noir a laissé place à la première partie du madrigal à six voix Hor che’l ciel e la terra(« Maintenant que le ciel et la terre »). Une longue plage d’accords statiques évoquant la nuit et le sommeil des éléments. Soudain relayés par de courtes exclamations. Au cœur de l’obscurité, une âme s’agite et guerroie – « veille », « pense », « brûle » et « pleure ». « Guerra, guerra, guerra », chevauchent les voix en imitation tandis que des points de lumières constellent peu à peu le rideau de nuit telle une Grande Ourse. Le Combattimento peut commencer.

« Notre travail s’arc-boute sur ces deux pièces majeures, explique Sébastien Daucé. Au centre, Il Combattimento, cette fulgurance géniale de Monteverdi dans la recherche des rapports texte-musique. En amont et en aval, le madrigal roi qu’est Hor che’l ciel e la terra, dont la première partie sert de prologue tandis que la seconde fournira, après les lamentations, l’épilogue du spectacle  le retour de l’espoir, une reconstruction après les épreuves du deuil. » 

La trame dramaturgique élaborée par Silvia Costa imagine en effet les suites possibles du « combattimento » après la mort de Clorinde. Non sous la forme d’une narration stricte, mais d’un parcours de sensations et d’images, où la perte infligée à Tancrède essaime à toute la communauté qui l’entoure. A l’œuvre, la « théorie du cygne noir » selon laquelle un événement tout à fait accidentel peut provoquer une crise majeure ou briser un destin.

Ainsi la lutte sans merci qui oppose le chevalier chrétien et son adversaire sarrasine, la femme qu’il aime et tue pour ne l’avoir point reconnue. « Tancredi che Clorinda un uomo stima vuol nell’armi provarla al paragone » (« Tancrède qui croit voir en Clorinde un homme digne de se mesurer à sa valeur, veut l’éprouver au combat ») énonce la voix ardente du narrateur, le ténor Valerio Contaldo. Les trois protagonistes sont au centre de la scène, les belligérants de part et d’autre du Testo. Jamais ils ne se toucheront. Toute la violence du combat est dans la fosse, le galop du cheval, le choc des armures, tandis que le duel pavoise les costumes d’une héraldique imaginaire« Mon approche, d’une manière générale, n’est pas naturaliste, justifie Silvia Costa. Je travaille à construire un univers qui procède par images et symboles, faisant des personnages des entités traversées d’élans, d’impulsions, de secousses. » Et voici qu’au second assaut la blessure de Clorinde a teinté de rouge la bannière qui s’échappe de son col. Rappelant peut être ici la légende des origines des armes des Chateaubriand et leur devise : « Mon sang a teint les bannières de France » !

Chateaubriand : « de gueules semé de fleurs de lys d’or »

L’heure est désormais aux lamentations. A genoux, une lourde enclume attachée aux reins, Lucile Richardot a chanté de sa voix tragique le magnifique Lamento d’Ecuba tiré de La Didone de Cavalli, après la Première leçon de ténèbres du premier jour extrait de la Musica super Threnos Jeremiae prophetae de Tiburtio Massaino (1550-1608). « A partir de l’onde de choc provoquée par Il Combattimento, j’ai voulu faire la radiographie des dix ans qui ont suivi, entre 1638 et 1648, une époque où tout est fou dans l’Italie du Nord, s’exalte-t-il, où tout cohabite, musique instrumentale et grandes sonates, les premiers opéras de Cavalli, sans oublier la polyphonie sacrée en style ancien. »

Le Cygne noir : l’Archevêque de Cologne

C’est cette grande partition recomposée que défendront pied à pied chanteurs et musiciens de Correspondances, entre pièces instrumentales et vocales, musique spirituelle (en latin) et lamentos (en italien), chœurs et airs solistes, à l’instar de l’émouvante Canzonetta spirituale sopra alla nanna de Tarquinio Merula, berceuse finement interprétée par la soprano Caroline Weynants, avec laquelle s’achèvera la répétition, repoussant au lendemain la sortie des ténèbres et le retour à la vie.

Et voici ce qu’en dit Sébastien Daucé, directeur de l’Ensemble Correspondance :

Le 7 juillet 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

5 Réponses vers “Quand l’héraldique rejoint le génie musical de Claudio Monteverdi.”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 7, 2021 à 9:33 #

    Une bouffée d’oxygène bienvenue dans cette chambre à gaz qui est notre société.

  2. Louis Chiren juillet 7, 2021 à 8:39 #

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :