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Chez les ados, la lecture régresse, l’illettrisme progresse. Et la France se meurt.

13 Déc

Toutes les études le disent : arrivés à l’adolescence, les jeunes « décrochent », les livres leur tombent des mains. Place aux copains, à la musique, aux longues séances devant l’ordinateur… Selon une enquête réalisée sous l’égide du ministère de la culture et de la communication, ceux – celles, surtout – qui affirment « lire des livres tous les jours » ne sont que 33,5 % à 11 ans, ce maigre pourcentage dégringolant à 9 % quand ils arrivent à 17 ans. A cet âge, les filles sont deux fois plus nombreuses à lire que les garçons. Pire : 14,5 % des enfants de 11 ans disent « ne jamais ou presque jamais lire un livre » et ils sont, hélas, 46,5 %, six ans plus tard, à témoigner de leur désintérêt pour la lecture.

Menée auprès de 4 000 jeunes, interrogés tous les deux ans, de 2002 à 2008 (à 11 ans, 13 ans, 15 ans, puis 17 ans), cette enquête pionnière a fait l’objet d’un commentaire éclairant des sociologues Christine Détrez et Sylvie Octobre, publié dans Lectures et lecteurs à l’heure d’Internet (sous la direction de Christophe Evans, Cercle de la librairie, 2011). « Avec l’avancée en âge, les enfants lisent moins et se détournent des lieux et supports de lecture et l’adolescence apparaît comme le moment-clé de cet éloignement », observent les auteurs.

Les craintes que  suscite ce phénomène chez nombre de parents et de grands-parents a été décuplée par la révolution Internet. La montée du chômage et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir des jeunes générations ont encore aggravé le trouble. Ce qui n’est pas le moindre paradoxe puisque l’abandon de la lecture a peu de chance d’améliorer les conditions de l’emploi !  Avant-guerre et jusque dans les années 1950, c’est-à-dire à une époque où « la majorité des enfants entraient en apprentissage ou dans la vie active à 14 ans », peu de gens se souciaient de savoir si les jeunes, en particulier ceux des classes populaires, lisaient et, moins encore, ce qu’ils lisaient. La raison en est simple: ils lisaient ! Et ils lisaient ce que leurs parents, leur famille, leurs maîtres leur conseillaient de lire. Un point c’est tout.

Le paradoxe aujourd’hui, est que la « massification » scolaire – notamment marquée par la généralisation de l’accès à l’enseignement secondaire et par l’extension de la scolarité au collège après 1976 – s’est accompagnée d’une baisse de la lecture des livres. « Depuis une trentaine d’années, c’est un fait : chaque génération lit moins que la précédente », confirme Sylvie Octobre, qui pourMagazine; Mangassuit ses recherches au département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS) du ministère de la culture.

Tout en estimant que « la question des motifs profonds de cette baisse de la lecture littéraire reste entière », elle avance une explication : dans les années 1980-1990 existait un espoir que la politique menée en faveur du livre (par J.Lang par exemple), associée à la « démocratisation de l’école et de l’université« , allait entraîner une forte fréquentation du livre. En réalité, dans le même temps, le livre s’est extraordinairement dévalué ou banalisé.

Et pourtant on vend beaucoup de livres pour les enfants ou les ados !  Les performances de l’édition jeunesse en témoignent : le chiffre d’affaires est passé de 203 millions d’euros en 2000 à 372,8 millions d’euros en 2011. Aujourd’hui encore, plus d’un livre acheté sur cinq est un livre jeunesse. Est-il lu, pour autant ? Car ce sont, le plus souvent, les parents qui achètent – non les ados… Autrement dit, les parents ou les grands parents, conscients du problème, essaient de reproduire auprès de leurs enfants ce que faisaient leurs propres parents. Ils n’y parviennent hélas que bien peu. Il est vrai qu’ils sont peu encouragés par les pouvoirs publics, l’institution enseignante et moins encore par les médias qui trahissent là l’une de leurs principales vocations.

Quoi qu’il en soit, ces efforts globalement assez vains risquent, dans un avenir proche, de s’essouffler davantage. Aggravation de la crise économique oblige. D’ailleurs, de plus en plus de librairies constatent une baisse de leurs ventes de livres allant jusqu’à 20% .La faute aux « décrocheurs » ?

Mais l’idée que des ados lecteurs arrêtent de l’être laisse perplexes beaucoup d’enseignants: « Dire que les ados décrochent ? J’ai parfois l’impression qu’ils n’ont pas accroché du tout. Qu’ils vivent dans un monde sans livres », remarque l’une d’entre eux. « L’amour des livres, c’est comme pour le théâtre : pour que les enfants aiment ça, il faut qu’ils se rendent compte que les adultes autour d’eux y trouvent plaisir. Pas forcément les parents, bien sûr. Mais ça aide…« .

Certes, le genre et la classe sociale jouent un rôle majeur dans le rapport des adolescents à la lecture – ce qu’une enquête britannique,Young People‘s Reading and Writing (« Lecture et écriture des jeunes gens »), non encore traduite en français, montre avec éclat. Pour « trouver le chemin du livre », mieux vaut être blanche et bien portante, que pauvre et de sexe masculin… Mais la mue qui est en train de s’opérer, boostée par Internet et le numérique, ne dépend pas de ces seuls paramètres. « Le rapport des élites aux livres et à la lecture a changé, relève Sylvie Octobre.L’essentiel, aujourd’hui, quand on veut dominer, ce n’est pas de lire ou d’avoir beaucoup lu, mais d’être capable, dans un système d’hyperinformation, de repérer ce qui va vous servir. Lire Kant ou Flaubert, cela reste utile. Mais ce n’est plus suffisant. » La manière de lire, elle aussi, a changé – radicalement : avec le numérique, la lecture devient fragmentaire, non linéaire. Hugo, Balzac ou Racine y survivront-ils ?

« Quand j’ai demandé à mes élèves de 5e s’ils préféraient lire sur papier ou s’asseoir devant un écran, ils ont choisi l’écran à 99,9 % », déclare une enseignante d’un collège de banlieue. Non pas, précise aussitôt l’enseignante, que ses élèves – de milieu populaire et issus en majorité de l’immigration– ne lisent pas.« Les filles lisent des magazines, les garçons des mangas« , indique-t-elle, sans rire ! Mais cette maigre nourriture risque d’en faire des « adultes désarmés ». Surtout, se désole l’enseignante, « ils se privent d’un bonheur qu’ils n’imaginent pas ».

Et voilà que nous arrive en pleine figure le dernier rapport du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls) ! Ce programme, réalisé par  l’Association internationale pour l’évaluation du  rendement scolaire, évalue les apprentissages scolaires de façon très scientifique. Alors là, accrochez-vous…

Les résultats des jeunes Français se dégradent de façon continue depuis 10 ans : 525 points en 2001, 522 en 2006, et 520 en 2011. Dans le classement international, la France occupe cette année la 29eme position sur les 45 pays évalués dont 23 Etats européens.

Si la France se place au-dessus de la moyenne internationale (500 points), elle se situe nettement en deçà de la moyenne européenne (534 points). Mais les conclusions les plus préoccupantes de l’enquête concernent la chute du niveau de compréhension des textes informatifs et des compétences les plus complexes.

Ainsi, en fin de CM1, une part encore trop importante des élèves a des difficultés en lecture. Ces résultats sont d’autant plus préoccupants que les difficultés qui apparaissent dès l’école maternelle et élémentaire s’amplifient tout au long du parcours scolaire.

Les éditions précédentes du PIRLS avaient souligné la différence de maîtrise de la lecture entre les filles et les garçons. Si cet écart s’est réduit en 2011, c’est en raison d’un nivellement par le bas : les filles lisent moins bien, rejoignant ainsi les performances des garçons. De la même façon, les inégalités de performance entre les élèves se réduisent, mais à la faveur d’une diminution du pourcentage d’élèves avancés (5 % en 2011 contre 7% en 2001).

Les enseignements du PIRLS 2011 complètent le diagnostic établi par PISA, le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves. L’édition 2009 de PISA est venue souligner non seulement la baisse continue du niveau des élèves les plus faibles, mais aussi l’impact particulièrement fort des caractéristiques sociologiques du milieu familial sur les élèves. En d’autres termes, PIRLS comme PISA dressent le portrait d’un système éducatif non seulement inefficace mais aussi dans lequel tous les élèves sont « tirés vers le bas ». Ceci traduit de façon indiscutable l’appauvrissement non seulement matériel mais aussi culturel de notre pays. Vous en connaissez les raisons mais aussi les responsables.

C’est à pleurer ! D’autant que l’on peut (sans sombrer dans un conspirationnisme de mauvais aloi) s’interroger sur l’absence totale de politique volontariste en la matière. Certains ne trouveraient-ils pas quelque intérêt à favoriser l’illettrisme et l’acculturation qui sont deux des mamelles de la conservation du pouvoir ? Souvenez-vous du livre de Sophie Coignard sur le sujet. Lisez-le ou relisez-le.

NOUS DEVONS LES CHASSER  avant qu’ils ne nous tuent !

Le Pacte immoral

Le 13 décembre 2012.
Pour le Conseil dans l’Espérance du Roi, JYP Conseiller à l’Instruction publique et à l’Enseignement supérieur par intérim.

BULLETIN CLIMATIQUE DU WEEK-END (17/18 novembre)…DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE.

18 Nov

*  De Jack Lang à Aurélie Philipetti, une autre époque s’ouvre à nous :

En 1981, sous le règne républicain de François Mitterrand, Le « Principal ministre » était Jack Lang, promu  Grand-Prêtre de la culture par le nouveau président de la République. L’argent coule alors à flot, même après le virage de la rigueur, en 1983. C’était alors une obligation aux yeux des socialistes et au nom de « la construction des générations futures » (le vieux principe révolutionnaire de la « régénération » des masses). Les grands travaux du président en sont le moteur : La Villette, le Grand Louvre, l’Institut du monde arabe, l’Opéra Bastille, etc. S’y ajoute ce que le ministre d’alors appelle la nécessaire « irrigation culturelle du territoire« . Entendez « la reprise en main du monde artistique à la sauce socialiste » après tant d’années de politique culturelle gaulliste, à la sauce Malraux. Bref, la culture au service de l’idéologie et sa politique devant permettre à la France de « passer de l’ombre à la lumière« …

Mais, rigueur oblige et Hollande…n’étant pas Mitterrand, les temps changent. Le budget du ministère  d’Aurélie Philipetti s’effondre : – 3,2% pour 2013 sont annoncés, bien qu’en réalité la baisse soit (tous domaines confondus) supérieure à 4%. Avez-vous vu et entendu beaucoup de réactions indignées ? Des artistes dans la rue ? Une nouvelle occupation du Théâtre de l’Odéon ? Les patrons du Louvre, des Opéras ou de Versailles pétitionnant comme à leur habitude ? Rien de cela et quasiment aucun murmure au sein de la bien-pensance culturelle ! Il y a surement une raison…

Certes, la crise économique n’échappe à personne comme personne  (ou presque) n’y échappe. La diète budgétaire qu’elle impose ne favorise pas l’ardeur des protestations en la matière. Mais nous sommes aujourd’hui à un moment de notre histoire où la conjonction des outrances jacobines parisienne, l’extension d’une certaine décentralisation politique mais aussi culturelle,  l’essor des géants mondialistes par le biais d’Internet (tels Google, Apple ou Amazon – tous anglo-saxons – )sont autant de mutations d’importance pour le sujet. D’ailleurs, le directeur de la Cité de la Musique et de la Salle Pleyel, Laurent Bayle, le dit sans embages : « Aujourd’hui, la culture c’est d’abord les industries culturelles, le numérique et le marché de l’art. » Vous remarquerez qu’il ne parle pas de « Beaux-Arts » mais de « marché de l’art« …C’est important pour la suite.

Il ajoute, avec une certaine lucidité : « Dans ce monde-là, les postures que nous avons vis-à-vis de l’Etat n’ont plus la même légitimité. (NDCER: c’est bien lui qui emploi le terme de « postures », pas nous !) Et nous n’avons pas fait le travail nécessaire pour repenser notre rôle en fonction des mutations survenues, qui sont énormes ». C’est ne pas oser appeler un chat, un chat en avouant les méfaits d’un art et d’une culture officiels. Mais  pensait-il que parmi les « mutations survenues » la dernière en date ne risquait pas d’améliorer les choses : le manque d’intérêt patent de François Hollande pour le domaine de la culture ! Et d’ailleurs, il semble bien que la vision d’aujourd’hui des socialistes ne soit plus, d’une manière générale, ce qu’elle fut à l’époque des paillettes de Jack Lang. Voici ce qu’en dit Emmanuel Wallon, professeur de sociologie à Paris-Ouest-Nanterre : « Le parti socialiste ne croit plus à la nécessité de protéger la dimension symbolique de la culture, sa capacité à faire rêver, et ne croit pas encore à l’impérieuse nécessité de développer un secteur où la France et l’Europe peuvent inventer leur futur, développer leur économie et reconstruire leur contrat social. » Qu’en termes savants ces choses-là sont dites ! L’Europe, l’Europe, l’Europe…quand cela les arrange, car ce sont ces mêmes idéologues qui, en réalité, ne rêvent que de métissage des cultures en oubliant volontairement les racines chrétiennes et gréco-romaines de notre continent. Ils en sont encore à vouloir faire « du passé table rase« . Mais ça tombe bien, nous aussi !

Et si l’on revenait à la réalité ? C’est-à-dire aux Beaux-Arts. Qui n’ont pas besoin d’un ministère…de la culture.

C’est d’ailleurs ce que nous disait, ici même il y a peu, notre ami Gérard de Villèle en même temps qu’il faisait d’intelligentes propositions:

 » Mais, avant tout faut-il un ministère de la Culture pour réglementer, surveiller, comme Bercy, et subventionner la vie artistique ? Non, bien sûr, car comme toute administration, ses fonctionnaires n’ont pas qualité pour déterminer ce qui est l’art ou pas:
— il est bien évident que ceux que cela intéresse doivent pouvoir savoir le coût des achats ou de la réalisation des expositions bien intentionnées et que ces informations doivent être accessibles.
— un corps d’inspecteurs de la création artistique tient plus de la conformité soviétique que de la liberté de création… Il est donc inutile dans l’état.
— il est bien beau de mettre sous le contrôle de la Cour des comptes les achats d’œuvres d’art, mais il faudrait que cette Cour ait les moyens de faire cesser les abus.
— interdire le financement d’œuvres de nature à porter atteinte à la dignité humaine ou aux convictions religieuses paraît élémentaire mais qui décidera que la dignité humaine ou des convictions religieuses sont attaquées ?
— rendre robligatoire une motivation écrite et publique de chaque refus effectué par les commissions d’achat… Redondant avec les pouvoirs de la Cour des comptes…
En fait, il faut réinventer une Surintendance des Beaux-Arts, à même de bien orienter la création en la laissant libre de toute influence que, seul, un marché de l’art accessible au plus grand nombre peut susciter. Ce sont les petits acquéreurs d’art, dont les achats constitueraient un début de patrimoine s’ils étaient défiscalisés jusqu’à 2000 ou 3000 euros par an, qui contribueraient à la création d’œuvres de qualité sans passer par les diktats de l’Art financier… et des marchands…2. Retrouver l’histoire de l’art dans l’enseignement:
— faut-il une chaire d’histoire de l’art ? Il existe des facultés qui l’enseignent, comme l’Histoire de France : autant dire que tout est à repenser.
— donnons la possibilité aux artistes eux-mêmes de parler de leurs anciens, plutôt que de créer une nouvelle corps de fonctionnaires : l’on permettra ainsi un devoir de mémoire salutaire de leur part et une transmission linéaire de l’histoire de l’art. A condition que les artistes en soient réellement capables, mais tout salaire devrait se justifier sur un savoir-dire…3. Recréer une dynamique de l’art esthétique en France:
— Créer une véritable école des Beaux-arts.
— Démocratiser l’accès à l’art en défiscalisant l’achat d’œuvres d’art pour les particuliersIl n’y a plus d’écoles d’art en France depuis quasiment 35 ans : les bases du dessin (pratiques de la copie d’antiques, de l’anatomie, de la perspective, du modèle vivant…) ne sont plus enseignées par des professeurs désormais incapables de le faire, car recrutés sur des critères sans rapport avec l’enseignement qu’ils sont censés dispenser. Je me souviens d’un concours pour le recrutement d’un professeur de gravure pour l’école régionale des Beaux-Arts de Tours en 1975 auquel j’ai participé : juste avec mes gravures, sans prétention pédagogique autre que l’ambition de former un ou deux taille-douciers, je suis arrivé, à deux points de celui qui fut choisi. Ce monsieur avait quelque antériorité dans la pratique des concours qui lui a valu quelques points supplémentaires ; heureusement pour lui, car pour ce qui est de la gravure il n’y connaissait rien. Après le concours, il m’a invité à continuer de venir dans l’atelier, jusqu’au jour où il s’est aperçu que ses élèves avaient tendance à être présents quand j’étais là pour au moins apprendre quelques trucs… Dix ans après, cet éminent professeur fut nommé directeur de l’école des Beaux-Arts de Valence après avoir usé et abusé quelques jeunes filles de l’école et notables tourangeaux dont il photographiait paraît-il les rencontres… »

Et comme dit l’adage : « A toute chose, malheur est bon« . L’effondrement économique auquel nous assistons, impuissants, nous vaut un certain nombre de remises en cause qui seront peut-être autant de prises de conscience: des projets coûteux abandonnés, de gros établissements boulimiques ponctionnés, le mécanisme de financement du cinéma sérieusement raboté comme les aides au mécénat ou le crédit d’impôt pour la musique…

Ce qui se voulait abusivement le « ministère des artistes » mais était en réalité une usine à fabriquer des féodalités pseudo-culturelles et à imposer un scandaleux art officiel, est en train de perdre de sa superbe. Nous ne pouvons que nous en réjouir car ce que, nous, nous appelons les Beaux-Arts a tout à gagner à cette révolution.

Grève des modèles devant la direction des Affaires culturelles de la ville de Paris ou « Ce à quoi mène l’art officiel » !

*  Un papa et une maman, c’est mieux pour les enfants !

Tel était l’un des slogans de l’impressionnante manifestation de samedi 17 novembre contre le prétendu « mariage pour tous » : entre 70.000 et 200.000 manifestants (selon les sources) ont défilé à Paris pour protester contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels.

Dans la capitale, la «manif pour tous» a gagné le pari de la mobilisation. Les organisateurs annoncent plus de 200.000 manifestants à Paris et en revendiquent plus de 500.000 dans toute la France où une petite dizaine de rassemblements étaient organisés dans d’autres grandes villes. Afin d’éviter toute dérive, la plupart des pancartes du défilé avaient été réalisées par les principaux organisateurs de la manifestation. On pouvait y lire des slogans tels que «Tous nés d’un homme et d’une femme» ou «papa + maman, y’a pas mieux pour un enfant».Aux avants-postes du cortège, une voiture décapotable transportait un couple fictif de jeunes mariés saluant la foule, elle en robe blanche, lui en costume. Un clin d’œil à la tradition défendue par les opposants au texte adopté il y a dix jours en conseil des ministres. En première ligne, politiques et élus, écharpes tricolores en bandoulière, étaient venus afficher leur opposition au texte. Dans la foule, quelques religieux se mêlaient également aux simples citoyens. Mais le gros des troupes était composé de familles, venues avec poussette ou landau, et de grands-parents. «Avec ce projet, on joue aux apprentis sorciers, se désolait Vincent, un manifestant de 33 ans. On écoute les adultes mais on oublie de prendre en compte le point de vue des enfants». Laurent, médecin quinquagénaire, venu avec ses deux petits garçons, dénonçait pour sa part «l’hypocrisie d’une loi qui fait croire qu’un enfant peut être issus de deux personnes de même sexe». «Le projet risque d’évoluer encore, craint-il également. Si ma mémoire est bonne, le PS promettait que le mariage gay ne se profilait pas au moment du vote du PACS». «Dans trois générations, on risque d’avoir du mal à comprendre qui sont les grands-parents d’un enfant», glissait une vieille dame. Rien n’empêche les homosexuels de s’aimer mais la filiation, c’est autre chose».
Et dimanche 18, une seconde manifestation prit le relais avec des milliers de manifestants, à l’appel de l’institut Civitas, proche des catholiques traditionalistes. Une trentaine de cars de province sont venus grossir les rangs du cortège, qui a défilé aux cris de « oui à la famille, non à l’homofolie« . Les protestataires s’étaient rassemblés peu avant 14H30 devant le ministère de la Famille, dans le VIIe arrondissement, avant de se diriger vers l’Assemblée nationale, derrière une large banderole sur laquelle était écrit « Un papa, une maman, pour tous les enfants« . Parmi les manifestants figuraient de nombreux jeunes gens, beaucoup de prêtres en soutane, mais aussi des retraités et des familles, brandissant pour certains des drapeaux tricolores, des croix ou des banderoles siglées de fleurs de lys. »Notre objectif, c’est de mener une véritable bataille pour la sauvegarde de la famille et de l’enfant« , a déclaré Alain Escada, responsable de Civitas. « Le mariage homosexuel, c’est la boîte de Pandore qui va permettre que d’autres revendiquent le mariage polygame ou le mariage incestueux », a ajouté Alain Escada, assurant vouloir « libérer la parole des Français ».
Il y avait bien longtemps que tant de Français ne s’étaient pas dressés contre la tyrannie de la pensée conforme et obligatoire et la dictature des lobbys de la culture de mort. Serait-ce le signe du début de la Reconquête ?

Le 18 novembre 2012.

Jean-Yves Pons.

Peut-on espérer une renaissance artistique en France ?

22 Oct

– 

Notre ami Gérard de Villèle, membre du Conseil dans l’ Espérance du Roi et Conseiller aux Beaux-Arts, nous propose une réflexion sur le devenir possible de l’art en France.

Il existe un certain nombre d’initiatives visant à faire renaître l’art dans notre République qui n’a jamais aimé ni les savants, ni les artistes et ni même le peuple qu’elle a toujours voulu changer pour qu’il soit à sa dévotion. Ainsi, depuis quelque temps, deux sites s’attachent à réfléchir à la question avec plus ou moins de bonheur : Défi culturel http://www.deficulturel.net/  et Sauvons l’arthttp://www.sauvonslart.com/ … qui viennent de faire « Neuf propositions pour une renaissance artistique en France ».
Les voici, réparties ainsi :
Instaurer une transparence dans le marché de l’art
— Lever le secret commercial sur l’achat d’œuvres d’art effectuées avec l’argent du contribuable
— Injecter de la diversité dans le corps des inspecteurs de la création artistique
— Mettre les achats d’œuvres d’art réalisés avec des fonds public sous le contrôle de la Cour des comptes
— Interdire la subvention d’œuvres de nature à porter atteinte à la dignité humaine ou aux convictions religieuses
— Dans les marchés publics, rendre obligatoire une motivation écrite et publique de chaque refus effectué par les commissions d’achat                                                                                                                                                                          – Réhabiliter l’histoire de l’art dans l’enseignement
— Créer une chaire d’histoire de l’art
— Remettre les cours d’histoire de l’art dans les établissements scolaires entre les mains des historiens d’art
Recréer une dynamique de l’art esthétique en France
— Créer une véritable école des Beaux-arts1.
Ces premières propositions sont la conséquence actuelle de la situation artistique et fiscale de l’Art en France. Mais, avant tout faut-il un ministère de la Culture pour réglementer, surveiller, comme Bercy, et subventionner la vie artistique ? Non, bien sûr, car comme toute administration, ses fonctionnaires n’ont pas qualité pour déterminer ce qui est l’art ou pas.
— il est bien évident que ceux que cela intéresse doivent pouvoir savoir le coût des achats ou de la réalisation des expositions bien intentionnées et que ces informations doivent être accessibles.
— un corps d’inspecteurs de la création artistique tient plus de la conformité soviétique que de la liberté de création… Il est donc inutile dans l’état.
— il est bien beau de mettre sous le contrôle de la Cour des comptes les achats d’œuvres d’art, mais il faudrait que cette Cour ait les moyens de faire cesser les abus.
— interdire le financement d’œuvres de nature à porter atteinte à la dignité humaine ou aux convictions religieuses paraît élémentaire mais qui décidera que la dignité humaine ou des convictions religieuses sont attaquées ?
— rendre robligatoire une motivation écrite et publique de chaque refus effectué par les commissions d’achat… Redondant avec les pouvoirs de la Cour des comptes…
En fait, il faut réinventer une Surintendance des Beaux-Arts, à même de bien orienter la création en la laissant libre de toute influence que, seul, un marché de l’art accessible au plus grand nombre peut susciter. Ce sont les petits acquéreurs d’art, dont les achats constitueraient un début de patrimoine s’ils étaient défiscalisés jusqu’à 2000 ou 3000 euros par an, qui contribueraient à la création d’œuvres de qualité sans passer par les diktats de l’Art financier… et des marchands…2. Retrouver l’histoire de l’art dans l’enseignement:
— faut-il une chaire d’histoire de l’art ? Il existe des facultés qui l’enseignent, comme l’Histoire de France : autant dire que tout est à repenser.
— donnons la possibilité aux artistes eux-mêmes de parler de leurs anciens, plutôt que de créer une nouvelle corps de fonctionnaires : l’on permettra ainsi un devoir de mémoire salutaire de leur part et une transmission linéaire de l’histoire de l’art. A condition que les artistes en soient réellement capables, mais tout salaire devrait se justifier sur un savoir-dire…3. Recréer une dynamique de l’art esthétique en France:
— Créer une véritable école des Beaux-arts.
— Démocratiser l’accès à l’art en défiscalisant l’achat d’œuvres d’art pour les particuliersIl n’y a plus d’écoles d’art en France depuis quasiment 35 ans : les bases du dessin (pratiques de la copie d’antiques, de l’anatomie, de la perspective, du modèle vivant…) ne sont plus enseignées par des professeurs désormais incapables de le faire, car recrutés sur des critères sans rapport avec l’enseignement qu’ils sont censés dispenser. Je me souviens d’un concours pour le recrutement d’un professeur de gravure pour l’école régionale des Beaux-Arts de Tours en 1975 auquel j’ai participé : juste avec mes gravures, sans prétention pédagogique autre que l’ambition de former un ou deux taille-douciers, je suis arrivé, à deux points de celui qui fut choisi. Ce monsieur avait quelque antériorité dans la pratique des concours qui lui a valu quelques points supplémentaires ; heureusement pour lui, car pour ce qui est de la gravure il n’y connaissait rien. Après le concours, il m’a invité à continuer de venir dans l’atelier, jusqu’au jour où il s’est aperçu que ses élèves avaient tendance à être présents quand j’étais là pour au moins apprendre quelques trucs… Dix ans après, cet éminent professeur fut nommé directeur de l’école des Beaux-Arts de Valence après avoir usé et abusé quelques jeunes filles de l’école et notables tourangeaux dont il photographiait paraît-il les rencontres…
Un autre concours, en 1981, à Nantes, entre les deux tours de la présidentielle, auquel j’ai participé à la demande du professeur d’art graphique que je connaissais bien puisqu’il fut le mien à Tours et qui souhaitait m’avoir comme assistant, fut remporté par un animateur de la MJC locale devant près de 60 professionnels !
Mais le plus grave est que les savoir-faire ne sont plus transmis désormais. Plus de cours de peinture proprement dite : déjà mon (excellent) professeur et peintre ne savait pas comment faire un glacis à l’huile : je ne sais pas comment faire, et je n’en ai jamais eu besoin, c’est donc inutile… me disait-il… Il fut longtemps professeur de tennis, ceci explique sans doute cela. Et pourtant c’était un bon peintre, enfin un artiste avec un talent certain… Même mon professeur de gravure ne m’a jamais appris la technique au-delà du nettoyage élémentaire de la plaque de cuivre. Et pourtant, c’était un excellent homme qui vous forçait à réfléchir sur ce que vous faisiez, même au prix d’une engueulade…
J’ai eu ensuite quelques stagiaires : la plus intéressante venait des Beaux-Arts de Caen après trois années de pseudo enseignement artistique : elle n’avait pratiqué le dessin que le premier trimestre de sa première année à l’école. Elle m’a avoué au bout de 15 jours qu’elle avait appris plus dans ce laps de temps dans mon atelier qu’aux Beaux-Arts… C’est dire l’état de l’enseignement artistique qui considère le dessin comme du Fâchiiiisme…
Il faudrait recréer l’Académie royale de peinture et de sculpture de 1648 où les peintres et sculpteurs et graveurs ont pu se libérer des marchands en accédant directement aux commandes royales, princières et écclésiastiques, voire bourgeoises, tout en enseignant à des élèves ce qu’ils savaient et dont ils savaient tout autant parler… Ce fut David, en 1793, qui fit fermer cette école qui n’avait rien à voir avec un enseignement dit académique… Ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle, vers 1860, que l’art mourut faute de transmetteurs. Et 1793, s’il voit l’assassinat de la famille royale, voit aussi la mort du portrait à la française comme l’a dit récemment Jean Clair. Et ceci explique encore cela.

Gérard de Villèle, Conseiller aux Beaux-Arts.

Le 22 octobre 2012.

Fichier:Musée des Beaux-Arts de Dijon - Louis XIV 2.jpg


Antoine Coysevox (1640-1720) buste de Louis XIV, marbre, Musée des beaux-arts de Dijon.