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Communiqué du Conseiller aux Armées du CER.Ventes d’armes. Echec sur échec.

8 Août

Après la renonciation du Portugal concernant le Sirocco…. d’autres nouvelles

Le TCD Siroco en transit vers Haïti avec tout son chargement à l'arrière Le TCD Siroco vient en aide à la population haïtienne en transportant 2000 tonnes de fret humanitaire.

On apprenait le 03/08 de sources ouvertes de renseignement que le Portugal avait renoncé en juillet à acheter notre dernier TCD (Transport de chalands de débarquement). Dès le lendemain de la décision portugaise cependant la France avait fait savoir aux autorités brésiliennes (le 31/07) qu’elles autorisaient la vente du « Sirocco » au Brésil… une délégation étant attendue à Paris prochainement.

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Par ailleurs, hier, 05/08, le résident indiquait avoir trouvé une résolution au problème des deux BPC (Bâtiment de projection et de commandement) « Mistral » initialement construits – et conçus – pour la Russie. Le contrat – de 1,2 G€ – a été annulé et la Russie sera « complètement remboursée », ce qui veut dire au moins une sortie financière de 880 M€ (montant approximatif de l’avance russe) pouvant arriver au-delà du milliard, en tenant compte du démontage et de la réexpédition en Russie de l’ensemble des appareils russes installés à bord des bâtiments. Ce qui va de nouveau accroître les coûts pour la France, coûts qui comprennent déjà rappelons-le les frais liés au parcage et au gardiennage des deux unités (5 M€ par mois environ) lesquelles risquent de devenir rapidement des carcasses ne faisant que coûter à l’Etat et par suite au contribuable….

Unknown

Et ce alors même que l’Inde a officiellement annulé le programme de modernisation de son armée de l’air qui devait initialement permettre de placer 126 Rafale… Une débâcle : non ! simplement la preuve que la politique ripoublicaine est décidément à courte vue et qu’elle ne prend pas en compte les réalités de fonds de la politique internationale. On aurait pu deviner depuis longtemps que le contrat indien du Rafale ne serait pas signé et il reste à espérer fermement que celui portant sur la poignée d’avions signé récemment soit effectivement payé….

Par ailleurs, l’avenir des BPC ex-russes risque de poser un problème puisqu’ils sont en voie de n’être plus même bons à être utilisés par les américains pour faire de l’ingénierie inversée sur les systèmes navals russes… (vus que ces derniers retournent en Russie). Espérons qu’à l’inverse du cas de la courbe du chômage ou de la sanctuarisation du budget des armées, le résident ne soit pas de nouveau pris en train de jouer à Pinocchio… dans la mesure où il vient d’affirmer que la France n’aura pas de problèmes pour trouver des acquéreurs aux deux BPC ex-russes, ce à quoi aucun expert ne croit… A moins qu’il ne tienne à les offrir gracieusement…. De préférence à de potentiels ennemis de la France…

Le 07/08/15

CC(r) François Romain, CJA, Conseiller aux Armées du Conseil dans l’Espérance du Roi.

Rafale, affaire à suivre !

13 Déc

 

Après un premier vol en juillet 1986, le chasseur bombardier Rafale conçu et construit par le GIE Rafale, groupement d’intérêt économique (Dassault Aviation, Thalès-Safran) entrait en service opérationnel en 2004 dans l’Aéronavale puis en 2006 dans l’Armée de l’air.

Afin que le GIE puisse monter le dossier du financement des études et de l’industrialisation, l’État lui a passé commande de 286 appareils et lui garantissait un débouché commercial ferme de 11 Rafale par an.

En 2008, lors de l’élaboration de la loi de programmation militaire 2009-2014, le ministère de la Défense avait allégé ses prévisions de dépense en estimant que 5 Rafale seraient exportés sur 2011-2012 et 6 en 2013.

Le malheur est qu’en dépit de son avance technologique incontestable le Rafale n’a toujours pas trouvé preneur à l’export ; l’État reste le client unique, contractuellement obligé de mettre la main à la poche pour acheter 11 avions par an. Et comme la poche n’est pas bien pleine, il importe de remporter au plus vite quelques contrats à l’étranger face à ses concurrents :

–         2 américains, le F16 de Lockheed Martin et le F18 de Boeing

–         1 suédois, le Gripen de Saab aviation

–         1 européen, le Typhoon du consortium Eurofighter

–         1 russe, le MIG35

Les espoirs déçus.

En 2008 le Brésil lançait un appel d’offre international pour l’achat de 36 avions de combat. Malgré les efforts déployés en 2009 et 2010 par N. Sarkozy auprès du président Lula, au 31 décembre 2011 Brasilia n’avait pas encore choisi entre le Rafale, le Gripen et le F18 (1)

Aux premiers jours d’août dernier, C. Amorim, ministre brésilien de la Défense, confiait au Wall Street Journal qu’en raison des difficultés économiques de son pays « le projet n’est pas abandonné mais reporté. Je ne dirais pas qu’une société ou l’autre est favorite ».

Reste à attendre que les mesures de relance des derniers mois produisent leurs effets …ou qu’à l’occasion de son voyage en France,  Dilma Rousseff, présidente du Brésil succombe au charme de F. Hollande.

Également depuis 2008 Paris négocie la vente de 60 Rafale aux Emirats Arabes Unis. En juin 2009 le client demandait que ses avions soient équipés d’un moteur de 9 tonnes de poussée et non de 7,5 tonnes comme celui monté sur les appareils en service dans l’Armée française. Dès lors les négociations butèrent sur le partage du surcout engendré par cette modification…jusqu’au printemps 2011.

En participant au côté de la France aux frappes aériennes censées prouver les bienfaits de la démocratie aux populations de la Tripolitaine, les E.A.U. ont eu le loisir d’apprécier les performances du Rafale. Si bien que fin juillet G. Longuet à l’époque ministre de la Défense ne dissimulait pas sa satisfaction « Avant l’intervention en Libye, la feuille de route technologique incluait un moteur plus puissant. Aujourd’hui la motorisation actuelle a montré toute sa pertinence ». Les négociations reprisent sous de bons auspices, début septembre le GIE pouvait enfin remettre une offre définitive portant sur un avion très semblable à celui équipant notre Armée et il fut convenu de se revoir mi-novembre au Dubaï Airshow. (2)

Dès l’ouverture du salon les représentants du GIE eurent la surprise d’apprendre qu’après avoir jugé leur proposition « inacceptable en terme de prix », les Emirats venaient de consulter Eurofighter et s’apprêtaient à recevoir les gens de Boeing et de Lockheed Martin. Affaire à suivre…

Le Rafale en Inde.

Le méga appel d’offre lancé par l’Inde en 2007 pour l’achat de 126 avions de chasse comportait les clauses suivantes :

–         montant maximum : 10 milliards €

–         sur les 126 appareils, 18 seraient produits dans le pays d’origine et 108 dans une usine indienne qui bénéficierait des transferts de technologie adéquats.

Le 4 novembre 2011 à New Dehli, les autorités locales procédaient à l’ouverture des enveloppes de prix des deux finalistes retenus à l’issue des évaluations techniques : le Rafale de Dassault Aviation et le Typhoon d’Eurofighter.

31 janvier 2012 : le Rafale remportait la mise et après quelques mises au point supplémentaires portant sur le coût d’exploitation sur une durée de 40 ans le contrat devait être signé vers la fin 2012.

Devait car, bien qu’éliminés en avril 2011 les deux constructeurs américains entendaient bien revenir dans le jeu, principalement Lockheed Martin grâce au futur F35 en cours de développement.

En outre début janvier 2012, A. Merkel adressait un courrier au Premier ministre indien, M-Singh lui demandant, au nom de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne, d’accorder la préférence au Typhoon d’Eurofighter,  plus européen que le Rafale quasiment produit à 100% par des sociétés françaises.

Pour comprendre la courtoisie de la dame du couple franco-allemand, il est utile de rappeler la composition du pacte d’actionnaires du consortium Eurofighter :

–         46% pour EADS dont l’Allemagne possède 22,35% du capital et l’Espagne 5,45%

–         33% pour BAE Systems, Angleterre

–         21% pour Finmecannica, Italie.

En Inde la presse locale insiste sur le fait que l’option Rafale est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique. Ainsi en février dernier le Business Standard écrivait que «le choix du Rafale selon des procédures techniques clairement établies est satisfaisant ; cependant il faut se souvenir que le moins cher n’est pas toujours le meilleur» ; l’Hindustan Times était plus agressif « La France n’a pas d’influence dans les parties du monde où l’Inde opère ; elle peut compenser ces lacunes en se montrant généreuse sur les transferts de technologie » après quoi The Indus concluait que « ce contrat doit être un levier pour contraindre la France à coopérer non seulement dans la défense mais aussi dans le nucléaire ».

Une fois mise en terre la graine de chantage vint le temps de semer le doute.

En mars, M. Reddy, député indien, jetait un pavé dans la mare en écrivant au ministre de la Défense pour lui faire part de « manipulations » qui seraient intervenues lors du processus d’évaluation technique du Rafale et remettraient en cause le choix de cet avion, d’autant que « n’ayant jamais été acheté à l’étranger, pourquoi l’Inde le ferait-elle ? ».

L’ennui est qu’en ayant ordonné l’ouverture d’une enquête sur les supposées « manipulations », le ministre de la Défense reconnaissait implicitement que le choix du Rafale pouvait être remise en question. Naturellement Eurofighter s’est engouffré dans la brèche et bien sûr la direction de Dassault Aviation estimait que ce contretemps n’empêcherait pas la signature du contrat d’ici octobre.

Sans doute pour répondre au silence persistant de New Dehli, le 22 novembre J.Y. Le Drian, ministre français de la Défense fit savoir qu’il comptait se rendre en Inde début 2013 « non pour que les autorités politiques s’immiscent dans la négociation commerciale, car il y aurait inversion des rôles. Celui de l’État est de nouer des partenariats stratégiques d’États à État dans tous les domaines, inclus celui de la défense »…mission délicate en raison de l’actualité des dernières semaines.

Au cours de sa campagne, B. Obama avait promis que son second mandat serait « très asiatique ». Et de fait, moins de deux semaines après sa réélection il se rendit en Asie pour une tournée de 3 jours qui l’amena en Thaïlande, en Birmanie et au Cambodge où il assista à un sommet de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Le but de l’opération est double. D’abord rassurer ces États et l’Inde inquiets de l’influence grandissante de la Chine ; ensuite à l’heure où les tensions commerciales entre Washington et Pékin sont particulièrement vives et que la vigueur de l’économie américaine reste insuffisante pour faire reculer le chômage, les États-Unis ont intérêt à resserrer les liens qui les unissent à une partie du monde promise à une croissance moyenne de 5 à 6% sur les 5 ans à venir.

Dans ce contexte il est probable que Washington saura argumenter pour réorienter le choix de New Dehli vers l’un des deux avionneurs américains au détriment du Rafale.

En France, également préoccupé par une économie poussive et le chômage qui en découle, le ministère du Commerce extérieur vient de lancer une campagne «Say Oui to la France » pour attirer les investisseurs étrangers. Il est clair que la sortie du camarade Montebourg qui ne veut pas de Mittal en France tombe à pic !

À New Delhi le quotidien The Economies Times ironise en titrant « le mauvais message au mauvais moment » et de passage en Inde, le maire de Londres enfonce le clou « les sans culottes semblent avoir pris le pouvoir à Paris ».

Dans un tel contexte notre ministre de la Défense devra être très habile pour nouer avec l’Inde « des partenariats stratégiques…inclus dans le domaine de la défense ».

D’un côté Berlin, Londres, Madrid, Rome et Paris, toutes capitales de l’UE, ne présentent pas un front uni face à la concurrence américaine et de l’autre les ministres du gouvernement Ayrault expriment des sons contraires.

En ces temps de vœux…bonne chance Monsieur le ministre !

(1)           Voir « La peau de l’ours », Cri du Chouan, octobre 2010

(2)           Voir « Libye », Cri du Chouan, octobre 2011

Le 12 décembre 2012.

Pierre Jeanthon, membre du Conseil dans l’Espérance du Roi.