Tag Archives: Arlette Jouanna

Arlette Jouanna « Le pouvoir absolu, Naissance de l’imaginaire politique de la royauté ». Ne pas confondre « monarchie absolue » et « l’absolutisme ».

9 Fév

Le pouvoir absolu, Naissance de l’imaginaire politique de la royauté, Paris, Gallimard, 2014  : 

Le point de vue d’Arlette Jouanna est intéressant et sans doute pas faux. Il est toutefois entaché d’un contresens, d’ailleurs courant même sous l’ancien régime : la confusion entre la formule « monarchie absolue » et « l’absolutisme ».

Mme Jouanna pense que la royauté capétienne, à partir des Guerres de religion et en raison du fait qu’il n’y avait plus d’unité religieuse dans le royaume a, de plus en plus, tendu vers l’absolutisme parce que le roi seul aurait eu la connaissance de la volonté de Dieu, absolutisme qu’elle appelle « monarchie absolue ». Que les rois aient eu la tentation de l’absolutisme, c’est plus que probable ; qu’ils y aient cédé – qu’ils aient eu les moyens d’y céder – c’est moins certain (ne serait-ce que parce que leur pouvoir prenait fin avec la mort : on a vu ce qu’étaient devenues les dernières volontés de Louis XIV). Mais cela n’a rien à voir avec la théorie de la monarchie « absolue ».

Dans l’expression « monarchie absolue », l’adjectif « absolu » ne signifie pas qu’il s’agit d’une monarchie pratiquant une politique totalitaire ou absolutiste : il faut revenir à la signification primitive, étymologique de l’adjectif, « ab-solutus », libre de liens. La « monarchie absolue », c’est une monarchie libre de tous liens envers un clan, un parti, ceux qui financent une campagne électorale, l’opinion publique du moment dans sa versatilité (telle que peuvent aujourd’hui la montrer les sondages), c’est un régime où, à la tête de l’État, il y a une personne qui n’est liée par rien, sinon par ses propres engagements et qui est donc libre de prendre les décisions qu’elle croit les meilleures sans craindre de conséquences fâcheuses, puisque nul ne peut ni prendre sa place, ni intriguer pour choisir son successeur.

Un tel régime n’a rien « d’absolutiste », parce que précisément la personne qui est à la tête de l’État est liée par des engagements qui ont valeur constitutionnelle – dans la monarchie capétienne par le serment du sacre et les lois fondamentales non écrites.

La « monarchie absolue » peut donc et même doit être « constitutionnelle », le roi ne pouvant pas tout, ne se permettant pas tout. En revanche, elle ne peut pas être « parlementaire », car le roi seul est au sommet de l’État, et non le Parlement.

Anne-Lys.

Publicités