Tag Archives: Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI)

Gérard Collomb. Plus nul tu meurs !

23 Nov

Pauvre Gérard Collomb. Il n’en rate décidément jamais une…bonne raison de se taire. Mais peut-être que le grand Chateaubriand avait raison :  » la vieillesse est un naufrage. « 

C’est pourtant lui qui a livré sur la place publique des secrets-défense. Le ministre de l’intérieur a, ainsi, franchi cette frontière entre secret d’Etat et Etat de droit, souvent invisible aux yeux des profanes. Une transgression qui a le mérite de révéler le vrai visage de la République mais qui relève, tout de même, de la compromission du secret de la défense nationale.

Plus d’un mois après des déclarations de M. Collomb, destinées à justifier l’adoption, le 18  octobre, de la loi sur  » la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme « , les services secrets français, après avoir failli s’étrangler, se félicitaient qu’elles n’aient eu aucun écho dans la presse. Alors, de quoi s’agit-il ?

Interrogé le mercredi 27  septembre sur Europe 1 sur les 39 décisions d’assignation à résidence alors prononcées sur de simples soupçons et sans l’intervention d’un juge, le ministre répondait,  » en général, ce sont des personnes pour lesquelles on a eu des renseignements de services étrangers ; donc on ne peut pas les judiciariser tout de suite « . Puis il ajoutait que le renseignement belge était une source du ministère de l’intérieur pour certaines de ces assignations ! Le Premier ministre de S.M. le Roi des Belges a lui aussi failli s’étrangler devant tant de légèreté.

Le ministre de l’intérieur brisait ainsi, en quelques mots, un tabou absolu du monde du renseignement connu sous le nom de  » règle du tiers « . Ce jargon dissimule, en effet, ce qui fonde, aujourd’hui, une bonne part de l’efficacité du renseignement occidental, l’échange d’information entre services secrets. Une coopération sans laquelle, en matière de lutte antiterroriste, un pays comme la France serait  » aveugle « , selon l’expression d’un conseiller du chef de l’Etat qui n’en revient toujours pas de cette  » bourde « .

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et la Direction générale pour la sécurité extérieure (DGSE) reçoivent, chaque jour, des éléments transmis par leurs principaux partenaires, notamment anglo-saxons, concernant la lutte antiterroriste. Ces renseignements constituent le cœur d’un savoir qu’ils tentent, ensuite, d’enrichir. D’un commun accord entre tous les Etats, cette coopération ne peut fonctionner qu’à une condition : QU’À AUCUN MOMENT NE SOIT MENTIONNÉE L’ORIGINE ÉTRANGÈRE DES INFORMATIONS.

Cette règle intangible explique que les notes de renseignements transmis par la DGSI à la justice antiterroriste soient  » blanchies « , c’est-à-dire, expurgées de toute référence à des services de renseignement étrangers. En matière administrative, elle explique pourquoi aucune procédure contradictoire ne peut exister quant aux décisions de perquisitionner ou d’assigner à résidence puisqu’il est interdit de produire les éléments qui en sont à l’origine.

Fin 2016, l’ex-chef de l’Etat, François Hollande avait lui aussi démontré sa conception relative de la raison d’Etat en validant, dans deux ouvrages, l’existence du droit de tuer dont disposait l’Etat. En avril  2015, sur Canal+, il avait également confirmé les révélations du Monde sur le système de collecte massive de données personnelles dont disposait la France, en secret, depuis 2008.

Est-ce ainsi que l’on gouverne en France ? Hélas oui.

Le 23 novembre 2017.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.