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Appel à tous les terroristes islamistes français.

18 Juin

Si votre vie est épargnée par les forces de l’ordre au moment où vous commettez votre méfait, surtout, n’insistez pas et prétendez simplement que vous êtes dépressif au point…d’avoir voulu vous suicider en étant abattu. Cela ne nuira pas à vos convictions islamiques puisqu’il ne s’agira que de la mise en application du précepte de la « taqîya » !(1) Et, en plus, vous serez aussi épargné par la justice française.

C’est ce qui ressort en tout cas de ce nouvel exemple de psychiatrisation du terrorisme tel qu’il est survenu à Lyon.

Peu avant 15 heures dimanche 16 juin, un Maghrébin de 26 ans, de nationalité française et « vêtu d’une djellaba » selon le parquet, a été aperçu dans l’enceinte de l’hôpital Desgenettes, situé dans le 3e arrondissement de Lyon. 

Une patrouille de militaires en charge de la sécurisation du site lui a intimé l’ordre de s’arrêter, mais l’individu a continué sa progression couteau à la main, menaçant les militaires. L’un d’eux a fait feu à une seule reprise, après sommations, le blessant à une jambe.

L’homme a rapidement été hospitalisé sous contrainte dans un établissement psychiatrique, a annoncé lundi le parquet…Placé en garde à vue peu après les faits, celle-ci a été levée lundi « en fin d’après-midi à la suite d’un examen psychiatrique », précise le parquet de Lyon dans un communiqué.

« Lors de son audition par les enquêteurs, il a expliqué son comportement par son état dépressif, affirmant avoir voulu mourir et ne pas avoir eu l’intention de blesser ou de tuer les militaires« , ajoute le parquet !

L’homme est inconnu des services de police et de justice et « n’est pas non plus connu des services spécialisés en charge de la radicalisation », assure le parquet. Cela suffit à l’innocenter.

Suivez donc notre conseil, vous vous épargnerez bien d’autres ennuis…grâce à la complicité de l’institution judiciaire de notre pays.(2)

Le 18 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

(1) La taqiya : désigne une pratique de l’islam consistant à dissimuler sa foi sous la contrainte, afin d’éviter tout préjudice et réaction hostile d’un milieu extérieur défavorable. Par extension : principe de dissimulation stratégique dans un contexte de conquête, comme moyen stratégique guerrier.

(2) Lire « La psychiatrie devient-elle le cache-misère des crimes islamistes ? » https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/05/la-psychiatrie-devient-elle-le-cache-misere-des-crimes-islamistes/2)

Médecine d’urgence : l’effort du gouvernement n’est pas à la hauteur.

18 Juin

Huit jours après avoir reconnu la « détresse » des soignants travaillant dans les services d’accueil des urgences (SAU), Agnès Buzyn a annoncé, vendredi 14 juin, à l’occasion du lancement officiel de la « mission nationale de refondation »(sic) des urgences, qu’elle débloquait 70 millions d’euros pour financer des « premières mesures de soutien » en faveur de ces personnels. Quand on connaît (comme nous) l’état de délabrement du système hospitalier d’urgence et ce que ça coûte, on hésite entre la sidération et le fou rire ! Pour ne pas sombrer, nous préférons le fou rire…

Objectif pour la ministre de la santé, qui détaillait des dispositions déjà ébauchées le 6 juin : stopper avant l’été – une période habituellement critique dans ces services – un mouvement de grève qui s’étend de jour en jour (plus de cent sites sont désormais concernés). RATÉ !

Pour reconnaître « les efforts et les risques de chacun », Agnès Buzyn a annoncé que les 30 000 personnels paramédicaux des SAU bénéficieraient, dès juillet, d’une « prime forfaitaire de risque » revalorisée à 118 euros brut, soit 100 euros net par mois, une bonification déjà touchée en partie ou en totalité par certains agents… Elle a aussi précisé que les professionnels qui s’engageraient dans un protocole de coopération, en réalisant de nouvelles tâches, toucheraient une « prime de coopération » de 100 euros brut. C’est le fameux principe de Sarkozy :  » travailler plus pour gagne plus  » !

Autre promesse chiffrée : 15 millions d’euros de crédits exceptionnels vont être accordés aux hôpitaux les plus en « tension », afin qu’ils renforcent leurs effectifs pendant l’été. Hélas, une goutte d’eau.

D’ailleurs, ces annonces sont accueillies fraîchement par le Collectif inter-urgences, la structure représentant les personnels en grève et qui doit décider en assemblée générale d’ici à mardi de la poursuite ou non du mouvement. « Il est à parier d’ores et déjà qu’aucune des revendications soulevées ne trouve satisfaction dans la communication du gouvernement », a fait valoir le collectif dans un communiqué publié vendredi après-midi. On s’en serait douté. Dans ce texte, les grévistes, qui demandent une augmentation de salaire de 300 euros net, regrettent notamment les nombreuses « incertitudes » liées à la prime de coopération, qui ne bénéficiera pas aux aides-soignants.

Christophe Prudhomme, représentant de la CGT et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes, reconnaît « un premier effort » de la part de la ministre, mais assure qu’« on est loin du compte ». Selon lui, les 15 millions d’euros d’urgence ne représentent par exemple qu’un demi-agent supplémentaire par SAU. « Le gouvernement court après le mouvement, mais il arrive trop tard. La grève est enkystée, et la colère gagne les médecins », assure-t-il, estimant par ailleurs qu’il « faudra qu’il lâche beaucoup plus s’il veut que le mouvement cesse ».

A l’Assistance-publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui représente 10 % de l’hôpital public en France et d’où le mouvement est parti en mars, la direction, qui avait déjà proposé de généraliser le taux maximum de l’« indemnité pour travaux dangereux », soit une prime mensuelle de 65 euros net, a fait de nouvelles propositions en termes d’effectifs.

Jeudi, lors d’une réunion au siège, il a été proposé d’attribuer 109 emplois supplémentaires aux dix-sept SAU adultes du groupe hospitalier. Si la question des huit services d’urgences pédiatriques ne sera abordée que le 21 juin, la direction assure déjà qu’au moins trente-cinq emplois supplémentaires seront proposés. Soit au total, dès la fin de la grève, 144 postes en plus dans les vingt-cinq SAU de l’AP-HP. « On va avoir une discussion service par service pour ajuster les choses », explique-t-on au siège, où l’on rappelle l’engagement pour les années à venir d’augmenter le nombre de personnels proportionnellement à l’activité.

« On salue l’effort, mais ça reste insuffisant », commente Hugo Huon, infirmier aux urgences de Lariboisière et membre du Collectif inter-urgences, en opposant à ces propositions la demande des grévistes de 265 embauches pour les seuls services adultes.

Après que quelques équipes paramédicales (Lariboisière et Saint-Antoine, à Paris ; hôpital Saint-André, à Bordeaux) ont en partie obtenu des arrêts de travail de façon simultanée ces derniers jours, le collectif propose désormais de « comptabiliser quotidiennement le nombre de patients hospitalisés stagnant sur des brancards et les décès indus » ! Une méthode spectaculaire utilisée en 2018 par le syndicat de médecins SAMU-Urgences de France pour médiatiser l’embolie des services.

Agnès Buzyn a annoncé qu’elle réunirait, mardi 18 juin (aujourd’hui), au ministère, « l’ensemble des professionnels et acteurs concernés », afin de se préparer aux fortes tensions que devraient connaître au cours de l’été – cette année encore – les services d’urgences en France. La preuve par neuf que plus rien ne va dans ce domaine.

Un conseil : avec le docteur Buzyn aux manettes, ne tombez surtout pas malade !

Le 18 juin 2019.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

Voici pourquoi la France a la meilleure armée du monde.

18 Juin

D’abord parce qu’elle a une longue, très longue histoire. Dans laquelle les hauts faits militaires ne se comptent plus. Une histoire qui, suprême cadeau du destin pour un pays par ailleurs ingouvernable, aura vu ses armées demeurer le seul terrain sur lequel se réconcilient en toutes circonstances (ou presque) les courants politiques les plus divers du pays.

Ensuite, parce que ses dirigeant (au moins depuis la venue au pouvoir du général De Gaulle) se sont, bon an mal an, efforcés de donner et de conserver à ses armées un haut niveau technique et d’excellents moyens matériels, au service de ses innombrables engagements dans le monde. Certes, il y eut des temps de vaches grasses et des temps de vaches maigres (le CER s’est toujours manifesté vigoureusement lorsqu’il jugeait -et juge encore- que les moyens sont insuffisants ou les méthodes inadéquates) mais quel pays au monde n’en a jamais connu ? 

Enfin, elle le doit aussi et sans doute surtout aux qualités de ses hommes d’armes qui sont la plupart du temps exceptionnelles et dignes du respect et de l’admiration de tous les Français.

Il en est ainsi, en particulier, de ses « Forces spéciales » que l’on voit régulièrement engagées dans les combats les plus difficiles et, en particulier, la guerre contre le terrorisme islamique. Elles lui paient un lourd tribut et nombreux sont ses enfants qui laissent leur vie pour l’honneur et la sauvegarde de la patrie. Ceux-là figurent régulièrement, hélas, sur notre blogue car ils sont systématiquement promus Compagnons de l’Ordre royal du Mérite de Sainte Jeanne d’Arc (CJA).

Ces commandos français se sont exceptionnellement présentés à quelques privilégiés de la presse, jeudi 13 juin, lors d’un déplacement de la ministre des armées, Florence Parly, au 4e régiment d’hélicoptères de combat des forces spéciales de Pau.

4e RHCFS

Fusils d’assaut suréquipés, drones « maison », paquetages au poids dément de 80 kg pensés comme des placards d’horloger… ils ont longuement présenté aux visiteurs leurs armes autant que leur ingéniosité, debout, solides et cagoulés !  La base accueillait pour l’occasion de nombreuses unités relevant du commandement des opérations spéciales : le COS compte 4 300 personnels, dont 600 opérateurs déployés en permanence à l’étranger.

La mort de deux opérateurs du commando Hubert, au Burkina Faso, mi-mai, lors de la libération de quatre otages, est fraîche dans leurs mémoires. Mais leur résilience n’est pas feinte, et il ne peut être question de victimes, ici. Dans la lutte contre les groupes djihadistes armés, les forces spéciales sont plus que jamais employées comme « un fer de lance » des armées par le gouvernement. Elles représentent 10 % des militaires français en opérations extérieures, mais assument près de 20 % des tués et un nombre important de blessés, non communiqué. En tout état de cause, elles font l’admiration de toutes les armées du monde et sont même un modèle à atteindre pour beaucoup d’entre elles.

Le retour de mission, pour ces hommes qui ont entre 20 et 30 ans, est toujours un défi. Il est d’autant plus brutal que leur action est des plus intenses sur le terrain.

« Le retour ? Cela dépend de la mission, si tout le monde est rentré, s’il n’y a pas eu de casse. » Lui est chef d’équipe, un groupe de combat de dix hommes au CPA 10 de l’armée de l’air. « On prend les choses avec humilité. Si un collègue rentre avec un morceau en moins, c’est juste qu’on a perdu la bagarre cette fois-là, témoigne A. C’est dur, mais j’en dis peu à l’équipe. Le but, c’est d’avancer. On se dit : cette fois on a perdu, la prochaine fois on gagnera. » Aucune mission ne s’oublie. Mais les commandos sont « sélectionnés pour être réversibles », rappelle ce colosse, aussi adaptables que plastiques.

Les psychologues sont désormais à disposition pour « débriefer ». Un mot nouveau dans les armées mais « C’est de moins en moins un tabou, ça libère la parole », souligne le lieutenant-colonel Berny, patron de l’escadron d’hélicoptères 1/67 Pyrénées. Beaucoup ont pensé au début comme A., « les chefs veulent se couvrir ». Car parler tous les jours de la mission passée, a fortiori s’il y a eu de la casse, n’est pas bon, rappelle-t-il : « On y pense, on y pense, on va s’énerver. Moi, cela me frustre. Je préfère aller courir. » Mais la plupart ont vu que l’aide proposée pouvait être utile.

Ils admettent que « retrouver madame », ou « papa et maman », n’est pas si simple. La vie continue en France, il faut se réadapter. « C’est calme. » Et c’est un problème à gérer. « Le retour à la vie civilisée est progressif », convient Berny, dont les cheveux clairs semblent porter encore la poussière du Mali. On ne voit qu’une paire d’yeux bleus sous la cagoule de J., opérateur du CPA 10, qui ajoute : « Beaucoup idéalisent leur retour à la maison. “On va partir en vacances comme ça”, “ma femme va m’attendre comme ci”… Sauf qu’elle a son quotidien, son rythme, sa vie ! On a du mal à redescendre. Et au bout de quinze jours, on a envie de repartir. » Il faut le comprendre, ils n’ont pas l’impression de travailler. « On aime ce qu’on fait et, comme les sportifs de haut niveau, on veut continuer. »

Ces hommes sont aujourd’hui suremployés. Ils vivent hors de leur foyer dix mois sur douze. En Irak, en Syrie, en Afrique, en mer, ils partent pour quatre mois de mission. Sur la route du retour, ils effectuent une pause de trois jours dans un hôtel en Crète, un « sas » que l’armée a organisé avec des psychologues pour limiter la brutalité du choc avec le monde civil. La pause, ensuite, est courte, parfois seulement une à deux semaines de permission. Avant de repartir en entraînement. Et de se préparer pendant plusieurs mois à la mission suivante.

« Deux mois dehors, trois jours de récup’, et vous reprenez. On s’efforce de se vider le cerveau », indique Z. Ce lieutenant mécanicien de l’escadron de transport Poitou a participé au lancement de l’opération « Serval », au Mali, début 2013. Il achemine dans son avion les commandos lors des raids conduits au Sahel contre les djihadistes. « Après vingt-quatre heures non-stop et dix-sept heures de vol dans la chaleur, on devient fou. » Cela use. Mais « on veut toujours en faire plus, plus, plus…, il n’y a pas grand monde qui dit stop », admet-il. Ça, c’est l’adrénaline !

« Je pourrais partir un an », confie A., qui connaît le danger. Mais c’est pour avoir guerroyé trop longtemps que nombre de commandos américains perdent leurs repères éthiques et sombrent. « Il faut s’efforcer de couper. On ne peut pas tout effacer, la mission ne s’oublie pas, mais il faut faire une sorte de reset », dit A. Eviter d’appeler les camarades. Pour le repos, lui part aussitôt « en Amérique ou en Asie », loin de ce qui pourrait rappeler la mission, l’Afrique ou le Moyen-Orient. Berny assure : « Il y a des missions au cours desquelles on sait qu’on a pris plus que d’autres. Je sais quand il faudra que je m’arrête. »

Le récit de la guerre n’est pas possible. « On ne doit pas parler de la mission. Et puis, la famille, les amis, personne ne peut comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu, même les jeunes qui nous rejoignent », assure J. Lui a un père militaire avec qui partager, il en est heureux. Ils estiment aussi nécessaire de protéger leurs proches. « Le but, c’est que ma femme dorme la nuit ! », ironise A. « On ne parle pas de tout ça en famille. Cela inquiète les enfants », estime Z. Qui ne leur raconte que « ce qui l’a fait rire, ce qui est beau, en Afrique ou ailleurs ».

Ça aussi, c’est du courage. Et même, quelque part, de l’héroïsme. Bravo et merci les gars.

Le 18 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

De l’Afrique au Mali…et retour.

18 Juin
La décolonisation en Afrique n’a pas eu, loin s’en faut, les effets bénéfiques auxquels aspiraient à la fois les bénéficiaires de cette inexorable évolution de l’histoire et auxquels prétendaient ses principaux acteurs. Nous ne nous étendrons pas ici sur les différents aspects de cet échec pour ne considérer que l’un des plus absurdes et des plus fautifs : la conviction qu’en dehors des principes démocratiques nés en Occident, il n’y avait pas de salut ! Or, c’était ignorer ou faire fi des spécificités culturelles et historiques des peuples africains qui sont sans rapport avec les nôtres. La première conséquence tragique de cette vision erronée fut la création d’Etats qui ne correspondaient en rien aux organisations ethnologiques du continent.
Le Mali (et quelques autres auprès de lui) en est l’un des meilleurs exemples. Au point que nous avons résumé sa situation, à plusieurs reprises, d’une manière lapidaire :

Le Mali n’existe pas !*

En voulez-vous la preuve ? C’est très simple, il suffit de se pencher un peu sur les quelques ethnies qui composent le soi-disant pays et vous aurez tout compris des tragiques violences qui l’ensanglantent depuis des années. Une vingtaine d’ethnies vivent au Mali. Malgré les échanges entre elles au cours de l’histoire, chacune possède une culture spécifique sans beaucoup de rapport avec les autres. Les principales sont :

les Bambaras , les Bobo, les Malinkés, les Soninkés ou Sarakolés, les Peuls, les Dogons, les Touaregs, les Sonrhaïs, les bozos, les Toucouleurs, les Sénoufos, les Minianka et les Khassonkés….Le tout de plus en plus déstabilisé par les prétentions des arabo-musulmans, venus de nord et de l’est, et porteurs du message pervers de l’islam radical.

Une excellente analyse de cette situation a été produite par l’intellectuel malien Adam Thiam

Adam Thiam.

Journaliste et consultant, Adam Thiam est spécialiste du centre du Mali. Auteur d’un rapport de référence in­titulé « Centre du Mali : enjeux et dangers d’une crise négligée », publié en 2017 par le Centre pour le dialogue humanitaire, il a aussi étudié les ­conflits et les questions de développement au Sahel. Il est par ailleurs un familier des arcanes politiques : ex-porte-parole de la commission de l’Union africaine, il est actuellement conseiller de l’ancien président de transition malien Dioncounda Traoré (2012-2014).

Il déplore évidemment qu’au Mali le nombre de civils tués dans des attaques a augmenté de 300 % entre novembre 2018 et mars 2019, en majorité dans la région du centre. Comme le fait que le Burkina Faso s’embrase à son tour. Pour lui, la situation de violence qui prévaut aujourd’hui dans le centre du Mali découle de l’offensive djihadiste qui avait été lancée dans le nord, en 2012. C’est cette même année qu’Amadou Koufa [aujourd’hui chef djihadiste dans le centre du Mali] a été recruté, au nord, par Iyad Ag Ghali [principal leader djihadiste pour ­l’ensemble du Sahel].

Un de leurs projets était alors d’annexer le centre du Mali. Ils ont échoué, grâce à l’action militaire de la France en 2013, mais beaucoup de groupes armés islamistes sont restés dans la région du centre ou se sont dispersés vers le Burkina Faso. D’ailleurs, au Burkina, Ibrahim Malam Dicko [fondateur du groupe armé islamiste Ansaroul Islam] a lui aussi été formé par Iyad Ag Ghali, qui a placé ses pions pour creuser son sillon.

Ses combattants ont attendu que les opérations militaires de 2013 [opération « Serval » menée par l’armée française] se tassent. La suite a été relativement facile pour eux car il n’y avait pas vraiment d’Etat capable de les contrer, et ils ont pu avancer.

La situation s’est encore dégradée avec la constitution de milices d’autodéfense par certains des groupes ethniques dont nous avons parlé. La création de ces milices a été une riposte au djihadisme. Au centre du Mali, ce phénomène est apparu, fin 2015, dans le sillage de l’opération militaire « Seno ». L’armée malienne a en effet commencé à utiliser comme éclaireurs des membres de la confrérie traditionnelle des chasseurs [appartenant au peuple dogon] pour lutter contre les groupes armés islamistes.

Un an plus tard, le chef de la confrérie, Théodore Soumbounou, était assassiné par des djihadistes peuls. La milice dogon Dan Na Ambassagou a été créée dans la foulée en réaction au meurtre de Soumbounou. Meurtre dont les chasseurs dogon ont rendu responsables les Peuls en général, selon un raccourci : tous les djihadistes qu’ils avaient tués étant des Peuls, tous les Peuls étaient un problème. Dan Na Ambassagou a organisé un blocus économique contre la communauté peule, qui s’est à son tour ­défendue en se dotant de milices.

Et la boucle se boucla !

Au Burkina Faso aussi, les affrontements se multiplient et les causes en sont les mêmes qu’au Mali. Toutes ces milices sont nées à partir du sentiment partagé par les différentes communautés : elles ne se sentent pas assez protégées par l’Etat et l’armée. Fatalement, puisqu’il n’y a pas d’Etat et que l’armée est quasiment virtuelle.

Au Burkina Faso, les autorités ont favorisé l’implantation des milices koglweogo sur la base d’un constat, valable aussi au Mali : dans cette guerre asymétrique qui déstabilise les Etats, les troupes régulières ne suffisent pas, et il est possible de faire appel à des troupes paramilitaires susceptibles de contribuer à la sécurisation du pays. 

La multiplicité des acteurs et des conflits au Sahel ne manque pas d’aboutir à un morcellement politique des zones touchées par l’insécurité. Ainsi, dans la région de Mopti, au Mali, il n’y a plus d’Etat. La quasi-totalité des 108 communes qui composent cette région sont dans l’œil du cyclone djihadiste. A tel point qu’il n’est pas exagéré de parler dans cette zone d’un début de califat. L’Etat est présent dans les chefs-lieux, mais, autour, les djihadistes ont imposé leur loi. La question de l’existence de l’Etat se pose même au-delà du centre du Mali, à l’échelle nationale malienne, comme au Burkina Faso.

Quant aux forces armées elles ne parviennent nulle part à rétablir l’ordre. Les routes sont partout minées. L’un des réflexes des militaires est, avant tout, d’essayer d’échapper aux embuscades que pourraient leur tendre les djihadistes. D’autre part, les soldats sont mal équipés, et l’instinct de survie prime chez eux – ce qui pourrait expliquer pourquoi ils ne répondent pas toujours aux alertes. S’ajoute à cela le manque de qualification de l’armée, très peu préparée à cette guerre asymétrique.

Mais le pire, est que l’insécurité ne s’est pas seulement aggravée, elle s’est aussi étendue sans que les Etats aient pris la juste mesure de l’ampleur du problème: entre 2014 et 2016, quand les habitants du centre du Mali disaient que ça n’allait pas, ils ont suscité peut d’intérêt et personne ne les a écoutés. Le centre du Mali est loin de Bamako. La réalité, pour les dirigeants, ce sont les capitales et leur environnement économique immédiat. Ce sont les gouvernances africaines ! D’un côté, il y a le pouvoir dans les capitales, où les élites se reproduisent et, de l’autre, le pays réel constitué à 90 % de cultivateurs et d’éleveurs de troupeaux. Ces citoyens ne connaissent même pas le nom de leur président. Ils ignorent aussi le plus souvent que l’Etat a des obligations envers eux, simplement parce qu’ils n’en sont pas informés et que, surtout, ils vivent depuis des siècles…sans Etat.

En réalité, ce sont les fondements mêmes de ces Etats-fantoches et leur vivre-ensemble qui sont à présent menacés. Avant cet engrenage, les Etats sahéliens étaient déjà très fragiles car ils ne reposaient que sur l’héritage de la colonisation. Aujourd’hui, ils peuvent s’effondrer à tout moment , et très rapidement. Il n’en reste déjà que si peu de chose….

Au Mali, si le centre s’enflamme définitivement, le pays risque de se retrouver divisé, car cette région constitue le point de jonction entre le nord et le sud. Il est un passage obligé. Si le centre tombe, il n’y aura tout simplement plus de pays en tant que tel.

Pour Adam Thiam, il faut désarmer toutes les milices et faire en sorte que les populations ne prennent plus les armes. La guerre au nord du Mali et l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 entre le gouvernement et les anciens groupes re­belles [indépendantistes touareg], ont eu un impact sur la course à l’armement des autres communautés, ailleurs. Ces dernières ont observé que des concessions avaient été faites aux ­rebelles et elles se sont dit : si ça leur a été concédé, c’est que, nous aussi, nous pouvons obtenir des concessions en faisant comme eux, c’est-à-dire en prenant les armes.

Mais ce désarmement des milices ne pourra pas suffire si les Etats ne mettent pas en place une gouvernance vertueuse. Les Etats corrompus ne sont plus ­acceptés. Ni à Mopti ni au Burkina Faso. Tant que les administrateurs seront vus par les locaux comme des prédateurs économiques, les autorités auront beau renforcer leur présence, elles auront toujours des ennemis. Le premier combat des Etats devrait être celui contre la corruption. Ce qui n’est clairement pas pour demain, tant elle est consubstantielle à l’Afrique comme aux pays arabo-musulmans. Il faut donc nous attendre à une perpétuelle balance entre les violences locales et les tyrannies nationales, dans un contexte de misère endémique.

Autant de sources inépuisables aux migrations et, chez nous, au « Grand Remplacement« .

Le 18 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire à ce propos:

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/06/11/il-faut-helas-le-repeter-une-fois-de-plus-le-mali-nexiste-pas/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/25/le-mali-nexiste-pas/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/29/le-mali-va-mal-tres-mal/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/01/30/bulletin-climatique-quotidien-30-janvier-2017-de-la-republique-francaise/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/11/10/bulletin-climatique-quotidien-10-novembre-2016-de-la-republique-francaise/

À Madrid, l’union des droites ça marche.

17 Juin

Pourquoi ce qui se fait en Espagne et réussit par exemple à Madrid ne pourrait-il pas réussir à Paris ou ailleurs en France ? Nous parlons ici de l’union des partis de droite et du centre droit, ainsi que le réclame à juste titre Marion Maréchal (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/12/05/le-cer-soutient-laction-de-marion-marechal/  et aussi https://www.lci.fr/politique/marion-marechal-le-trait-d-union-des-droites-2123009.html).

Ainsi, le Parti populaire (PP, droite) a repris, samedi 15 juin, la mairie de Madrid (Espagne), à la faveur d’une alliance avec les élus patriotes de Vox et les centristes de Ciudadanos.

La maire sortante, Manuela Carmena, issue de la gauche radicale, était pourtant arrivée en tête des élections municipales, le 26 mai, obtenant 19 des 57 sièges de conseillers municipaux, un résultat insuffisant cependant pour s’assurer d’une majorité avec l’appoint des élus du Parti socialiste.

La liste du PP conduite par José Luis Martinez-Almeida n’avait obtenu, elle, que 15 sièges au conseil municipal. Mais en s’alliant avec Ciudadanos (11 élus) et Vox (4), le candidat de la droite espagnole a été élu maire !

Ce vote referme la parenthèse Carmena, qui avait conquis en 2015 la capitale espagnole après plus de vingt ans de domination de la droite. Et c’est très bien ainsi.

Mais il est vrai qu’en Espagne, la droite ne vit pas sous la férule et les diktats de la gauche comme en France. Elle ne prétend à rien, elle est.

Le 17 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

La vérité si je mens !

17 Juin

Nous savions qu’Emmanuel Macron déteste les retraités qui, pour lui, ne sont que d’inutiles  inactifs (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/08/27/nous-vous-lavions-dit-emmanuel-macron-deteste-les-retraites/). Souvenez-vous d’ailleurs de ce que nous écrivions ici-même en décembre 2017 :

  » En résumé, plus et mieux vous avez étudié, plus vous avez travaillé et souvent très au-delà des fameuses « trente-cinq heures » de Martine Aubry, plus vous avez endossé de responsabilités au prix de nombreux et lourds sacrifices pour vous-mêmes et votre famille, mieux donc vous avez SERVI…plus vous serez PUNIS. »

Mais nous savons maintenant que son plus fidèle serviteur, Edouard Philippe, hait les cadres supérieurs lorsqu’ils ont le malheur d’être au chômage. Car, forcément, ils coûtent cher…

Il vient en effet de concocter une nouvelle mesure coercitive et pénalisante à leur encontre : la dégressivité de leurs allocations chômage, lorsqu’ils percevaient, en activité, une rémunération élevée !

C’est ce que le Premier ministre a eu l’impudence d’annoncer au cours de sa déclaration de politique générale des 12 et 13 juin derniers, devant les députés et les sénateurs. En revanche, à ce stade de la provocation, aucune précision sur les modalités d’application de cette décision n’a été donnée. Combien de temps après leur inscription à Pôle emploi ? A partir de quel niveau de salaire ? La prestation diminuera-t-elle à une ou à plusieurs reprises ? En vertu de quel taux ? Là encore, le plus grand flou prévaut. Mais c’est une « innovation » substantielle, d’une injustice criante et qui vise une fois de plus les classes moyennes supérieures*, mais qui trottait dans la tête du chef du gouvernement depuis longtemps, puisqu’il l’avait évoquée, à titre d’hypothèse, dès la fin août 2018. Cet homme, dans la haine, a de la suite dans les idées !

Une telle mesure ne jaillit pas du néant : elle avait déjà été mise en vigueur, en 1992 (sous le gouvernement d’Edith Cresson, de triste mémoire), puis abandonnée neuf ans après. A l’heure actuelle, un demandeur d’emploi peut être indemnisé au maximum durant vingt-quatre mois s’il a moins de 53 ans (et jusqu’à trente-six mois pour ceux d’au moins 55 ans). Ses droits sont les mêmes durant la période où le régime le couvre. Un principe auquel il sera donc mis fin, pour les salariés les mieux payés – ce qui touche, en particulier, les cadres. L’exécutif se justifie en prétendant que, pour cette catégorie socio-professionnelle, le taux de chômage est quasi résiduel (moins de 4 % contre 8,7 % en moyenne). Sous-entendu : le système peut se montrer moins généreux à l’égard de publics pour lesquels les offres d’emploi abondent. Mais quel culot !

Autant d’orientations qui ont déplu aux organisations de salariés. Les syndicats s’indignent face à une réforme « qui cherche d’abord à faire des économies budgétaires immédiates et sans précédent sur le seul dos des demandeurs d’emploi », selon la formule de Marylise Léon, numéro deux de la CFDT. A l’appui de son propos, elle cite la dégressivité des allocations : une « mesure injuste, car elle va porter sur les cadres qui ont du mal à se reclasser ».

Il est « honteux » que le gouvernement invoque la « justice sociale » pour promouvoir une telle idée, enchaîne François Hommeril, président de la CFE-CGC, la centrale des cadres : « C’est une option politique dans sa version la plus vulgaire, ajoute-t-il, en mettant en avant le fait qu’aucune étude n’a prouvé que la diminution graduelle des prestations favorise la reprise d’une activité.

Nous serions tentés de lui répondre :  » Ne cherchez aucune explication rationnelle à une décision tout droit sortie d’une cervelle fêlée !  » Dans la même veine que celle d’imposer la limitation de vitesse des véhicules automobiles à 80 km/h…

Le 17 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Tout autant d’ailleurs que l’annonce de réductions d’impôts exclusivement en faveur des deux premières tranches fiscales (qui, finalement, n’en feront que peu de profit) plutôt que d’élargir significativement l’assiette des impôts. À la différence des classes moyennes hautes qui réinjecteraient aussitôt ce bonus dans l’économie ou l’éducation de leurs enfants…Comprenne qui pourra.

Au Parlement européen, le macronisme est un naufrage.

16 Juin

Ou la démonstration que les voies du Seigneur sont impénétrables…

C’est l’histoire d’un navire en perdition vers la destination de ses rêves. Celui de Nathalie Loiseau, qui aspirait à diriger l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE), qui sera bientôt rebaptisée – à la demande des élus macronistes – « Renew Europe » (sic). L’ancienne tête de liste de la majorité présidentielle (Renaissance-La République en marche) pendant la campagne des élections européennes a en effet dû renoncer à cette ambition, jeudi 13 juin à Bruxelles.

C’est elle

Tout a commencé une semaine plus tôt, mercredi 5 juin à 15 h 50. Une dizaine de journalistes français et de correspondants européens attendent Nathalie Loiseau, toute récente eurodéputée, devant une salle de réunion du Parlement européen, à Bruxelles. La journée est chargée, les tractations entre les groupes politiques en vue de trouver une coalition après le scrutin du 26 mai entrent dans le dur.

L’ex-ministre des affaires européennes s’est invitée à la table des négociations, au côté de Guy Verhofstadt, président de l’ALDE depuis presque dix ans. Cette première réunion avec les présidents des trois autres principales formations politiques proeuropéennes – les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), les sociaux-démocrates et les Verts – doit ébaucher un accord rendu nécessaire par la montée des forces eurosceptiques.

Si Nathalie Loiseau a convié des journalistes, c’est très probablement pour confirmer qu’elle est candidate à la présidence du groupe auquel les élus de sa liste Renaissance ont officiellement choisi d’adhérer au soir du 26 mai, lui apportant d’un seul coup ses vingt et un élus (sur 106 au total).

L’entrevue va durer quarante-cinq minutes et se déroule sous la règle du « off », à laquelle les journalistes bruxellois sont habitués : ils s’engagent à ne pas attribuer les propos à la personne qui les tient, ce qui autorise cette dernière à une plus grande liberté de parole…Tout se déroule à Bruxelles dans l’honnêteté et la franchise !

Nathalie Loiseau est assez connue du cercle des correspondants, qui l’ont croisée à maintes reprises quand elle était ministre. Elle a, à l’époque, donné l’image d’une politique plutôt au fait de ses dossiers.

Mais cette fois, la conversation est inédite, dérangeante. Et le « off » sera, le lendemain, brisé par un média qui n’a pas assisté à l’entrevue mais en a glané quelques échos. Avec un article mis en ligne, puis rapidement retiré, le quotidien belge Le Soir lance une bombe à fragmentation aux effets qui vont se révéler dévastateurs.

Devant les journalistes français, l’eurodéputée a multiplié les critiques, à l’égard des autres familles politiques comme de la sienne. En guise d’introduction, elle indique d’emblée, en allusion à la difficile campagne qu’elle vient de mener :

« Ça fait du bien d’avoir des journalistes qui s’intéressent aux affaires européennes ! Parce que franchement deux mois et demi [à Paris] avec des gens qui ne comprennent rien, c’est long. »

Ce n’est qu’un début avant une longue complainte. A propos de son groupe politique, elle dit qu’il doit être refondu en profondeur « sur les fondations d’ALDE » mais « avec des nouveaux venus, une nouvelle charte, de nouvelles méthodes, un nouveau nom et un nouveau leadership ». Ça commençait plutôt mal ! Mais cela a continué : ce groupe politique doit avoir « un barycentre moins nordique et moins Benelux » et devra prendre en compte des enjeux dont « ceux qui sont complètement ordolibéraux entendent parler pour la première fois de leur vie : des sujets comme le changement climatique, la régulation du numérique », des thèmes qui « n’étaient pas forcément dans leur ADN de départ ».

Elle poursuit, avec une arrogance très macronienne : « Pour dire les choses, ceux qui étaient habitués au “small is beautiful” vont être étonnés de voir débarquer une délégation de vingt et un Français. » Et toujours à propos de sa nouvelle famille politique, ALDE, Mme Loiseau insiste : « Il y a tout à y faire. ALDE c’est Uber, ce sont des autoentrepreneurs. Il faut renforcer le dialogue, la transparence, clarifier les procédures, que l’on parle politique dans le groupe et pas seulement détails pratiques et destins individuels. Faire en sorte que ce groupe arrête d’avoir peur d’avoir grossi. » Car, « il y a encore des gens qui ne veulent pas trop déranger le système, et on dit qu’il faut le faire avancer ».

L’intéressée va indiquer aussi que la présidence de ce groupe est « son unique objectif », mais que ce n’est pour autant « pas gagné ». En effet, « si on veut les clés de la camionnette, il faut convaincre que l’on sait conduire et qu’on n’enverra personne dans le fossé. Ce qui est certain, c’est que Guy Verhofstadt n’est pas candidat à sa propre succession. »

L’ex-diplomate se dit alors prudente mais confiante avant le vote prévu pour le 19 juin. Et souligne que ses alliés qui espèrent un poste dans une commission parlementaire – un lieu de pouvoir conséquent – « ont plutôt intérêt à nous soutenir, car nous sommes plus en capacité de tenir nos promesses ».

Que dire des autres candidats potentiels à la présidence du groupe, la Néerlandaise Sophie In’t Veld et le Suédois Fredrick Federley ? « Tout le monde a parfaitement le droit de concourir, cela ne me gêne pas, la démocratie. » Mais l’Allemande Nicola Beer, du Parti libéral démocrate (FDP) ? « Du haut de ses 5 %, elle se comporte comme une Allemande au Parlement européen, du genre : ici, c’est chez moi. » 

Au passage, Nathalie Loiseau n’hésite pas à se mettre en avant, sans modestie, pour un poste très en vue, quitte à égratigner les piliers du groupe : « Vingt-six ans de diplomatie active et de capacité à faire du multilatéral, l’atout d’être nouvelle, (…) de faire forcément du collectif par rapport aux vieux de la vieille qui, par définition, ont dix ou vingt ans de frustrations rentrées. (…) Il faut que tout le monde se sente bien dans le groupe mais aussi, pour cela, que tout le monde se comporte bien dans le groupe. »

S’ensuit une discussion sur le changement de nom, qui occupe beaucoup certaines délégations nationales. Quels sont, selon l’élue française, les noms à éviter absolument ? « ALDE », lâche-t-elle, car connoté trop libéral.

Nathalie Loiseau enchaîne avec une rafale d’attaques ad hominem. Manfred Weber, réélu largement président du groupe PPE et candidat à la présidence de la Commission ?

« On a dit qu’on n’était pas favorables au système des spitzenkandidaten [têtes de liste des partis paneuropéens] et qu’il fallait compter avec nous. Ce système consiste à donner les clés de la Commission à la CDU et à la CSU [partis conservateurs allemands, dominants au sein du PPE] et il favorise la cuisine des partis et pas la vraie démocratie. » Ce qui n’est rien d’autre que la vérité !

La « carrure » de M. Weber serait, par ailleurs, « très insuffisante ». « Cela donne vraiment le sentiment que, soit Angela Merkel n’y croit pas [à la candidature de M. Weber] et que cela ne la dérange pas de lâcher quelqu’un comme lui ; soit elle ne croit pas du tout à la Commission et cela ne la dérange pas de mettre un ectoplasme à sa tête. » Mme Loiseau ajoute que M. Weber n’aurait « aucune fiabilité » mais que la chancelière ne le lâchera pas rapidement car « cela permet de faire monter les enchères. Je sais ce que Mme Merkel pense de Weber, et elle pense du mal de la Commission ».

Un coup de griffe ensuite pour Amélie de Montchalin, actuelle secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Son initiative de convoquer les élus français de tous les bords, y compris ceux du Rassemblement national (RN), à Paris « est une démarche républicaine qui interroge effectivement (…). Je pense que c’est bien d’avoir essayé mais je n’y crois pas, je n’ai jamais travaillé comme cela. » Le vendredi suivant, l’opération se révélera un échec.

Nathalie Loiseau, qui va aussi préciser qu’elle n’est « plus la porte-parole d’Emmanuel Macron », se voit demander quel serait le candidat français pour la présidence de la Commission. Réponse, toujours arrogante : « C’est quelqu’un prêt à mettre en œuvre notre agenda. Quand on a une ambition pour l’Europe, on choisit la personne pour la porter. »

Que dire de l’inertie au Conseil européen qui a peu embrayé sur les projets de réforme d’Emmanuel Macron ces deux dernières années ? « Le souci c’est Merkel : plus elle est affaiblie moins elle bouge. Rapidement et Merkel, ça ne va pas ensemble. Nous, on va essayer de bouger tout cela. »

Après l’article paru dans Le Soir, Nathalie Loiseau va envoyer aux responsables du groupe un mail démentant l’intégralité des propos qui lui sont prêtés. Elle affirme avoir lu « un très étrange article » et écrit : « Je ne reconnais pas les propos qui m’y sont attribués [Le Soir citait surtout l’ectoplasme]. C’est de la pure fantaisie. »

En France, Le Canard enchaîné détaillera toutefois, lui aussi, mercredi 12 juin, ses propos aussi peu amènes que diplomatiques. Mme Loiseau est, dès lors, prise en flagrant délit de mensonge, ce qui autorise les médias présents à briser son « off ».

Acculée, Nathalie Loiseau a donc dû jeter l’éponge, jeudi 13 juin. Atterrissage raté de la Macronie dans l’hémicycle européen… « Ces derniers jours, on a assisté, en plus des candidatures concurrentes connues, à la multiplication d’autres candidatures, certaines en réaction au off », indique l’entourage de l’eurodéputée. « Au fil des heures, le prix à payer pour maintenir ses chances d’obtenir la présidence devenait exorbitant », ajoute cette source.

Un ancien commissaire européen, ex-premier ministre, le très francophone et francophile roumain Dacian Ciolos, pourrait, en tout cas, profiter de la situation.

Il reste à la délégation française à briguer des postes à responsabilités dans les commissions, cruciales pour peser sur l’agenda et les orientations législatives. Maintenir son souhait de décrocher la présidence de « Renew Europe » (un nom pareil est une honte pour ceux qui l’ont proposé…) l’aurait privée d’à peu près tous ces postes. « Mme Loiseau a agi en responsabilité. Le choix qui a été opéré est celui de préserver l’influence française au Parlement européen », a indiqué l’entourage de l’ancienne ministre, qui continuera cependant de siéger dans l’hémicycle.

Jeudi soir, Nathalie Loiseau tenait à indiquer que « le projet politique passe avant le positionnement personnel ». Et elle affirmait vouloir « se concentrer sur le projet ». D’ailleurs, concluait-elle, « c’est pour cela que nous avons été élus ». Un pis-aller pour l’ancienne ministre.

Mais pas sûr qu’Emmanuel Macron ait apprécié cette bévue. Quelques noms d’oiseau auraient été entendus dans les couloirs de l’Elysée…

Le 16 juin 2019.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.