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Quand le « ruissellement » fonctionne à l’envers c’est la précarité des contrats de travail !

21 Nov

Tout le monde connaît maintenant la fumeuse théorie du ruissellement (https://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_du_ruissellement), argument fallacieux du gouvernement d’Emmanuel Macron pour justifier la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui devait permettre davantage d’investissements industriels, promoteurs d’emplois (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/09/isf-limposture-de-la-theorie-du-ruissellement-enfin-demontree/). Chacun sait aujourd’hui que c’est un cuisant échec qui ne tourne qu’à l’avantage des grands patrons. En voici une preuve supplémentaire…en pire !

Depuis 2017 et en matière d’embauche, et alors que le taux de chômage ne diminue pas (https://www.lesechos.fr/economie-france/social/0600179304420-le-taux-de-chomage-est-reste-stable-au-troisieme-trimestre-2223188.php), le nombre de contrats à durée déterminée (CDD) a explosé au détriment des contrats à durée indéterminée (CDI), aggravant ainsi la précarité de l’emploi. Merci Macron !

Ainsi, Christelle ne sait plus si elle doit en rire ou en pleurer. Consultante en transformation numérique, cette quadragénaire dit avoir toujours « correctement gagné sa vie ». Pourtant, quand elle a voulu acheter son appartement, aucun établissement bancaire n’a accepté de lui prêter de l’argent, dans un premier temps. Car elle était précaire, « abonnée » aux contrats à durée déterminée (CDD), lorsqu’elle a déposé sa demande : « Ils m’ont tout simplement répondu qu’ils ne croyaient pas en mon projet car j’étais instable (sic), alors même que j’apportais 40 000 euros pour un logement qui en valait 140 000. » Résultat : elle a continué de vivre chez ses parents, durant des mois, jusqu’au jour où une « banque a compris [son] cas » et lui a – enfin – octroyé un crédit immobilier.

Cette course d’obstacles, ils sont des milliers à l’accomplir chaque année, faute d’avoir des revenus prévisibles. Pourtant, le contrat à durée indéterminée (CDI) reste en principe la forme d’emploi la plus répandue puisqu’il concernait encore 88 % des salariés (hors intérim) en 2017, selon la Dares – la direction de la recherche du ministère du travail. Mais avant de signer un CDI, un préalable s’impose pour de très nombreuses personnes : un CDD, voire plusieurs – sachant que certains actifs restent enfermés dans ce statut pendant des années.

Ce type de contrat est, en effet, devenu la norme – et le CDI l’exception – en matière d’embauche : en 2017, 87 % des recrutements ont été conclus pour une durée limitée. Un pourcentage qui reflète des changements structurels dans le monde de l’entreprise : de 2001 à 2017, le nombre d’entrées en CDD a été multiplié par 2,5 ; la durée moyenne de ces contrats n’a cessé de baisser, passant de 112 jours à 46 au cours de la période (avec une forte progression des contrats courts, ceux d’une seule journée représentant 30 % des CDD en 2017 contre 8 % seize ans plus tôt). Aujourd’hui, le marché du travail est, plus que jamais, dualisé « entre des salariés en CDI et d’autres multipliant les contrats très courts », écrit la Dares.

Psychologue dans une entreprise, David a accumulé des CDD pendant six ans avant d’être titularisé. Chaque fois que son contrat expirait, il ressentait la même crainte : ne pas être renouvelé et en subir les conséquences. « On n’est jamais à l’aise, on travaille beaucoup plus que les autres pour montrer qu’il faut nous garder. C’est simple, on vous dit que si vous n’êtes pas content, il y en a plusieurs qui seraient prêts à prendre votre place sur-le-champ », se désole-t-il.

La conséquence de cette précarité est évidente. Synonyme, dans la plupart des cas, d’insécurité et de fragilité matérielle, le boom des CDD résulte de la combinaison de plusieurs facteurs. « Le schéma de l’emploi à vie que l’on trouve au début de son parcours professionnel n’est plus représentatif, avance Yannick L’Horty, professeur à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée. Il y a de plus en plus d’instabilité et de mobilité entre les entreprises, mais aussi au sein des administrations publiques, où la part des contractuels s’est accrue. »

Les employeurs du privé ont davantage recouru aux CDD « pour pouvoir s’adapter à un environnement économique qu’ils jugent de plus en plus incertain », enchaîne l’économiste Bertrand Martinot, auteur de Pour en finir avec le chômage (2015, Fayard). Dans un contexte mouvant, ajoute-t-il, un contrat dont la durée est définie permet aussi aux dirigeants de société de limiter les coûts liés à la rupture de la relation de travail, surtout si celle-ci dégénère en conflit, tranché par les prud’hommes – avec, le cas échéant, des indemnités à verser au salarié.

Autre élément à prendre en compte, selon Yannick L’Horty : l’évolution des conditions d’indemnisation du chômage. Elle a contribué à l’essor des CDD en offrant une meilleure couverture aux personnes qui sont à la fois inscrites à Pôle emploi et exercent une activité réduite. Du même coup, « il y a un intérêt partagé, par l’employeur et par le salarié, à s’installer dans un aller-retour entre périodes travaillées et périodes de chômage indemnisé », estime Yannick L’Horty. Décidément, le marché du travail marche sur la tête.

Une explication que ne partage pas Bruno Ducoudré, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : pour lui, les règles permettant aux chômeurs de cumuler un salaire et une allocation ont accompagné – et non pas favorisé – l’envolée des CDD : « Les demandeurs d’emploi ne connaissent pas ou mal – les modalités d’attribution de l’indemnité chômage, et une nette majorité d’entre eux aspirent à une relation de travail durable », argumente-t-il. A ses yeux, l’accroissement des CDD est, en partie, imputable à des mesures prises en faveur de cette forme d’emploi – par exemple, la création du CDD d’usage (CDDU), qui est très souple puisque reconductible à l’infini. Le phénomène de précarisation de la main-d’œuvre est concentré «dans des domaines d’activité où les entreprises peuvent se séparer facilement de leurs personnels car ceux-ci sont plutôt affectés à des tâches peu qualifiées, et leur remplacement est relativement simple». Et vous comprenez mieux alors pourquoi la traite négrière est devenue une méthode de choix dans la gouvernance des entreprises…

Alors, soit. Mais encore faudrait-il que les pouvoirs publics agissent sur les conséquences de cette situation nouvelle. Car on ne peut pas à la fois prétendre que la mobilité professionnelle est la nouvelle norme (venue d’ailleurs, Etats-Unis en particulier) et ne pas agir pour sécuriser la vie de ceux qui sont bien obligés d’en accepter la règle.

En effet, pour celles et ceux qui sont emportés dans cette noria sans fin se pose la question de l’accès au logement. Nadia a dû ainsi apprendre à se débrouiller, par le biais de sous-locations ou en faisant jouer son réseau pour trouver un appartement. Elle avait pourtant réussi à signer un CDI, après avoir effectué plusieurs CDD durant un an, en tant qu’assistante dans une société qui distribue des documentaires. « J’ai changé de secteur ensuite, témoigne-t-elle. Aujourd’hui, j’enchaîne les contrats dans des associations qui organisent des festivals. » Disposant de moyens réduits, celles-ci ne peuvent se permettre de garder du personnel à l’année, rapporte Nadia : « Je me suis faite à cette idée et, au moins, je travaille pour un secteur que j’aime. » Certes. Mais elle ne peut envisager de fonder une famille…Ce dont ses employeurs se soucient de toute façon comme d’une guigne !

Mais que Nadia et les autres ne se fassent pas de souci, les chefs d’entreprise vont bien. Merci pour eux.*

Le 21 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/19/le-grand-pretre-de-la-mondialisation-et-du-multiculturalisme-rattrape-par-ses-malversations/).

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Le débat est engagé.

20 Nov

Nous vantions, il y a quelques jours, l’analyse fort pertinente de notre ami Catoneo sur la défense européenne ainsi que la situation de nos forces armées mais aussi sur le projet d’Emmanuel Macron de réinstaurer une nouvelle forme de  » service militaire  » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/13/une-vraie-reflexion-sur-la-defense-europeenne/).

C’est pourquoi nous versons au débat cet entretien fort intéressant du général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des Armées, au cours de l’émission de France 2 On n’est pas couché, samedi 17 novembre :

Le 20 novembre 2018.
(Merci à GJ pour son information)

Quand des mercenaires dictent leur loi aux hôpitaux français.

20 Nov

Après bien des hésitations et quelques tergiversations politiquement correctes, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a décidé de poursuivre trois médecins devant le Conseil de l’Ordre des médecins. La ministre reproche à ces trois responsables du syndicat des médecins remplaçants d’avoir gravement manqué à la déontologie et d’avoir mis en danger le fonctionnement d’hôpitaux, en appelant à boycotter les établissements qui, conformément à la loi, plafonnent les salaires des médecins remplaçants. Vous savez, pour nous avoir déjà lu sur le sujet, que nous dénonçons depuis de nombreuses années déjà l’emploi par les services hospitaliers de médecins « mercenaires » (dont beaucoup sont issus de l’immigration et n’ont pas une formation professionnelle à la hauteur de nos exigences) dans le but de suppléer au manque de praticiens formés dans les universités françaises par le fait de l’absurde pratique du numerus clausus.*

Ces médecins intérimaires ont fini par prendre une telle importance que leurs exigences financières sont devenues exorbitantes pour nos hôpitaux exsangues. Principalement en province. Dans ces déserts médicaux, le jeu de l’offre et la demande devient la règle et les enchères montent vite, surtout quand il faut trouver un médecin, un remplaçant, à la dernière minute pour le week-end. Parfois, les salaires s’envolent « face à des mercenaires qui sont des médecins qui travaillent la journée, parfois payé 2 000 euros par jour et qui sont aujourd’hui responsables en partie du déficit de petits hôpitaux périphériques« , dénonçait il y a quelques mois Agnès Buzyn à l’Assemblée nationale.

L’attaque est sévère et la ministre n’en reste pas là. Désormais, les salaires de ces médecins remplaçants sont plafonnés : 1 400 euros brut pour 24 heures de travail, puis l’an prochain, maximum 1 300 euros et 1 200 dans deux ans. Une décision qui provoque la colère des médecins remplaçants. « Qui accepterait d’aller très loin dans des déserts médicaux où aucun médecin ne veut aller ? » s’interroge Linda Darrasse, présidente de leur syndicat et anesthésiste à Paris. Elle travaille régulièrement dans les hôpitaux du Mans et de Valence.

« On prend le train, parfois c’est 500 ou 1 000 kilomètres, poursuit Linda Darrasse, on arrive dans des hôtels, il faut s’intégrer tout de suite à l’équipe qui est déjà formée alors qu’on est là parfois pour juste 24 heures. Il faut se familiariser avec les matériaux qui sont là-bas et souvent des malades qui ont été mis de côté en attendant le remplaçant et tout ça à 37 euros de l’heure ? »

Le syndicat a donc établi une liste de tous les hôpitaux qui appliquent cette décision ministérielle. Châteaudun, Dole, Morlaix, Salon-de-Provence ou encore Strasbourg et il invite les 6 000 médecins remplaçants à les boycotter.

Chantage, attitude irresponsable, répond la ministre, qui vient de saisir l’Ordre des médecins. Mais il eut été plus responsable (après un mea culpa politique sur une situation désastreuse qui n’est que la conséquence de décennies d’aveuglement de la part des autorités du pays) de remettre en cause de façon drastique l’accueil de ces médecins à diplômes étrangers qui non seulement viennent piller les maigres ressources de nos hôpitaux, exposent nos compatriotes aux dangers de leur piètres compétences mais, en plus, privent leurs propres populations des soins dont elles ont besoin.

Nous ne le répèterons jamais assez, notre pays marche vraiment sur la tête.

Le 20 novembre 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

* Ne vous privez pas de ces quelques points de repère :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/16/comment-cette-catastrophe-sanitaire-a-t-elle-ete-possible/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/17/comment-cette-catastrophe-sanitaire-a-t-elle-ete-possible-2eme-partie/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/10/28/nos-inquietudes-concernant-les-diplomes-etrangers-en-medecine-se-confirment/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/13/etudes-de-medecines-ils-sont-fous/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/07/13/alerte-le-grand-remplacement-medical-est-en-route/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/01/medecins-algeriens-tirons-une-fois-encore-la-sonnette-dalarme/

et il y en a beaucoup d’autres sur notre blogue…

Allemagne : les horreurs continuent.

20 Nov

Encore un fruit amère de la politique d’accueil d’Angela Merkel. Un Allemand de 85 ans, vivant à Wittenburg (Mecklembourg-Poméranie occidentale), a été égorgé dans la nuit du 16 au 17 novembre par un migrant afghan, débouté du droit d’asile mais autoriser à rester en Allemagne jusque fin janvier 2019. C’est ce que rapporte le Morgenpost (http://www.ostsee-zeitung.de/Mecklenburg/Suedwestmecklenburg/Junger-Pfleger-toetet-85-Jaehrigen-in-Wittenburg-mit-Messer).

L’assassin jouissait du statut scandaleux dit de tolérance [permettant aux déboutés du droit d’asile de rester un certain temps en Allemagne au lieu d’être immédiatement expulsés – Merci Angela –]. Et, après ça, les autorité se diront outragées par les manifestations de citoyens patriotes telles que celles que connut non loin de là la ville de Chemnitz.

https://fr.euronews.com/2018/11/17/merkel-n-est-pas-la-bienvenue-a-chemnitz

L’assassin islamiste vivait dans un foyer pour réfugiés dans la région de Zwickau [Saxe]. La fille de la victime est une militante dans l’aide aux réfugiés dans la région de Zwickau. C’est elle qui avait procuré au jeune homme un travail de garde-malade chez son père ! Le journal Morgenpost ne nous dit pas si la fille de la victime a perdu le sommeil depuis ni si Angela Merkel a versé une larme de crocodile sur la dépouille de ce malheureux.

En revanche, Lorenz Caffier (CDU), ministre de l’Intérieur de Mecklembourg-Poméranie occidentale, a immédiatement mis en garde contre l’instrumentalisation de ce crime à des fins politiques…Mais n’en doutez pas, il ne tardera pas à déclarer que l’assassin est un psychopathe (1) !

C’est ce que nous appelons le « syndrome allemand » (2)

Le 20 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

(1) Lire « Aktion T4 » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/03/11/bulletin-climatique-du-week-end-1112-mars-2017-de-la-republique-francaise/) et aussi « Hausse vertigineuse des malades mentaux chez les islamistes français » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/08/22/hausse-vertigineuse-du-nombre-de-malades-mentaux-chez-les-islamistes-francais/).

(2) Lire « Comme nous l’avions prévu, le syndrome allemand est une maladie contagieuse » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/11/13/comme-nous-lavions-prevu-le-syndrome-allemand-est-une-maladie-contagieuse/).

Le Grand Prêtre de la mondialisation et du multiculturalisme rattrapé par ses malversations.

19 Nov

Coup de tonnerre chez Renault-Nissan-Mitsubishi. Carlos Ghosn, le PDG de l’un des plus beaux fleurons de notre industrie automobile a été mis en état d’arrestation hier, au Japon. Il est accusé de fraude fiscale à une échelle qu’il vous est difficile d’imaginer…Mais aussi de bien d’autres malversations ! À 13 heures aujourd’hui, à la bourse de Paris, l’action Renault dévissait et perdait près de 15%.

Carlos Ghosn, le très redouté patron franco-libano-brésilien (sic) de l’alliance automobile R-N-M mais aussi le mieux payé du CAC 40, n’était donc qu’un escroc. Beaucoup le subodoraient depuis longtemps mais les preuves manquaient ce qui permettait à cet homme de l’ombre de tenir la dragée haute à tous les dirigeants de la planète. Les nôtres en particulier.

Parlons donc d’abord salaire. En ce qui concerne la partie française de celui-ci, en tant que patron de Renault – car le PDG est aussi à la tête des constructeurs automobiles japonais Nissan et Mitsubishi –, Carlos Ghosn a accumulé au fil des ans des centaines de milliers d’actions de Renault, ce qui lui permet de considérablement gonfler son revenu en réalisant ses stock-options.

« Le cours de l’action Renault a beaucoup augmenté ces dernières années, explique Loïc Dessaint, analyste dans une société de conseil en investissement. Le 16 décembre 2017, Carlos Ghosn a dégagé une plus-value de 6 millions d’euros sur l’exercice de stock-options. En 2020, il pourra même bénéficier de 8 millions supplémentaires s’il revend les 100 000 actions gratuites obtenues en 2016. » Une rémunération en stock-options qui s’ajoute donc à son salaire de PDG. Cette addition de revenus lui a permis de gagner environ 15 millions d’euros en 2017, une jolie somme comparée aux autres patrons du CAC 40 qui ne touchent en moyenne « que » cinq millions d’euros.

C’est sans doute pour cela que Carlos Ghosn est le maître de la discrétion dès qu’il est question de son salaire. Il a longtemps refusé de communiquer le montant de sa rémunération versée par Nissan. « Dévoiler le salaire de Carlos Ghosn au Japon était contraire aux coutumes et à la pratique japonaise », défend Louis Schweitzer, ancien patron de Renault. Une position peu crédible selon certains observateurs qui ne vise qu’à préserver le secret de la rémunération du PDG. Il a fallu que la loi japonaise s’impose pour que la transparence se fasse enfin. En matière de montages financiers, là aussi la discrétion règne, comme le montre l’affaire des super-bonus néerlandais révélée par l’agence Reuters en juin 2017.

Un banquier d’affaire londonien aurait proposé à Carlos Ghosn un schéma permettant d’apporter un complément de rémunération aux six principaux dirigeants de « L’Alliance » Renault-Nissan-Mitsubishi, via une fondation aux Pays-Bas qui aurait capté 80 millions d’euros, permettant ainsi de contourner le contrôle des rémunérations par les actionnaires. Malgré le démenti de Carlos Ghosn, ce projet était bel et bien sur les rails. Carlos Ghosn maîtrise parfaitement les clés de ce capitalisme financier, ce que confirme un autre épisode.

Chez Renault, le syndicat Force ouvrière s’est intéressé aux flux financiers entre le siège français et les filiales du groupe (Belgique, Luxembourg, Russie, etc.) qui transitaient via une curieuse société, la Société financière et foncière,  banque d’affaires dotée de 106 millions d’euros au moment de sa dissolution en 2009, sans contrôle des actionnaires. « Ces actifs ont été transférés non pas sur les comptes de Renault mais dans une plateforme virtuelle située en Suisse, s’étonne l’avocat Jean-Paul Baduel. Pour le moment il n’y a aucun élément qui permet de dire que c’est une caisse noire ou une caisse grise ou blanche. On est dans des opérations financières non expliquées. »

Un retour en arrière sur le parcours de ce dirigeant hors du commun permet de comprendre les ressorts de cette réussite et d’en expliquer aussi les parts d’ombre. Né au Brésil en 1954, Carlos Ghosn a grandi au Liban au sein de la grande famille maronite.

À 16 ans, il poursuit ses études à Paris, passe par l’École polytechnique et les Mines, en sort ingénieur diplômé et entre rapidement chez Michelin, où il va effectuer un sans-faute durant 18 ans jusqu’à devenir numéro 2. Mais son ambition ultime se heurte au système dynastique du patron de Michelin, qui choisit son fils Édouard pour lui succéder à la tête de l’entreprise familiale. « Chez Michelin, il savait qu’il ne serait jamais le numéro 1 et l’ambition de Carlos était d’être numéro 1″, témoigne Louis Schweitzer, qui le recrute chez Renault en 1996 comme directeur adjoint et le prépare à en faire son successeur 10 ans plus tard.

Carlos Ghosn commence par repérer de jeunes ingénieurs aux dents longues qu’il convertit à sa méthode, afin de réduire les coûts dans tous les domaines de la production. Une équipe dirigeante surnommée par certains « les Khmers rouges« , à la loyauté sans faille. « Ses équipes le servent de façon indéfectible, explique l’analyste financier Loïc Dessaint. Il met en concurrence ses propres salariés entre eux. C’est terrible. Il parvient à  faire régner une forme de terreur. » Cette position est nuancée par certains de ses collaborateurs. « Il n’engendre pas la peur, nuance Didier Leroy, actuel vice-président de Toyota, qui faisait partie à l’époque des fameuses équipes « transverses » chargées de tailler dans les coûts chez Renault. Il est très exigeant, mais il apporte du soutien, ce n’est pas un tueur comme certains pouvaient le prétendre ou le présenter à l’époque. »

Ce sont ces méthodes de gestion très dures que Carlos Ghosn va appliquer chez Nissan au Japon où il débarque en 1999 avec une quinzaine de cadres français. Ce fleuron de l’industrie japonaise est alors au bord de la faillite.Ghosn va procéder sans état d’âme à un spectaculaire redressement. « C’est d’abord 21 000 salariés à la porte, rappelle David Barroux, journaliste au quotidien Les Échos. Puis la fermeture d’un site industriel, et la rupture des relations avec les fournisseurs historiques par le jeu de la concurrence. » Et c’est ainsi qu’il devient populaire au Japon, prouvant d’après certains analystes, que la réussite collective est possible si elle passe par une remise en cause.

Carlos Ghosn devient donc le « sauveur » de Nissan, au point que Barack Obama l’appelle en personne pour lui proposer de venir au chevet de l’entreprise General Motors, alors en difficulté aux États-Unis. Mission qu’il refuse, étant déjà bien occupé par l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, mais les liens noués à cette période avec l’administration américaine lui servent ultérieurement. Carlos Ghosn souhaite en effet investir 660 millions d’euros en Iran pour y construire une troisième usine et produire 300 000 véhicules de plus. Or au moment où Donald Trump menace de rétablir des sanctions envers l’Iran, le PDG de Renault redoute que ces sanctions ne contrarie son projet. Il va alors négocier directement avec le président des États-Unis.

Selon Antoine Sfeir, un très proche de Carlos Ghosn, ce dernier aurait fait miroiter un projet d’usine Renault aux États-Unis tout en demandant à Donald Trump son assentiment avant d’investir en Iran. « Tant que vos voitures en Iran ne rentrent pas aux États-Unis, je n’y vois aucun inconvénient » aurait répondu Donald Trump. Un feu vert négocié avec les plus hautes sphères du pouvoir.

Cette ascension fulgurante a un prix : L’inquiétude permanente. Carlos Ghosn est un obsédé de la sécurité : « C’est un craintif, confirme son cousin Henri Bichara. Sans ses gardes du corps, il semble perdu. » La peur d’être assassiné, comme l’ancien patron de Renault George Besse tombé sous les balles du groupe d’ultra gauche Action directe en 1986… Lorsqu’il part au Japon en 1999 pour redresser Nissan, Carlos Ghosn reçoit aussitôt des menaces de mort. « Il a eu des menaces physiques extrêmement précises, témoigne l’avocat Jean-Paul Baduel, consulté à l’époque par Renault. La mafia japonaise – les Yakuzas – contrôle les assemblées générales de grandes sociétés. C’est un pays très calme, mais dans lequel on n’hésite pas à assassiner au couteau un Premier ministre en public. » Des menaces réelles et une sécurité privée vite renforcée par d’anciens policiers et militaires.

La sécurité de Carlos Ghosn est également prise très au sérieux par les services de l’État français. Durant l’été 2006, alors qu’Israël bombarde le Hezbollah au Liban, les services secrets français (DGSE) interviennent pour l’exfiltrer alors qu’il est en vacances à Beyrouth avec toute sa famille.

En 2011, l’image de Carlos Ghosn va être sérieusement ébranlée par une affaire digne d’un roman noir. Trois cadres proches du PDG sont soupçonnés par la sécurité interne du groupe d’avoir transmis des secrets industriels et d’avoir touché des pots-de-vin de la part de sociétés chinoises. Dénoncés par des lettres anonymes, ils seront licenciés sans aucune preuve. Sauf que tout était faux et fabriqué. Sept ans plus tard, la justice s’apprête à renvoyer cette affaire devant le tribunal.

À l’époque, Carlos Ghosn fait le pari qu’il sera le premier à commercialiser une voiture 100% électrique à travers le monde. Au sommet de Davos en 2007, il trouve un premier acheteur israélien pour 100 000 voitures. Ce partenaire commence à travailler sur un projet de station-service électrique, et signe en parrallèle un accord avec des Chinois, eux aussi très intéressés par cette technologie. C’est là que tout commence à déraper et qu’arrivent les fameuses lettres anonymes. Carlos Ghosn n’émet aucun doute et dénonce une tentative d’espionnage industriel. « Nous avons des certitudes »,affirme-t-il sur le plateau du 20h de TF1, le 23 janvier 2011.

Parmi les personnes suspectées, se trouve le numéro 2 du groupe Nissan à l’époque, Toshiyuki Shiga, bras droit de Carlos Ghosn au Japon. Il devient la cible des « contre-espions » du groupe Renault, chargés de vérifier les faits décrits dans les lettres anonymes, sans que les services de l’État en soient officiellement avertis, Carlos Ghosn exigeant une totale confidentialité. « Il a fait diligenter une enquête clandestine, confirme l’avocat Jean-Paul Baduel. Les personnes qui sont soupçonnées de corruption sont comme par hasard en conflit avec Carlos Ghosn, une attitude qu’il ne supporte pas. » Toshiyuki Shiga ne sera finalement pas licencié mais écarté de ses fonctions pour prendre la direction d’une autre entreprise, sans faire de scandale. Cette histoire est révélatrice du caractère soupçonneux de Carlos Ghosn. Devant les juges d’instruction, il dément catégoriquement avoir utilisé ses propres services de renseignement à des fins personnelles.

Mais ces dénégations sont contredites par les faits. Dès 2005, à son arrivée à la tête de Renault, Carlos Ghosn impose un nouveau chef à la cellule de renseignement du groupe, Rémi Pagnie, ancien de la DGSE, recruté par ses soins à l’Ambassade française au Japon, à Tokyo. C’est sur cet ancien des services secrets français que Carlos Ghosn va s’appuyer pour lancer des enquêtes internes. Mais cette entité interne aurait non seulement enquêté sur des salariés du groupe mais également sur des représentants de l’État français, notamment des hauts fonctionnaires.

L’homme chargé de cette mission de surveillance s’appelle Dominique Gevrey. Ancien gendarme, il est passé par le renseignement militaire. Selon lui, c’est bien Rémi Pagnie, son responsable direct, qui aurait ordonné d’espionner les téléphones portables de deux membres de l’Agence des participations de l’État (APE) présents au conseil d’administration de Renault.

« Ghosn souhaitait que j’épluche toutes les factures des téléphones privés des deux fonctionnaires de l’APE, Olivier Bourges et Alexis Kohler, confirme Dominique Gevrey. J’ai dit qu’il était hors de question que je le fasse. »  Alexis Kohler, ancien directeur de cabinet d’Emmanuel Macron au ministère des Finances, nommé en mai 2017 secrétaire général de l’Élysée, se refuse toujours à commenter cette affaire. Tout comme Rémi Pagnie. Selon la direction de la communication de Renault, l’affaire aurait été orchestrée par Dominique Gevrey, l’une des quatre personnes mises en examen pour escroquerie et tentative d’escroquerie.

Le 14 mars 2011, toujours sur TF1, Carlos Ghosn présente ses excuses. « Je me suis trompé, nous nous sommes trompés et il semble que nous ayons été trompés. »

Autre affaire assez dérangeante pour Carlos Ghosn, celle du « Dieselgate » toujours en cours, des juges d’instruction enquêtant sur des faits de « tromperie« . Dans le sillage de l’affaire Volkswagen, la justice soupçonne Renault d’avoir triché sur les systèmes antipollution. Cette fois, au moment où cette nouvelle crise éclate, ce n’est pas Carlos Ghosn qui vient sur le devant de la scène pour s’expliquer mais le numéro 2 du groupe, Thierry Bolloré. Comme si Carlos Ghosn avait tiré les leçons de l’affaire des faux espions.

C’est lui

Et patatras ! Voilà que la justice japonaise fait procéder, hier, à l’arrestation du PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi au motif qu’il aurait,  » pendant de nombreuses années, déclaré des revenus inférieurs de moitié à leur montant réel », a affirmé Nissan dans un communiqué, selon les résultats d’une enquête interne menée sur la base du rapport d’un lanceur d’alerte. «En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles – autrement dit : abus de bien social –» (car, vous le savez, ces gens-là n’en ont jamais assez), ajoute le groupe, qui va proposer au conseil d’administration de le «démettre de son poste rapidement».

Dommage, car Emmanuel Macron vient de perdre l’un de ses plus puissants soutiens…

Le 19 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Ça ne peut pas être seulement le hasard.

19 Nov

Soixante et un policiers et gendarmes ont mis fin volontairement à leurs jours depuis janvier 2018. La présidente du Mouvement des policiers en colère est la dernière victime…La jeune femme s’est donné la mort avec son arme de service à son domicile, lundi 12 novembre. Quelques jours plus tôt, un gendarme de la garde républicaine avait lui aussi mis fin à ses jours dans les jardins de l’hôtel Matignon, la résidence du premier ministre !

Faut-il interpréter le choix du lieu (de travail) ou de l’arme (de service) comme un message sur les conditions de vie ou le mal-être des policiers et gendarmes ? Impossible à dire tant les raisons d’un passage à l’acte sont intimes, complexes et personnelles. Mais au-delà des situations individuelles, c’est bien le nombre global qui envoie un avertissement clair chaque année.

L’année est particulièrement difficile pour les gendarmes, qui comptent déjà 31 morts dans leurs rangs (contre 16 à la même époque en 2017). La police connaît, de son côté, un très relatif répit après la série noire de 2017 (46 morts en novembre dont une terrible semaine avec 8 décès), avec 30 morts à ce jour en 2018. Des variations statistiques macabres qui ont peu de sens, tant la tendance est lourde : depuis deux décennies, entre 60 et 70 membres des forces de l’ordre se suicident chaque année, sur une population de quelque 150 000 policiers et 100 000 gendarmes. Un chiffre bien supérieur à celui des victimes de crimes et d’accidents, une dizaine de morts par an.

Ça ne peut donc pas être le seul fruit du hasard.

Les deux grandes forces de sécurité ont pourtant identifié le problème de longue date. Après la vague d’attentats de 1995, qui avait mis à l’épreuve les troupes, la police nationale s’était dotée l’année suivante d’un service de psychologues cliniciens, qui sont aujourd’hui 89 sur l’ensemble du territoire. La gendarmerie lui avait emboîté le pas en 1998, avec un dispositif d’accompagnement qui réunit à ce jour 38 personnes.

Les plans ministériels se sont également succédé, depuis 2000, avec une dernière mouture en mai 2018 qui insiste sur la mobilisation de chacun (collègues, chefs de service, médecins…). La direction générale de la gendarmerie nationale a organisé jeudi 15 novembre une journée d’échanges sur le même thème. Mais rien n’y fait : le risque de suicide chez les forces de l’ordre est invariablement plus élevé que dans le reste de la population, de l’ordre de 36 %.

« Nous sommes très humbles face à un phénomène complexe et un acte qui est toujours multicausal, explique Noémie Angel, sous-directrice de la prévention, de l’accompagnement et du soutien au sein de la police nationale. Dans la population générale, certaines classes d’âge sont plus touchées que d’autres et les hommes se suicident en moyenne plus que les femmes. Sans méconnaître les difficultés inhérentes au métier de policier et son quotidien difficile, il y a un pic chez les hommes de 45 ans particulièrement représentés dans la police. »

La nature même du métier de policier comporte intrinsèquement des risques psychologiques importants. « Ils sont confrontés à des situations professionnelles violentes, ils sont parfois agressés, doivent faire usage de leurs armes… Il y a un risque réel de stress post-traumatique », explique Catherine Pinson, chef du service de soutien psychologique opérationnel de la police nationale. La confrontation permanente aux témoignages des victimes peut également provoquer un « phénomène d’usure professionnelle. Ils travaillent au contact de gens qui sont en souffrance, en situation de dénuement, face à des choses émotionnellement compliquée à gérer ».

Ajoutez à cela les violences de plus en plus lourdes consécutives aux effets désastreux d’une immigration débridée, non seulement acceptée mais de plus en plus encouragée par les plus hautes autorités de l’Etat, et le laxisme, allant parfois jusqu’à la complicité, d’une magistrature adepte du « Grand Remplacement » et vous comprendrez que nos forces de l’ordre se sentent abandonnées et incapables de remplir leurs missions.

Autre facteur aggravant voire facilitant, l’accès immédiat à l’arme de service, utilisée dans un peu plus de la moitié des suicides. « Ça facilite les passages à l’acte très impulsifs. Il n’y a pas ce laps de temps qui aurait pu permettre à la personne de se ressaisir, de recevoir un coup de fil, un message… », prétend Mme Pinson comme pour atténuer la responsabilité des pouvoirs publics et de la justice dans ces actes de désespoir.

D’ailleurs, nombre de policiers pointent du doigt cette responsabilité politique, avec notamment la question des conditions de travail et le cumul de plusieurs millions d’heures supplémentaires, provoquant fatigue et découragement. « Il n’y a aucune fatalité, estime cependant Sébastian Roché, politologue et directeur de recherche au CNRS. La police de Montréal, qui avait un taux de suicide comparable au nôtre entre 1986 et 1996, a réussi en dix ans à le diviser par cinq. Il y a des politiques qui existent, mais la France manque d’outils pour mesurer l’efficacité de chacun des aspects inclus dans les plans d’action. » Sauf que…Sauf que le Canada ne connaît pas une détérioration de son tissu social, induite par l’immigration, d’une ampleur comparable à la notre.

Les forces de l’ordre tentent bien sûr de travailler autant sur la prévention que sur la « postvention ». Les équipes de psychologues se rendent dans les commissariats touchés par le suicide d’un collègue pour conjurer un éventuel « effet Werther », en référence à la parution du livre de Goethe, Les Souffrances du jeune Werther, qui aurait provoqué une vague de suicides « mimétiques » en Europe au XVIIIe siècle. « On réfléchit pour savoir comment éviter l’effet domino quand il y a un suicide très médiatisé », explique Noémie Angel. Le dilemme réside entre la nécessité de parler de cette question afin d’éviter tout tabou et le risque de donner des idées à certains en situation de fragilité.

Le suicide très relayé sur les réseaux sociaux et dans les médias de la présidente des policiers en colère, Maggy Biskupski, a ainsi provoqué une onde de choc dans les rangs de la police et a inquiété les autorités. « J’ai peur que ça soit le suicide de trop… Même si tout suicide est en trop, celui-là est spécial », souffle une source policière. Alors, si ce n’est pas le hasard, le suicide de Mme Biskupski exprimerait-il une nécessité ?

Celle de l’appel au secours, pour tenter de faire enfin bouger les lignes au travers de l’ultime sacrifice.

Le 19 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA, Conseiller aux affaires intérieures, à l’ordre public et à l’organisation du territoire.

Comme nous l’avons déjà écrit, nous nous réjouissons qu’Emmanuel Macron se joigne à nos analyses sur la Libye.

19 Nov

Nous avons longtemps réclamé un changement radical de la politique de la France à l’égard de la Libye après sa catastrophique intervention militaire de 2011 qui a certes chassé le colonel Kadhafi mais a déclenché un tel cataclysme politique qu’en vérité le pays ne s’en remet pas. Nous avons  bien sûr analysé les raisons de cet échec et proposé un certain nombre de mesures permettant de rétablir la paix et la stabilité dans un territoire sans avoir encore été entendus (mot clé « Libye » dans notre moteur de recherche)

Pourtant, depuis son élection, il apparaît qu’Emmanuel Macron se rapproche de plus en plus de nos propositions. Cela a commencé par les deux réunions organisées au printemps dernier à Paris avec les deux principales autorités opposées du pays (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/29/emmanuel-macron-reprend-enfin-nos-arguments-sur-la-situation-en-libye/) dans la perspective de mettre en place un processus électoral permettant de doter la Libye d’un gouvernement unique et d’un parlement consensuel.

L’alignement des planètes était alors idéal pour la France : des Etats-Unis absents, une Italie handicapée par son tropisme en faveur de Tripoli (perçu avec suspicion à Benghazi, siège du pouvoir rival) et une médiation onusienne à la peine.

Depuis, l’Italie, historiquement très investie en Libye mais dont l’analyse diffère de la notre pour la simple raison que ses intérêts sont spécifiques mais aussi du fait qu’elle s’est trouvée marginalisée par les démarches d’Emmanuel Macron, a pris l’initiative d’une conférence internationale, réunie à Palerme – Sicile – la semaine dernière, qui complique la situation plus qu’elle n’aide à la résoudre (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/11/13/faudra-t-il-une-fois-de-plus-oublier-palerme/).

Pourtant, fort de sa bonne relation avec le maréchal Khalifa Haftar, scellée à la fin du quinquennat de François Hollande – à l’initiative de Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la défense –, Paris apparaissait comme la seule capitale capable de réunir autour d’une table les factions rivales de l’Ouest et de l’Est libyens. La connexion avec M. Haftar a été un peu le « cadeau de mariage » de M. Le Drian à Emmanuel Macron, qui l’a puissamment aidé dans son dessein diplomatique sur la Libye.

Mais la recentralisation autour de l’Elysée a suscité de très vives tensions. Dans l’entourage de M. Macron, on plaide le nécessaire rétablissement d’une « cohérence », là où s’envenimaient des querelles de territoire sous la présidence Hollande, notamment entre le Quai d’Orsay, plutôt favorable à Faïez Sarraj, le chef du gouvernement d’« accord national » (soutenu par les Nations unies), et le ministère de la défense, enclin à soutenir le maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, au nom de la lutte antiterroriste. C’était d’ailleurs notre choix dès le départ.

« C’est la fin des contradictions entre les différentes administrations chargées, auparavant, de suivre le dossier libyen, résume un conseiller présidentiel. Désormais, il n’y a qu’une seule politique, et le pilotage se fait à l’Elysée. » Du reste, la présidence ajoute que, tous les vendredis, une réunion sur la Libye est organisée au Quai d’Orsay avec tous les acteurs du dossier.

Fini aussi, assure l’entourage du chef de l’Etat, les bisbilles et rivalités entre les forces spéciales de l’armée et les commandos de la DGSE, les services secrets français. Sous la présidence Hollande, elles résonnaient jusqu’au conseil de défense réunissant, chaque semaine, autour du chef de l’Etat, les principaux responsables de la sécurité en France.

La nouvelle approche élyséenne, qui consacre un changement de méthode plus que de ligne, a toutefois causé bien des ressentiments en interne. Elle a dépossédé la DGSE d’un lien fort avec le maréchal Haftar, soutenu notamment par des vols de reconnaissance identifiant des cibles considérées comme terroristes. « L’arrivée d’Emmanuel Macron a fait perdre la main à la DGSE sur la Libye et renforcé le poids des militaires », commente un ancien de la DGSE ayant œuvré dans cette région. C’est pourtant le bon sens même.

Après son élection, M. Macron a validé la poursuite du soutien à M. Haftar, atout jugé précieux dans la quête d’une solution politique. Selon l’expert des questions de défense Arnaud Delalande, cet appui a récemment pris la forme de transmission d’informations recueillies en Cyrénaïque (est), sur les fronts de Derna et du Croissant pétrolier, par l’avion espion de la DGSE et utilisant la base d’Al-Khadim, à l’est de Benghazi.

La coopération antiterroriste, à l’ouest comme à l’est de la Libye, n’a pas faibli. Mais la relation privilégiée avec M. Haftar, jusque-là centrée sur la seule dimension sécuritaire, a pris un tour plus politique depuis que M. Macron a cherché à la mettre au service d’une solution globale à la crise libyenne.

Le Quai d’Orsay a mal vécu la recentralisation élyséenne, bien que Jean-Yves Le Drian, nouveau ministre des affaires étrangères, n’en ait rien laissé filtrer. « Le Quai d’Orsay est court-circuité par une diplomatie parallèle ! », note un observateur.

L’une des figures élyséennes est incontestablement Paul Soler, un conseiller de l’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major particulier du président de la République. Ancien des forces spéciales, rattaché au 13e régiment de dragons parachutistes et récemment promu au grade de commandant, M. Soler a notamment opéré en Afghanistan, au Kurdistan irakien, au Mali et en Libye lors du soulèvement anti-Kadhafi, en 2011.

Fort de ses réseaux de contacts sur le terrain – où on l’appellerait « Monsieur Paul » ou « Paul Saïd » – ainsi que de ceux de l’armée, il s’est imposé auprès de l’amiral Rogel comme une pièce centrale de l’action française en Libye et dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique. Il fait partie du noyau qui aurait convaincu M. Macron qu’un « coup » diplomatique était possible sur la Libye, confortant le volontarisme initial de l’Elysée….inspiré des propositions du CER.

Pour Michel Scarbonchi, ex-député européen (MRG, radical), reconverti dans les affaires et qui se présente comme l’un des relais du maréchal Haftar en France, Paul Soler est bel et bien « l’homme central du dispositif à l’Elysée sur la Libye ». L’absence de son nom dans l’organigramme officiel de la présidence a fait naître certaines interrogations sur le personnage. Soucieux de désamorcer le risque de fantasmes à son sujet, l’Elysée ne cherche pas à cacher son existence et accepte d’évoquer sa mission présentée comme s’insérant dans un dispositif « cohérent ».

Quoi qu’il en soit, et comme nous l’écrivions ici il y a bientôt un an et demi, « Assez d’erreurs en Libye » *.

Le 19 novembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/07/08/assez-derreurs-en-libye-lue-doit-miser-sur-haftar-et-non-pas-sur-les-branquignols-de-tripoli/).