Depuis 4 jours, Marine Le Pen fait des coups ! C’est de la communication efficace, professionnelle, réactive.L’épisode paroxystique de cette stratégie, c’est l’irruption imprévue de la candidate FN avant-hier à l’usine Whirlpool d’Amiens, pour saboter la venue d’Emmanuel Macron. Tous les paramètres sont réunis pour séduire les médias:

• l’effet de surprise,
• la dimension spectaculaire,
• le sujet emblématique, l’emploi,
• et le message simpliste : « moi je suis avec le peuple ».

Avec un comité d’accueil composé pour l’essentiel de sympathisants FN, c’est en réalité une opération commando très organisée, qui maitrise les codes de l’image, où l’émotion l’emporte sur la raison.

Mais pour qu’une opération de comm’ atteigne son but, il faut que la presse la relaie. Les réseaux sociaux ne suffisent pas. Equation : comment obtenir une couverture médiatique maximale alors qu’on fait une visite surprise incognito ?

Car avant-hier matin, aucun journaliste suivant Marine Le Pen n’est informé de ce « raid ». Miracle !!! A son arrivée sur le site de Whirlpool, Marine Le Pen est accueillie par UNE caméra. Une caméra de BFM TV. Hasard, coup de chance ? C’est possible. A moins que ce ne soit la conséquence de la relation privilégiée qu’entretient une journaliste de la chaine avec l’état-major du FN.*

Résultat : il y a immédiatement des images, reprises par tous.

A ce stade, Communication : Un. Information : Zéro.

Une entrave à la liberté d’informer

Ensuite, l’information a repris le dessus mais en partie seulement.

Après coup, on reste quand même troublé par la façon dont plusieurs médias ont traité cet épisode. Avant-hier soir, la grande question qui taraudait les télévisions, était : qui a gagné la bataille de la communication à Amiens ? Or en faire l’interrogation centrale, c’est déjà entériner l’idée que l’image est plus importante que le fond, à savoir qui peut vraiment aider Whirlpool.

L’information, quand même, a fini par reprendre la main.

D’une part, plusieurs médias, dont la même BFM TV il faut le souligner, ont enquêté sur l’étrange organisation de ce raid éclair de Marine Le Pen.

D’autre part, et surtout, les sociétés de journalistes des 28 plus grands médias français ont, hier soir, vivement dénoncé l’attitude de l’équipe de Marine Le Pen qui « entrave la liberté de la presse ».De TF1 à France 2, du Figaro à Libération en passant par le Monde, du Point à l’Obs, de France Inter à RTL, tous le disent : les reporters qui suivent la candidate ne peuvent pas travailler correctement.

Journalistes sélectionnés, informations dissimulées, la méthode du Front National empêche la presse d’informer. « 

* Vous apprécierez la délation d’autant que, si c’est vrai, il semble que Patrick Drahi, propriétaire de la chaîne et soutien affirmé d’Emmanuel Macron, ait été pris par surprise !

Le 28 avril 2017.