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Quand l’héraldique se perd dans des chemins de traverse.

16 Juin

Manifestement, toute vérité n’est pas bonne à dire. Même dans des médias royalistes.

C’est ainsi que nous sommes intervenus il y a peu sur le site Vexilla Galliae, à la suite d’un article de M. Marc Auchenne consacré au travail d’un artiste héraldiste Normand, Xavier d’Andeville (http://www.vexilla-galliae.fr/royaute/vie-des-royalistes/2464-interview-avec-xavier-d-andeville-createur-du-blason-de-la-duchesse-d-anjou). Hélas, plusieurs de nos commentaires furent censurés !

Le titre flatteur, qui laissait entendre que ledit héraldiste avait CRÉÉ LE BLASON DE LA DUCHESSE D’ANJOU, nous avait interpellé car nous ne comprenions pas comment on pouvait avoir créé un blason de toute pièce pour Madame la duchesse d’Anjou, née Vargas et épouse de Monseigneur le prince Louis de Bourbon.

En effet, les règles héraldiques concernant le port des armoiries par les femmes sont très claires et très précises. Elles ont d’ailleurs été exposées par le menu dans l’incontournable ouvrage de Rémi Mathieu, « Le système héraldique français« . Les femmes portent généralement les armes de leur père (sans brisure) ou celles de leur époux (également sans brisure). Nul besoin donc de créer, pour elles, des armes fantaisistes ou d’y introduire d’inacceptables brisures.

Or, voici ce que nous dit M. d’Andeville dans son entretien avec Marc Auchenne :

Q. L’année dernière, vous avez réalisé les armes de la duchesse d’Anjou. Comment avez-vous été choisi par la famille royale ?

R. La création à proprement parler (le travail d’héraldiste) a été réalisé par le baron Pinoteau et M. Papet-Vauban, qui connaissent bien leur sujet, mais qui ne dessinent pas. C’est naturellement que nous avons travaillé de concert et que l’idée a pris forme sous mes pinceaux.​

Enfin, pourriez-vous décrire et commenter les armoiries de la Princesse ?

​Les armoiries de la princesse se blasonnent ainsi : d’or, à trois fasces ondées d’azur, chargées de 6 marguerites au naturel, posées 3,2 et 1.

Les fasces ondées sont une référence à la famille de la princesse (les Vargas portent d’argent à trois fasces ondées d’azur, qui sont des armes parlantes : vargas = vagues). Les marguerites font référence à son prénom, et le nombre de 6​ ​à saint Augustin, et à ce que ce chiffre symbolise dans la bible : 6 est le chiffre de la Passion du Christ lui qui a souffert le vendredi, soit le 6ème jour de la semaine, considéré comme le chiffre de l’homme puisqu’il a été créé le sixième jour selon le premier récit de la création ; pour saint Augustin le chiffre 6 représente la perfection : « Dieu créa toutes choses en 6 jours parce que ce nombre est parfait ».

Disons-le tout net : nous fûmes attérés.

D’abord par le fait, certes un peu anecdotique, que les armes Vargas ne sont en aucune façon parlantes ! Vargas n’a jamais signifié  » vagues  » (OLA dans la langue de Cervantes) et, d’ailleurs, aucun généalogiste espagnol n’en connaît précisément l’origine…

Ensuite, le patronyme Vargas est très répandu tant en Espagne qu’en Amérique latine (la famille de la princesse est installée principalement au Venezuela) mais il reste vrai que les armes les plus fréquemment rencontrées dans la familles sont bien  » d’argent à trois fasces ondées d’azur « . A noter également que les brisures y sont rares.

Notons cependant que certains généalogistes hispano-américains ne rattachent pas la famille de la princesse à cette branche espagnole mais à une descendance du conquistador Alonso de Ojeda.

Alonso de Ojeda

Quoi qu’il en soit, si l’on accepte le rattachement aux Vargas ibériques, nul doute que le père de la princesse, Victor Vargas Irausquin (président et propriétaire du Banco Occidental de Descente -BOD- mais surtout troisième fortune du Venezuela) devrait porter  » d’argent à trois fasces ondées d’azur « . Ce que nous n’avons jamais constaté, dans aucune de ses activités.

C’est sans doute ce qui a mis mal à l’aise les créateurs de ces fameuses  » armoiries de la princesse « . Devant un tel faisceau…d’incertitudes, ils ont choisi la solution de la brisure :  » 6 marguerites au naturel, posées 3, 2 et 1  » en jouant sur le prénom de la princesse.

Erreur historique et faute héraldique !

Alors, la plus simple, comme toujours, n’est-elle pas la  meilleure solution ? Que la princesse Marie-Marguerite de Bourbon, duchesse d’Anjou, porte les armes de son époux (qui sont les plus illustres et les plus belles que l’on puisse rêver…)

D’azur à trois fleurs de lis d’or. 

Et l’Histoire comme la science des armoiries seront préservées de toute aventure malheureuse.

Le 16 juin 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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France; pas une province sans armoiries. Faites les vivre!

12 Jan

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Image héraldique d’automne à la touffe de bruyère.

5 Nov

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Anne Behaghel-Dindorf « D’azur à deux bâtons écotés mis en chevron d’argent, accompagnés de deux étoiles d’or en chef et d’un croissant d’hermines en pointe, soutenant une touffe de bruyères » :

Emblèmes, écus et devises

https://www.facebook.com/groups/687075337977043/permalink/1365210023496901/?comment_id=1365534250131145&notif_t=group_comment_follow&notif_id=1478356051652092

Entre héraldique et onomastique : repenser les armoiries parlantes

1 Nov

NDLRB . La  conférence est passée  mais  ce  qui est  dit  ci-aprés  reste plein d’intérêt                                                                                                      Mercredi 1er juin 2016
à 15 heures
Réunion commune de la
Société française d’onomastique
et de la Société française d’héraldique et de sigillographie

Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN), salle d’Albâtre
11, rue des Quatre-Fils – 75003 PARIS

Communication de
Nicolas VERNOT
(docteur en Histoire de l’EPHE)
« Entre héraldique et onomastique :
repenser les armoiries parlantes »

S’il est un domaine où onomastique et héraldique convergent, c’est bien celui des armoiries parlantes. Ainsi sont désignées les armoiries dont le contenu tire son inspiration du nom de leur porteur : le lion de la ville de Lyon, les maillets des Mailly n’ont pas d’autre origine. Si ce type de construction est présent depuis le Moyen Age, sa fréquence augmente en même temps que l’usage des armoiries se répand dans la société, à tel point qu’au moins un tiers des armoiries composées au 17e siècle est parlant.

Plus nombreuses, les armoiries parlantes font assaut d’astuce et d’inventivité pour mettre en valeur le nom qui leur est associé : dans un contexte de compétition sociale intense d’où la vanité n’est pas toujours absente, on s’efforce de favoriser les associations d’idées les plus flatteuses. Mais tous les patronymes ne jouissent pas du même prestige : certains évoquent l’ancêtre mal-né, d’autres heurtent la bienséance, ou, pire encore, sont soupçonnés de porter malheur…

Comment les armoiries sont-elles mises à contribution pour détourner les patronymes connotés négativement ? Plus largement, quels liens sémantiques sont établis entre le nom et les armes, et dans quels buts ? Cette conférence sera l’occasion d’interroger non seulement le rôle social de ces deux éléments fondamentaux de l’identité familiale, mais également les représentations qui leur sont associées, tout particulièrement sous l’Ancien régime.

Page Facebook de Nicolas Vernot                                                                                                                            https://www.facebook.com/nicolas.vernot?fref=nf&pnref=story

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Michel Orcel publie le Dictionnaire raisonné des devises (Tome I).

28 Oct

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AVANT-PROPOS &  REMERCIEMENTS

Paru en 2009, mon « Livre des devises » visait avant tout à combler une carence éditoriale, le dernier dictionnaire de ce genre remontant à la fin du XIXe siècle (il s’agit du « Dictionnaire des devises héraldiques et historiques » de Chassant et Tausin). Mon travail avait également pour objectif d’oeuvrer de façon nouvelle dans un champ qui jusque-là n’était arpenté que par les héraldistes et les érudits à l’ancienne. Outre l’étude que j’y donnais de la devise comme véritable genre littéraire, oscillant entre aphorisme et fulguration poétique, je montrais que l’Occident n’avait pas tout à fait le privilège de ce genre et que, dans divers espaces extra-européens, il existait des répertoires d’énoncés normatifs tout à fait identiques à nos devises. De plus, fait nouveau, cet ouvrage ne se contentait pas d’aligner des noms en face de chaque sentence (à la façon de Chassant et Tausin, puis de Lartigue et Pontbriand dont le travail à compte d’auteur est resté confidentiel), mais procurait une traduction (quand la devise est en langue morte ou étrangère, ce qui est si fréquent), donnait une notice sur l’origine historique ou emblématique de la sentence, et enfin fournissait ses sources.

Hélas, bien que publié aux éditions du Seuil, la diffusion du Livre des devises s’est avérée très décevante. C’est pourquoi j’ai voulu fondre ce premier ensemble dans un second volume, en reprenant sur des frais nouveaux toute ma matière. C’est donc un ensemble de plus de 2700 devises qui est ici présenté. De mon premier travail, celui-ci ne s’écarte que par le resserrement de son champ aux devises occidentales et musulmanes (ces dernières connues et reconnues comme telles depuis le XVIe siècle en France), et par l’apport de nouvelles sources plus riches encore : archives, bibliographies rares, manuscrits numérisés, nouveaux laboratoires de recherche en ligne, tel que le site « Devise » de Laurent Hablot… Ajoutons le tout récent répertoire de Ph. Palasi, qui, bien qu’il se contente, comme ses prédécesseurs, d’aligner les devises sans aucun commentaire, est un outil de recherche désormais indispensable. J’ai parlé des travaux, autrement intéressants de Laurent Hablot. L’évocation de ce chercheur me donne l’occasion de préciser que les critères fondamentaux de ma propre enquête n’ont pas changé et, notamment, que je n’entends pas le mot « devise » au sens chronologiquement très restrictif où il le prend. Le mot a une histoire ancienne, antérieure à la « devise muette » et bien postérieure aussi puisqu’elle n’a pas tout à fait cessé aujourd’hui. Je ne puis, pour ma part, amputer le mot « devise » du sens essentiellement linguistique, et même détaché de l’image, qu’il a pris chez nous depuis plusieurs siècles. La chose est ancienne, car, comme je l’évoque dans ma préface, le Tasse en personne, au XVIe siècle, avait pressenti que le « corps » de la devise disparaîtrait tôt ou tard au profit de l’ « âme ».

S’agissant d’un travail anthologique (un deuxième tome est déjà en préparation), je n’ai pas rompu avec les critères qui avaient guidé l’établissement de mon premier travail. Outre les choix qui tiennent au goût personnel, ou aux pistes imprévisibles qui s’ouvrent au chercheur, j’ai pris pour habitude, sinon pour principe, d’écarter des « mots », non sans beauté sans doute, mais répétitifs et usés (« Libertas », « Semper fidelis », etc.), ou que disqualifie parfois – mais pas toujours – leur caractère adulatoire (devises pour les carrousels de Louis XIV, devises pour Mgr Fouquet, etc.), à moins que leur présence ne se trouve justifiée, par exemple, par leur liaison à une autre devise ou à une image qui leur confère une réelle plus-value historique ou littéraire. La difficulté de la traduction (pensons à « Nec pluribus impar » de Louis XIV), la qualité poétique, l’originalité de la sentence, la relation à l’image (devises allusives et équivoques aux armes ou au nom), la notoriété – ou l’obscurité ! – de leurs possesseurs ont été, parmi d’autres, des critères de sélection.

Il me plaît de dire ici ma gratitude à tous ceux qui ont contribué, chacun à sa mesure, à la construction de ce premier grand devisaire raisonné. Et d’abord à M. Alban Pérès, qui a véritablement collaboré à ce répertoire par ses recherches, ses suggestions, ses apports d’images ou de blasonnements, ses scrupuleuses relectures. Grâce aux nouveaux réseaux sociaux, j’ai pu également bénéficier de l’aide ponctuelle mais soutenue de Mme Anne Behaghel-Dindorf, MM. Nicolas Vernot, Michel Popoff, Michael Y. Medvedev, Hughes de Jonfroy Hughes De Jouffroy Gonsans, Mathieu Chaine, qui m’ont souvent fait profiter de leur profonde science héraldique, au point que je les ai parfois cités dans les notices auxquelles ils avaient apporté une aide décisive. J’ai également usé de l’amitié de M. Federico Bona, spécialiste de l’héraldique des anciens Etats de Piémont-Savoie, et de l’abondant matériel que le voyageur et photographe Marc Tanzi m’a gracieusement soumis. Ce livre doit encore beaucoup à MM. Francesco La Brasca (pour la partie issue du Livre des devises) et Jean-Pierre Lemaire, qui m’ont aidé à débrouiller les devises latines les plus absconses ou fautives, ainsi qu’à M. Paul Demont, qui a bien aimablement rajusté mes souvenirs de grec ancien… Je veux encore remercier M. Bruno Pinchard, qui m’a fait profiter de ses connaissances dans le monde de l’ésotérisme ; M. Hamid Triki, savant historien du monde arabo-andalou ; Mme Claire Boudreau, qui m’a officiellement autorisé à reproduire quelques devises concédées par l’Autorité héraldique du Canada ; M. Laurent Granier, héraldiste lyonnais bien connu ; l’amical Fabrizio Delmastro ; la très regrettée Inès de Baulny, récemment disparue ; le général Ph. Chatenoud, généalogiste et lecteur scrupuleux ; la très aimable Irene Thaon de Revel ; Mmes Luisa Gentile, Elena Yarovaya et Loretta Marcon ; Mlle Marie Lambert-Marie Lambert Glasson ; le comte Alessandro Casati, MM. Dominique Delgrange, Christian Dardy, Robert Fohr, Jean de L’Ermite et Bertrand Reynaud.

Je tiens enfin à témoigner de ma reconnaissance à la Société française d’héraldique et de sigillographie, qui, reconnaissant la validité de mes travaux, a bien voulu m’accueillir parmi ses membres.

M. O.

Armoiries de la Corse; Il y a maure et Mort

16 Août

 

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La tête de Maure, emblème de la Corse

              La tête de Maure est un symbole aragonais, vraisemblablement adopté par la Sardaigne et la Corse à l’époque où le royaume d’Aragon dominait les îles méditéranéennes. Le drapeau de la Sardaigne est d’ailleurs très similaire au drapeau de la Corse, à la différence près qu’il comporte quatre têtes de Maure. Il est possible que ce soit en raison de la proximité géographique de ces deux îles que la tête de Maure fut également représentée sur le drapeau corse. Une autre légende célèbre voudrait que l’origine du drapeau corse remonte à l’époque de l’invasion de l’île par les Sarrasins. Dans le but d’impressionner et de décourager leurs adversaires, les soldats corses auraient décapité leurs ennemis et présenté leurs têtes empalées sur des piques. La tête de Maure serait alors devenue le symbole de la victoire des guerriers corses, avant de devenir un symbole national. Cependant, aucune de ces hypothèses n’a pu être vérifiée de façon certaine, et l’origine du drapeau corse garde toujours une part de mystère.

http://www.drapeaucorse.fr/origine-du-drapeau-corse

La face volontairement cachée de l’identité de la France.

15 Août

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Nous avons dû subir pendant de longs mois, avant qu’elle ait la fin piteuse qu’elle méritait, la guignolade sarkozienne pompeusement intitulée « Débat sur l’identité de la France ». Ouvrir ce débat après 1500 ans d’un destin hors du commun ne peut témoigner que de la consternante amnésie des uns et de la perfide volonté de nuire des autres. On y vit d’ailleurs s’affronter, sans la moindre sincérité tant leur connivence est avérée, les gesticulations électoralistes des Diafoirus au pouvoir et les cris d’orfraie des Grands-Prêtres du métissage. En vérité ce débat n’est pas le nôtre. C’est celui de la République, de ses mensonges et de ses échecs. L’accepter c’est se laisser corrompre par une démarche relativiste dans l’air du temps mais dont l’unique objectif est précisément la négation de l’identité française.

Tenter de lire l’avenir de notre pays dans les racines de son histoire et s’interroger sur les menaces qui pèsent sur lui est une démarche éminemment louable et sans doute nécessaire face aux avancées de la barbarie. Mais est-elle suffisante si elle ne donne pas à voir la clé de notre identité ? Fernand Braudel nous mettait pourtant sur la voie dans son livre-testament (1) : « Une nation ne peut être qu’au prix de se chercher elle-même sans fin, de s’opposer à autrui sans défaillance, de s’identifier au meilleur, à l’essentiel de soi, conséquemment de se reconnaître au vu d’images de marque, de mots de passe… ».

Mais quelles sont alors ces « images de marque », ces « mots de passe » qui permettraient aux Français de penser, vouloir, agir, construire ensemble pour vivre et mourir ensemble, en dehors des élucubrations des penseurs de la modernité ? La réponse à cette question est, à nos yeux, des plus simples.

Depuis la nuit des temps les hommes et les peuples qu’ils constituent ont connu le besoin et même la nécessité d’exprimer leur identité par des systèmes emblématiques tant il est vrai, même si cela échappe désormais à nos prétendues élites, que tout emblème est signe d’idéal et de volonté. Cette forme particulière de métaphore connut son apogée en France, « Mère des arts, des armes et des lois », dans la première moitié du XIIème siècle avant de s’étendre à l’ensemble de l’Europe occidentale puis bien au-delà : il s’agit des armoiries et du système héraldique que des règles, si rigoureuses et pourtant si simples, et une langue, si particulière et pourtant si poétique, différencient de tous les autres systèmes emblématiques, antérieurs ou postérieurs, militaires ou civils.

Ce système s’inscrit totalement dans le jeu fondamental du « cacher/montrer » qui caractérise si bien les signes d’identité à ce moment de l’histoire. Nous y voyons d’ailleurs l’une des expressions les plus explicites de ce que l’historien Jacques Le Goff résume si bien lorsqu’il met en valeur l’invention de « l’intériorité » à l’époque médiévale (2) : « Au-delà de l’œil et de l’oreille externes, il y a l’œil interne et l’oreille interne, combien plus importants car ce qu’ils perçoivent, c’est la vision divine, la parole et la rumeur du monde le plus réel, celui des valeurs éternelles ». Et c’est ainsi qu’à la question : « qu’est-ce que la France ? » la réponse, pendant sept siècles et aux yeux du monde, fut toujours : « le royaume des lis ». Ne cherchez pas ailleurs car tout est là…

Lorsque naissent les armoiries, la fleur de lis constitue déjà un très ancien symbole de pureté et de fécondité (on la trouve utilisée en ce sens dans plusieurs civilisations orientales dès le troisième millénaire avant notre ère avant que les gaulois ne se l’approprient et l’installent sur leurs monnaies) mais aussi de souveraineté. Très vite cependant, sous l’influence de Suger, abbé de Saint-Denis, et de Saint Bernard de Clairvaux prêchant sur le Cantique des cantiques, elle acquit une nouvelle dimension à la fois christologique (« Je suis la fleur des champs et le lis des vallées », Cant. -2,1) puis mariale (« Comme un lis au milieu des épines, telle est ma dame au milieu des lis », Cant.2,2) et même cosmique (le semé de fleurs de lis d’or sur un champs d’azur des vêtements royaux, à partir de Louis VI et Louis VII, rappelant que le roi de France est médiateur entre le ciel et la terre, entre Dieu et son royaume).

C’est aussi de cette époque que date l’association de la couleur bleue (azur) à la nation française. Hervé Pinoteau résume admirablement ce caractère si particulier non seulement du roi mais aussi de ses emblèmes : « Notre roi portait ainsi la livrée du Dieu de l’univers… ». Et c’est ainsi que le caractère sacré de la royauté française et l’origine « célestielle » (comme cela se disait autrefois) de sa mission furent à l’origine de ses armoiries puis de celles de la nation française : sur les vêtements, les oriflammes puis l’écu du roi apparurent les fleurs de lis d’or sur un champs d’azur, d’abord sans nombre (semé) comme un ciel constellé d’étoiles, puis réduites au nombre de trois (en l’honneur de la Sainte Trinité) à partir de la fin du règne de Charles V.

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Mais c’est ainsi également que se trouvent réunis dans cet emblème, à la dimension symbolique à nulle autre pareille, l’ensemble des éléments constitutifs de l’identité de la France tels que les rappelle Paul-Marie Coûteaux (3) : la foi partagée, une langue (celle du blason ayant été universellement le Français), des partages historiques (une mémoire, des rituels, un imaginaire culturel, etc.), enfin la souveraineté. Une fois encore nul mieux qu’Hervé Pinoteau ne saurait résumer le lien entre l’emblématique et la symbolique : « Superbe signe apotropaïque, expression d’une royauté dynamique au service de Dieu et donc aidée par le ciel, les armes de France sont emblème de combat alors même qu’il s’agit là de fleurs, lesquelles, chose admirable, mettaient en fuite les bêtes féroces arborées par les autres princes de la chrétienté ».

Lorsqu’en 1964 l’historien Pierre Francastel (dans la préface du catalogue d’une exposition du musée Guimet) affirmait que «…Les signes parlent au premier regard et disent toujours beaucoup plus que ce qu’ils ont pour fonction de dire » il n’imaginait peut-être pas combien ce point de vue pourrait être d’actualité en 2010 dans un débat sur l’identité nationale. Il suffit de voir la pérennité de l’usage des fleurs de lis sur d’innombrables objets de luxe, bijoux, ferronnerie, tissus, objets d’ameublement, etc. pour comprendre combien la mémoire collective est vivante !

Les révolutionnaires ne s’y sont d’ailleurs pas trompés lorsque, dans leur délire destructeur et leur obsession régénératrice, ils abolirent en juin 1790 les armoiries du roi et des particuliers mais aussi, par le fait même, celles de la France. La République ne s’y trompe pas davantage en refusant depuis septembre 1870 un emblème héraldique à la France et aux Français en se cramponnant au seul drapeau tricolore (article 2 de notre Constitution) dont l’histoire apparaît bien mince en regard de celle de la fleur de lis et même d’autres emblèmes qui accompagnèrent l’histoire de notre pays au fil des siècles (4). En effet, ni Marianne, allégorie de la République qui ne s’enracine dans aucun système emblématique, ni les bonnets (qu’ils soient « rouges », « phrygiens » ou « de la liberté ») par trop associés aux débordements de la Terreur (au point d’en avoir effrayé Robespierre lui même !), ni les monogrammes RF (lettres initiales de République française) aux styles incertains et variables, et moins encore les faisceaux de licteur ou autre pelta hérités de la Rome antique ne sont des emblèmes dignes de la France ; seul le coq parvient à survivre tant bien que mal grâce à ses accointances…sportives ! Et ce n’est pas le logo tricolore de la République, imposé sans concertation en 1999 par les services du Premier Ministre de l’époque (Lionel Jospin) et qui fleurit depuis sur tous les documents officiels, qui peut en tenir lieu : nous y observons le profil blafard d’une Marianne grimaçante se détournant d’un ciel sans nuage pour se perdre dans le rouge violent du drapeau tricolore.

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Ce terrible particularisme, qui fait de la France le seul pays d’Occident sans armoiries d’Etat, en dit long sur la volonté de déculturation de l’oligarchie au pouvoir qui s’efforce de cacher la véritable face de l’identité de la France sous le faux débat dont on nous a rebattu les oreilles. A l’inverse, dans l’ensemble des pays occidentaux, l’héraldique en général et les armoiries d’Etat en particulier constituent encore aujourd’hui une part essentielle et inaliénable du patrimoine, non seulement historique ou culturel, mais aussi politique. Aucun de ces pays n’a, il est vrai, commis la faute d’élever au rang de religion d’Etat la folle idée de faire du passé…table rase ! Il n’est qu’à voir la vitalité des artistes créateurs en ce domaine autant que des institutions chargées de ces questions emblématiques : les pays du nord de l’Europe sont ici particulièrement imaginatifs tandis que ceux du sud ou de l’est mettent davantage l’accent sur la redécouverte et la mise en œuvre des sources anciennes.

En France seuls quelques rares héraldistes survivent en ayant miraculeusement échappé à la mort lente de l’oubli. Ils ont compris qu’une renaissance est possible par la base et non par le sommet de la pyramide sociale. C’est ainsi qu ‘après la grande vogue des « logos » initiée par les élites post-soixantehuitardes nous observons un regain d’intérêt pour l’héraldique municipale et associative. La parution d’ouvrages spécialisés, l’organisation de colloques ou d’expositions mais aussi le développement de sites internet dédiés à cette science annexe de l’histoire témoignent de la pérennité du besoin emblématique de nos compatriotes, confrontés à une grave et inquiétante détérioration de notre tissu social. Gageons qu’un emblème héraldique d’Etat pourrait avoir de nouveau un rôle favorable sur la cohésion sociale de notre pays comme sur son image de marque au sein de la communauté internationale.

Mais, disons-le clairement, nous n’accepterons pas les vociférations des ayatollahs de la République qui prétendent qu’il est inconcevable (car politiquement incorrect) d’utiliser les armoiries de la France monarchique. Ce sont en effet les mêmes qui nous ont enchaînés à une institution politico-économique dont ils ne cessent de nous vanter les mérites et qu’ils nomment l’Union européenne. Celle-ci est aujourd’hui composée de vingt huit Etats, sept monarchies et vingt et une républiques : tous ces états se sont appropriés, sans le moindre conflit politique ou social, les anciennes armoiries de leurs pays ou de leurs monarques, les considérant comme des signes de souveraineté et de continuité nationale. Au nom de quoi ceux-là même qui, depuis cent cinquante ans, s’avèrent incapables de proposer le moindre projet d’emblème national susceptible de réconcilier, de rassembler et de mobiliser nos compatriotes leur interdiraient-ils de redécouvrir et d’adopter les armoiries qui accompagnèrent les gloires de la France pendant tant de siècles?

En ces moments où les menaces s’accumulent autour et au sein même de notre pays, il faut nous dresser contre cette nouvelle tyrannie des temps modernes afin que les armes de la France redeviennent un signe d’espoir et d’une mission sacrée. Alors…à vos armes citoyens !

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Le 15 août 2016, Fête nationale de la France.

Jean-Yves Pons, CJA, Conseiller aux Affaires intérieures, à l’ordre public et à l’organisation du territoire du CER.