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Conseil d’Etat : les crèches de noël peuvent être exposées dans les bâtiments publics

9 Nov

LIBERTÉ RELIGIEUSE    |    INSTITUTIONS FRANÇAISES

PAR GRÉGOR PUPPINCK5 HRS. AGO

Finalement, le Conseil d’État n’a pas imposé à la France une interprétation radicale de la laïcité, et confirme que les crèches peuvent être exposées dans les bâtiments publics pour Noël.

L’ECLJ salue cette décision qui adopte une interprétation inclusive et positive de la laïcité, respectueuse des traditions et du sentiment des Français.

L’ECLJ ( European center  for law  and justice) souligne que la décision du Conseil d’État s’inscrit parfaitement dans la continuité de celle adoptée par la Cour européenne des droits de l’homme dans la fameuse « affaire des crucifix » (affaire Lautsi c. Italie) qui fait référence en Europe sur la question de la présence de symboles religieux dans l’espace public.

Dans cette affaire Lautsi, une vingtaine de pays européens s’était regroupée pour soutenir la légitimité de la présence de crucifix dans les salles de classe des écoles publiques italiennes. Renversant un premier jugement défavorable au crucifix, la Grande Chambre de la Cour européenne avait finalement admis que la présence de crucifix ne viole pas les droits de l’homme. Elle avait considéré en substance que dans les pays de tradition chrétienne, le christianisme possède une légitimité sociale spécifique qui le distingue des autres croyances philosophiques et religieuses et qui justifie que ses symboles puissent légitimement avoir une visibilité prépondérante dans la société. La Cour européenne avait aussi jugé que la présence du crucifix ne suffit pas, en soi, à violer le droit à la liberté de religion des personnes non chrétiennes (voir ici  http://eclj.org/religious-freedom/echr/laffaire-lautsi-contre-litalie une interprétation plus précise de cet arrêt).

Pour l’ECLJ, la distinction entre le religieux et le politique est un fondement de la « civilisation chrétienne » et européenne, elle est une heureuse exception dans l’histoire de l’humanité. Rejeter la « civilisation chrétienne » amènera inéluctablement à confondre le politique d’une part et le religieux ou l’idéologique qui tient lieu de religion d’autre part. Le laïcisme est une idéologie qui, en matière religieuse, se confond avec le politique et finalement réalise le mélange des genres qu’il dénonce.

Face à cela, la Cour européenne, dans l’arrêt Lautsi contre Italie a utilement souligné que le « laïcisme » est aussi un choix idéologique non neutre. Ainsi, il ne serait pas plus « neutre » d’interdire la crèche ou le crucifix que de les laisser, lorsque leur présence est enracinée dans la tradition du pays.

Enfin, il convient de souligner que la reconnaissance accordée par la société à une religion historique ou majoritaire n’implique pas nécessairement la négation de la liberté de religion des personnes étrangères à cette religion ; elle implique seulement d’accepter que la liberté de religion, comme toute autre liberté, s’exerce dans un contexte culturel donné.

Ombres et obscurité de l’Affaire Vincent Lambert

3 Juil

L’arrêt du Conseil d’État dans l’affaire Vincent Lambert comporte de nombreuses anomalies, la principale étant qu’il légalise la première action du Dr Kariger à l’encontre de Vincent Lambert, savoir le priver totalement d’alimentation et partiellement d’hydratation pendant 31 jours, en vue de mettre fin à sa vie, sans avoir respecté aucune des obligations que la loi Leonetti impose aux médecins qui auraient à prendre une telle décision.
Si cette partie de son arrêt fait jurisprudence, il abolit tout un pan de la loi Leonetti, celui qui voulait éviter qu’un médecin seul décide de la vie et de la mort.
Mais il y a d’autres anomalies : l’arrêt du Conseil d’État accepte comme véridique le témoignage (« Vincent Lambert avait exprimé le souhait de ne pas être maintenu en vie s’il se trouvait dans un état de grande dépendance ») de Rachel Lambert, épouse de Vincent, qui, sans avoir rien dit pendant les cinq années qui ont suivi l’accident dont son mari a été victime, « en a parlé pour la première fois au bout de cinq ans simplement pour justifier la décision du docteur Kariger et s’est contredite de manière spectaculaire à huit mois d’intervalle sur le contenu de ces prétendus souhaits » (Me Triomphe, avocat des parents de Vincent).
Or Mme Lambert est demanderesse, donc partie : accueillir comme véridique et certain son témoignage, sans rien pour le confirmer est donc tout à fait anormal. Serait-il totalement véridique qu’il prouverait seulement qu’en pleine santé, Vincent Lambert n’envisageait pas de façon favorable de survivre en grande dépendance, mais non qu’il refuserait actuellement de vivre. On sait que les « intentions » exprimées dans ce domaine ne résistent que rarement à la situation réelle, il faudrait encore qu’elles soient prouvées autrement que par le témoignage d’une personne qui, même de bonne foi (dont je ne doute pas) a intérêt à ce que ces intentions soient reconnues… (de nombreuses personnes qui avaient, en pleine santé, fait une telle déclaration y renoncent lorsqu’elles se trouvent plus tard lourdement handicapées et supportent des traitements lourds : ainsi M. Pozzo di Borgo – la personne qui a inspiré le film Intouchables – qui déclare : « Si vous m’aviez demandé lors de mes quarante-deux ans de « splendeur « , avant mon accident, si j’accepterais de vivre la vie qui est la mienne depuis vingt ans, j’aurais répondu sans hésiter, comme beaucoup:  non, plutôt la mort ! », mort qu’il refuse absolument aujourd’hui).
Le Conseil d’État justifie son arrêt par le rapport des experts, mais seulement partiellement, car il prend une position beaucoup plus tranchée que ce rapport qui fait preuve de beaucoup plus de doutes et de prudence. Ainsi, l’arrêt invoque une dégradation de l’état général de Vincent, mais omet de dire que cette dégradation n’est pas très importante et a été compensée par certains progrès, dont le plus important est que Vincent a recouvré le réflexe de déglutition et que l’on pourrait donc tenter de réintroduire avec prudence une alimentation orale.
Il omet également de tenir compte de l’objection de l’avocat des parents de Vincent qui fait observer que le fait que le Dr Kariger ait, depuis vingt mois, interrompu tous les soins de kinésithérapie et autres qui empêchaient cette dégradation n’est sans doute pas étranger à l’apparition de celle-ci qui pourrait n’être pas irréversible.
Or, le Conseil d’État n’accepte pas seulement qu’on « laisse partir Vincent » (il n’est pas en train de mourir) ou qu’on « cesse de le maintenir en vie » (il est en vie, sans soins ou traitements particuliers, il n’est pas, comme certains le croient, attaché par de multiples fils) mais bien qu’on le tue. Le Conseil d’État accepte qu’on ne nourrisse plus Vincent, qu’on ne l’hydrate plus, avec comme conséquence voulue et recherchée qu’il meure. Pour la première fois depuis l’abolition de la peine de mort, une juridiction française vient de décider la mort d’un homme, un homme incapable de se défendre.
J’ai l’impression que le rapporteur public, Rémy Keller[2], a voulu conforter la position du Dr Kariger, lequel s’est comporté plus en ami de Mme Rachel Lambert qu’en médecin de Vincent Lambert. Mais il est possible que sa position s’explique surtout parce qu’il soupçonne que l’attitude des parents de Vincent serait inspirée par leur foi catholique.
Pourtant, l’amour paternel et maternel pour son enfant suffit à justifier que des parents, catholiques ou non, voyant leur fils s’éveiller et s’endormir, sourire et pleurer, soient persuadés qu’il n’est pas totalement « emmuré dans sa nuit de solitude et d’inconscience », comme le prétend Rémi Keller. Cette formule constitue d’ailleurs un superbe oxymore : comment Vincent pourrait-il souffrir de « solitude » s’il est « emmuré dans l’inconscience » ?
J’ai déjà dit que j’avais bien connu une personne sortie d’un coma profond qui avait retrouvé la totalité de ses capacités et qui affirmait avoir été totalement consciente pendant qu’elle était apparemment dans le coma. J’ai également rencontré une victime du « locked in syndrome » qui m’a dit la même chose. « Tout le monde a entendu parler de Madame Pelletier qui fut ministre de la famille voici déjà quelques décennies. À la suite d’un accident, son mari sombra dans un profond coma pendant de longues années.  Sa femme et ses enfants montèrent sans relâche une garde à ses côtés et, il recouvra peu à peu assez d’autonomie pour naviguer sur son voilier avec l’un de ses fils. Mais l’étonnant n’est pas là, car lorsqu’il put de nouveau parler il apprit à sa famille médusée que durant son coma, il percevait son environnement tout en étant incapable de réagir. », m’a écrit un correspondant. Il y a d’autres cas de ce genre, qui, pour être rares, sont pourtant assez nombreux.
Le doute devant toujours profiter au plus faible, à celui qui est menacé, il me semble donc impossible d’affirmer, devant une personne handicapée incapable de communiquer, qu’elle est « emmurée dans l’inconscience ».
Le serait-elle, d’ailleurs, que cela ne justifierait pas qu’on la supprime comme un vieux chien qu’on pique. La dignité d’un être humain ne dépend pas de sa conscience ou de son inconscience, de sa souffrance ou de son absence de souffrance, de son état de santé. Si l’on admet le contraire, on peut aussi penser qu’un Goering pétant de santé était plus digne de vivre qu’un déporté cachectique, pouilleux, souillé, décharné, incapable de se tenir debout.
Il est vrai qu’on peut se demander quelle est la différence entre la décision du Conseil d’État et celle des lignes suivantes : « Le gouverneur (…)  X…et le docteur en médecine X … x sont chargés, sous leur responsabilité, d’étendre les attributions de certains médecins à désigner nominativement. Ceux-ci pourront accorder une mort dite miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible. »
Devinez qui en est l’auteur. Je vous donne la réponse, il s’agit d’Adolf Hitler.
Et l’on peut se demander pourquoi tant de héros ont souffert la torture, la vie dans les camps de la mort et la mort pour combattre le nazisme, si c’est pour que 70 ans plus tard, la doctrine de celui-ci devienne celle de la justice français

Anne -Lys , CJA.

Vincent Lambert et l’IVV (Interruption volontaire de vie)

27 Juin

Le Conseil d’État était prisonnier de son propre avis selon lequel l’alimentation et l’hydratation par sonde constituaient des « traitements » et non des « soins normaux ».

Ce qui a permis au rapporteur  Rémy Keller de dire cette absurdité : « Aussi douloureuse que soit cette constatation, il faut constater que l’alimentation et l’hydratation n’ont pas d’autre effet que de le maintenir artificiellement en vie ; sa vie se prolonge sous l’effet de ce traitement mais celui-ci n’a aucun effet positif. »

Une absurdité, parce que personne ne pense que donner à une personne l’alimentation et l’hydratation nécessaire à la vie puisse avoir un effet curatif sur quelque état pathologique que ce soit. Il faudrait, en allant aux limites logiques de cette déclaration, cesser d’alimenter toute personne handicapée mais non malade, et ne recevant donc aucun traitement, dont l’état resterait stationnaire sans que le fait de la nourrir et de l’hydrater améliore cet état, qu’elle soit d’ailleurs apparemment consciente ou non[1].

La décision du Conseil d’État, qui présente de nombreuses anomalies[2] pose donc plusieurs questions de fond :

·       -Le seul fait pour une personne lourdement handicapée de ne pas présenter de chances sérieuses d’amélioration et d’être apparemment inconsciente justifie-t-il qu’on mette volontairement fin à sa vie, en créant et légitimant un acte d’IVV (Interruption volontaire de la vie) ?

·       Le fait de nourrir et d’hydrater, par sonde ou intraveineuse, un grand handicapé dont l’organisme fonctionne sans assistance, constitue-t-il réellement un traitement (alors qu’il ne peut avoir d’effet thérapeutique) ou seulement un soin normal ?

Anne Lys, CJA.

[1] De nombreux exemples – j’en ai vus personnellement deux – montrent qu’il est impossible d’affirmer en toute certitude qu’une personne, même dans un coma profond, a fortiori dans une situation « paucirelationnelle », est inconsciente, ce qui devrait obliger à agir comme si elle était consciente.
.
[2] 1 . avoir accepté comme valable le témoignage de Rachel Lambert, épouse de Vincent, affirmant que son mari aurait exprimé le désir de ne pas finir « comme un légume », alors que cette dame (dont je ne mets nullement en doute la bonne foi), sans doute inconsciemment mue par le désir de voir se terminer une situation qui, pour elle, est extrêmement pénible, est partie dans l’affaire ; 2) avoir validé comme légales les actions du Dr Kariger qui, n’ayant pas procédé aux consultations prévues par la loi Leonetti, avait tenté de mettre fin à la vie de Vincent Lambert par la suppression de l’alimentation et la réduction de l’hydratation sans d’ailleurs lui administrer une sédation suffisante pour éviter les douleurs affreuses que cela entraîne.

Juan-Carlos d’Espagne, la situation inconfortable d’un démocrate couronné.

3 Juin

L’abdication du roi Juan Carlos est un bon exemple du fonctionnement d’une démocratie couronnée. Dans ce système cohabitent un législatif-exécutif élu théoriquement coiffé par un monarque héréditaire dépourvu pratiquement de réels pouvoirs.  En Espagne, même l’abdication du roi doit être ratifiée par le parlement, c’est dire si son espace de décision est restreint. La machine claudique car dans un tel contexte l’utilité d’un roi n’apparaît pas clairement et c’est la raison pour laquelle l’homme de la rue à Barcelone à Madrid ou à Séville se pose la question de savoir à quoi il sert et pourquoi on le garde.
La plupart des républiques ( la troisième en France par ex)  ont un président, lui aussi sans réels pouvoirs sans que  personne ne pense à remettre l’institution en question. pourquoi ? Peut-être justement à cause de la discrétion institutionnelle du titulaire. C’est cette même  discrétion qui est la règle dans tout les pseudos royaumes notamment dans les pays scandinaves. La royauté espagnole aurait probablement continué à fonctionner si la famille royale avait su se faire discrète. Or on sait que ce ne fut pas le cas.
La cinquième république qui est en France est dotée d’un président omnipotent dont les pouvoirs, lorsqu’il est adossé à une majorité parlementaire à sa dévotion, sont très proches de ceux d’une monarchie dite absolue. Mais le parallèle s’arrête là car, différence majeure, la présidence est équipée d’un trône limité dans la durée ce qui limite la portée de son action au court terme et donne des espérances folles à des ambitieux aussi nombreux qu’actifs. En outre, le  président, fraîchement élu doit apprendre son métier ce qui lui prend la moitié de son mandat et ensuite il se concentrer sur son éventuelle réélection . Quand gouverne-t-il  autrement qu’à vue ?  Les problèmes de fond dont l’étude et la correction requièrent la durée ne sont donc jamais résolus. La France souffre beaucoup de cette situation.

La solution est bien évidement la monarchie héréditaire dont la forme la plus achevée est capétienne. Mais hélas pour de multiples raisons, principalement sociologiques, cette forme n’est pas ré-instaurable en France. Que faire puisque couronner une démocratie est, on le voit en Espagne, illusoire ?

La Vème république, dans sa conception et application gaulliènne,  donne une piste avec une séparation des fonctions régaliennes réservées au président et des fonctions administratives confiées à un premier ministre. Deux rouages importants ne sont pas électifs, le Conseil Constitutionnel et le conseil d’Etat sans que personne n’y trouve a redire. ce piont est révélateur et important.   Théoriquement le système tient la route sauf que la pratique en a rapidement montré les limites, à cause de la disponibilité du poste présidentiel qui suscite de pitoyables et dramatiques combats de vautours lors des réélections périodiques.

Et  c’est là que la royauté devient à la fois évidente et nécessaire.

Même aujourd’hui, un roi héritier qui assurerait la défense, les relations internationales, la justice et la conservation du patrimoine (physique, culturel et moral) serait probablement bien accepté.

Mais il ne faut pas qu’il trempe son sceptre dans l’administration, les histoires de partis, la sécu, l’EDF, la SNCF et tout le tremblement de la vie quotidienne.  En Bulgarie, Syméon s’y est enlisé. Le principe de subsidiarité doit ici être réellement appliqué pour que tout le monde détienne la fraction de pouvoir que sa compétence lui permet de maîtriser. On arrive à la fusée trois étages bien connue des royalistes : démocratie directe en bas, indirecte au milieu et monarchie en haut    

Paul Turbier. CJA.

Billets d’humeur d’ANNE-LYS : Le délire liberticide de M. Valls avalisé par le Conseil d’État

9 Jan

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Ce qui est liberticide, c’est de permettre aux pouvoirs publics d’interdire une activité en préjugeant de faits qui ne se sont pas encore produits : jusqu’ici, le « risque grave de troubles à l’ordre public » s’interprétait stricto sensu : le Conseil constitutionnel avait précisé que les mesures de police administrative susceptibles d’affecter l’exercice des libertés constitutionnellement garanties devaient être justifiées par une menace réelle pour l’ordre public, cette menace devant reposer sur des circonstances particulières caractérisant le risque de trouble à l’ordre public dans chaque espèce.

L’autorité administrative ou de police ne pouvait donc invoquer la notion vague de « risque de trouble à l’ordre public », si l’activité qu’elle souhaitait interdire n’avait pas déjà fait l’objet de troubles et si il n’existait, au moment où était prise la mesure d’interdiction, aucun commencement de trouble.

De même, si l’on reconnaît que, en droit français, l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit, il était nécessaire, pour prendre des mesures justifiées par l’antisémitisme d’une personne ou d’un groupement, que cet antisémitisme ait été légalement constaté.

Or, dans l’affaire Dieudonné, d’une part le « risque de trouble à l’ordre public » ne semble exister que dans l’esprit de M. Valls, puisque encore à la minute où j’écris, les spectateurs qui ont payé leurs places pour son spectacle de Nantes ne semblent pas vouloir créer le moindre trouble et il ne se trouve pas non plus de rassemblement hostile souhaitant en créer. Les seuls troubles qui pourraient se produire pourraient donc venir d’actions policières tendant à disperser ces spectateurs qui n’ont commis ni crime ni délit et qui ne sont pas venus pour une manifestation mais pour assister à un spectacle pour lequel ils ont payé leur place.

D’autre part, comme il s’agit d’un spectacle qui semble changer à chaque représentation, il est impossible d’affirmer à l’avance qu’il y aurait eu des éléments antisémites dans la représentation qui aurait dû avoir lieu ce soir.

Le Conseil d’État a donc, ce soir, renversé une jurisprudence bien établie, selon laquelle on ne peut faire subir de limitations à la liberté des individus tant qu’ils n’ont pas effectivement commis de délit ni troublé l’ordre public.

Cette décision est d’autant plus surprenante que M. Valls n’a nullement dissimulé que sa circulaire n’était pas réellement destinée à empêcher des troubles à l’ordre public mais bien à punir Dieudonné et ses partisans de leur antisémitisme réel ou supposé.

Nous savons, depuis le mois de mars, que pour M. Valls, cette jurisprudence était extrêmement gênante, puisqu’il n’avait pas hésité à faire interpeller, retenir, souvent mettre en garde à vue et même en garde à vue prolongée des personnes qui n’avaient, au regard de la loi, commis ni crime ni délit justifiant de telles mesures, n’ayant commis que le délit d’opinion (inexistant en droit) qui consistait à s’opposer aux volontés du gouvernement, soit en militant pour empêcher l’adoption d’une loi, soit, celle-ci adoptée, en militant pour son abrogation, activités parfaitement licites dans un État de droit, tant qu’il n’y a pas empêchement à l’application d’une loi définitivement adoptée et promulguée.

Il est d’ailleurs assez curieux de constater qu’aucune mesure de ce genre n’avait été envisagée contre le même Dieudonné quand sa verve s’exerçait exclusivement contre le Christianisme. Sa « liberté d’expression » devait alors être totalement respectée.

D’ailleurs, M. Valls a expressément exclu * les actes d’antichristianisme de ceux qu’il prétend vouloir éviter… : « Vous veillerez […] à susciter, proposer ou valoriser des initiatives de sensibilisation et de pédagogie préventives contre les comportements racistes, antisémites, antimusulmans ou intolérants », écrit-il, les comportements antichrétiens n’étant pas visés… ! «

*Voir  sur ce blog même. https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/01/08/manuel-vals-a-til-signe-la-circulaire-faisant-des-chretiens-des-citoyens-de-seconde-zone-a-linsu-de-son-plein-droit/

Dieudonné M’bala M’bala-1- Manuel Valls -1-. LE CONSEIL d’ETAT SERAIT-IL ATTEINT DE HOLLANDISME en tentant UNE SYNTHESE DIFFICILE ?

9 Jan

Dieudonné a remporté sa première bataille judiciaire.  En début d’après-midi, le tribunal administratif de Nantes (Loire-Atlantique) a suspendu l’arrêté préfectoral qui interdisait la représentation de son spectacle, Le Mur, dans la commune, jeudi 9 janvier 2014.

La décision a été immédiatement contestée par Manuel Valls : le Conseil d’Etat doit examiner, à 17 heures, la requête en référé du ministère de l’Intérieur.

Pour comprendre la situation, francetv info a interrogé Serge Slama, maître de conférences en droit public à l’université Evry-Val-d’Essonne et membre du Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux (Credof).

Francetv info : Comment expliquer la décision du tribunal de Nantes ?

Serge Slama : La décision du juge des référés ne m’étonne pas. Il n’a pas été démontré qu’il n’y avait pas assez de forces de police pour maintenir l’ordre public. Le préfet lui-même avait affirmé qu’il mettrait en place des hommes, que le spectacle soit interdit ou non.

Le juge a aussi estimé que, même s’il y a des propos choquants dans le spectacle de Dieudonné, ce qu’il dit n’est pas en soi une atteinte à la dignité humaine. L’argument est intéressant : il dit que, de toute façon, ce spectacle a lieu depuis plusieurs semaines. Il y a déjà eu plusieurs représentations, et il n’y a jamais eu d’interdiction.

En revanche, le tribunal administratif rappelle que des procédures pénales sont possibles et que si Dieudonné tient des propos qui tombent sous le coup de la loi, il pourrait être poursuivi.

Le Conseil d’Etat doit examiner l’affaire dès aujourd’hui, à 17 heures…

C’est du jamais vu ou presque ! A ma connaissance, il n’y a qu’un seul précédent où le Conseil d’Etat est intervenu aussi rapidement : l’affaire Canal en 1962, qui concernait une condamnation à mort. Si ça se passe comme ça, c’est que le ministère de l’Intérieur avait pris attache auprès du Conseil d’Etat.

Que peut-il se passer à présent ?

Le Conseil d’Etat va envoyer un message très clair aux tribunaux administratifs sur ce qu’ils peuvent ou non décider. Juridiquement, il est possible qu’il se prononce avant la tenue du spectacle à Nantes [qui est programmé ce soir à 20 h 30].

J’ai tendance à penser que le Conseil d’Etat penche souvent plus du côté du pouvoir, surtout dans ce type de contexte politique très sensible. Et puis l’institution a toujours été, dans son histoire, sensible aux questions d’antisémitisme.

A mon avis, le Conseil va s’arranger pour que l’on interdise les spectacles, peut-être en posant des conditions, une sorte de mode d’emploi. Car il ne faut pas oublier que derrière, il y a la Cour européenne des droits de l’homme : le Conseil d’Etat ne peut pas se permettre de donner un quitus au gouvernement.

http://www.francetvinfo.fr/societe/dieudonne/spectacle-de-dieudonne-une-intervention-aussi-rapide-du-conseil-d-etat-c-est-rarissime_500908.html

ET EN EFFET LE CONSEIL D’ETAT, CE SOIR  vers 18H40 annulant le jugement du tribunal administratif,  A MAINTENU L’INTERDICTION DU SPECTACLE DE DIEUDONNE .

  On peut se demander  si le Conseil d’Etat n’est pas allé un peu trop loin et ce un peu trop vite  .  Ce d’autant plus que les avocats des parties sont à Nantes et le Conseil d’Etat au Palais Royal à Paris. L’avocat de Dieudonné, Me Jacques Verdier , vient d’ailleurs de faire savoir qu’il n’avait naturellement pas eu le temps materiel de se rendre à Paris . Certes, un avocat commis d’office avait pu présenter les arguments de l’humoriste mais il connaissait naturellement beaucoup moins le dossier .. d’où , dixit l’avocat, une violation délibérée des droits de la défense

          Alain TEXIER, CJA.

Ironie de l’histoire ou clin d’œil de la providence  . Le roi au rêgne le plus long  (72 ans)   de  l’histoire de l’Europe, Louis XIV  avait  comme prénom   Louis-Dieudonné. Il est le 64e roi de France, le 44e roi de Navarre et le troisième des rois de la famille Bourbon.

Les Ostensions Limousines et Marchoises au pain sec et à l’eau.

1 Mar

Au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le Conseil d’Etat a interdit, le 15 février, aux collectivités territoriales de financer les plus spectaculaires manifestations religieuses régionales : les Ostensions septennales, célébrées dans une vingtaine de communes en Haute-Vienne mais aussi en Creuse et en Charente limousine. Certains osent y voir « une victoire de la laïcité et de la Libre Pensée » !

Ces Ostensions, à la magnificence quasi andalouse, sont pourtant millénaires.

En 994, le Limousin a été ravagé par « le Mal des Ardents », « une pestilence » selon le bénédictin Adémar de Chabannes (989-1034) : « Des corps innombrables d’hommes et de femmes étaient dévorés par un feu invisible, et partout la terre retentissait de plaintes. » Le crâne de saint Martial, premier évêque de Limoges, sorti de son reliquaire, fut promené dans les rues et le mal disparut. Le rituel s’est étendu aux paroisses avoisinantes et depuis, ces reliques sont présentées à l’imploration des fidèles dès qu’une calamité menace.

Au XVIe siècle, l’Eglise en a organisé la pratique : les Ostensions, encadrées par des confréries, sont devenues septennales (les dernières, les 71e, ont eu lieu en 2009 ; les prochaines, si Dieu le veut, seront célébrées en 2016, ouverture processionnaire le mardi de Pâques, clôture à l’été.

Le caractère patrimonial des Ostensions – pénitents encagoulés, bannières et symboles corporatifs, vêtements et outils traditionnels… – leur vaut le soutien de collectivités pourtant peu portées sur la religion. Les communes les subventionnent – de 2 000 à 20 000 euros selon leurs moyens – et, en 2009, le conseil général a contribué à hauteur de 23 360 euros, le conseil régional, lui, à hauteur de 41 497 euros.

C’est alors que 21 militants limousins ont saisi le tribunal administratif de Limoges pour infraction à la loi de 1905 – « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Celui-ci leur a donné raison et ordonné, le 24 décembre 2009, la restitution des sommes allouées. Six confréries religieuses ont fait appel auprès de la cour de Bordeaux, qui a confirmé le premier jugement, puis trois associations ont à leur tour échoué devant le Conseil d’Etat.

Cette décision rompt le consensus. Les maires, élus départementaux et régionaux, majoritairement de gauche et souvent francs-maçons, votent traditionnellement à l’unanimité les crédits. Et Saint-Junien, bastion historique du communisme limousin, soutient sans réserve ses Ostensions, qui sont parmi les plus spectaculaires. Au nom du respect d’une tradition qui déborde largement le cadre catholique, et d’un intérêt touristique indéniable (les Ostensions attirent tous les sept ans plus de 100 000 visiteurs).

Une demande d’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité est en cours auprès de l’Unesco. Mais, d’ici là, il faudra mobiliser et encore mobiliser pour soutenir ces manifestations. Le Conseil dans l’Espérance du Roi se joindra à toutes les démarches en ce sens.

(armoiries de Limoges avec le chef de Saint-Martial)

Le 1er mars 2013.

NDLRB. Il est aussi possible  de  consulter l’ouvrage de Mmme marie-Christine Grave-du-Bourg  et Alain Texier ( membre du CER)   « Les  clefs des Ostensions Limousines et Marchoises« . Nouvelles Presses du Centre 2009.