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Et c’est là que les Athéniens s’atteignirent…

30 Mai

L’heure de vérité ne va pas tarder à sonner pour l’Union européenne. Ce qui, ne le cachons pas, nous réjouit. Quand la pandémie a frappé l’Italie en février puis le reste du continent, l’Europe se remettait à peine de la crise de la zone euro de 2012-2015 et les disparités économiques entre les pays européens étaient béantes. La récession historique provoquée par la crise sanitaire et le confinement qu’elle imposa vient de nouveau accentuer ces divergences : les pays les plus touchés en Europe sont les plus endettés et les moins en mesure de consacrer des moyens importants à la relance économique. Autrement dit, le sud de l’Europe va très mal tandis que le nord va plutôt bien.

A moyen terme, ces écarts croissants entre les Vingt-Sept mettent à mal l’Union européenne (UE) : une nouvelle crise de la zone euro, une montée de l’euroscepticisme, de nouvelles fractures au sein d’une construction déjà secouée par la succession en dix ans de plusieurs crises (financière, migratoire et le Brexit). En résumé, pour nous, il est urgent de quitter ce rafiot qui prend eau de toute part.

« Si nous n’agissons pas de manière déterminée, nous verrons des distorsions croissantes sur le marché unique et des inégalités sociales déstabilisantes », a ainsi lancé Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, en présentant son plan de relance de 750 milliards d’euros mercredi 27 mai. Voila pourquoi, a expliqué la présidente de la Commission européenne, elle souhaite que 500 milliards d’euros soient transférés aux pays les plus touchés par le virus et ses conséquences économiques.

Mardi, la Banque centrale européenne (BCE) ne disait pas autre chose. Dans son rapport sur les risques financiers, elle estimait qu’à terme, si rien n’était fait, « la possibilité de redénomination [c’est-à-dire de sortie de l’euro d’un pays] risque d’augmenter ». Mais, diable, pourquoi avoir attendu aussi longtemps…

C’est un fait, l’ampleur de la pandémie n’a pas été la même dans tous les pays. Certains, comme l’Italie ou l’Espagne, la subissent de plein fouet, à un niveau très élevé. Quand d’autres, comme le Portugal ou l’Allemagne, comptent moins de malades.

Quant au confinement qui a paralysé l’économie mondiale, il a certes concerné la plupart des Vingt-Sept, mais il y a été moins long et moins difficile dans les pays qui s’en sont le mieux sortis, particulièrement l’Allemagne. De plus, certains secteurs mettront bien plus de temps que d’autres à se remettre de cet épisode. Ainsi, le tourisme et le transport aérien, pour n’en citer que deux, ne sont pas prêts de renouer avec leur niveau d’activité d’avant l’apparition du Covid-19. Mais, au fond, quel analyste sérieux pourrait vraiment le regretter ?

Hélas et manque de chance, les pays qui sont les plus touchés – notamment l’Italie et l’Espagne – sont aussi ceux qui sont les plus dépendants de ces activités. D’autres Etats du sud de l’Europe, que le virus avait relativement épargnés et qui se sont défendus comme des diables, comme la Grèce ou le Portugal, plongent avec la chute du nombre de visiteurs.

Ce sont ces mêmes pays qui ont le moins de moyens budgétaires – parce que déjà très endettés depuis la crise financière de 2008 – pour soutenir leur économie face à la crise. Conséquence, comme le montrent les dernières prévisions de la Commission, publiées début mai, l’Europe du Sud tombe en récession, en 2020, bien plus fortement que ses partenaires du Nord. Et ses capacités de rebond sont, à en croire les projections pour 2021, également moindres.

Ainsi, après des années de réduction de la sphère publique, et en proie à une dette qui reste très élevée malgré des années d’austérité, la Grèce plonge économiquement. L’Espagne et l’Italie ne font pas beaucoup mieux, avec, elles aussi, une baisse de leur produit intérieur brut (PIB) supérieure à 9 % cette année. Quant à la France, elle arrive juste derrière, dans ce triste palmarès. Ce qui n’est guère brillant.

Dans ce contexte, ces pays se restreignent aujourd’hui. Et cela se constate par plusieurs indicateurs. Ainsi, alors que les aides d’Etat que la Commission a autorisées depuis l’apparition du virus s’élèvent à 1 900 milliards d’euros, plus de la moitié (996 milliards) vient d’un seul pays : l’Allemagne, soit 29 % de son PIB. La France (324 milliards d’euros) dépense en comparaison 13,4 % de PIB, l’Italie 17 % et la Belgique 11 %. En Espagne, le montant tombe à 2,2 % seulement…(Pedro Sanchez est décidément le pire de chefs de gouvernements).

Shahin Vallée, économiste à la London School of Economics, s’est penché sur la différence entre ce que font la France et l’Allemagne. Ainsi, les dépenses directes en Allemagne sont deux fois plus importantes qu’en France, tout comme les garanties apportées par l’Etat. Mais c’est sur les injections de capital dans des entreprises privées qu’il est le plus élevé : l’Allemagne y a consacré 6 % de son PIB, soit six fois plus que la France. Les deux pays, en revanche, ont débloqué environ 2 % de leur PIB pour des mesures de liquidités (en accordant par exemple des délais de paiement pour les charges ou les impôts).

« Tant que les pays d’Europe du Sud ne sauront pas quel sera l’accord européen pour un plan de relance, ils ne s’autoriseront pas à dépenser plus – et à s’endetter plus – pour soutenir leur économie », explique M. Vallée. D’autant « que nous sommes également dans un monde où la réaction de la BCE est incertaine, après la décision de Karlsruhe [la Cour constitutionnelle allemande a récemment critiqué l’action de la banque centrale]», poursuit M. Vallée (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/05/17/les-juges-de-la-cour-constitutionnelle-dallemagne-sont-nos-allies/).

Que ce soit Rome, Madrid ou Athènes, et même dans une moindre mesure Paris, ces pays veulent à tout prix éviter de se retrouver dans une situation où, dans deux ans, Bruxelles leur demanderait de retrouver le chemin de la consolidation budgétaire, ce qu’ils seront bien incapables de faire. Dès lors, ils auraient de plus en plus de mal à se financer sur les marchés et, pour ceux en tout cas qui appartiennent à la zone euro, il n’y aurait pas d’autre solution que d’accepter une mise sous tutelle, comme Athènes l’a déjà vécu il y a dix ans.

« Le projet européen risque de sombrer. Il est clair que si les divergences économiques entre pays européens augmentent et si la crise accroît les différences entre divers pays européens, au lieu de [les] diminuer (…), il sera très difficile de le maintenir en l’état », a répété à plusieurs reprises Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’économie. L’UE joue donc très gros dans cette crise, estime Mme von de Leyen : « Soit nous agissons seuls, laissant derrière nous les pays, les régions et les gens et nous acceptons une Union de riches et de pauvres. Soit nous prenons la route ensemble. »

Mon Oeil !

Le 30 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Paul Turbier. Emmanuel Macron L’homme qui n’aimait pas ses  » sujets »

25 Mai

hdjoyeuse_epee_charlemagne_fourreau 2 Notre président semble avoir un penchant pour la rôle de roi. Il se comporte volontiers en monarque, décide seul, nomme et révoque, distribue des millions (qu’il n’a pas), aime la fréquentation des grands de ce monde. Sauf qu’il lui manque un petit quelque chose, un rien, un détail  qui le distinguerait d’un vrai roi et en particulier d’un roi de tradition capétienne. Car ces rois là aimaient leur peuple et leur peuple les aimait y compris pour le dernier d’entre eux, Louis XVI qu’une coterie révolutionnaire a conduit à la guillotine bien qu’il ait refusé que le sang de ses sujets ait coulé pour le défendre.

Or, notre président  ne semple pas aimer le peuple et le peuple, par conséquent, ne l’aime pas non plus. Il est vrai que ne nos jours parler d’amour en politique n’est pas chose courante..
Paul Turbier
( Yvelines)

Ce n’est pas le virus qui fait l’épidémie, c’est l’homme.

23 Mai

Et, dans un article récent, l’immunologiste Norbert Gualde, professeur à l’université de Bordeaux, s’appuie sur deux cartes animées publiées par le New York Times (https://www.nytimes.com/interactive/2020/03/22/world/coronavirus-spread.html) pour résumer la situation : « Le virus est sédentaire : il n’a aucun moyen de locomotion. Pour se déplacer, il lui faut passer de corps en corps. C’est ce qu’exprime l’étymologie du mot épidémie : le terme est emprunté au latin médical “epidemia”, lui-même issu de la racine grecque “epidemos” – “epi”, qui circule, “demos”, dans le peuple. »

La première carte donne le vertige. On y voit d’immenses flux de petits points verts se déplacer en étoile autour des métropoles : fondés sur les données de géolocalisation des téléphones portables, ces mouvements enregistrés pendant le Nouvel An chinois retracent les centaines de millions de voyages qui ont permis au coronavirus de conquérir la Chine depuis la ville de Wuhan. Au milieu du nuage de points verts, figurent nombre de petits points rouges – ce sont, précise le New York Times, les personnes infectées par le SARS-CoV-2.

Le graphique suivant n’est guère plus rassurant : cette fois, les dizaines de milliers de points se dirigent vers Tokyo, Manille, Milan, Dubaï, Athènes, Buenos Aires, Islamabad, Los Angeles, Moscou, Singapour et Hongkong. En ce mois de janvier 2020, le New York Times recense 900 trajets par mois vers New York, 2 000 vers Sydney, 15 000 vers Banghok. Lorsque les vols au départ de Wuhan sont suspendus, fin janvier, il est déjà trop tard : les liaisons aériennes qui quadrillent le monde ont permis au virus de s’implanter sur tous les continents. « Dès la fin janvier, l’épidémie est présente dans plus de 30 villes et 26 pays », précise le quotidien.

Ce que nous résumons souvent par notre critique (pour ne pas en dire plus) de la mondialisation comme du tourisme de masse.

Le Covid-19 montre en effet que si les maladies contagieuses apparaissent plus aisément sous certains cieux, elles restent rarement prisonnières des « topographies médicales » imaginées aux XVIIe et XVIIIe siècles. Comme ses prédécesseurs, le virus s’est promené dans le vaste monde au gré des voyages des hommes : il est monté avec eux dans les trains, a emprunté des vols long-courriers, a séjourné dans des bateaux de croisière, a pris des autobus de banlieue. Le coronavirus est un « passager clandestin planétaire » qui suit pas à pas nos déplacements, résume le géographe Michel Lussault : comme toutes les épidémies, il raconte les allées et venues des hommes.

Née en Chine (décidément foyer initial de bien des malheurs) , la « peste noire » met ainsi plus d’une quinzaine d’années, au Moyen Age, pour atteindre l’Europe. Apparu au début des années 1330, le mal emprunte déjà, au rythme des déplacements humains, les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe jusqu’à Caffa, un comptoir génois de Crimée où se joue le « futur drame de l’Occident », notent Stéphane Barry et Nobert Gualde dans La Peste noire dans l’Occident chrétien et musulman (Ausonius, 2007).

Le mal se propage au fil des mois sur les côtes de la mer Noire, en Grèce, en Crète, à Chypre, avant de débarquer, le 1er novembre 1347, dans le port de Marseille. Il emprunte ensuite les voies commerciales terrestres et fluviales : la peste franchit les Alpes, frappe la Suisse et progresse vers l’Allemagne et les Pays-Bas. En Europe du Nord, elle traverse à nouveau la mer pour se répandre en Angleterre, puis, en 1349, en Irlande et en Ecosse. En 1350, elle atteint la Scandinavie, puis tout l’espace hanséatique, avant de toucher Moscou en 1352.

Si les épidémies empruntent volontiers les routes commerciales tracées par les hommes, elles savent aussi tirer habilement parti des conflits militaires. Lors de la guerre de 1870-1871, les troupes françaises et prussiennes disséminent ainsi la variole sur l’ensemble du territoire. Puis les réfugiés de Sedan propagent l’épidémie en Belgique, où elle fait plus de 33 000 morts en 1870-1872. Les volontaires italiens qui ont combattu en Côte-d’Or l’implantent à Naples, Milan, Turin et Gênes en rentrant chez eux. Les Français qui fuient les combats emportent le virus en Angleterre, où il provoque plus de 40 000 morts en 1871-1872. De ces pays, l’épidémie se répand en Irlande, en Ecosse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède, en Autriche et en Russie avant de conquérir les Etats-Unis, le Japon, le Chili, Hawaï, l’Australie, Bornéo, Ceylan et l’Inde. Dans la seule Europe, l’épidémie fait 500 000 morts. Mais ce n’est pas fini…

Une cinquantaine d’années plus tard, au début du XXsiècle, c’est une nouvelle fois la guerre qui précipite la diffusion planétaire de la grippe espagnole. « L’épidémie, qui est repérée au Kansas au début du printemps 1918, franchit l’Atlantique grâce au premier conflit mondial, explique le géographe Freddy Vinet (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/19/utile-rappel-aux-amnesiques/). La progression du virus suit les mouvements de troupes : au printemps 1918, les soldats américains envoyés sur le front diffusent le virus dans toute l’Europe, et à l’automne 1918, les militaires engagés sur le sol européen retournent chez eux en disséminant cette fois le virus dans les territoires coloniaux et les pays alliés. » L’auteur reconstitue en détail l’itinéraire de cette épidémie qui a fait plus de victimes que la première guerre mondiale. « Pour un virus se transmettant par voie respiratoire, les déplacements de troupes à l’échelle du globe sont une aubaine, explique-t-il. En 1918, plus de vingt pays sont en guerre, auxquels s’ajoutent les empires coloniaux la quasi-totalité de l’Afrique, les Indes britanniques, les Indes Orientales néerlandaises (Indonésie), la Caraïbe… Les seuls recoins de la planète épargnés par le virus le doivent à leur isolement ou à des quarantaines strictes. »

Comme le bacille de la peste ou le virus de la grippe espagnole, le Covid-19 a envahi la planète en se glissant discrètement dans les bagages des hommes. Mais il l’a fait à une tout autre allure : la peste médiévale avait mis près de vingt ans pour passer des terres mongoles au port de Marseille, et le virus de la grippe espagnole, une année pour se répandre sur toute la Terre. Le coronavirus a, lui, mené une guerre éclair : apparu au mois de décembre en Chine, il a franchi les frontières et les océans à une vitesse foudroyante. Le 8 mars, plus de 100 pays avaient déjà signalé des cas de Covid-19. Une évolution en rapport avec la vitesse des déplacements humains.

Que nous disent ces épidémies de la géographie du monde ? En quoi témoignent-elles de notre manière d’habiter la planète ? La « peste noire » médiévale racontait la vitalité des routes commerciales entre l’Asie et l’Europe, et la grippe espagnole, l’ampleur des transports de troupes pendant la première guerre mondiale. Pour le géographe Michel Lussault, le SARS-CoV-2 est le signe que notre monde est devenu un « buissonnement d’interdépendances géographiques » : le moindre événement local se diffuse désormais sans délai à l’ensemble de la planète à la manière du battement d’ailes du papillon évoqué en 1972 par le météorologue Edward Lorenz. Est-ce un témoignage des progrès de l’humanité ou, au contraire, de la folie de l’homme ?

Nous sommes d’ailleurs confrontés aux mêmes interrogations avec l’apparition puis la propagation de maladies tropicales (parfois graves) comme la dengue, la fièvre zika ou le chikungunya sur notre propre territoire avec l’introduction du moustique-tigre à partir des échanges commerciaux internationaux (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/18/quand-le-monde-decouvre-linstallation-en-france-et-les-dangers-du-moustique-tigre/).

Pour l’économiste Laurent Davezies, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, le coronavirus remet frontalement en question nos modes de vie : « La mondialisation a fait reculer la pauvreté comme jamais dans l’histoire de l’humanité mais elle a précipité l’extension de l’épidémie. La densité urbaine des métropoles a boosté l’innovation technologique mais elle a favorisé les contaminations. Le SARS-CoV-2 nous montre que la concentration et la mobilité qui régissent désormais la planète peuvent engendrer de graves périls. »

Si les hommes se sont toujours déplacés, le monde contemporain est en effet caractérisé par une explosion mobilitaire sans précédent. « Tout bouge, sans cesse : objets, marchandises, matières, données, informations, humains, animaux, et tout emprunte des voies innombrables – terrestres, maritimes, aériennes, satellitaires, filaires, constatent Michel Lussault et Cynthia Ghorra-Gobin, en 2015, dans la revue Tous urbains (PUF). Tout est sans cesse en contact avec tout et cela témoigne de la vigoureuse montée en puissance des pratiques mais aussi des imaginaires et des cultures de la connectivité. » Oubliant le bon vieil adage :  » Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées  » !

Les déplacements à l’intérieur des frontières ont beaucoup augmenté : un Français parcourt en moyenne près de 15 000 kilomètres par an contre moins de 10 000 en 1980. Le nombre de voyages à l’étranger a, lui aussi, explosé : en 2018, près de 1,5 milliard d’individus ont, au cours de l’année, franchi une frontière pour effectuer, loin de leur domicile, un séjour de moins d’un an, ce qui représente une progression de 50 % en une décennie. La tendance à franchir toujours plus les frontières est pire qu’une mode ou une anomalie, résume François Héran, professeur au Collège de France : c’est une « lame de fond ».

Pour Laurent Davezies, cette mobilité représente une « transformation radicale ». « Pendant des siècles, les Français avaient été assignés à résidence dans un territoire. Mais aujourd’hui, tout a changé : selon le sociologue Jean Viard, le travail, entre la naissance et la mort, ne représente plus que 12 % à 13 % de notre vie. L’immense plage de temps libéré par ce recul des contraintes professionnelles est consacrée à des activités qui supposent des déplacements – faire des études à l’étranger, visiter une ville pendant les vacances, partir en week-end, effectuer des visites familiales pendant la retraite. »

Les marchandises, elles aussi, ne cessent de se déplacer. Dans un livre publié en 1996, Mondialisation, villes et territoires (PUF), l’économiste Pierre Veltz décrivait les rouages de l’« économie d’archipel » composée par le réseau planétaire des grandes régions urbaines. « Ces métropoles concentrent l’essentiel des flux de toute nature, et notamment ceux d’une production industrielle de plus en plus éclatée, explique-t-il. Pour fabriquer une brosse à dents électrique, les piles viennent de Tokyo, l’assemblage est fait à Shenzhen et les tests aux Philippines. L’acier vient de Suède et le plastique d’Autriche. Au total, les composants parcourent plus de 30 000 kilomètres par air, par mer ou par route, avant de servir le marché californien. »

UNE PURE FOLIE…

Dans cette nébuleuse hyperconnectée qu’est devenu le monde, les villes jouent un rôle capital. L’urbanisation de la planète est, selon Michel Lussault, une mutation comparable à celle du néolithique ou de la Révolution industrielle : aujourd’hui, plus de 4 milliards de personnes vivent en ville – et toutes ces zones urbaines sont reliées. « Loin de se réduire à un centre historique et à un quartier d’affaires, la métropole contemporaine doit plutôt s’appréhender comme un entrelacs de réseaux qui mettent quotidiennement en relation des lieux de formes, de tailles et de fonctions très diverses », analysent le géographe Eric Charmes et le politiste Max Rousseau dans un article publié sur le site de la Vie des idées.

Cette révolution ne s’est pas contentée d’engendrer des « ville-monde » comme New York, Londres ou Tokyo : elle a également fait disparaître les frontières qui séparaient les villes des campagnes. « Aujourd’hui, en France, le monde rural est habité par des gens qui sont en relation permanente avec le monde urbain, souligne Laurent Davezies. La moitié des actifs qui vivent à la campagne travaillent en ville et tous fréquentent des circuits de consommation situés dans des territoires urbanisés. Les va-et-vient sont permanents au point que certains géographes ont renoncé à utiliser les termes rural et urbain : ils parlent simplement d’une variation de la densité. Il n’y a pas de changement radical de mode de vie entre ces deux mondes. »

Selon le géographe et urbaniste Jacques Lévy, cette culture mondiale de la mobilité a provoqué un véritable changement d’échelle du monde. « A l’époque de la peste médiévale, les villageois se déplaçaient dans un réseau, comme nous, mais à l’échelle de la marche ou du cheval, explique le professeur à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. La modernité a inventé un espace d’échelle mondiale à partir des espaces préexistants d’échelle inférieure. Certaines civilisations anciennes avaient imaginé sans y croire qu’un jour, elles pourraient se pencher au-dessus d’une corniche pour regarder l’ensemble du monde. Nous y sommes. »

Le plus étrange, poursuit Jacques Lévy, c’est que cette stupéfiante mutation s’est accomplie en l’absence de révolution des transports. « Les voitures et surtout les avions ne vont pas tellement plus vite que dans les années 1950, constate-t-il. L’explosion des mobilités n’est donc pas liée au changement de la vitesse nominale des transports mais au bouleversement des pratiques sociales. A l’époque préfordiste, la mobilité était pendulaire – elle se résumait aux trajets domicile-travail. Avec le fordisme, s’y sont ajoutés des voyages liés aux vacances et aux loisirs. Aujourd’hui, le trajet domicile-travail ne représente plus que 20 % des déplacements. »

Pour illustrer ce changement d’échelle, Jacques Lévy, Ogier Maître et Thibault Romany ont imaginé en 2016, dans la revue Réseaux, une nouvelle manière de cartographier le monde. A la métrique euclidienne classique – la distance kilométrique entre deux points –, ils ont substitué, pour 35 villes de plus de dix millions d’habitants, une « métrique de réseau » fondée sur le temps de transport entre les mégapoles. Cette carte ne cherche pas à représenter la topographie physique : elle s’efforce de dessiner les nouvelles lignes de force de l’espace mondial, faites de « réseaux et plus particulièrement de rhizomes ».

Inventé en 1980, par Gilles Deleuze et Félix Guattari, le concept de rhizome désigne des réseaux aux frontières floues dont les éléments s’influencent en permanence les uns les autres. Depuis la fin du XXsiècle, les « rhizomes ouverts de l’individu, urbain et mondialisé, contemporain » ont remplacé les « petits pays enclavés du paysan », conclut l’article. « Notre carte fait apparaître des ensembles que les transports ont rapprochés, même s’ils restent éloignés en kilomètres, ajoute Jacques Lévy. Cette trame du monde qui met en exergue les lieux forts et les liens rapides correspond parfaitement à la géographie de l’épidémie : le coronavirus colle à la planète interconnectée. »

C’est en effet en parcourant ces rhizomes que le coronavirus a conquis le monde à la vitesse de l’éclair. Il ne s’est pas contenté d’emprunter les avions, les bateaux ou les trains : il a prospéré dans les espaces publics interconnectés du monde contemporain que sont les gares, les stades de foot ou les galeries marchandes, ces lieux de sociabilité intense où les hommes se frôlent avant de se connecter à un autre pôle, un autre réseau, une autre ramification. « A l’échelle mondiale, l’infrastructure spatiale de cette épidémie, ce sont les hubs – les hubs stricto sensu que sont les aéroports, mais aussi les centralités plus spécialisées que sont, par exemple, les centres commerciaux », résume Jacques Lévy.

Avec la pandémie de Covid-19, la planète urbanisée et hyperconnectée de ce début de XXIe siècle s’est révélée extrêmement vulnérable : pour un virus aussi contagieux que le SARS-CoV-2, les flux, les rhizomes, les plates-formes, les liens et les réseaux constituent un véritable paradis. La lutte contre le coronavirus a donc imposé aux habitants de la planète un revirement radical : il a fallu immobiliser brutalement un monde qui vénérait depuis des décennies le principe de la mobilité. Reprendra-t-il, une fois que la pandémie sera vaincue, sa folle course – au risque de voir renaître de nouvelles épidémies ? Nul ne le sait encore.

Pour nous, cependant, si le « monde d’après » n’est rien d’autre que la copie conforme du « monde d’avant » nous sommes perdus car nous subirons des monstres autrement plus violents que ce coronavirus.

Mais, après tout, ne serait-ce pas là ce qui fut décrit sous le nom d’ Apocalypse de Jean ?…

Le 23 mai 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Avec les invisibles de la Pitié-Salpétrière.

30 Avr

Un grand moment avec Sylvain Tesson. Surtout, ne manquez pas la lecture de l’article écrit par l’écrivain, parti à la découvertes de  » l’armée de l’ombre « du grand hôpital parisien en lutte contre le coronavirus. Il vous donnera une idée de l’extraordinaire travail accompli par nos services de santé non seulement pour tenter de vaincre la terrible épidémie mais aussi pour faire face à l’impéritie des autorités. Oui, vraiment, un grand moment :

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/28/avec-les-invisibles-de-la-pitie-salpetriere-l-ecrivain-sylvain-tesson-raconte-les-coulisses-de-l-hopital-parisien_6037954_3244.html

 

Le 30 avril 2020.

Le Seigneur n’a pas interdit de…rire jaune.

27 Mar

 

En hommage à Albert Uderzo

Le 27 mars 2020.

(Merci+++à GJ)

Alors qu’Emmanuel Macron nous déclare « en guerre » contre l’épidémie de coronavirus…

17 Mar

…et se trompe manifestement d’adversaire

(https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/03/17/les-archives-du-cer-ou-les-francais-ont-la-memoire-courte-5/) ,

des associations ont osé réclamer aux autorités des « mesures urgentes » pour « protéger » les migrants vivant dans le nord de la France afin de répondre à la crise sanitaire liée au coronavirus, dans une lettre dont l’Agence France-Presse a obtenu copie et adressé aux préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ainsi qu’aux maires de Calais et Grande-Synthe où vivent des centaines d’exilés. Quelle indécence !

Cette crise révèle « l’insuffisance des moyens mis en place par l’Etat pour protéger ces personnes, ce qui nous expose tous à des risques accrus », écrivent ainsi 24 associations, dont l’Auberge des migrants et Médecins du monde. « La situation des personnes exilées (sic) est innommable : absence d’hébergement, froid, humidité, stress, fatigue, entassement à plusieurs dans des tentes légères, expulsion quotidienne des lieux de vie, conditions sanitaires déplorables… »

« Comment se laver les mains régulièrement quand le point d’eau le plus proche est à plusieurs centaines de mètres, parfois à des kilomètres, de son lieu de vie ? Comment détecter les symptômes du Covid-19 alors que survivant à la rue depuis plusieurs semaines, la santé de ces personnes est déjà extrêmement fragilisée ? Comment appeler le 15 sans accès à un téléphone, ou à une prise pour le recharger, en l’absence de lieux de répit ouverts la journée ? »

Pour répondre à ces questions, les associations demandent que « le droit à l’hébergement » ainsi que « le droit à des conditions matérielles de vie décentes » soient « appliqués de toute urgence ». Cela doit passer selon elles « par l’ouverture de plusieurs lieux d’hébergement inconditionnels », « la mise en place de sites de distribution alimentaire en nombre suffisant pour limiter les regroupements d’un trop grand nombre de personnes », « l’ouverture de dispositifs spécifiques requis dans le cas de la protection des mineurs isolés » ou encore « le déploiement de nombreux points d’accès à l’eau et au savon ».

En outre, « tout ceci doit s’accompagner d’une information adaptée aux personnes exilées ».

Vous l’aurez compris, nous préférons nous dispenser de tout commentaire…avant 12 balles dans la peau, comme pour tout collabo.

Le 17 mars 2020.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Qu’avons-nous encore à faire dans un pays qui n’existe pas…*

28 Fév

Et qui, en prime, se permet de mordre la main qui le nourrit :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/27/paris-s-indigne-des-propos-de-l-ambassadeur-malien-contre-les-soldats-francais_6031083_3212.html

 

Le 28 février 2020.

Pour le CR, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire par exemple à ce propos :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2020/01/16/sahel-reculer-pour-mieux-sauter/

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/08/07/mali-un-non-pays-porte-a-bout-de-bras-par-la-france/